Autriche - Bélarus (Coupe de Polésie)

Le programme du tournoi mentionne Glen Hanlon comme entraîneur du Bélarus. Ah, l'inconvénient des délais d'impression... Le Canadien, héros de tout un pays pendant plus de quatre ans alors qu'il ne s'occupait que ponctuellement de l'équipe nationale, n'aura tenu que trois mois une fois qu'il s'est installé à demeure à Minsk.

Lorsqu'il a remis sa démission lundi, Hanlon a pris tout le monde de cours, même s'il était assez inévitable que l'on en arrive là depuis que Vladimir Naumov a cru bon de le virer du Dynamo Minsk il y a trois semaines.

Andrei_ANTONOV_Belarus_-_2009-7425Ce licenciement du toujours populaire Hanlon a provoqué des remous et excédé beaucoup d'amateurs de hockey. Des langues se sont même déliées au-delà de l'ordinaire lors du talk-show Vybor ("Le choix") à la télévision biélorusse. L'ancien sélectionneur Mikhaïl Zakharov - celui dont l'échec à la qualification olympique en 2005 avait précipité l'engagement de Hanlon comme sauveur - a comparé Vladimir Naumov à Silvio Berlusconi, et a dit qu'il était temps qu'il choisisse entre la présidence de la fédération et celle du Dynamo Minsk.

Pas réputé pour sa tendresse envers les journalistes à l'époque pas si lointaine où il était ministre de l'intérieur, Naumov n'a pas du tout apprécié qu'on persifle sur lui dans une émission où il n'était pas invité... Après coup, il a cassé du sucre sur le dos de Hanlon et de son "manque de sincérité". On attendait donc le point de vue de ce dernier avec impatience.

Glen Hanlon s'est finalement expliqué, dans une conférence de presse émouvante, aux accents justement très sincères : "Je voudrais m'excuser vis-à-vis de la télévision du fait que je vais parler lentement : je veux que mon discours soit traduit mot pour mot. J'avais promis qu'à ma dernière conférence de presse je communiquerai avec vous en russe, mais je ne m'attendais pas à ce que cette heure arrive si vite. Avant tout, pour ne pas avoir de problème à la maison, je dois vous dire merci au nom de ma femme. Comme moi, elle a pris votre peuple en sympathie. Dans l'école où elle travaille, 95% du staff est biélorusse. Je sais que mon fils va regretter [le centre de loisirs] Logoïsk et le chocolat biélorusse." Après cette introduction qui lui met déjà la larme à l'oeil. Hanlon poursuit en remerciant les journalistes, les supporters, le secrétaire général de la fédération Sergei Goncharov (et lui seul...) et les joueurs.

Puis, il en vient au fait. "Plus la Coupe de Polésie se rapprochait, plus je comprenais clairement que quelque chose avait changé. Rester en de telles circonstances aurait été injuste envers les joueurs, la fédération et moi-même. Comprenez bien : je n'avais pas perdu la foi ni l'envie de travailler. Mais je ne sentais plus comme autrefois le soutien général des journalistes, joueurs et dirigeants."

Hanlon est ensuite revenu sur ce cumul des postes finalement préjudiciable. "Les dirigeants voulaient que le même homme s'occupe du Dynamo [Minsk] et de la sélection. J'ai accepté et je voulais ainsi être en permanence avec les joueurs. Pour cela, j'ai quitté l'Amérique du nord, j'ai travaillé un an en Finlande pour mieux comprendre le hockey européen et pour diriger ensuite le Dynamo. Je dois admettre que dans mon esprit les Jeux Olympiques étaient l'évènement principal, et que la KHL passait au second plan. Si j'avais pu imaginer que la situation pourrait tourner mal, bien sûr, j'aurais refusé de travailler avec le club."

Concept : l'entraînement-contrôle-anti-dopage

En revanche, malgré les questions pressantes, Hanlon ne s'est à aucun moment laissé entraîner à dire du mal de Vladimir Naumov. Ce dernier a pourtant eu des mots très durs envers le Canadien, dénonçant son égoïsme d'avoir ainsi lâché l'équipe à la veille d'un tournoi important. Les entraîneurs biélorusses étant presque tous occupés ailleurs pendant cette trêve, il ne restait en effet qu'une possibilité comme coach d'urgence intérimaire : Andrei Gusov, ex-sélectionneur des juniors. Le vrai successeur sera déterminé d'ici le premier décembre.

Il est sûr que Gusov est dans une situation délicate. Il est propulsé du jour au lendemain à la tête d'une équipe qui ne connaît pas, et dont la sélection à moitié expérimentale a été faite par Hanlon selon des critères qui appartiennent à ce dernier. On sait que le Canadien voulait tester certains joueurs. Dans quel but ? Gusov ne sait rien des intentions de son prédécesseur et reprend de zéro comme smple intérimaire.

Dmitri_KOROBOV_Belarus_-_2009-7409Le coach improvisé n'a eu que peu d'entraînements à sa disposition, et encore l'un d'entre eux a-t-il été un peu bousculé par les inspecteurs de l'Agence Mondiale Anti-Dopage. Ceux-ci ont appelé un à un les joueurs à quitter provisoirement la glace pour un contrôle, et le pauvre Gusov se retrouvait donc à diriger des exercices avec des joueurs qui partaient et revenaient. Il doit se dire qu'il accumule décidément les soucis...

