Présentation de la KHL (II) : division Tarasov

- Une nouvelle ville qui veut fêter avec un titre ses "1000 ans" autoproclamés
- Des drapeaux autrichiens qui flottent en tribune dans une patinoire russe
- Un hockeyeur condamné pour viol
- Un club de cinq ans d'âge qui sort un "maillot rétro"
- Des tickets d'entrée en baisse dans une ville sidérurgique en crise
- Un club de hockey formateur... de boxeurs professionnels

Découvrez toutes ces choses qui n'arrivent qu'en KHL avec la présentation de la division Tarasov : enjeux, anecdotes, forces en présence...

 

Lokomotiv1000 ans ! Ce sera l'âge officiel de la ville de Yaroslavl en 2010. Exactement comme Kazan il y a cinq ans, ce millénaire a été fixé de manière très arbitraire compte tenu de l'absence d'archives précises quant à une réelle date de fondation. Mais l'important, c'est que la fête soit belle et grandiose. Par conséquent, les autorités locales ont clairement fait savoir au Lokomotiv Yaroslavl, finaliste la saison passée, qu'il devait cette fois remporter le titre de champion, attendu depuis six ans.

On se souvient de qui s'était passé lors du millénaire de Kazan : l'acquisition d'une pléïade de stars mondiales (Lecavalier, Kovalchuk, Heatley, Kovalev...) pour un championnat médiocre une élimination en quart de finale par... Yaroslavl. Le "Loko" est donc bien placé pour ne pas reproduire cette erreur. Le risque était faible de toute manière. L'entraîneur finlandais Kari Heikkilä construit toujours des équipes stables et homogènes, d'où aucune tête ne dépasse. La seule star Aleksei Yashin a fait ses valises pour Saint-Pétersbourg à l'intersaison, et le club ne s'est pas lancé à corps perdu dans le recrutement. Au contraire.

Au moment même où les mesures anti-crise adoptées par la KHL permettaient de réduire les salaires de ses joueurs sous contrat, le Lokomotiv s'est appliqué à préserver les rémunérations de ses cadres, récompensait ainsi leur fidélité. La recrue au plus gros salaire n'est "que" Richard Zednik, joueur surtout connu pour son terrible accident de février 2008 lorsqu'il a eu la carotide sectionnée par le patin d'Olli Jokinen, son coéquipier aux Florida Panthers. La vitesse du Slovaque pourrait être redoutable en contre-attaque dans cette formation aux schémas défensifs.

Ce club sans crise, modèle de stabilité, n'en connaît pas moins un début de championnat délicat. Il faut dire que Georgi Gelashvili, le meilleur gardien de la saison dernière, s'est blessé à la main à son troisième match et sera absent deux mois. Le club n'a pas cédé à la panique et fait confiance à Sergei Gaiduchenko, un Ukrainien qui a fini sa formation à Yaroslavl et changé de nationalité (comme en son temps Vitali Vishnevsky, le leader de la défense du Loko). Ce gardien de 20 ans, bombardé titulaire, était numéro 3 l'an passé et n'avait joué que trois matches.

L'attaque aussi s'est retrouvée un peu affaiblie. La recrue Radek Bonk a pris la porte après sept matches : insuffisance sur la glace (2 assists) et excès hors glace. Et au moment où le genou d'Aleksei Mikhnov était guéri, un autre ailier important, Zbynek Irgl, s'est blessé à son tour. Ce coup-ci, par contre, le Loko a réagi en flairant les bons coups. Lorsque Dmitri Afanasenkov a été envoyé en équipe réserve par le Dynamo Moscou, les autres équipes pouvaient reprendre son contrat dans les 48 heures selon le règlement. Yaroslavl en a profité pour s'attacher les services du vainqueur de la Coupe Stanley 2004... qui a marqué deux buts à son premier match. Merci qui ? Merci le Dynamo !

 

AtlantDébut mai, l'Atlant Mytishchi paraissait très mal en point. Ses deux gardiens (Emery et Kolesnik) et cinq de ses six meilleurs marqueurs (Korolyuk, Pirnes, Leshchev, Johansson, Arkhipov) étaient partis. Le vétéran tchèque Jaroslav Bednar, qui avait annoncé sa venue peu avant, expliquait que le club s'était rétracté pour raisons financières. On évoquait alors un budget en baisse de 40% et une équipe presque vidée de ses forces. Il n'en restait plus qu'un, le meilleur de tous, le champion du monde Sergei Mozyakin, meilleur marqueur de la saison régulière de la première KHL. Le gouverneur de la région de Moscou, Boris Gromov, s'est occupé personnellement de la question et a rencontré le buteur pour s'assurer qu'il reste. restait une question lancinante : la star se retrouverait-elle toute seule ?

Et puis, en quatre jours fin mai, l'Atlant a soudain recruté quatre attaquants : le vétéran de 38 ans Oleg Petrov (champion sortant à Kazan), le rapide pour sa taille Oleg Kvasha, le Canadien Éric Landry et double champion d'Europe Igor Mirnov. Peu après, l'international finlandais Mikko Luoma était engagé pour succéder à Magnus Johansson dans le rôle du défenseur offensif.

