Le point sur la situation à Épinal

C'est un automne vraiment pourri, comme le hockey spinalien n'en a peut-être jamais connu. Décidément plus ça va... moins ça va pour des Dauphins pris dans une spirale négative. Bons derniers de Ligue Magnus (avec un match en moins), éliminés des deux coupes nationales, les hockeyeurs de la Cité des Images enchaînent les tuiles depuis la reprise. À la veille d'un derby crucial à Dijon, un état des lieux s'impose...

Poissompré, la poisse...

Comme si les mauvais résultats ne suffisaient pas, la fatalité en a remis une couche début octobre, lorsqu'on s'inquiéta "subitement" pour cette charpente rongée par le temps et les moisissures pour fermer Poissompré. Une mesure préventive, même si l'état du toit ne s'est évidemment pas dégradé du jour au lendemain...

Voilà donc les Dauphins, "SDF" depuis trois semaines et contraints à l'exil, délocalisant matchs et entraînements (à Metz), le temps qu'une alternative soit mise sur pied (sous forme d'une piste amovible 56x26 dans un chapiteau d'une contenance estimée à 1 000 spectateurs, le tout servi fin novembre). Les travaux ont déjà commencé.

Un potentiel inabouti...

Ces circonstances difficiles pèsent forcément sur le moral des troupes. Les mêmes qui, le 24 octobre dernier, croyaient avoir repris du poil de la bête en menant 2-0 à la mi-match au Coliséum... avant de s'en prendre trois en une minute. Décidément, les matchs se suivent et se ressemblent...

Dans l'état actuel des choses, le public spinalien, qui avait prit goût aux caviar, doit se ré-habituer à l'ordinaire. À moins qu'un déclic ne remette tout le monde dans le droit chemin. Mais encore faut-il rectifier ces petits rien qui font toute la différence et notamment l'inconstance récurrente d'une équipe aux ressources (autant mentales que physiques) apparemment limitées.

Andersson... le faux

C'est qu'il n'a pas fallu longtemps aux suiveurs les plus perspicaces pour établir un lien concret entre lui et son compatriote Joakim Nilsson (en 2005/06). Bien sûr, les playoffs 2006, réussis au-delà de toute espérance, nuancèrent le bilan mitigé de Nilsson. Mais voilà, pour Tommy Andersson, si la manière n'y est pas, la matière n'y est pas non plus. Et sans capital points, pas de play-offs...

Certains regrettent Shawn Allard, "liquidé" par un club où il s'investissait totalement. Peut-être trop aux eux de certains, les mêmes qui, aujourd'hui, constatent le vide laissé par son départ forcé.

Shawn Allard avait su fédérer ses troupes pour en optimiser le potentiel. Cette année, on est en loin. D'un coach charismatique, passionné, à un entraîneur flegmatique, voire léthargique, l'ICE est passée du coq à l'âne... et a visiblement perdu son âme.

D'un avis unanime, Tommy Andersson a sa part de responsabilité tant son coaching et son attitude sont sans équivoque. Distant avec ses joueurs, peu communicatif, le Suédois n'est pas un modèle du genre. Et surtout pas lors des temps morts, qu'il suit d'un oeil distrait... Pas meneur d'hommes pour deux sous, Andersson n'est pas plus logique dans ses choix tactiques, qui dépassent parfois toute logique. Sous ses ordres, le powerplay est devenu consternant. Caricatural même lorsqu'il s'obstine à utiliser Peter Slovak dans un rôle contre-nature, où il n'a aucun repère : en pointe à la ligne bleue...

Le bouc-émissaire est donc tout trouvé et l'exécutif spinalien, qui se refusait jusqu'alors de l'accabler, l'a clairement placé devant ses responsabilités. Un nouvel échec "sans panache" en Bourgogne le condamnerait à coup sûr...

Un jeu de puissance... impuissant

Qu'attendre d'un secteur négligé depuis la reprise de l'entraînement ? Eh bien, qu'il ne soit tout simplement pas opérationnel. Quelqu’en soit la formule choisie par Andersson (qui n'a par ailleurs rien testé en pré-saison), le résultat sans appel : 7,4 % d'efficacité en championnat. Et dire que ce secteur, aujourd'hui très approximatif, a si souvent fait la différence dans un passé récent....

Il fallait s'y attendre, les pertes de deux pièces maîtresses (Gervais et Salmivirta) sont rédhibitoires. On croyait pourtant ces départs compensés par les arrivées d'Hagelberg et Karlsson. En fait, on s'est vite rendu compte qu'ils étaient irremplaçables.

Des cadres méconnaissables

Les carences du jeu de puissance reflètent un manque de créativité, de cohésion et de travail. Pourtant, le potentiel est là. Mais voilà, les tauliers semblent perdus dans cette ère "post-Allard". Même en supériorité numérique où leurs aptitudes ne sont pourtant plus à démontrer. Étonnement, les Simko, Chassard, Slovak et autres Petrak, n'affichent quant à eux plus le même niveau de performance et de régularité.

