Présentation de la KHL (IV) : division Chernyshev

Quatrième et dernier volet de la présentation de la KHL avec la division Chernyshev, la plus lointaine, celle qui s'étend au-delà de l'Oural jusqu'à l'Océan Pacifique. Au menu :

- les conditions princières offertes à Slava Bykov en Bachkirie

- la difficulté de recruter d'autres stars pour entourer Jaromir Jagr quand ledit Jagr bouffe une grande part du budget

- un club qui fait payer aux familles des joueurs et même aux remplaçants leur place en tribune !

- le junior russe le plus prometteur et le plus influent dans son club

- un junior qui rachète légalement le contrat avec son club formateur pour partir au Canada

- un ancien Brestois devenu capitaine... d'aviation

 

Vyacheslav Bykov est comme ça : il fait tout en duo. Quand il était joueur, on ne parlait que indissociables Bykov/Khomutov. Maintenant qu'il est entraîneur, ce sont les inséparables Bykov/Zakharkin qui sont coonvoités, après avoir amené la Russie moribonde à deux titres mondiaux. Pour leur faire quitter le CSKA, c'est plus que le tapis rouge que le Salavat Yulaev Ufa leur a tendu. On parle d'un contrat cumulé de cinq millions de dollars par an, plus la voiture avec chauffeur. Bykov est traité comme un roi en Bachkirie, et il faut dire que jamais l'entraîneur national ne s'était occupé d'un club de province. Son départ a bafoué non seulement le CSKA, mais le hockey moscovite dans son ensemble. C'est l'étape ultime du renversement des pouvoirs en faveur des provinciaux.

En s'attachant les services du sélectionneur national, Ufa avait bien évidemment l'intention d'en tirer les bénéfices indirects. Première arrière-pensée, attirer les meilleurs éléments du CSKA. Pourtant, Bykov n'a été suivi directement que par le défenseur Maksim Kondratiev. Le contrat de trois ans de Schastlivy a empêché toute transaction. Shirokov a préféré partir en NHL. Et même si la rumeur d'un échange tripartite n'a cessé de circuler, Saprykin a atterri au Dynamo et n'en a plus bougé. Il n'a donc toujours pas rejoint son collègue Aleksandr Radulov pour reconstituer le duo fort des derniers Mondiaux.

Seconde arrière-pensée, envoyer un message à tous les internationaux qui aiment travailler avec Bykov et/ou qui espèrent une faveur en le côtoyant de près. La présence du sélectionneur national a ainsi été déterminante dans le retour de NHL du double champion du monde Dimitri Kalinin (29 ans), qui a expliqué avoir "enduré" Lindy Ruff à Buffalo et y avoir appris une seule chose, "l'habitude de travailler en serrant les dents sans prêter attention au contexte psychologique" (Sport-Express). L'effet Bykov a aussi sûrement compté dans le contrat de cinq ans (attention, il avait déjà fait le coup à Kazan et était vite parti...) de Sergei Zinoviev, qui remplace Tereshchenko comme premier centre.

La nouvelle attraction offensive est le premier Norvégien de KHL. Patrick Thoresen s'était dit déçu de son expérience en NHL à Edmonton où il devait jouer sur une quatrième ligne destructrice qui ne correspond pas à ses atouts. Après un an en Suisse, la vedette du hockey norvégien veut prouver malgré tout qu'elle peut réussir dans un très grand championnat et a donc choisi la KHL pour démontrer sa valeur. Le temps de jeu, c'est aussi un argument utilisé par Viktor Kozlov, mais il aura du mal améliorer de beaucoup ses 15'40" obtenues à Washington car les temps de glace sont équilibrés à Ufa, où on préfère l'utiliser à l'aile qu'au centre.

La densité est intacte au Salavat, mais aura-t-il un leader capable de le porter dans les moments décisifs. En pleine saison olympique, l'accumulation de la fatigue à la fois pour les joueurs et les entraîneurs apparaît comme une sacrée gageure.

 

L'annus horribilis de l'Avangard Omsk est maintenant terminé. En un an, le club sibérien a perdu son grand espoir (Aleksei Cherepanov), son moral, la face, son médecin et ses dirigeants, exclus pour leur mauvaise gestion des problèmes cardiaques du joueur.

Et pourtant, il n'y a pas vraiment eu de révolution. Le manager général Anatoli Bardin, même exclu à vie, dirige le club avec le titre de "conseilleur du gouverneur". Par contre, le président démissionnaire Konstantin Potapov laisse un vide au niveau de la recherche de sponsors. L'Avangard a moins d'argent, et son budget est plombé par un seul énorme salaire : celui de Jaromir Jagr. D'où le paradoxe : comment entourer Jagr efficacement sans avoir les coudées franches pour recruter ?

