Conférence autour du livre de Tristan Alric

Compte-rendu de la conférence-débat : "L'histoire du hockey français et de ses grands champions"

Dunkerque - Samedi 7 novembre à 15h00

Introduction de Franck Vanwormhoudt

Cette date du 7 novembre est importante car la rencontre entre les deux frères Rozenthal permettait de faire de cette journée un événement festif particulier. En allant sur le site de la fédération, nous avons appris la sortie imminente du livre, dont un chapitre est consacré aux jumeaux Rozenthal. C'était l'occasion de leur rendre hommage. Nous avons donc contacté la fédération et l'auteur, emballé à l'idée de venir assister au match et rendre un hommage aux jumeaux. Cela pouvait être intéressant d'allier cela à une conférence-débat sur l'histoire du hockey français.

Ancien joueur, arbitre, journaliste à L'Équipe et depuis 2006 documentaliste de la fédération, on peut considérer Tristan Alric comme l'historien du hockey français.

Présentation de l'ouvrage par Tristan Alric

Je remercie les deux personnes qui m'entourent, Monsieur Vanwormhoudt et Madame Raffoux, qui est une amie de trente ans. J'ai reçu un accueil formidable depuis hier soir, notamment sur le plan gastronomique ! Je suis content car il y a environ trente ans j'ai participé à un stage avec le regretté Thierry Monier et Patrick Francheterre. Michel Raffoux nous avait accompagnés à Londres, par le ferry. La patinoire n'a pas changé...

En 2006, Luc Tardif a souhaité la sortie d'un livre à l'occasion du centenaire de la fédération. J'ai voulu y ajouter une collection fédérale, aux mêmes format et logo. La couverture peut paraître austère mais je cherche le même visuel pour chaque livre.

J'ai toujours été frappé par le fait que des tas de joueurs passaient dans les oubliettes une fois leur carrière terminée, hormis les Philippe Bozon et autres Cristobal Huet. D'autres tombaient dans la dépression et dans la rue. Un jour, à Chamonix, je rencontre Albert Hassler (premier joueur français à avoir évolué à l'étranger, à Berlin dans les années 1930 et capitaine d'une équipe d'Europe), avec qui j'avais pris contact. Il était connu là-bas, où il se promenait avec ses trois chiens, mais à la patinoire personne ne lui parlait ; j'ai trouvé cela choquant. Je me suis alors dit qu'il fallait parler de ces joueurs-là. Mon credo est de redonner une mémoire au hockey sur glace français, pour ne pas oublier ces gens et leur histoire formidable : les frères Leblond, arrivés de Blida en Algérie, jusqu'à Grenoble, et futurs internationaux, etc...

Je possède des tas d'archives chez moi, que je souhaite partager pour donner une mémoire au hockey sur glace. Il s'agit du tome 1 ; en 192 pages je ne pouvais mettre tout le monde. Il y a aussi des stars formées à l'étranger et ayant marqué le hockey français : Pete Laliberté, André Peloffy, Claude Verret...

Sur la création de la Coupe Magnus

J'habite Montpellier, endroit éloigné du hockey des Alpes des années 1970-1980 et d'autres centres comme Rouen et Amiens. En 1979, je suis allé voir la finale Chamonix/Saint-Gervais, à Chamonix. À la fin du match, à la remise des trophées, je vois arriver le Président avec des médailles et un dirigeant de la fédération avec une petite coupe digne des magasins de sport... Je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose d'extraordinaire, moi qui étais abonné à The Hockey News et habitué à l'image de la Coupe Stanley. À Cluses, j'ai rencontré un professionnel, à qui j'ai transmis une photographie de la Coupe Stanley. Le coût était évalué à 70 000 - 80 000 francs. Je suis allé voir les présidents de clubs de Nationale 1. Les dix présidents ont chacun donné 1 000 francs, sauf celui de Viry-Châtillon, qui ne voulait pas participer au financement d'un trophée qui risquait de tomber dans les mains des Français Volants ! Pendant trois ans la Coupe est restée dans mon garage.

