Quel sens donner à la draft de KHL ?

C'est donc aujourd'hui qu'a eu lieu la dernière "innovation" de la KHL. Ou plutôt, la dernière mesure copiée sur la NHL, en l'occurrence la draft. Une idée de Vyacheslav Fetisov, qui va plus loin et prône carrément la création d'écoles privées indépendantes des clubs. Mais comme on n'en est pas encore là, les participants à la draft ont le droit de conserver les joueurs qu'ils ont formés eux-mêmes. Le panel de choix, réservé aux hockeyeurs de 17 à 20 ans, est donc constitué des juniors évoluant dans des clubs de deuxième division, qui ne sont pas légion à avoir une bonne école (sur 85 joueurs choisis, 16 évoluaient dans les deux "Krylia Sovietov" concurrents !) ou de joueurs évoluant à l'étranger.

Dans ce contexte, les clubs ont eu une attitude très différente vis-à-vis de cette draft. Le représentant du Traktor Chelyabinsk a refusé d'y prendre part et s'est débarassé de ses quatre choix : le grand club formateur de l'Oural explique ne pas avoir besoin de renfort et constituer son équipe avec les joueurs locaux. Le HK MVD avait deux choix sur les bras, mais a passé son tour et ne les a même pas utilisés. D'autres clubs ont fait de même par moments, et on a donc assisté à une draft à trous. À l'opposé, l'attitude de l'Atlant Mytishchi, qui a amassé tout ce qu'il pouvait et a sélectionné 13 joueurs en 4 tours.

Comme prévu, le CSKA - présidé depuis un mois par Fetisov - s'est adjugé le premier choix pour s'offrir les services de Mikhaïl Pashnin, un défenseur formé au Mechel Chelyabinsk qui avait fait les gros titres lorsqu'il avait été convoqué quelques jours pour le stage de l'équipe nationale en avril. Le Dynamo Minsk a volontiers échangé le numéro 1 car sa priorité était ailleurs : il a utilisé ses deux choix de premier tour (obtenus après échanges) pour s'assurer les droits sur deux juniors biélorusses expatriés en Amérique du nord, Mikhaïl Stefanovich et Kirill Gotovets. Le club letton du Dinamo Riga a d'ailleurs fait mieux puisqu'il n'a sélectionné que des joueurs lettons. Il n'y avait peut-être pas besoin d'une draft pour en arriver là...

En fait, le vrai côté "piquant" de cette draft, c'était le sort réservé aux hockeyeurs étrangers. Le club qui en choisit un garde les droits sur lui jusqu'à 28 ans, ce qui peut en faire un pari à long terme, même sur un joueur qui ne veut pas venir en Russie de nos jours. Alors, un club russe a-t-il eu le culot d'appeler le grand espoir canadien John Tavares ? Et bien non ! Mais Kazan a pris le risque faible de demander en 89e position (sur 91) Tayler Hall, projeté numéro 1 de la draft 2010. Le Spartak, en plus du jeune international slovaque Juraj Mikus qui paraît plus "crédible", a également appelé en 83e place Viktor Hedman, le défenseur de MODO qui est en balance avec Tavares pour être le numéro 1 à la fin du mois. Les Russes les plus optimistes compareront ces choix tardifs avec ces franchises de NHL qui avaient utilisé pareillement leurs derniers tours de draft pour préempter les meilleurs joueurs soviétiques à une époque où ils n'avaient pas encore le droit de sortir du pays, pour toucher le jackpot quelques années plus tard.

Les deux espoirs suédois Erik Karlsson et Magnus Svensson-Pääjärvi joueront-ils un jour à Yaroslavl au lieu de la NHL ? Les deux super-talents finlandais de demain, Mikael Granlund et Teemu Pulkkinen, sont-ils enthousiastes à l'idée d'avoir été choisis par le Dynamo Minsk ? Vladimir Ruzicka junior et le rare espoir slovaque Tomas Tatar rejoindront-ils le SKA Saint-Pétersbourg ? Pour l'instant, les conséquences de cette draft restent hypothétiques. On notera cependant avec intérêt qu'Andrej Bykov, le fils de Slava Bykov qui joue pour l'équipe nationale junior de Suisse, a été le premier choix du Dynamo de Moscou.