Le club a promis un grand nom et a exploré pendant tout l'été les pistes d'ex-coéquipiers de Jagr comme Michael Nylander ou Robert Lang. L'affaire ne s'est pourtant pas faite, et c'est peut-être un mal pour un bien. Compte tenu de leurs défauts connus (l'attitude pour Nylander, le déficit de patinage pour Lang), ces joueurs auraient coûté trop cher à l'Avangard.
Les plus gros contrats des recrues n'ont finalement pas dépassé 1,5 million de dollars. À ce prix-là, il n'y a pas de célébrités, mais on sait ce qu'on a : le slap canon d'Anton Babchuk, qui revient un an après en ayant fait monter les prix par une saison faste en NHL (35 points), et l'expérience d'Éric Perrin, un centre canadien qui arrive comme complément et ne joue pas sur la première ligne. Après tout ce foin, Jagr aura donc exactement les mêmes partenaires potentiels en attaque...

Ce recrutement sans paillettes a été sévèrement critiqué par la presse russe. Elle a en particulier reproché à Omsk de ne pas s'être entendu avec Fomichev et d'avoir recruté un gardien presque deux fois plus cher (le Finlandais Karri Rämö en provenance de Tampa Bay) mais sans grandes références. Pourtant, les performances de Rämö sont correctes, tandis que Fomichev n'arrive pas à déboulonner le titulaire Lawson à Novosibirsk. le staff de l'Avangard a peut-être eu raison de miser sur la discrétion finlandaise plutôt que sur des stars capricieuses. Le défenseur Lasse Kukkonen et sa femme ont ainsi épaté par son adaptation rapide, n'hésitant pas à envoyer leur fille dans une école maternelle russophone.

Quant à l'autre point faible supposé, la jeunesse du coach Igor Nikitin (36 ans), Jaromir Jagr lui-même - qui est plus âgé que lui... - l'a écarté. Le Tchèque était au contraire plein de louanges pour la pertinence des entraînements de Nikitin, avec des séances courtes, intenses et très accées sur le jeu, à l'opposé des entraîneurs russes qui aiment bien les exercices hors glace à rallonge. Même avec un effectif très peu modifié, l'Avangard n'est plus celui de l'an passé : le contexte psychologique est différent.

 

BarysAyant atteint les play-offs dès sa première saison, le Barys Astana a fixé la qualification comme obligatoire. Ses ambitions se heurtent à certaines réalités économiques qui l'ont rendu pingre. Les collaborateurs du club du Kazakhstan ont vu leur salaire réduit de 20%. Mais la mesure-choc, c'est que les familles et amis des hockeyeurs, et même les joueurs non retenus comme titulaires, devront payer leur place en tribune ! C'est à ce prix-là que l'effectif a été conservé dans sa quasi-intégralité.

En attaque, 11 des 12 meilleurs marqueurs sont restés. Le seul partant, Gennadi Stolyarov, a été avantageusement remplacé par le scoreur canado-russe David Nemirovsky. La défense est bien entendu toujours emmenée par Kevin Dallman, le canonnier canadien du powerplay, consacré capitaine et presque roi d'Astana. Les pénalités trop nombreuses des arrières devraient se calmer grâce au remplacement du rugueux Slovaque Branislav Mezei par son compatriote plus calme, Peter Podhradsky.

L'autre point faible se situait dans les cages, où le Canadien Marc Lamothe avait atteint la limite d'âge et fini troisième gardien. Il a été remplacé par Jeff Glass, un portier canadien au style proche, misant sur la couverture du filet, mais avec onze ans de moins. Glass a connu son heure de gloire en frustrant Malkin par deux arrêts de début de match qui avaient offert au Canada la finale mondiale junior 2005 face à une terrible attaque russe. Il a eu plus de mal à se faire une place en pro, confiné en AHL, et cette opportunité russe est intéressante aussi bien pour lui que pour le Barys, dont il est la recrue essentielle.

 

SibirAprès deux années en bas de tableau, le Sibir Novosibirsk n'arrive toujours pas à redécoller. Il a essayé de servir avec les laissés-pour-compte d'Ufa, les Tchèques Leos Cermak et Michal Mikeska, mais la greffe n'a pas pris : Mikeska a été renvoyé dès la fin septembre.