J'ai fait référence à Louis Magnus, dont le fils m'a accordé l'autorisation d'utiliser le nom. Personne ne voulait de la coupe à la fédération. J'arrivais en train, par exemple à Amiens, avec la Coupe sous le bras depuis Montpellier. À la fin du match, tous les joueurs recevaient une petite coupe de Bernard Goy mais chacun venait vers moi, dans mon coin. Au bout de trois ans, le président du Comité National a écrit une lettre disant que la Coupe Magnus deviendrait le trophée du championnat de France.

Dans L'Équipe, je faisais des jeux de mots pour asseoir la notoriété de l'expression. En 2006, Luc Tardif a finalement donné ce nom à la ligue. Je vois cela avec philosophie, après les difficultés relatives à la taille et au prix de cette coupe. Je remercie aujourd'hui la fédération et Luc Tardif, qui m'a notamment laissé carte blanche pour le livre paru en 2008.

Entre-temps, j'ai créé les trophées récompensant les meilleurs joueur, gardien, espoir... comme cela se faisait au Canada en référence à un ancien joueur : Jean Ferrand (ancien joueur de Gap, décédé en 1991), Albert Hassler, Jean-Pierre Graff (joueur de Strasbourg, décédé à 21 ans et enterré avec son maillot), Charles Ramsay (joueur au Vélodrome d'Hiver devant 20000 spectateurs). Ces hommes ont construit l'histoire et furent oubliés : il m'a fallu deux ans d'enquête sur Charles Ramsay pour trouver une photographie. Via une recherche sur Internet, j'ai contacté une dame connaissant une personne au Canada possédant des photographies, que j'ai dû payer cher.

On demandait à la fédération des photographies d'anciens joueurs et l'on n'avait rien. J'en ai demandé au père de Christophe Ville, alors qu'il allait les brûler dans sa cheminée. J'ai réalisé une photothèque de 300-400 clichés de joueurs actuels ou anciens.

Sur la distinction de meilleur joueur français de l'histoire

La première page du livre parle d'étoiles incomparables. Quel a été le plus grand joueur ? C'est une mauvaise question car on ne peut comparer les époques, les équipements... Il n'y a pas d'ordre hiérarchique dans le livre. Si Christian Pouget, pour moi le plus talentueux, avait fait autre chose au Canada et visé la NHL, aurait-il été vu comme le plus grand, à l'image de Philippe Bozon ? Ce dernier avait des qualités de base spéciales pour la NHL : rigueur de la montagne, vitesse... On ne peut dire qui a été le plus grand, je laisse le lecteur juger par lui-même.

La NHL n'est pas le Graal. Dans le tome 2 je parle de Bohuslav Ebermann, qui n'y a pas joué mais était formidable.

Sur l'évolution du hockey

Je ne suis pas passéiste. J'ai connu le hockey comme joueur à Montpellier, à un niveau modeste. En 2001, mon dernier article à L'Équipe a été consacré à la finale Rouen-Anglet. À l'époque, trois ou quatre renforts étrangers représentaient un scandale. Aujourd'hui, si c'est pour aller voir jouer six Tchèques, sept Suédois, deux Finlandais, ça ne m'intéresse pas.

La fédération a compris qu'il fallait avancer : Centre fédéral à Cergy, mémoire à travers les livres... Au niveau du terrain, en voyant des champions disparaître, L'Équipe faisait pour Bernard Goy des faire-parts de décès. C'était pourtant la réalité, même si j'avais des avantages à la fédération je me devais de relater la réalité.