L'équipe retrouvait donc un peu d'allure, tandis que le remaniement se poursuivait dans les coulisses. Manager général depuis quatre ans, Leonid Vaisfeld était débarqué, par manque de résultats obtenus en play-offs. c'est donc une équipe bouleversée à 60% qui se présente pour cette nouvelle saison. La question du gardien, longtemps en suspens, s'est finalement résolu : Antero Niitymäki, un temps approché, est resté à Tampa Bay, mais un autre héros des derniers Jeux Olympiques de Turin, l'international suisse Martin Gerber, a signé.

C'est en septembre que l'on s'est aperçu que l'Atlant est loin d'avoir perdu ses moyens, avec l'arrivée de Nikolaï Zherdev. Le numéro 4 de la draft 2004 est un talent qui s'est un peu perdu en chemin. Il a connu une bonne saison avec les New York Rangers... jusqu'à ce que le passage à un coach lui laissant moins de libertés (John Tortorella à la place de Tom Renney) le fasse éjecter de la première ligne. Nanti d'une offre de 3 millions de dollars, l'agent de Zherdev a préféré ouvrir une procédure d'arbitrage, qui se fonde uniquement sur les statistiques et lui a donné le droit de réclamer 4 millions par an. Le problème, c'est que les Rangers ont refusé de payer autant et ont préféré libérer Zherdev... On ne s'est alors pas bousculé pour le recruter. Zherdev a une étiquette de joueurs à problèmes ou à malentendus : aux derniers Mondiaux, il a eu le doigt cassé accidentellement par un coéquipier (Frolov) à sa deuxième présence, et Bykov ne semble plus trop compter sur lui puisqu'il ne l'a pas invité à son camp de préparation olympique.

Une chose est sûre en tout cas : si l'Atlant a engagé Zherdev, cela veut dire que le budget n'a pas baissé tant que ça. Maintenant, l'autoritaire Fedor Kanareïkin saura-t-il gérer ce cas difficile ?

 

TorpedoLe Torpedo Nijni Novgorod est le club qui a engagé Jaroslav Bednar, le meilleur marqueur de l'Extraliga tchèque, après son transfert raté à Mytishchi. Il retrouve sur sa ligne trois autres renforts étrangers, le centre suédois Joakim Lindström (venu des Coyotes de Phoenix) et deux compatriotes tchèques, le buteur Pavel Brendl et le défenseur Angel Krstev. L'arrière Evgeni Korolev, qui devait être le seul Russe de ce premier bloc, s'est malheureusement blessé aux ligaments croisés et au ménisque au sixième match.

Un coup dur qui rend l'équipe encore plus dépendante du cinquième étranger, Bernd Brückler. L'ancien gardien d'Espoo a été vite adopté puisque des spectateurs ont brandi en tribune des drapeaux autrichiens, qu'on ne voit pas tous les jours en Russie !

La confiance règne et le Torpedo pourrait être le grand gagnant de la répartition des poules : dans la Conférence ouest, il y a en effet une nette différence de niveau entre une division Bobrov très relevée et une division Tarasov plus faible, avec deux favoris puis des clubs plus modestes. Une chance pour Nijni Novgorod, qui est sans doute le meilleur d'entre eux et pourra profiter des 10 matches "intra-division" supplémentaires pour accumuler des points précieux pour la qualification en quart de finale de conférence...

Si les recrues ont vite convaincu, la pré-saison a été troublée par un évènement plus gênant : Yuri Butsaïev a été emprisonné en juillet, accusé d'avoir violé une jeune Finlandaise lors du stage d'entraînement à Asikkala. Il a été condamné à 21 mois de prison avec sursis plus des dommages et intérêts, et il a été libéré en septembre. Le Torpedo avait néanmoins fait savoir dès le début de l'affaire qu'il ne reprendrait pas l'attaquant de Togliatti, qui évoluait à Nijni Novgorod depuis deux ans.

 

MVDLes maillots "rétro" sont une invention prisée par les amateurs d'histoire (et/ou de recettes de merchandising). Elle consiste à rendre hommage aux équipes passées et à la tradition d'un club (à faire fructifier commercialement). Il y avait cependant une chose qu'on n'avait encore jamais vue, c'est qu'un club créé il y a cinq ans à peine décide de jouer en "maillot rétro" !

C'est pourtant ce qu'a fait le HK MVD : le club du ministère de l'intérieur avait été créé en 2004/05 à Tver, à 167 kilomètres au nord-ouest de Moscou. Il joue aujourd'hui à Balashika, à 25 kilomètres à l'est de la capitale. Il est donc probable que la plupart des spectateurs actuels n'a jamais vu le maillot de la première saison. Cette "antiquité" sera ressortie et utilisée tous les 5 matches à domicile. Ou comment faire du neuf avec du (pas très) vieux...

Quant aux joueurs qui ont connu cette première saison, c'est sûr, il n'en reste plus. En effet, le buteur biélorusse Oleg Antonenko, jugé trop vieux à 37 ans, s'en est allé. Le MVD a aussi perdu son meilleur défenseur offensif Jame Pollock et son meilleur défenseur défensif Jiri Marusak.

