Russie : le CSKA a ranimé Moscou

Les play-offs de la Superliga russe étaient partis pour être une litanie de résultats prévisibles où le mieux classé et le plus riche se qualifierait automatiquement. Mais une équipe a su bouleverser la hiérarchie : en battant les nouveaux riches d'Ufa, le CSKA Moscou s'est invité dans la cour des oligarques, aux côtés des puissants clubs de province que sont Kazan, Omsk et Magnitogorsk. Cette accession aux demi-finales est déjà un formidable exploit, le premier du CSKA depuis l'effondrement de l'URSS. Et même le géant Ak Bars Kazan n'a pas eu la partie facile face aux jeunes Moscovites. Sa "super-ligne" Zaripov-Zinoviev-Morozov a d'ailleurs été discrète, paraissant laisser la pression sur d'autres. Battu deux fois à Kazan non sans s'être plaint de l'arbitrage, le CSKA a remporté son premier match chez lui, et s'il a finalement été éliminé le lendemain (1-2), ce n'est pas sans avoir tout donné. On a ainsi vu des scènes quasiment jamais vues, même lors de l'année du lock-out et du titre du Dynamo : un match de play-offs à Moscou avec une patinoire archi-pleine, un public conquis, et une équipe perdante qui a droit à un tour d'honneur. Malgré la défaite, les supporters scandaient le nom de l'entraîneur Slava Bykov : s'il a pu faire trembler Kazan avec une équipe de jeunots, comment ne pas faire confiance au sélectionneur national ? Car dans cette soudaine euphorie autour du CSKA, ce sont les championnats du monde de Moscou qui ont un peu commencé avec un mois d'absence.

Bykov a certainement prêté attention à l'autre demi-finale. Il y a aura observé que Nikolaï Kulemin, auteur d'une prestation solide aux derniers Mondiaux sur la ligne d'Ovechkin et Malkin, a été très bon. Assurément meilleur que son condisciple générationnel de Magnitogorsk, Evgeni Malkin, l'an passé au même stade de la compétition. Kulemin a d'ailleurs prolongé son contrat d'un an au lendemain de la demi-finale (et pas en signant à trois heures du matin sous la contrainte comme Malkin). Par contre, aucune satisfaction à retirer pour le sélectionneur national dans le duel des gardiens : le Canadien de service (Travis Scott) a pris le meilleur sur son vis-à-vis russe (Aleksandr Fomichev), selon un scénario connu. Au dernier match, Fomichev, qui avait subi une remontée au score de 1-3 à 4-3 dans les neuf dernières minutes au bout de 57 tirs (total hallucinant en Superliga), a été remplacé par son collègue canadien Maracle, mais celui-ci a été totalement impuissant en prenant 5 buts en 24 tirs. Il ne suffit quand même pas d'être canadien... Par conséquent, le Metallurg Magnitogorsk a éliminé l'Avangard Omsk, que tout le monde voyait déjà en finale contre Kazan.

Donc, finalement, l'argent n'est pas une assurance tous risques contre la défaite. Le milliardaire Roman Abramovich l'a appris avec Chelsea, et il l'a appris aussi avec l'Avangard. Non, il n'est plus propriétaire du club, puisqu'il a revendu la compagnie Sibneft, mais il était discrètement présent dans les tribunes d'Omsk au premier match. On dit qu'il serait le principal investisseur dans la construction de la nouvelle patinoire d'Omsk, qui ouvrira en septembre... Cette victoire est savoureuse pour le Metallurg Magnitogorsk car il a pris sa revanche sur son ancien entraîneur. Depuis qu'il était parti à Omsk, Valeri Belousov semblait avoir emmené la victoire avec lui... Mais certains propos trop confiants après la dernière confrontation avaient déplu aux dirigeants de "Magnitka", qui voulaient lui prouver qu'il ne les battrait pas si facilement cette fois.