Épinal - Briançon (Ligue Magnus, 3e journée)

Aux diables l'efficacité, aux Diables la victoire...

Qui dit match à émotions dit forcément... Briançon ! Au pays des images, "l'armée rouge" fait chou blanc depuis près de trois ans. Autant de défaites crève-coeur subies en prolongations. Mais, c'est bien connu, toute série à une fin.

Si la Coupe de la Ligue n'est pas un objectif prioritaire, la récente victoire chez des Dijonnais diminués (4-2) enraye cette spirale de l'échec dans laquelle se fourvoyaient les Dauphins. Ceux-ci s'apprêtent à relever un défi de taille : faire tomber le leader de son piédestal.

Reste que la "bande à Basile" ne se présente pas ce soir dans sa configuration optimale. Aux blessures de Szélig et Sjösten s'est ajoutée une gastro-entérite qui a laissé planer un doute sur le grand retour de Stéphane Gervais à Poissompré. Alité depuis mardi, le Canadien ne pouvait décemment pas manquer ça et le public ne s'y trompe pas en lui réservant une chaude ovation. Bien légitime pour l'un des défenseurs les plus marquants (à tous les sens du terme) du hockey spinalien. Gervais, pas au meilleur de sa forme, est logiquement ménagé par un Basile le "réservant" pour les supériorités numériques. Du coup, son "absence" ôte une rotation à une défense décimée malgré le retour de sa clé de voûte François Groleau. Le genou de Joni Lindlöf ayant trinqué samedi dernier, c'est le défensif Timo Seikkula, grand spécialiste des mises au jeu, qui pige aux-côtés d'Edo Terglav et Damien Raux. Ce dernier bascule du coup à l'aile gauche, un poste contre nature qui ne le mettra pas en valeur ce soir.

Le "show"...

Ce Briançon-là est donc prenable et les locaux font jeu égal en ces premiers instants. Moyennant, bien sûr, une bonne dose d'intensité défensive et deux contres rondement menés. Les Plch, Chipaux et autres Simko se régalent... et Sopko déguste, lui qui est rapidement mis dans le feu de l'action et démontre toute sa rapidité dans les déplacements latéraux (4e).

Si l'ICE a haussé son niveau de jeu, elle ne tarde pas à retomber dans son péché mignon : l'indiscipline. Une charge dans le dos du jeune Nathan Ganz (04'31") laisse une première opportunité au jeu de puissance, emmené par un certain Stéphane Gervais. Dans son domaine de prédilection, le Franco-Ontarien a toujours la gâchette facile mais ne peut vider son chargeur, la faute à un manque évident de sensations et, aussi, à un marquage strict. Une ténacité illustrée par ce forecheck très appuyé de Benoît Quessandier, qui ne fait aucun cadeau à Stéphane Gervais en le pressant très haut et sans ménagement jusque dans son camp (6e).

L'autre grand retour, ce soir à Poissompré, est celui de Stanislav Petrik. Mis à la porte du but par Tojkander, le Slovaque est revenu par la fenêtre après s'être totalement relancé à Dijon. Avec ses nouvelles bottes, d'un style très criard mais parfaitement accordé à ses nouvelles couleurs, Petrik donne vite raison à Andersson en montrant une solidité à toute épreuve face à des attaquants fébriles dans le dernier geste. Ramon Sopko, lui, n'affiche pas la même sérénité. Et pour cause : l'ex-Rouennais est remonté contre une couverture défensive laissant une trop grande marge de manœuvre à ses hôtes.

Bien que Peter Slovak n'ait pas transformé l'essai, Tommy Andersson persiste à l'utiliser à toutes les sauces en supériorité numérique. Sans ressortir l'éternelle rengaine des départs non compensés, ce secteur, très mal structuré, apparaît comme le parent pauvre du jeu spinalien. La logique voudrait qu'Hagelberg s'y colle mais le Finlandais est lui employé sur une deuxième brigade à forte consonance nordique (avec le seul Quessandier comme non "suomi"). Une escouade privée de buteur malgré Jussi Haapasaari et comptant quatre éléments d'inspiration défensive (dont Tomi Karlsson). Dans un registre totalement différent à celui de son prédécesseur, Jan Hagelberg vaut surtout par sa sobriété et la qualité de sa première passe.