Heureusement, Olegs Znaroks, l'entraîneur national de la Lettonie, a aidé au recrutement. Sachant que le Dinamo Riga voulait se séparer de la plupart de ses étrangers, il a pu se renseigner auprès de ses ouailles en sélection sur l'attaquant canadien Matt Ellison et le défenseur tchèque Filip Novak. Il en a entendu suffisamment de bien pour les recruter pour son club. Et pour ce qui est du nouveau leader défensif, pas besoin de prendre conseil : le champion du monde 2002 Martin Strbak est connu de tout un chacun.

Le MVD a donc à peu près compensé ses départs pour rester à peu près au même niveau. Le souci, c'est que ça ne suffit pas, puisqu'il avait terminé dix-huitième l'an passé. Il a environ autant de chances d'accéder aux play-offs que la Lettonie d'accéder aux quarts de finale des championnats du monde... ce qui signifie donc que ce n'est pas impossible. Ce que Znaroks a fait avec la sélection grenat, il pourrait le refaire avec la brigade de Balashika !

 

SeverstalLe Severstal Cherepovets, qui ne peut plus suivre financièrement les grosses écuries, décline lentement d'année en année. À l'intersaison, son capitaine et meilleur marqueur Yuri Trubachev et son défenseur et surprenant international canadien Joel Kwiatkowski sont tous deux partis à Saint-Pétersbourg.

La tendance n'est pas près de s'inverser. Les compte du groupe sidérurgique Severstal viennent de passer dans le rouge avec la chute des prix de l'acier, et les habitants de la ville industrielle sont eux-mêmes touchés par la crise. Le club a fait chuter le prix des billets de 19%, en gardant inchangés le coût du parking et des souvenirs.

Dans ces conditions, la filière slovaque apparaît plus que jamais comme le meilleur recours. Rastislav Stana tient toujours les cages, plus que jamais même puisque le temps de jeu des gardiens étrangers ne sera plus limité cette saison. Ladislav Nagy a été conservé malgré des statistiques beaucoup plus médiocres que celles qu'il amassait en NHL, et il est rejoint par deux nouveaux compatriotes : Marek Zagrapan est un numéro 13 de draft (en 2005) frustré d'avoir passé trois ans en AHL sans avoir eu une seule fois sa chance plus haut, et le défenseur Peter Smrek (Plzen) faisait partie de la seule équipe slovaque championne du monde en 2002. Le cinquième étranger est le Tchèque Josef Straka, présent pour une troisième saison et qui reste la principale assurance offensive d'une équipe limitée.

 

VityazSi, si, le Vityaz Chekhov est un club formateur... Il faut juste préciser dans quel sport. L'ailier canadien Nathan Perrott (stats en Russie : 24 matches, 0 but, 1 assistance, 235 minutes de pénalité) a ainsi tiré profit des conseils donnés par Aleksandr Povetkin, un des entraîneurs de l'équipe olympique russe de boxe, qui donne prodigue régulièrement ses conseils au Vityaz. Ayant raccroché les patins, Perrott vient en effet de faire ses débuts dans la boxe professionnelle aux États-Unis...

Le Vityaz s'est mis en quête d'un successeur et a négocié avec un des principaux bagarreurs de NHL, Donald Brashear, en vain puisque ce dernier a signé aux New York Rangers. En fin de compte, il n'a engagé personne, et pour cause puisqu'il a failli se faire éjecter de la KHL en août pour ses problèmes financiers. Tout le monde n'aurait regretté ce club très particulier, qui a néanmoins trouvé les 300 millions de roubles manquants.

Aujourd'hui, l'effectif a été rajeuni de force : Bryan Berard a disparu lui aussi, et Chris Simon se retrouve plus que jamais le seul leader. La seule recrue importante est le buteur Gleb Klimenko, qui ne fait que revenir puisqu'il était parti en janvier à Kazan avec qui il est devenu champion. Mais ce n'est pas parce qu'il y a quelques joueurs en moins que le Vityaz va changer de style. Le manager Aleksei Zhamnov souhaite toujours que son équipe ressemble aux Chicago Blackhawks période Bob Probert, dont il faisait partie à la fin du siècle dernier. Il se rappelle que "tout le monde avait peur de Chicago". Ce qu'il a peut-être oublié en revanche, c'est que, pendant les huit années qu'il a passées chez les Blackhawks, il n'a atteint que deux fois les play-offs, pour deux éliminations immédiates...

L'entraîneur Mike Krushelnyski, lui, a une vision plus prosaïque. Pour lui, le physique est le complément de la mobilité et doit avant tout servir à exercer une pression de tous les instants sur l'adversaire. En bon Canadien, il ne connaît qu'un seul objectif qui vaille, c'est la victoire. Une chose très rare à Chekhov, mais le vilain petit canard a pris - très provisoirement - la tête de la KHL après deux succès initiaux. Le Vityaz a ainsi fait pour une fois parler de lui en bien, et pourrait devenir autre chose qu'une attraction de foire.