Violences en Russie

Deux incidents, survenus tous deux mardi soir lors de la quarantième journée du championnat russe, provoquent une sérieuse onde de choc sur la Superliga.

Tout d'abord, la bagarre générale entre l'Ak Bars Kazan et le Traktor Chelyabinsk, un match qui a battu le record russe des pénalités avec un total de 403 minutes infligées ! Ce tarif "définitif" inclut la pénalité du match infligée a posteriori au vu des images par la commission de discipline au capitaine des visiteurs Andrei Nikolishin, qui n'avait pas été sanctionné par l'arbitre sur le coup.

Le record précédent (322 minutes) appartenait au match Yaroslavl-Omsk de 2005 et avait pour principal protagoniste un certain Andrei Nazarov, "protecteur" attitré de Jaromir Jagr. Aujourd'hui, Nazarov n'est autre que l'entraîneur du Traktor... Il se donne néanmoins le beau rôle, celui de l'homme maîtrisant ses nerfs, ayant suivi les évènements d'un air stoïque depuis son banc. S'il admet avoir envoyé tous ses joueurs sur la glace, c'est selon lui parce que son collègue entraîneur Bilyaletdinov "n'a pas respecté le code en vigueur en NHL" (qu'il est censé connaître pour y avoir été assistant-coach). Quelle est sa faute ? D'avoir fait sortir les joueurs pénalisés - avec la complicité des préposés locaux aux portes de prison - parce que son équipe était à trois contre six sur la glace au moment où les échauffourées ont éclaté. Kazan menait alors 7-5 : il est presque aussi rare en Russie de voir une telle pluie de buts qu'une telle pluie de pénalités ! Chelyabinsk avait fait sortir son gardien, et un but venait de lui être refusé parce que l'arbitre avait sifflé, estimant que le palet était gelé par le gardien. Zavarukhin, qui avait levé les bras, a été bousculé par ses adversaires, et tout est parti de là...

Pour une fois, des images du hockey russe ont donc franchi les frontières du pays ! Malheureusement, ce sont des images d'une bagarre générale où les joueurs ont totalement disjoncté, où le gardien Mylnikov frappe et fait saigner son vis-à-vis Noronen sans avoir enlevé son propre masque, où Stepanov se rue sur un joueur qui lui tourne presque le dos (Baïev, "notre philosophe, lecteur de Nietzsche et de Platon" selon Nazarov...) parce que celui-ci avait commis l'outrage de jeter comme un torchon un maillot d'Ak Bars Kazan, avec l'emblème de la république du Tatarstan, sur le banc local...

Ces incidents ont-ils été les plus néfastes de la soirée pour l'image du hockey auprès du public russe ? Pas forcément. Car ce qui s'est passé lors du SKA Saint-Pétersbourg - Spartak Moscou le même soir pourrait être plus gênant, en remettant en cause le sentiment de sécurité des spectateurs. Les supporters visiteurs du Spartak y ont reçu une chaise en plastique lancée de la tribune supérieure par des supporters du... Zénith Saint-Pétersbourg, le club de foot local (apparemment visé dans un des chants entonnés auparavant par les Moscovites...). Il s'en est suivie une bataille, avec jets réciproques de fumigènes, certains ayant pris des trajectoires déviées vers les autres tribunes. Après ces incidents, le SKA Saint-Pétersbourg a écopé de 300 000 roubles. Il se dit par ailleurs que la patinoire Yubileïny, la seconde glace des Mondiaux 2000, pourrait être suspendue : les conditions de sécurité y étaient déplorables ce soir-là. Il faut dire qu'elle accueille de plus en plus rarement le SKA. C'était le cas cette fois parce que la patinoire principale de la ville se préparait à accueillir la Coupe d'Europe des clubs champions... Celle-ci aurait sans douté préféré une meilleure publicité. Son lancement a été relégué au second plan dans les médias russes par ces deux affaires.