De toute manière, ce n'est pas en attaque que se situe le problème : le spectaculaire Vladimir Tarasenko, qui aura 18 ans en décembre, progresse tellement vite qu'il peut déjà être considéré comme le leader de son club formateur. Aucun autre junior en Russie n'a actuellement la moitié de son influence à son âge...

Les vrais soucis du Sibir se situent derrière. La 5e moins bonne défense de l'an passé a perdu son élément le plus important, l'unique meneur de vestiaire Dmitri Yushkevich (au point qu'il a fallu nommer une recrue comme nouveau capitaine, l'attaquant Aleksandr Boïkov, car personne n'était capable de porter le C).

Les lignes arrières ont été modifiées pour moitié, avec même l'ajout d'un Américain, Erik Reitz, blessé à la jambe à la fin de la dernière saison de NHL. Un nouveau "patron" défensif a été engagé en la personne de Denis Sokolov, qui tenait un rôle capital dans le petit club de Nijnekamsk. Mais ce succès ne se transpose pas, Sokolov a besoin de prendre ses marques dans son nouveau club, et comme chaque année à Novosibirsk, les résultats se font cruellement attendre...

 

NovokuznetskAprès une saison troublée par les problèmes financiers, le Metallurg Novokuznetsk reconstruit l'équipe en rajeunissant... le poste d'entraîneur. Boris Mikhaïlov (65 ans) a été remplacé par Sergei Parkhomenko qui débute à ce niveau à 36 ans et remplace. Parkhomenko dirigera sur la glace son ancien partenaire en défense, le Tchèque Jiri Marusak, revenu dans une équipe déjà fréquentée entre 2003 et 2005. Les lignes arrières comptent une autre recrue importante, l'international letton Aleksandrs Jerofejevs.

Mais c'est en attaque que Novokuznetsk manque cruellement d'un buteur. Le meilleur marqueur en moyenne de points par match, Egor Mikhaïlov, est parti en même temps que son père et est rentré au CSKA. La seule recrue offensive est Sergei Golovin, qui avait mis 25 points pour le Sibir en 2005/06 mais n'a jamais dépassé 10 depuis en tentant sa chance dans des gros clubs (Kazan, Omsk, Saint-Pétersbourg).

Faute de recrutement, le Metallurg Novokuznetsk a l'avantage d'être un vrai club formateur. Son gardien de 21 ans, Sergei Bobrovsky, en était déjà la preuve. Arrive maintenant la génération championne de Russie junior emmenée par Maksim Kitsyn et le défenseur au tir puissant Dmitri Orlov. Néanmoins, un de ces talents est déjà parti...

Le centre Ivan Telegin avait été vexé de ne pas débuter en KHL, contrairement à Kitsyn et Orlov, et les promesses de temps de jeu pour la saison à venir ne l'ont pas fait revenir sur sa décision. Pour réussir un départ légal et sans obstacle, Telegin a fait preuve d'une indépendance rare chez les juniors russes : il a tout simplement racheté son contrat selon les règles de la KHL, un investissement encore raisonnable car calqué sur sa paye de junior (il a dû débourser les deux tiers du salaire restant jusqu'à la fin du contrat, soit moins de 20 000 euros) et il a pris un agent nord-américain pour trouver une équipe junior canadienne (Saginaw). Novokuznetsk aurait pourtant bien besoin de tous ses jeunes au vu de ses cadres vieillissants...

 

AmurLa problématique est toujours la même pour l'Amur Khabarovsk. Il est toujours difficile de convaincre des joueurs disposés à aller s'exiler au fin fond de l'Extrême-Orient russe et de passer leurs journées dans les avions.

C'est pourquoi, quand il en a, il les chouchoute. C'est le cas de Tyler Moss, gardien depuis trois ans et sous contrat jusqu'en 2011. Résident d'Ottawa l'été, il s'est cependant vu refuser la nationalité russe, qui aurait bien aidé son club en libérant une place d'étranger. C'est aussi le cas de Viktor Kastyuchonak, l'ancien défenseur de Brest en division 2 puis aux débuts de Super 16 : l'international biélorusse a été conservé malgré la volonté du Dynamo Minsk de le rapatrier, et il bénéficie du statut de capitaine.

Le recrutement manque donc d'éclat, et le rajeunissement annoncé a bon dos puisque le joker recruté début octobre - David Ling - a 34 ans. Difficile d'attendre monts et merveilles, mais comme toujours, c'est l'entraîneur qui a porté le chapeau : Anatoli Emelin s'est fait virer dès le 9 octobre après une défaite chez un concurrent direct (Novokuznetsk).