San José tombe de haut

Le premier tour s'achève, avec comme tous les ans son lot de surprises. La plus grosse concerne probablement San José, qui se serait bien passé d'une telle déconvenue. Meilleure équipe de la saison régulière, les Sharks se montraient prudents quand le classement leur a offert les Ducks d'Anaheim au premier tour... C'était sans doute le pire opposant possible, et le champion 2007 le leur a bien rappelé. L'attaque de feu s'est retrouvée muselée par une défense exemplaire et un gardien suisse, Jonas Hiller, impressionnant pour ses premiers playoffs en NHL, en blanchissant San José deux fois, mettant les Ducks dans un fauteuil avec 3 victoires à 1. Joe Thornton, toujours autant critiqué pour "disparaître" en playoffs, mène la voie au match 5, avant la délivrance de Patrick Marleau en prolongation... mais le 6e match est fatal. Anaheim s'impose avec un mélange d'expérience et de jeunesse, remportant par exemple le match 2 avec trois buts de débutants (Bobby Ryan, Andrew Ebbett, Drew Miller). On se demande encore ce qui manque aux Sharks pour échouer saison après saison dans les phases finales... Anaheim va donc poursuivre son chemin face aux "gros" en étant le moins bien classé des qualifiés.

Et comme "gros", les Red Wings de Detroit se posent là... Le champion en titre n'a guère souffert pour balayer les novices de Columbus 4 victoires à 0, s'octroyant une semaine de repos. Les Blue Jackets ont fait ce qu'ils ont pu, mais malheureusement pour eux, l'énorme équipe des Wings a bénéficié du réveil de Chris Osgood, décevant dans les cages en saison régulière. Comme si les hommes de Mike Babcock avaient besoin de ce "renfort" pour gagner ! Difficile de trouver un plus gros favori désormais...

La deuxième série dans l'ouest opposera Vancouver à Chicago. Les Canucks n'ont pas fait de détail contre les petits poucets des Blues de St-Louis, balayés en quatre manches. Roberto Luongo, énorme toute la saison, a poursuivi sur sa lancée, bien secondé par une défense très solide. Mieux, l'attaque a également su contribuer, les frères Sedin produisant enfin en playoffs. Et, contrairement aux saisons précédentes, la dernière franchise canadienne en lice possède désormais une profondeur d'effectif, à l'instar d'un Alex Burrows, révélation de la saison et buteur en prolongation au match 4.

Chicago s'est également qualifié, éliminant les Flames de Calgary en 6 manches. La jeune équipe des Blackhawks, menée par un Martin Havlat décisif, a su remporter les deux premiers matches à domicile, parfois dans la douleur (prolongation très courte au match 1). Parfois menés tard dans les rencontres, la franchise de l'Illinois n'a jamais rien lâché et exploité ses quatre lignes pour tromper un Mikka Kiprusoff un peu trop friable. Il est vrai que les Flames étaient privés de plusieurs cadres, dont Dion Phaneuf et Robyn Regehr, sur la fin de série. Le potentiel offensif adverse était bien trop important, et Nikolai Khabibulin bien trop en forme dans les cages, surtout quand Brent Seabrook, Duncan Keith et Cam Barker jouent à ce niveau en défense. Cristobal Huet continue donc à faire banquette, mais poursuit aussi l'aventure, pour la première qualification des Hawks au 2e tour depuis 1996.

