Extrait du livre "Les stars du hockey français"

L'attente a été longue mais cette fois ça y est ! Si vous désirez commander le livre « Les stars du hockey français » écrit par Tristan Alric, précipitez-vous sur le site officiel de la FFHG où cet ouvrage fédéral vient d'être enfin mis en vente. Pour vous donner un avant-goût du contenu de ce livre vraiment passionnant, qui fera un beau cadeau de Noël, Hockey Archives vous offre en exclusivité un extrait qui raconte par le détail l'histoire hallucinante qui est arrivée à l'ancien international de Rouen Éric Lemarque. Ce passage se trouve inclus dans la biographie du célèbre entraîneur-joueur Larry Huras (pages 174 et 175) qui fut un ami très proche de ce hockeyeur malchanceux.

L'incroyable aventure

CouvertureStarsAu mois de février 2004, Éric Lemarque, âgé alors de 34 ans, échappa de justesse à la mort après avoir passé une semaine entière tout seul en pleine montagne. Prisonnier de la nuit et du brouillard, le hockeyeur se perdit dans la Sierra Nevada en pratiquant  du hors-piste avec son snowboard. Totalement isolé et déboussolé dans la neige et le froid, à plus de 500 kilomètres au nord de Los Angeles, il fut incapable de retrouver son chemin vers la station de ski de Mammoth Moutain. Il ne fut retrouvé que sept jours plus tard errant dans la montagne qu'il avait continué à arpenter péniblement en utilisant un signal radio de son MP3 pensant qu'il allait ainsi pouvoir retrouver son chemin.

C'est le vendredi 13 février 2004 que le secouriste Joe Rousek retrouva enfin la trace de l'infortuné franco-américain en le survolant avec un hélicoptère black hawk . Le numéro 13 fut donc un porte-bonheur pour Eric Lemarque puisqu'il le portait déjà sur son maillot quand il jouait à Briançon et à Brest. « C'est incroyable qu'il ait pu survivre dans ce froid », confia son sauveteur. Comme il le raconta plus tard, si l'ancien hockeyeur parvint à rester en vie, c'est parce qu'il se réfugia la nuit dans un tronc d'arbre ou construisit un igloo à l'aide de son snowboard tout en se nourrissant d'écorces, de pommes et d'épines de pin. Malheureusement, souffrant de déshydratation, d'hypothermie, du mal de l'altitude et surtout d'engelures graves, il dut être amputé des deux pieds dix jours après son sauvetage.

Éric Lemarque commit en effet une erreur fatale lors de son départ en randonnée en ne prenant aucune ration de nourriture pour manger, aucune boisson, un téléphone portable avec une batterie presque épuisée (qui de toute façon ne captait pas) et, surtout, en ne mettant pas de chaussettes car il avait une seule paire qui était encore trempée de la veille. « Dès le deuxième jour, j'ai réalisé que j'allais perdre l'usage de mes pieds car ils étaient devenus violets et je ne sentais plus rien, expliqua Lemarque. Pour m'aider à survivre, je me suis dit : je ne vais quand même pas laisser mes parents m'enterrer… Dans un sens, j'ai eu de la chance. J'ai essayé d'allumer un feu le premier jour en déchirant un morceau de mon T-shirt et de ma casquette mélangés à des brindilles pour les faire flamber dans l'espoir d'attirer l'attention d'une patrouille en ski mais les allumettes que j'avais dans mon sac étaient mouillées et inutilisables. À un moment, j'ai vu des loups s'approcher dangereusement de moi. Je les ai fait fuir en criant fort et en faisant de grands gestes qui, heureusement, les ont effrayés. »

Le Docteur Grossman qui soigna l'ex-hockeyeur à l'hôpital de Sherman Oaks, ne cacha pas son admiration : « Éric est vraiment un type remarquable. Il a fait preuve d'un courage et d'une ingéniosité hors normes pour survivre dans des conditions aussi difficiles. » En effet, pour se reposer la nuit tout en se protégeant le mieux possible du froid, Éric Lemarque expliqua qu'il mit son visage et ses mains gantées à l'intérieur de son blouson mais pendant la nuit l'ex-hockeyeur faillit s'étouffer. « J'inspirais ma propre respiration donc essentiellement du dioxyde de carbone. J'ai dû faire en sorte de retrouver mon souffle par une petite ouverture. »

