Épinal - Strasbourg (Ligue Magnus, 1re journée)

Le piège était tendu...

Avec le championnat reprennent les choses sérieuses pour une Étoile noire ayant "levé le pied" mardi en Coupe de Ligue (2-7). Une victoire spinalienne qui équilibre la balance entre deux adversaires se rencontrant, ce soir, une cinquième fois en un mois... Hasard du calendrier, c'est en préambule d'une nouvelle saison de Ligue Magnus que ces deux "inséparables" vont en découdre une dernière fois... avant de se retrouver dans trois semaines, en Coupe de la Ligue !

Même si la lassitude guette un public avide de nouveauté, Poissompré ne s'ennuie jamais d'une dynamique gagnante. Beaucoup espèrent donc pareil dénouement que mardi, où les Dauphins avaient sorti le grand jeu. Reste que la pilule n'est pas encore avalée du côté alsacien et que Daniel Bourdages, en bon stratège, a d'autres plans dans sa boîte à malice... Et comme prévu, ce n'est pas la même musique. Mais alors pas du tout : Strasbourg a durci le ton et annonce la couleur. Surclassés mardi dans la rigueur, la cohésion et même le dynamisme, les visiteurs débutent le championnat du bon pied. Et pas du pied gauche, comme en Coupe de la Ligue !

Plus mordants, plus conquérants aussi, les visiteurs lancent un véritable défi physique à leurs hôtes, s'appuyent sur une solide couverture assortie d'un abattage constant. Pour preuve, les pressings sont ponctués de bonnes mises en échec, histoire de montrer aux Vosgiens de quel bois ils se chauffent. Demandez donc à Niko Mäntylä, atteint par un bâton haut au visage et regagnant clopin-clopant son banc (10'06").

Musclé

Si Daniel Bourdages voulait des temps forts, le voilà servi. Sauf que domination ne rime pas forcément avec concrétisation malgré l'intensité déployée par une triplette Laine-Dufournet-Lehtisalo au four et au moulin. Heikki Laine, très incisif, apporte un soutien précieux à des petits formats donnant du fil à retordre à une défense moins souveraine que mardi. Et pour cause, ce n'est plus du tout le même match. Une chance donc qu'Henrik Tojkander justifie la confiance que lui accorde Tommy Andersson en sortant les arrêts qu'il faut. Bobby Raymond, à bout portant, n'était pourtant pas loin du compte (14e)...

Et l'ICE dans tout ça ? Eh bien les Dauphins n'ont pas grand chose à se mettre sous la dent hormis quelques supériorités numériques très mal gérées. Car le powerplay, jadis redoutable, n'est plus que l'ombre de lui-même. Et pour cause, celle de Stéphane Gervais plane plus que jamais sur Poissompré. Le deuil du sniper canadien n'est encore pas fait et le jeu de puissance, privé de son arme fatale, manque à la fois de spontanéité et d'efficacité. Les Chassard, Plch et Petrak ont beau se démener comme de beaux diables, rien n'y fait. La fluidité n'y est pas. Même s'il n'est pas spécialement offensif, Peter Slovak reste, en l'absence d'Hagelberg, l'alternative choisie par Andersson à la ligne bleue. Mais le Slovaque, utilisé à contre-emploi, ne peut pas faire de miracles...

C'est peu dire que le travail de sape alsacien neutralise des "roses et bleus" friants d'espaces et de jeu rapide. Car Bourdages, mine de rien, a bien réussi son coup en calquant les présences de sa troisième ligne sur celle de la ligne de parade locale. Du coup, Simko et Plch sont muselés et Petrak doit improviser pour exister. Sans succès. Bénéficiaire d'un cadrage de Chassard, Plch déborde et repique sur Hiadlovsky (9e). Le gardien slovaque poke-checke son compatriote et remet ça en toute fin de période, restant bien sur ses appuis pour détourner de la botte une percée de l'omniprésent Guillaume Chassard (19'01"). Henrik Tojkander n'avait lui pas eu autant de réussite sur un petit lancer excentré de Maxime Mallette en supériorité numérique (0-1 à 18'12").

