Grenoble - Amiens (Ligue Magnus, 7e journée)

Grenoble contre vents et marées

Après une semaine particulièrement mouvementée dans les coulisses, les Brûleurs de Loups retrouvent le chemin de la glace. Première conséquence des sanctions prises par la fédération contre le club grenoblois pour avoir présenté des documents comptables erronés en juin : 6 points de moins au classement de la Ligue Magnus. Grenoble glisse ainsi au septième rang à six points de son adversaire du jour alors que les deux équipes étaient encore à égalité au début de la semaine. Une course à handicap débute donc pour les hommes de Mats Lusth qui devront également faire l'impasse sur la coupe de France. Pas de quoi avoir le moral au beau fixe et la réaction des joueurs grenoblois ce soir reste une réelle inconnue. A l'inverse, les Gothiques, en pleine forme, espèrent profiter de la situation difficile de leurs hôtes pour enchaîner une dixième victoire d'affilée toutes compétitions confondues.

Mats Lusth et Patrick Rolland sont toujours privés de leur buteur providentiel, Mitja Sivic, tandis que Nicolas Arrossamena et Jason Crossman ont rejoint le Slovène à l'infirmerie suite au match contre Mont-Blanc il y a une semaine. Un sacré casse-tête qui oblige Mats Lusth à aligner Alexandre Rouleau en attaque. Eddy Ferhi, qui a assuré le succès grenoblois au troisième tiers samedi dernier, est cette fois titularisé d'entrée. Du côté d'Amiens, Anthony Mortas et Vincent Bachet manquent à l'appel alors que Loïc Sadoun, un temps incertain, tient finalement sa place.

Après la minute de silence en hommage à Jean-François Pointet, l'entraîneur-joueur d'Avignon, formé à Grenoble et décédé cette semaine au cours d'une rencontre de coupe de France, la rencontre débute sans retenue avec un jeu très offensif. Le palet va rapidement d'une cage à l'autre, sans temps mort. Les locaux ne paraissent pas touchés moralement par les annonces de la semaine et effectuent une grosse pression sur la cage de Koivula, au propre comme au figuré avec de nombreux contacts sur la cage amiénoise durant tout le tiers. Fleury manque une reprise de volée devant la cage amiénoise. Bien organisés défensivement et agressifs au forecheck, les Gothiques perturbent les Brûleurs de Loups qui n'arrivent pas à installer leur jeu de puissance suite à une faute de Pawel Kowalczyk. Grenoble domine mais ne marque pas.

À l'inverse, Amiens est toujours dangereux dans la zone offensive grenobloise. Sur un lancer de Simon Petit, Yannick Offret exploite tranquillement un rebond laissé par Ferhi et ouvre le score (0-1, 09'12"). Ce but, inscrit contre le cours du jeu, semble motiver encore plus les Grenoblois qui repartent à l'assaut des cages de Koivula. La récompense vient enfin deux minutes plus tard sur un contre de Maxime Moisand dont l'accélération sur l'aile gauche laisse sur place la défense amiénoise. Le jeune défenseur grenoblois centre dans le bon timing pour Raphäel Papa dont la reprise du revers fait mouche (1-1, 11'06").cayerdavid

On attendait l'opposition de style entre Canadiens et Suédois et ce sont finalement les troisièmes lignes qui font le spectacle en ce début de rencontre. Et ce n'est pas fini puisque l'engagement à peine donné, Amiens se porte dans la zone d'attaque : un tir flottant de Romain Bault, vraisemblablement dévié au passage, finit sa course au fond des filets, au grand dam d'Eddy Ferhi qui réclame une crosse haute (1-2, 11'32"). Tout est à refaire pour les Grenoblois qui cette fois perdent confiance et se montrent de plus en plus fébriles, à l'image de leur portier international, à côté de ses patins dans ce premier tiers. Rien ne fonctionne pour Grenoble, pas même un deuxième power-play, mal négocié. Koivula se montre solide malgré la pression physique des Grenoblois qui commencent à montrer quelques signes de nervosité. Les attaquants amiénois déstabilisent pour leur part sans arrêt la défense grenobloise par leur vitesse de patinage. À cinq contre cinq, la ligne canadienne d'Amiens met au supplice une défense grenobloise incapable de se dégager et qui finit par craquer sur une action confuse devant le slot conclue par Cayer qui glisse le palet derrière Ferhi (1-3, 14'28").