Mais l'incroyable odyssée du Franco-Américain ne s'arrêta pas là. Le jour suivant, il traversa un torrent et trouva une boîte de conserve qu'il découpa en morceaux. Il a ensuite épinglé ces morceaux sur son blouson afin que le métal se reflète au soleil et le rende plus facile à repérer d'en haut. « À ce moment-là la seule chose à laquelle je pensais c'était de plonger dans un jacuzzi bien chaud et de boire un Coca-Cola », dit-il. Profitant du soleil, il accrocha ensuite ses vêtements sur les branches d'un arbre pour les faire sécher s'apercevant alors que la peau s'était détachée de ses pieds qui étaient devenus tout noirs. « J'ai refusé de me focaliser sur mes blessures. La seule chose qui m'importait à ce moment-là, c'était de me sortir de là ». Au fur et à mesure que les jours passaient son calvaire ne fit qu'empirer car des éruptions cutanées apparurent sur plusieurs parties de son corps à cause de la sueur et des frottements. La veille de son sauvetage, il passa toute la journée à dormir dans la neige pour éviter un épuisement total qui lui aurait été fatal.

Éric Lemarque dut en fait son salut à son père Philippe et à sa belle-mère Stella qui, n'ayant pas de nouvelles, quittèrent Los Angeles dans la nuit du 11 au 12 février 2004 pour se rendre sur place et alerter les secours. Lorsqu'il vit enfin arriver l'hélicoptère, la première phrase que l'ex-international dit à son sauveteur fut qu'il voulait prendre simplement un bain bien chaud… « Cette aventure a été la plus grande expérience de ma vie même si elle m'a coûté très cher. Cette épreuve m'a beaucoup rapproché de mes parents divorcés. Vous allez trouver ça dérisoire mais l'arrivée au-dessus de moi de cet hélicoptère est un souvenir que je n'oublierai jamais car sans lui, mon père Philippe et ma mère Susan ne m'auraient jamais revu vivant. »

Plusieurs mois après sa malheureuse aventure, Éric Lemarque a réussi à remarcher avec l'aide de prothèses. En dépit de son handicap, l'ex-hockeyeur français s'estima finalement chanceux : « Au début, les médecins pensaient que je pouvais perdre aussi une partie de mon visage car il était brûlé par le froid et couvert de croûtes. » Finalement, Éric Lemarque apprit à maîtriser ses prothèses dès le premier jour de leur fixation stupéfiant tout le monde par sa faculté d'adaptation et il voulut conjurer le sort en refaisant du snowboard avec des dispositifs spéciaux pour les handicapés, donnant ainsi à nouveau un formidable exemple de courage.

Au mois de juin 2004, soit quatre mois seulement après sa terrible aventure, Éric Lemarque épousa Sheri Van Den Eikhof pour fonder une famille puis il voyagea à travers les États-Unis afin de faire partager son témoignage avec des jeunes athlètes et donner une plus grande motivation à leurs vies de sportifs. Il faut dire que son histoire fut largement relatée dans la presse américaine, très friande ce genre d'aventure extraordinaire, notamment dans le célèbre magazine Newsweek qui lui consacra un article intitulé « How Eric saved his own life » autrement dit « Comment Éric sauva sa propre vie ». Son odyssée qui a fasciné le grand public outre-atlantique, fut ensuite relatée en détail dans un livre intitulé Stranded in the snow ! que l'on peut traduire par « Échoué dans la neige ». Cet ouvrage, écrit par Tim O'Shei, fut publié au mois d'avril 2007 par la maison d'édition Capstone Press et connut un énorme succès littéraire.

* Copyright novembre 2009 : Les stars du hockey français de Tristan Alric publié par la FFHG : bon de commande sur son site internet hockeyfrance.com