Serré

Les traditionnelles flaques d'eau formées après chaque surfaçage vont-elles altérer les bonnes dispositions strasbourgeoises ? S'ils maintiennent leur emprise sur les débats, les Alsaciens sont dans le collimateur. Autant de pénalités qui auraient pu relancer la machine. Slovak, on l'a vu, n'a pas l'étoffe d'un défenseur offensif mais si le powerplay n'y est pas, c'est aussi parce qu'à Strasbourg, tout le monde tire dans le même sens. Sous l'impulsion d'un infatigable Lehtisalo, le box-play travaille d'arrache pied et limite fort bien les dégâts, bien aidé en cela par la vista d'un gardien couvrant bien ses montants devant Chassard et Karlsson (23e).

De nature susceptible, Vladimir Hiadlovsky est étonnement concentré. L'ex-Dijonnais n'a pas matière, ce soir, à rouspéter envers ses coéquipiers, qui ne desserrent pas la vis pour autant. Dans ces conditions, les Dauphins s'en remettent aux exploits individuels pour briser ce faux rythme. Même surveillé comme le lait sur le feu, Jan Plch reste un poison permanent. Visiblement, Michal Cesnek n'a pas trouvé l'antidote et doit faire faute pour barrer la route à son compatriote (26'24"). Strasbourg "Striz" même la correctionnelle sur un lancer de son nouveau défenseur tchèque, contré par Benoît Quessandier. Haapasaari en profite pour s'échapper et s'extirpe du marquage de Cesnek grâce à deux pirouettes lui ouvrant une petite fenêtre de tir (31'32").

Si les Lorrains retrouvent du poil de la bête, ils n'en restent pas moins soumis à quelques contres rondement menés. Si celui de Joly termine dans les nuages, un débordement de Dufournet, relayé par Laine et conclu par Lehtisalo au second poteau, ne déjoue pas la vigilance de Tojkander (30e). Un gardien concentré et qui ne sort pas de son match, ça change de Petrik ! Hiadlovsky, lui, succède à Leroy au chapitre des étourderies en laissant filer un palet qu'il tenait pour acquis. Par chance, une crosse blanche passait par là...

Tomy Joly dispute là son premier et dernier match en Ligue Magnus sans avoir connu d'autre adversaire français qu'Épinal (excepté Amnéville en pré-saison). Le Canadien, très actif (et pas avare de jeu physique), ramènera toutefois un "petit souvenir" de la Cité des Images. Et pas une gravure comme tout le monde, plutôt quelques dents laissées sur place après un cross-check de Lionel Simon (35'47"). Malgré la traînée de sang laissée sur la glace, cette action loin du palet ne fait pas sourciller monsieur Colléoni. En toute impunité donc, mais Élie Marcos ne l'entend pas de cette oreille et ses contestations virulentes lui valent une méconduite. La tension remonte d'un cran, elle qui était retombée depuis de longues minutes...

Le suspense, lui va renaître à l'entame du troisième tiers-temps. Si l'Étoile noire garde la main sur la rondelle, les Spinaliens reprennent des couleurs sur quelques montées bien senties. "Vlad" se dresse devant Simko, idéalement décalé par Plch (43'01"), mais s'avoue vaincu sur un slap dévié de Quessandier (43'11"). Pris à contre-pied, Hiadlovsky est finalement sauvé par son poteau. Et comme bien souvent en pareil cas, c'est l'adversaire qui tire les marrons du feu.

Après ce "coup de barre", Slovak, sous pression, perd le disque dans l'arrondi et Sarazin, opportuniste, trouve aussitôt le relais de Joly au second poteau. Ni une ni deux, le Canadien bascule dans l'axe sur un Stolc libre de tout marquage (0-2 à 45'00"). Comme dirait l'autre, ça sent le sapin pour les Vosgiens... et la quille pour ce diable de Tomy Joly !

Raté !