Mal en point, les champions de France se lancent dans des attaques désordonnées qui laissent bien souvent de grands boulevards derrière. Les approximations sont nombreuses et les Dauphinois confondent souvent vitesse et précipitation. À l'inverse, les Picards sont dans une position confortable, à l'affût du moindre contre. Pourtant, Grenoble finit par revenir dans le match à deux minutes de la sirène sur un centre de Christophe Tartari, repris par Jean-François Dufour, idéalement placé devant la cage amiénoise (2-3, 18'10"). Les locaux semblent avoir fait le plus dur mais Antonin Manavian, guère à son aise dans cette période, commet une faute à l'engagement, en étant une nouvelle fois pris de vitesse. La sanction est immédiate : Amiens s'installe avec à la baguette le duo Pazak-Sadoun, ce dernier adressant un centre-tir à Grégory Béron, bien placé près du poteau et qui conclut au milieu d'une défense complètement absente (2-4, 18'42"). Malgré une bonne volonté évidente, les Grenoblois se montrés bien trop approximatifs en défense, encaissant quatre buts en vingt minutes, ce qui ne leur était pas arrivé depuis longtemps.

Avec deux buts d'avance, Amiens peut voir venir en deuxième période. D'autant que Grenoble semble continuer à déjouer : Milovanovic écope d'une pénalité indiscutable dès le début du tiers, illustrant l'incapacité de la défense grenobloise à endiguer les assauts amiénois. Julien Baylacq, infatigable travailleur en infériorité numérique, parvient à s'échapper avec le palet mais bute sur Koivula. Grosse occasion ratée pour Grenoble, mais Amiens ne fait pas mieux sur une sortie mal négociée par Eddy Ferhi en ne parvenant pas à redresser le palet pour le glisser au fond de la cage vide. Un tournant ? Sans doute car Damien Fleury s'échappe à son tour quelques secondes plus tard et mystifie Koivula d'une jolie feinte... Au lieu d'un 2-5 qui aurait été sans doute rédhibitoire, l'écart est désormais d'un petit but et ce n'est plus du tout la même histoire (3-4, 22'34"). Cette fois, les Brûleurs de Loups sentent le bon coup et ne laissent plus la moindre initiative à leurs adversaires. Alexandre Rouleau, plus combatif que jamais, prend les choses en main. Le défenseur, reconverti attaquant l'espace d'une soirée, déborde sur la droite avant d'adresser un puissant slap croisé en hauteur qui transperce littéralement Koivula. Le poing rageur de Rouleau symbolise à lui seul cette équipe grenobloise, aux ressources mentales toujours étonnantes et qui ne renonce jamais (4-4, 23'45").

Cette fois, la dynamique a clairement changé de camp. Pôle Sud revit et les champions de France ont repris les choses en main sur la glace. L'enfant du pays, Teddy Trabichet, de retour sur ses terres, est emporté dans la tourmente et rejoint le banc des pénalités. Grenoble peut enfoncer le clou mais Koivula ferme cette fois la porte. À la mi-match, l'égalité est parfaite et bien malin qui peut prévoir l'issue de la rencontre. Riendeau se démène en supériorité numérique, mais Ferhi retrouve ses sensations et réalise plusieurs arrêts consécutifs, importants pour se refaire une confiance.