La première période face aux Autrichiens doit sûrement le rassurer : il obtient une aide inattendue de l'improbable Dmitri Korobov. Cela fait deux mois que ce joueur est sans cesse tourmenté par des problèmes récurrents aux adducteurs. À peine guéri, il place un tir à mi-distance en pleine lucarne et met le Bélarus sur le chemin de la victoire.

L'autre perche, plus involontaire, sera tendue par Marco Pewal. C'est plutôt un bâton pour se faire battre puisque le centre de Salzbourg accumule deux pénalités de suite au début du deuxième tiers-temps. Usenko et Chupris lui disent merci, et cela fait 3-0. Mais peu après la mi-match, alors que le Bélarus est infériorité, Senkevich va au pressing en zone offensive et se retrouve seul face au gardien... au moment où l'arbitre siffle car il a fait trébucher le joueur qui lui a rendu ce palet. À cinq contre trois, Pewal se rachète en partie de sa propre indiscipline et part dribbler Vitali Koval. Une brève accalmie puisque les locaux transforment ensuite leur troisième supériorité numérique consécutive, par un lancer d'Andrei Antonov.

Alors qu'on entre dans les dix dernières minutes, les arbitres, Messieurs Bergamelli et Lutchko, infligent cinq pénalités à la file aux Biélorusses, sans que cela dérange les beaucoup. Encore une fois, il faut qu'il y ait deux hommes de différence sur la glace pour que les Autrichiens marquent : un tri de la bleue du débutant Nico Toff dévié devant la cage par Daniel Oberkofler. Comme le capitaine autrichien Schuller prend sa pénalité syndicale du tiers, la fin de match est gérée très tranquillement par l'équipe-hôte, victorieuse sans grand drame malgré le contexte particulier.

Désignés joueurs du match : David Schuller pour l'Autriche et Jaroslav Chupris pour le Bélarus.

 

Commentaires d'après-match

Bill Gilligan (entraîneur de l'Autriche) : "Comme toujours, des erreurs ont conduit à la défaite. Mais c'était un bon test : le Bélarus est une équipe très forte."

Andrei Gusov (entraîneur du Bélarus) : "Je confesse que j'étais inquiet avant le match : après tout, c'est le premier pour moi à ce niveau. Mais nous avons été très dignées, nous avons démontré un excellent hockey. Notre défaut, ce sont les pénalités. J'ai expliqué aux gars que les Jeux Olympiques sont devant nous et que contre les Canadiens ou les Américains cela ne pardonnerait pas. Difficile de dire quel est le problème, dans le physique ou dans la tête, mais il faudra éviter de répéter cela samedi contre le Danemark."

 

Autriche - Bélarus 2-4 (0-1, 1-3, 1-0)
Jeudi 5 novembre 2009 à 18h30 à la Bobruisk-Arena. 6500 spectateurs.
Arbitrage de Jimmy Bergamelli (FRA) et Uwe Lutchko (NOR) assistés d'Ivan Dediulia et Dmitri Golyak (BLR).
Pénalités : Autriche 14' (4', 6', 4'), Bélarus 30' (2', 8', 10'+10').
Tirs : Autriche 32 (10, 16, 6), Bélarus 28 (10, 11, 7).
Évolution du score :
0-1 à 16'14" : Korobov assisté de Chupris
0-2 à 21'10" : Usenko assisté de Denisov et Zadelenov (double sup. num.)
0-3 à 23'54" : Chupris assisté d'Usenko et Denisov (sup. num.)
1-3 à 31'54" : Pewal assisté d'Iberer (double sup. num.)
1-4 à 35'05" : Antonov assisté de Demkov (sup. num.)
2-4 à 54'51" : Oberkofler assisté de Toff (double sup. num.)

 

Autriche

Gardien : René Swette.

Défenseurs : Robert Lembacher (-1) - Patrick Harand (-1) ; Johannes Kirisits - Martin Oraze ; Mario Altmann - Florian Iberer ; Gerd Gruber - Martin Schumnig.

Attaquants : Michael Schiechl (-1) - Marco Pewal (-1, 4') - Manuel Latusa (-1, 4') ; Manuel Geier - David Schuller (C, 6') - Stefan Geier ; Nico Toff - Daniel Oberkofler - Gregor Baumgartner ; Markus Peintner - Raphael Herburger - Thomas Hundertpfund.

Remplaçant : Bernhard Starkbaum (G).

Bélarus

Gardien : Vitali Koval.

Défenseurs : Vladimir Denisov (2') - Ivan Usenko (4') ; Kirill Gotovets (2'+10') - Andrei Bashko (2') ; Aleksandr Ryadinsky (2') - Andrei Korshunov ; Dmitri Korobov (+1) - Andrei Antonov (+1, 2').

Attaquants : Dmitri Meleshko (+1) - Sergei Zadelenov - Jaroslav Chupris (+1, 4') ; Mikhaïl Stefanovich - Andrei Stas - Andrei Mikhalev (C) ; Konstantin Zakharov - Artem Senkevich (2') - Aleksandr Kulakov ; Viktor Andrushchenko - Aleksandr Zhidkikh (+1) - Artem Demkov.

Remplaçant : Dmitri Karpikov (G). En réserve : Pavel Razvadovski, Artem Kisly.