Strasbourg tient le bon bout et n'entend pas lâcher son os. L'ICE, de manière un peu désordonnée, grille ses dernières cartouches face à un bloc soudé et ne lésinant pas sur l'intimidation physique. Autant de contacts rugueux passant entre les gouttes d'un arbitrage incohérent. Tantôt tatillon, tantôt laxiste et qui accentue la frustration des locaux. En voulant de "dépatouiller" d'un Raymond accrocheur, Plch se voit pénalisé à son tour (53'10") et commence doucement à perdre son sang froid. Matraqué, il subit un traitement de faveur. Spécialiste des basses besognes en SM-liiga (et même en sélection nationale à l'apogée de sa carrière), Laine ne fait pas dans la dentelle mais plutôt que de se frotter au Finlandais, Plch s'en va "passer ses nerfs" sur Cruchandeau (56'22"). Une charge à la crosse qui envoie... l'Alsacien au cachot !

Une pénalité aux allures de dernière chance et lourde de conséquence puisque trois secondes suffisent à Jussi Haapasaari, à la baguette, et à Fabien Leroy, à la gâchette, pour un rebond gagnant du premier nommé (1-2 à 56'25"). Voilà les locaux relancés pour une fin de match au couteau... mais qui ne changera rien à l'affaire. Malgré une dernière infamie de Bobby Raymond, sanctionné pour avoir "encastré" Jussi Haapasaari dans le but (58'15"), l'affaire est entendue. Comme Chassard rate le coche, que le jeu de puissance ne trouve pas d'autres solutions que Benoît Quessandier à la pointe et que le chance de "Vlad" ne tourne pas, le portier slovaque peut monter sur sa cage pour célébrer la victoire. Le plan de Daniel Bourdages s'est déroulé sans accrocs et le Canadien, sourire aux lèvres, peut savourer sa revanche. Pourtant ça ne s'est finalement pas joué à grand chose...

Le piège était tendu, c'était écrit, mais l'ICE n'a pu l'éviter. Bousculés par un adversaire coriace, les Spinaliens ont étalé leurs lacunes en supériorité numérique. Reste à voir si le retour de Jan Hagelberg va changer la donne. Si Strasbourg a remis les pendules à l'heure, Épinal devra rebondir. Au Coliséum dans un premier temps et surtout samedi prochain, à Villard-de-Lans.

 

Épinal - Strasbourg 1-2 (0-1, 0-0, 1-1)

Samedi 19 septembre 2009 à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 1000 spectateurs.

Arbitrage de Bruno Colléoni assisté de Laurent Rouèche et Pierre Dehaen.

Pénalités : 12' (6' + 2' + 4') contre Épinal ; 24' (2' + 6'+10' + 6') contre Strasbourg.

Tirs : 25 pour Épinal (5 + 10 + 10) ; 27 pour Strasbourg (12 + 5 + 10).

Évolution du score :

0-1 à 18'12" : Mallette (sup. num.)

0-2 à 45'00" : Stolc assisté de Joly et Sarazin

1-2 à 56'25" : Haapasaari assisté de Leroy (sup. num.)


Épinal

Gardien : Henrik Tojkander (sorti de sa cage à la 60e).

Défenseurs :  Benoît Quessandier (A, sur deux blocs, avec Peter Slovak et Niko Mäntylä) ; Fabien Leroy - Lionel Simon.

Attaquants :  Jan Simko - Michal Petrak - Jan Plch (C)  ; Tomi Karlsson - Jussi Haapasaari - Guillaume Chassard (A) ; Kévin Benchabane - Tarik Chipaux - Anthony Rapenne.

Remplaçants : Stanislav Petrik (G), Borislav Ilic, Nathan Ganz, Yvan Charpentier. Absents : Guillaume Papelier (rotule), Jan Hagelberg (épaule), Erwan Agostini (genou).

Strasbourg

Gardien : Vladimir Hiadlovsky.

Défenseurs : Hugues Cruchandeau - David Striz ; Michal Cesnek - Maxime Mallette ; Julien Burgert - Bobby Raymond ; Aziz Baazzi.

Attaquants : Cyril Trabichet - Élie Marcos (C) - Pierre Antoine Devin (A) ; Juho Lehtisalo - Édouard Dufournet - Heikki Laine ; Tomy Joly - Brennan Sarazin (A) - Miroslav Stolc.

Remplaçant : Gilles Beck (G). Absents : Timothée Franck et Jérémy Quillier (avec Amnéville).