PerezSi la "bande à Basile" peine à installer son jeu, elle reste avant tout maladroite dans la finition malgré la qualité intrinsèque de ses individualités. Parmi elles, ce Mickäel Perez gravitant aux-côtés des deux inséparables Marc-André Bernier et François-Pierre Guénette pour former une triplette à surveiller comme le lait sur le feu. Le capitaine Edo Terglav, lui, s'active sans pour autant faire la différence.

Les données ne changent pas au retour des vestiaires et la trappe vosgienne gêne toujours le déploiement haut-alpin. Malgré quelques essais aux-côtés de Gary Levêque, Stéphane Gervais doit se rendre à l'évidence. En petite forme, le tireur d'élite n'est pas d'attaque ce soir. Pas plus que ses anciens coéquipiers d'ailleurs, incapables de fructifier leurs avantages numériques. Cette fois, Slovak quitte la pointe pour s'ancrer dans le slot, histoire de combler le vide béant laissé par le départ de Salmivirta. Problème, le Slovaque ne pèse pas plus dans le jeu que dans les corps à corps, face à Korenko et compagnie. Fébriles sur jeu placé, les Lorrains reprennent du poil de la bête sous l'impulsion d'un Jussi Haapasaari omniprésent. Mais voilà, Sopko veille au grain. Petrik, lui, fait l'unanimité avec quelques parades bien senties et une prise de risque minimale, au contraire de son alter-ego, qui multiplie les relances et autres sorties audacieuses.

À force de patience, les Diables rouges trouvent des solutions et finissent par accentuer leurs présences en zone offensive. Il faut dire que Briançon, avec son potentiel offensif, a le choix des armes et envisage tous les angles d'attaque. L'artillerie lourde est de sortie lorsque Selan ou Groleau pilonnent. La "brigade légère" s'enflamme lorsque les Perez, Rohat et autres Bernier transpercent les lignes ennemies. Par chance pour les locaux, Petrik a la main chaude et retarde l'échéance, notamment sur ce poke-check salvateur face à Guénette, qui avait pris l'intervalle (34'37").

... puis l'effroi

Et Gervais dans tout ça ? Eh bien le Canadien n'a pas grand chose à se mettre sous la dent, sevré qu'il est par la rareté des supériorités numériques alpines. Aussi décide-t-il de s'en "payer une" en lançant Pépy dans le dos de la défense. Lionel Simon, pris de vitesse, n'a d'autres choix que d'accrocher (38'25") et se voit bientôt rejoint par Benoît Quessandier (39'44"). Sans fenêtre de tir, Gervais est muet mais Bernier, lui, est dans tous les bons coups... et même dans le seul brassage du match, quelques minutes auparavant ! Déjà que le Québécois impressionne par sa protection de puck, le voilà qui dégaine un shoot rasant que Petrik repousse dans l'axe. Là où ce diable de Terglav joue des coudes pour bonifier ce rebond (0-1 à 39'59"). Voilà un but ô combien important, marqué au buzzer et longuement contesté par les Spinaliens.

L'erreur serait de croire que le plus dur est fait pour les Diables rouges, même s'il leur reste encore une grosse minute en supériorité numérique. Mais voilà, Petrik, si brillant jusque-là, est vite refroidi par un nouveau slap lointain décoché par Bernier (0-2 à 41'11").

Dès lors, les vieux démons spinaliens ressurgissent et beaucoup, ici, regrettent déjà Shawn Allard. Tommy Andersson n'étant pour certains plus l'homme de la situation. Le "fighting spirit" de l'ère Allard ne se retrouve plus tellement et le style contre-nature d'Andersson ne semble pas optimiser le potentiel des troupes. Car les Dauphins n'ont plus les ressources physiques, mentales et collectives pour revenir dans la partie. Pire encore, on ne retrouve plus cette spontanéité offensive, comme si la "greffe nordique" altérait le rendement d'une première ligne portée disparue. Et si le renvoi de Shawn Allard était plus préjudiciable que les pertes conjointes d'Ilpo Salmivirta et Stéphane Gervais ?

