Filatov, un talent qui ne demandait qu'à éclater

Il était une fois un gamin nommé Nikita Filatov, nourri au biberon par le hockey et par le CSKA Moscou, son club formateur. Un vrai talent, avec un patinage exceptionnel et un tir du poignet redoutable. Il s'est vite imposé comme le meilleur attaquant russe de la génération 1990. Vu qu'il parle couramment anglais et qu'on ne lui connaît aucun problème de caractère, il a été choisi en 6e position de la draft NHL, à une période où les franchises nord-américaines étaient pourtant très réticentes à engager des joueurs russes.

Et pourtant, en quinze mois en Amérique du nord, Filatov n'a jamais eu sa chance. En janvier, il a connu un match d'exception : il est devenu le plus jeune Russe à marquer un hat-trick en NHL, en moins de dix minutes de temps jeu. Mais c'était une éclaircie dans une saison passée essentiellement en réserve. Cette année, il devait être pleinement titulaire avec les Blue Jackets de Columbus, mais il était confiné à un temps de jeu de plus en plus minuscule.

Son coach Ken Hitchchock a expliqué à Filatov qu'il est satisfait de son jeu "de la ligne rouge centrale jusqu'au but adverse". Une manière de dire qu'il en attend plus défensivement. L'entraîneur canadien a utilisé la compression de son temps de jeu comme un moyen de pression pour forcer Filatov à changer de style de jeu. le but était qu'il ne devienne pas un "autre Zherdev". Zherdev, la hantise de tout le monde à Columbus : un joueur qui avait été drafté en numéro 4 mais dont on s'est débarrassé sans regret en comrpenant qu'il ne s'engagerait jamais dans les duels. La comparaison est cependant injuste pour Filatov : tout le monde s'accorde à dire que c'est un joueur sage qui ne demande qu'à apprendre.

Nikolaï Zherdev est un talent gâché qui a toujours eu la réputation d'un joueur à problèmes. Même depuis son retour en Russie au début de cette saison, il continue de désoler tous les observateurs eu égard à son potentiel. Filatov est le "bon gamin" que les méthodes de Hitchcock risquaient de frustrer plus que d'aider, même s'il ne s'en est jamais plaint. À quoi servait cette utilisation contre-nature sur une quatrième ligne ? À rien, et tout le monde en était conscient. Columbus l'a donc prêté pour la fin de la saison au CSKA Moscou, un choix qui ne fera sans doute que des heureux. Hitchcock, qui aura moins à se justifier et garde des joueurs correspondant mieux à son moule. Filatov, qui va enfin pleinement jouer. L'équipe de Russie 20 ans, qui gagne un meneur pour le Mondial junior du mois prochain. Et, surtout, surtout, le CSKA Moscou.

Les limites de l'effectif moscovite, masquées par un début de saison étonnant, devenaient en effet criantes ces dernières semaines avec les défaites qui s'enchaînaient. Il manquait des meneurs offensifs, et le CSKA les a trouvés en récupérant des joueurs malheureux de leur temps de jeu. Car c'est aussi le cas du passeur vétéran Albert Leshchev, qui ne jouait quasiment plus au SKA Saint-Pétersbourg. En plus, Filatov s'est dit ravi de jouer aux côtés de Leshchev, un joueur qu'il admirait en tribune quand il était gamin au CSKA.

En trois matches, Filatov, qui n'a évidemment rien perdu de son talent, a marqué quatre buts. Il a sans doute changé le cours de la saison du CSKA, qu'un doublé de Filatov a même fait gagner lundi à Magnitogorsk, où il ne s'était plus imposé depuis... quinze ans !

Sergei Fedorov, la preuve par l'absurde

Il faut dire que le Metallurg Magnitogorsk est lui-même en crise. Il avait atteint la trêve internationale avec huit victoires d'affilée, mais depuis, rien ne va plus. Il faut dire que Sergei Fedorov était blessé, et que c'est pendant son absence qu'on se rend compte de son importance. Le match contre le CSKA marquait sa rentrée. Hier, "Magnitka" a renoué avec la victoire contre le Vityaz (5-3) en pratiquant son jeu de possession avec une aisance technique insolante, des "hommes contre des garçons" selon l'entraîneur adverse Mike Krushelnyski. Ce sont les Finlandais (Koivisto et Kontiola) qui ont le plus contribué à la victoire du Metallurg. Pour sa part, Sergei Fedorov a fait son travail de l'ombre, et on a appris dans le même temps qu'il était dans la pré-liste des sélectionnés pour la prochaine manche de l'Euro Hockey Tour, certainement le moment décisif pour savoir s'il gagnera ou non sa place dans l'effectif olympique.

Mais, hier après-midi, c'est en coulisses qu'a eu lieu le bouleversement le plus important. Le président de "Magnitka", le milliardaire Viktor Rashnikov, a décidé de nommer un nouveau directeur pour le club, Aleksandr Tarasov, qui s'occupait depuis onze ans d'un sanatorium faisant partie des oeuvres sociales de la compagjie métallurgique. Son prédécesseur Gennadi Velichkin est nommé "vice-président chargé des relations extérieures". Cette mise au placard est un évènement car Velichkin "est" Magnitogorsk depuis vingt ans, c'est-à-dire depuis la chute de l'URSS, depuis que le Metallurg compte dans le hockey russe. Il a tout connu, les heures de gloire des deux titres de champion d'Europe comme les moments de polémique tels que ce contrat qu'il a fait signer à Evgeni Malkin vers deux heures du matin. Une page se tourne à l'ombre des hauts-fourneaux...