Le problème à Brest fut que le Président voulait une grosse équipe, a gagné le titre puis s'est retiré. L'Équipe avait titré "Brest se saborde". Il faut voir la finalité de la construction d'un club, éviter les situations vues à Mulhouse dans le passé. Grenoble a connu ces difficultés avec une équipe pourtant composée de Pouget, Barin, Bozon, Lemoine (capitaine de l'équipe de France, au chômage) et Jean-Marc Djian, qui a arrêté à 25 ans !

Le hockey pourra progresser par deux moyens : la construction de patinoires et la formation des jeunes.

Sur l'arbitrage

On a les arbitres que l'on mérite. Quand on perd c'est la faute de l'arbitre. Le hockey demande une appréciation d'ancien joueur. La théorie ne suffit pas. Est-ce qu'à Dunkerque vous formez les arbitres ? La fédération a lancé un plan arbitres. Calixte Pianfetti a arbitré aux championnats du monde à la fin de sa carrière, Jacques Lacarrière en a fait de même, Philippe Lefebure aussi dans les années 1930. Combien d'anciens joueurs arbitrent de nos jours ?

Précision d'Antoine Vanwormhoudt : suite au match à Tours nous avons écrit à la fédération au sujet de l'arbitrage, même si Tours était la meilleure équipe sur ce match. Jean-Christophe Benoist a confirmé l'existence d'un problème de superviseur. Le niveau de la division 2 est arrivé à celui de la division 1 d'il y a cinq ans. Arbitrer à deux montre ses limites, notamment en playoffs. Une réunion aura lieu à Paris entre les présidents de clubs de division 2 pour envisager l'arbitrage à trois. À deux arbitres, il est difficile de s'occuper des lignes et du jeu en même temps.

Tristan Alric : il existe un phénomène d'écrémage car vous êtes en division 2 et les meilleurs sont théoriquement au-dessus.

Marie-Claude Raffoux : j'ai assisté aux stages d'arbitres, j'y ai corrigé les épreuves. La formation n'est pas suffisante, avec un stage national par an. Le premier jour consiste en des questions et des CD, avant un questionnaire corrigé. Je n'admets pas dans les COS qu'un jeune se présente avec 12/25 et obtienne son brevet.

Sur les Jeux Olympiques

J'ai déjà écrit un livre sur l'histoire de l'équipe de France, avec tout ce qui a concerné les entraîneurs, bons ou mauvais. Concernant les Jeux Olympiques, des occasions ont été ratées. Après Calgary, en 1988, avec les onze naturalisés (Peloffy, Bordeleau...), le soufflet est retombé. Avec Albertville, ou plutôt Méribel, L'Équipe consacrait une page par jour au hockey, il y avait cinq millions de téléspectateurs. Au lendemain du quart de finale ce fut pourtant la catastrophe : les joueurs m'ont demandé d'écrire que le championnat ne valait rien. Bernard Goy les a même menacés de ne pas aller à Prague... Il y a toujours un contre-feu.

S'ajoute le phénomène des sélectionneurs nationaux, avec certains fous : Zdenek Blaha et l'épisode du retour dans la nuit à Gap, le scandale d'Eindhoven en 1986 (avec les déclarations d'André Peloffy en direct à la télévision). Il y a toujours eu du bon et du très mauvais. Cela s'est ensuite calmé avec Larsson pendant huit ans, et Tamminen. Le problème de la FFSG a aussi joué dans ces difficultés.

Mon objectif

Un ami toulousain, Patrice Vincens, a voulu faire une enquête sur le hockey à Chamonix et s'est rendu compte de la situation là-bas. Il n'y avait plus de club, d'archives, d'anciens ; il s'agissait d'un désert. La réalité est là : quelque chose se perd, alors qu'auparavant les derbys étaient vivants, avec un public familial autour des cloches et du vin chaud. C'était une religion. Aujourd'hui, cela n'existe plus.

En conclusion, avant que cela ne se perde, on doit garder des documents. Le hockey de demain sera autre chose. Il y aura d'autres livres, sur les grands clubs, l'équipe de France...