Ces maux récurrents paraissent bien dérisoires lorsqu'un enfant, dans les tribunes, se prend un palet perdu en plein visage (46'03"). Celui-ci est rapidement évacué mais cette parenthèse s'accompagne forcément d'un petit moment de flottement. Petrik n'est plus dedans lorsqu'un dégagement cadré de Groleau (depuis son camp !) s'échoue dans le haut du filet (0-3 à 46'16"). Voilà un but cocasse rappelant que Petrik, malgré son casque, n'est pas à l'abri d'un but casquette...

Une fois encore, il n'aura pas manqué grand chose aux Spinaliens. Peut-être ce brin de réussite qui les fuit comme la peste depuis un mois. Briançon a eu plus de chance, certes, mais ne dit-on pas que celle-ci sourie aux audacieux ? Face à des Briançonnais sans génie, mais appliqués dans la gestion du score, l'ICE s'est empêtrée dans un faux rythme, sans réellement donner l'impression de pouvoir revenir. Pourtant Mäntylä l'a marqué, ce but tant attendu, en jaillissant au rebond d'une reprise foudroyante de Chassard. Mais Sopko, à bout portant, sort un arrêt venu d'ailleurs (53'20"). Le but de raccroc signé Simko (1-3 à 57'41") redonne quant à lui un semblant d'espoir vite douché par une fin de partie sans relief.

Stéphane Gervais a reçu un bien bel hommage du public, même s'il n'a pas marqué. Qu'importe, en passant par la Lorraine, Briançon a levé sa malédiction. Les Spinaliens, eux, auront une obligation de résultat à Neuilly samedi prochain, pour un tournant aux allures de traquenard sur une glace qui ne leur a jamais réussi...

 

Épinal - Briançon 1-3 (0-0, 0-1, 1-2)

Samedi 3 octobre 2009 à 20h15 à la patinoire de Poissompré. 1200 spectateurs.

Arbitrage de Savice Fabre assisté de Matthieu Loos et Jérémy Rauline.

Pénalités : 22' (4' + 16' + 2') contre Épinal ; 26' (2' + 16' +8') contre Briançon.

Tirs : 26 pour Épinal (10 + 7 + 9) ; 30 pour Briançon (11 + 11 + 8).

Évolution du score :

0-1 à 39'59" : Terglav assisté de Bernier et Perez (double sup. num.)

0-2 à 41'11" : Bernier assisté de Groleau et Perez (sup. num.)

0-3 à 46'16" : Groleau assisté de Guénette et Bernier (inf. num.)

1-3 à 57'41" : Simko assisté de Karlsson

 Épinal

Gardien : Stanislav Petrik [sorti à 59'].

Défenseurs : Jan Hagelberg - Peter Slovak ; Benoît Quessandier (A) - Niko Mäntylä ; Lionel Simon.

Attaquants : Jan Simko - Michal Petrak - Jan Plch (C) ; Tomi Karlsson - Jussi Haapasaari - Guillaume Chassard (A) ; Nathan Ganz - Erwan Agostini - Tarik Chipaux.

Remplaçants : Henrik Tojkander (G), Yvan Charpentier, Kévin Benchabane, Anthony Rapenne. Absents : Guillaume Papelier (rotule), Fabien Leroy (suspendu).

Briançon

Gardien : Ramon Sopko.

Défenseurs : Maks Selan - François Groleau ; Michal Korenko - Gary Levêque (A) ; Stéphane Gervais (A) [essentiellement en supériorité numérique].

Attaquants : Damien Raux - Timo Seikkula - Edo Terglav (C) ; Mickaël Perez - François-Pierre Guénette - Marc-André Bernier ; Sébastien Rohat - Quentin Pépy - Brice Chauvel ; Peter Bourgaut, Mathieu Reverdin.

Remplaçant : Aurélien Bertrand (G). Absents : Sebastian Sjösten, Viktor Szélig (ligament médial antérieur du genou), Joni Lindlöf (ligament médial antérieur du genou).