Comment tout perdre en moins de 80 secondes... Telle sera la dure leçon pour les Devils du New Jersey, dans ce qui restera la série la plus accrochée du premier tour. Carolina et New Jersey ont alterné les victoires, dans des circonstances incroyables. Un premier match copieusement dominé par les Devils, un second remporté en mort subite par les 'Canes. Un troisième pour New Jersey, un 4e pour Carolina, sur un but incroyable dévié par Jussi Jokinen à seulement deux dixièmes de secondes de la sirène ! Travis Zajac offrant le but en prolongation au match 5, New Jersey paraissait en bonne posture... mais Cam Ward blanchissait son opposant au 6e. Le 7e restera une pilule amère pour les fans de Newark : menant 3-2 à 1'15" de la fin, grâce à un Martin Brodeur sur une autre planète et à un slap terrible de Brian Rolston, les hommes de Brent Sutter ont tout perdu sur le fil : buts de Jussi Jokinen puis d'Eric Staal. Faute d'avoir su tenir le score à plusieurs reprises, les Devils se retrouvent en vacances prématurées... Les Hurricanes se qualifient de manière inespérée.

Et il leur en faudra, de la chance, face aux Bruins de Boston. Le leader de la saison régulière à l'Est sera bien reposé après avoir balayé Montréal au premier tour. Les Bruins et leur équipe homogène - gardien en forme, défense solide, variété offensive - ont renvoyé à leurs chères études un CH moribond. Qualifiés in-extremis à la différence de but particulière devant Florida, les joueurs de Bob Gainey n'ont jamais paru en mesure de s'imposer. Résultat, premier balayage au premier tour de l'histoire du club, le tout l'année du Centenaire... Conclusion d'une saison chaotique, où l'extra sportif et les conflits internes ont miné les performances. L'ambiance délétère au sein de l'effectif risque de secouer le club tout l'été, pendant que Boston confirme son statut de favori, mené - ironie du sort - par deux anciens de Montréal, le coach Claude Julien et le sniper Michael Ryder...

La dernière série promet d'être spectaculaire, avec les trois meilleurs marqueurs de la saison. Pittsburgh, finaliste 2008, a souffert mais réussi à se débarrasser des Flyers de Philadelphie, comme lors de la finale de conférence l'an passé. Une série physique, durant laquelle Evgeni Malkin a mené la voie, imité par Sidney Crosby. Les deux stars offensives ont su trouver la faille dans une défense plus friable, pendant que Marc-André Fleury tenait le fort derrière. Jeff Carter, prolifique en saison, a tout essayé, mais n'a pas été ménagé : KO sur une mise en échec, en manque de réussite au tir... Les Flyers se sont montrés moins constants, parfois indisciplinés. Pittsburgh passe logiquement et les Flyers ont sans doute perdu la série dans la dernière semaine de la saison régulière en perdant l'avantage de la glace.

L'adversaire, lui, revient de loin. Washington est passé par un trou de souris face aux Rangers de New York, dans une série aux deux visages. Alex Ovechkin, volontaire mais maladroit, se heurtait tout d'abord à un Henrik Lundqvist de gala : les Rangers surprennent en gagnant les deux premiers matches à l'extérieur. Malheureusement pour eux, le 3e est repris par les Capitals, qui commencent enfin à trouver des solutions. Lundqvist tient la baraque dans des matches peu prolifiques en buts et New York mène 3 victoires à 1... et soudain, le Suédois explose. L'attaque adverse trouve des solutions, et ce sont mêmes les défenseurs qui mènent : Mike Green, Milan Jurcina, Tom Poti jouent plus haut, soutiennent l'attaque, et Lundqvist finit sur le banc aux matches 5 et 6. Le brio russe fait le reste : Ovechkin, Semin, Kozlov et enfin le vétéran Fedorov font mouche les uns après les autres et un autre Russe, le jeune Semion Varlamov, écoeure l'attaque adverse en relais d'un José Théodore décevant. Les Caps profitent de l'avantage de la glace pour se qualifier au 7e match, sur un but de Fedorov à 5 minutes de la fin. Les Rangers, trop limités, n'ont pas su jusqu'au bout profiter du manque de compétition de Washington, qui restait sur 10 matches de saison régulière face à des équipes non qualifiées en playoffs. L'intensité est revenue juste à temps, et Varlamov lancé au bon moment. Pour New York, c'est la première élimination dans une série durant laquelle ils menaient 3 victoires à 1.