La seconde moitié du tiers perd en intensité mais les pénalités vont finir par faire la différence. Après trois échecs en avantage numérique, les Grenoblois bonifient leur quatrième tentative lorsque Jean-François Dufour surprend la défense amiénoise et reprend acrobatiquement le palet devant Koivula, moins inspiré durant la deuxième période (5-4, 35'06"). Pour la première fois, les coéquipiers de Christophe Tartari prennent les commandes du match et préservent leur acquis jusqu'à la pause malgré plusieurs situations chaudes devant Ferhi. Une faute provoquée mais superflue de Petit permettra même à Grenoble de terminer plus confortablement la période.

trabichetteddyIl reste vingt minutes à Grenoble pour que ce retour inespéré ne soit pas vain. Pourtant, les Brûleurs de Loups ne prennent pas les choses par le bon bout : après une fin de supériorité numérique stérile malgré une bonne opportunité de Fleury, ils sont sanctionnés par un surnombre entre la sortie de Fleury et l'entrée de Baylacq. Une faute bête qui aurait pu avoir des conséquences fâcheuses. Mais Jean-Philippe Glaude rend service aux Grenoblois : il s'accroche avec Viktor Wallin à l'opposé de l'action, se fait sanctionner pour cinglage et regagne le banc des prisons : le power-play amiénois n'aura duré que douze secondes !

Les hommes de Mats Lusth, peuvent donc continuer à gérer leur avance en prenant moins de risques offensifs et en contrôlant les attaques amiénoises. À plusieurs reprises, ils essaient même d'enfoncer le clou : par Nicolas Besch qui bute sur Koivula puis par Damien Fleury dont la reprise sans contrôle échoue sur la barre transversale. Et c'est finalement Alexandre Rouleau qui débloque la situation d'un slap lointain cette fois qui oblige Koivula à s'avouer vaincu pour la quatrième fois d'affilée (6-4, 49'28").

La victoire semble ne pas pouvoir échapper aux locaux désormais même si Jean-Philippe Glaude stoppe enfin l'hémorragie en power-play à la suite d'une nouvelle situation confuse devant la cage de Ferhi (6-5, 52'25"). Sous l'impulsion de Riendeau, Amiens peut ainsi remettre la pression dans les dernières minutes pour tenter d'arracher au moins la prolongation. Mais les deux équipes, qui ont beaucoup donné, semblent avoir du mal à accélérer. Grenoble gagne deux minutes suite à une prison de Romain Bault. Les attaquants suédois font le reste du travail défensivement afin de maintenir le palet le plus longtemps possible dans la zone amiénoise. Richer ne parvient pas à sortir Koivula avant la dernière minute : c'est trop tard. Le palet frôle la cage vide, l'action revient devant la cage grenobloise suite à un dégagement interdit très discutable sifflé par les arbitres assistants. Les dernières secondes sont tendues mais les Brûleurs de Loups peuvent exulter et savourer un succès qui a mis longtemps à se dessiner.

Amiens s'incline une nouvelle fois par la plus petite des marges face aux Brûleurs de Loups après deux défaites 1-2 l'an dernier. Cette fois pourtant, les Gothiques avaient réussi à faire rapidement sauter le verrou défensif grenoblois en menant la rencontre sur le terrain de l'offensive qui leur réussit si bien depuis le début de la saison. La ligne canadienne, impressionnante de vitesse, semblait incontrôlable pendant vingt minutes. La troisième ligne a fait plus que remplir son contrat. Et puis les Gothiques se sont mis à subir progressivement et ce fut le début de la fin vu que défendre est loin d'être une spécialité amiénoise.

Ville Koivula, très bon au premier tiers-temps, s'est montré trop irrégulier par la suite. Quant à la défense, elle a laissé beaucoup trop d'espaces par manque de concentration à l'image de cette supériorité numérique en début de deuxième tiers où par deux fois des Grenoblois (Baylacq puis Fleury) sont parvenus à s'échapper à la ligne bleue alors qu'Amiens avait deux buts d'avance. Les Gothiques voient donc leur série s'arrêter et repartent en Picardie les mains vides après avoir mené et bousculé les champions de France pendant plus de vingt minutes. Pas entièrement négatif pour la suite de la saison même si le résultat brut reste frustrant.

Du côté grenoblois, on revient de très loin. Fragilisés psychologiquement, les Brûleurs de Loups semblaient mal en point après une première période au cours de laquelle ils avaient perdu tous leurs repères défensifs. Mais comme la saison dernière, ils ont su renverser une situation apparemment compromise grâce à un mental hors norme. Aux avant-postes pour mener la fronde : les Québécois Rouleau et Dufour, auteurs de deux buts chacun. Le placement de Rouleau en attaque a forcément fragilisé la défense grenobloise, mais il a fini par payer offensivement plus tard dans la rencontre. Déterminé et combatif, Rouleau a fait parler sa puissance et sa précision dans un match qu'il a marqué de son empreinte, entraînant ses coéquipiers dans son sillage.