Mais le cas le plus marquant reste celui de Jan Plch, presque redevenu un joueur "ordinaire". Tous paraissent en tout cas émoussés et ne manfiestent pas toujours un entrain débordant.

Une attaque patraque et une défense qui craque

Tommy Andersson semble tellement incapable de prendre ses responsabilités qu'il a fallu lui forcer la main pour qu'il retouche son alignement offensif. Le même qui, en trois mois, n'a jamais trouvé la bonne carburation. Une inefficacité offensive qui va de paire avec celle d'un powerplay aussi "folklorique" qu'improductif.

Si les relances ne sont pas son point fort, la défense s'étiole au fil des matchs, emportant dans son sillage un box-play misérable (à peine 70 % d'efficacité en Ligue Magnus). Rédhibitoire pour l'une des équipe les plus sanctionnée de ce début de saison.

Bien sûr, la suspension de Fabien Leroy a pesé dans la balance, affectant les rotations et privant l'arrière-garde d'une bonne dose d'agressivité. Mais l'absence d'un véritable patron commence à se faire sentir. Jadis, il y avait bien Peter Slovak mais celui-ci, en plus de confondre sa gauche de sa droite (replacement oblige), n'a plus son assurance caractéristique.

L'arrivée prochaine d'un renfort étranger devrait apporter un peu de sang neuf à ce secteur lui-aussi sinistré. Ce qui ne veut pas nécessairement dire "faire du neuf avec du vieux". En rappelant un certain Peter Listiak par exemple...

Des recrues en question

Tout cela n'aide évidemment pas les nouvelles recrues à prendre leurs marques et il est difficile de savoir si les Karlsson et autres Hagelberg jouent à leur véritable niveau. Jan Hagelberg par exemple, qui signa des débuts prometteurs au tournoi de Colmar avant de se blesser à l'épaule. À son retour, le Finlandais est rentré dans le rang, sans avoir l'impact offensif escompté. Problème, c'est justement pour cela qu'il fut engagé...

Tomi Karlsson en a sous le patin mais ne soutient pourtant pas la comparaison avec Ilpo Salmivirta, plus complet dans tous les secteurs du jeu. Piètre finisseur, Karlsson compense dans son rôle d'essuie-glace qui colle bien à l'image d'une deuxième ligne travailleuse, certes, mais loin du rendu attendu. Comme si l'association Karlsson-Haapasaari-Chassard, si prometteuse sur le papier, était restée à l'état théorique. Faute d'automatismes et de complémentarité.

La pré-saison laborieuse de Jussi Haapasaari était annonciatrice d'une ré-adaptation délicate à un contexte qui lui est pourtant familier. Autrefois percutant lorsqu'il faisait les beaux jours d'Épinal, le Finlandais est aujourd'hui méconnaissable. Est-ce bien LE Jussi Haapasaari, celui qui termina meilleur compteur du Kiekko-Vantaa l'an passé, qui a été rapatrié ? Ou alors s'agit-il tout simplement d'un autre "effet Andersson" ?

Niko Mäntylä, lui, se démarque par son intensité naturelle aux-côtés de Benoît Quessandier. Le longiligne Finlandais pourrait donner des idées en supériorité numérique puisque son slap (comme celui de Leroy d'ailleurs) est assez impressionnant. L'essai a été tenté, mais pas transformé...

Henrik Tojkander est lui victime du zèle conservateur dont fait preuve Tommy Andersson. Pas étonnant que le gardien suédois soit émoussé par l'accumulation des matchs (et des défaites). Pas étonnant non plus qu'il alloue une moyenne de but très élevée, même si tout ne lui est évidemment pas imputable. Comment plomber un gardien qui, du coup, ne fait pas mieux qu'un Stanislav Petrik valant toujours son "mauvais but" par match... Le mental ne sera jamais le point fort du Slovaque, qui semble, à première vue, toujours faire la saison de trop. À première vue seulement puisqu'il est toujours précieux de l'avoir sous la main.

Quelques satisfactions, quand même...

Reste la troisième ligne, qui est aujourd'hui la plus régulière de toute autour d'une paire Chipaux-Agostini au four et au moulin. Les jeunes Nathan Ganz et Anthony Rapenne (et parfois même Kévin Benchabane) ont eu, en l'absence d'un Guillaume Papelier convalescent, droit à leur part du gâteau et ne déméritent pas. Comme quoi, tout n'est pas si noir...

L'élimination des deux Coupes nationales est un mal pour un bien car elle décharge un groupe ayant bien d'autres chats à fouetter. Finie cette 6e place, objectif  "officiel" d'avant saison. Dorénavant, il est question de maintien...