À commencer par son compatriote Jean-François Dufour, parfois décrié pour son manque d'efficacité. En marquant deux buts "à la canadienne" devant la cage , il a conquis Pôle Sud pour la première fois de la saison. Si les internationaux Ferhi et Manavian se sont montrés fébriles ce soir, le "remplaçant" Damien Fleury s'est encore distingué par sa capacité à accélérer le jeu et ce malgré l'absence de Mitja Sivic. Et si la première ligne est restée muette, Grenoble a trouvé d'autres solutions offensives ce qui est la bonne nouvelle de la soirée. Ces deux points arrachés avec les tripes permettent aux Brûleurs de Loups de refaire déjà une partie de leur retard sur Briançon et... Amiens. Comptablement mais surtout moralement, cette victoire leur fait un bien fou. Malgré la tempête qui a soufflé cette semaine et ce soir en Isère, qu'on se le dise, les Grenoblois sont toujours là !

Désignés meilleurs joueurs du match : Alexandre Rouleau (Grenoble) et Yannick Riendeau (Amiens).

 

Grenoble - Amiens 6-5 (2-4, 3-0, 1-1)

Samedi 31 octobre à 20h00 à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 3500 spectateurs.

Arbitrage de Alexandre Bourreau assisté de Joffrey Barcelo et Gildas Fontaine.

Pénalités : Grenoble 10' (2', 4', 4'), Amiens 14' (4', 6', 4').

Tirs cadrés : Grenoble 45 (14, 19, 12), Amiens 43 (15, 14, 14).

Engagements gagnés : Grenoble 41, Amiens 37.

Évolution du score :

0-1 à 09'12" : Offret assisté de Petit et Rodier

1-1 à 11'06" : Papa assisté de Moisand

1-2 à 11'32" : Bault assisté de Offret et Henderson

1-3 à 14'28" : Cayer assisté de Rodier et Riendeau

2-3 à 18'10" : Dufour assisté de Tartari et Fleury

2-4 à 18'42" : Beron assisté de Sadoun et Pazak (sup. num.)

3-4 à 22'34" : Fleury assisté de Rouleau (inf. num.)

4-4 à 23'45" : Rouleau assisté de Besch

5-4 à 35'06" : Dufour assisté de Fleury et Rouleau (sup. num.)

6-4 à 49'28" : Rouleau assisté de Fleury et Tartari

6-5 à 52'25" : Glaude assisté de Cayer et Rodier (sup. num.)

 

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi.

Défenseurs : Viktor Wallin - Vincent Llorca ; Jakob Milovanovic - Antonin Manavian ; Nicolas Besch - Maxime Moisand.

Attaquants : Martin Jansson (A) - Ludek Broz (A) - Anders Nilsson ; Jean-François Dufour - Christophe Tartari (C) - Damien Fleury ; Raphaël Papa - Alexandre Rouleau - Julien Baylacq.

Remplaçants : Sébastien Raibon (G), Loup Benoît. Absents : Mitja Sivic (pouce), Nicolas Arrossamena (luxation de l'épaule), Jason Crossman (cheville).

Amiens

Gardien : Ville Koivula [sorti de 59'17" à 60'00"].

Défenseurs : Teddy Trabichet - Jean-Philippe Glaude (A) ; Grégory Béron - Pavel Kowalczyk ; Julian Marcos (A) - Romain Bault.

Attaquants : Sylvain Rodier - David Cayer - Yannick Riendeau ; Loïc Sadoun - Valentin Claireaux - Miroslav Pazak (C) ; Yannick Offret - Brian Henderson - Simon Petit.

Remplaçants : Sebastian Ylönen (G), Kévin Hamon, Maxim Belov. Absents : Anthony Mortas (adducteurs), Vincent Bachet (blessé).