Épinal - Morzine-Avoriaz (Ligue Magnus, 10e journée)

Épinal revient de loinStanislav Petrik

Les Dauphins ont retrouvé des conditions de travail dignes de ce nom avec cette piste de substitution, érigée sur l'un des deux parkings de Poissompré. Un terrain relativement étroit, ce qui explique la configuration toute particulière de cette structure, avec une seule "grande" tribune derrière un but. Question visibilité, il y a mieux mais le public spinalien, sevré de hockey depuis deux mois, devra s'en contenter. Car ce provisoire va durer...

L'impassible Tommy Andersson, lui, n'aura tenu que trois mois à la tête des Dauphins. Un trimestre chaotique que Santino Pellegrino va tenter de rattraper. L'Italo-Canadien est un homme de challenge, promu au chevet d'une équipe plombée par les défaites et pas arrangée par son exil forcé. Cette ICE convalescente a toutefois montré d'intéressantes ressources morales pour résister au leader angevin (5-9).

Les Pingouins de Morzine-Avoriaz, quant à eux, ne sont pas dépaysés puisque peu d'entre eux ont connu Poissompré, la vraie. Car cet été, le HCMA a réduit la voilure... et vu ses internationaux s'éparpiller aux quatre vents. Mais voilà dans le Chablais, si on n’a pas de pétrole, on a des idées. Et surtout du nez en ce qui concerne les renforts étrangers. Et comme cette "légion étrangère" est habitée par un esprit commando, Morzine a retrouvé les sommets. L'ICE, elle, est au pied du mur...

C'est justement là qu'on voit le maçon paraît-il. Problème, les Dauphins ne sont pas là pour bétonner. Au contraire, c’est soirée portes ouvertes. Ils feront pourtant illusion cinq minutes. Le temps d'un premier avantage numérique (00'44"). Le temps, aussi, de parfaire l’échauffement de Guillaume Richard, très alerte sur sa ligne et déjà décisif sur un mouvement initié par Jussi Haapasaari et suivi par Jan Simko au second poteau.

Un match, deux équipes...

Dans ce match débridé, les gardiens sont particulièrement exposés. Et à trop de découvrir, on s’expose aux contres. Un domaine où les Pingouins ne sont pas manchots avec quelques individualités capables, en deux temps trois mouvements, d’amener le danger.

Pour pallier l'absence de Mickaël Brodin, suspendu, c'est Niko Toivonen qui le remplace aux côtés de Halava et D'Aoust. Une association qui ne manque pas de piquant et ne perd pas le nord, surtout que Lionel Simon est à l’ouest dans ses placements. Avec sa vision du jeu, Virtanen lance Toivonen en profondeur, qui tire en force pour mystifier Tojkander (0-1 à 07'22").

Ceux qui n’ont pas été refroidis par les lieux vont l’être tout au long de ce premier tiers. Pourtant, sur un 2 contre 1 mené par Chipaux, Haapasaari, au second poteau, remet les compteurs à zéro (1-1 à 09'11").

Chassez le naturel, il revient au galop. C'est-à-dire aussi vite que les contres, qui s’exercent dans une défense ouverte à tous vents. L'ICE n'est pas à un courant d'air près et les Pingouins s’engouffrent dans les brèches, bien aidés par des replis facultatifs. D'Aoust, au second poteau, profite du décalage (1-2 à 10'19") avant que ce diable de Toivonen n'exploite un cafouillage (1-3 à 11'31"). Et tant pis pour le joueur spinalien préalablement balancé dans l'arrondi...

Même sur cette petite glace, les Spinaliens trouvent le moyen de laisser des boulevards. Un paradoxe de plus pour une équipe totalement désorganisée et qui en prend plein la vue face au collectif alpin. Le même qui remporte tous les duels et enchaîne ainsi les mises au jeu et les récupérations.

Pourtant, la ligne "Tre Kronor" (malgré la vista d’Älgekrans et le dynamisme de Koponen et Hjalmarsson) n’est pas trois étoiles dans la finition. Au contraire d’une triplette finno-canadienne fourrée dans tous les bons coups. Niko Toivonen n’a pas grand mal à transpercer les lignes adverses. Normal pour ce puncheur, qui se joint à Mika Halava pour que Nicolas D'Aoust, opportuniste au second poteau, en remette une couche (1-4 à 16'01").

Les Dauphins, en dessous de tout, ne peuvent pas tomber plus bas. Mais, d’un autre côté, la situation ne peut que s’améliorer. Aux fraises dans le premier tiers, les Vosgiens retrouvent la pêche au retour des vestiaires. Normal puisqu’entre temps, Santino Pellegrino a haussé le ton… et serré la vis aussi. L’Italo-Canadien s’est aussi souvenu de Tomi Karlsson, oublié… sur la feuille de match !

Pressenti pour suivre Andersson dans la charrette, Karlsson passera bien l’hiver dans la Cité des Images. Le Finlandais a même obtenu une promotion aux côtés de Jan Plch et Erwan Agostini et brille dans son registre d’essuie-glace. Du coup, Jussi Haapasaari, qui doublait ses présences, retrouve donc son unique affectation sur le troisième trio avec l’infatigable Tarik Chipaux et un Yvan Charpentier assez limité. 

L’ICE est donc revenue animée de meilleures intentions. Plus conquérants, plus cohérents aussi dans leurs déploiements offensifs, les locaux haussent enfin leur niveau de jeu pour mettre à mal les fondations adverses. Pourtant, ils restent à la merci des accélérations adverses.

Même le nonchalant Matt Puntureri montre le bout de son nez. Ou plutôt de sa moustache. Ave ce style très "vintage", l'Américain s'est offert une petite notoriété en ligue mineure et lui vaut, ce soir, de contrarier le repli de Quessandier (23'27") pour obtenir une nouvelle opportunité en supériorité numérique.

S’ils n’ont plus autant de facilités à trouver les positions préférentielles, les Alpins n’en installent pas moins le siège devant Petrik, qui a succédé à Tojkander. Le Slovaque frise plus d’une fois la correctionnelle mais l’espoir jaillit d'un bon pressing qui perturbe Immonen. Au point de lui faire perdre l’équilibre. Le stratège finlandais, qui bloquait la sortie de zone, perd le contrôle du palet et Simko s’échappe côté gauche. On ne le reverra plus (2-4 à 24'15").

Voilà Morzine pris à son propre piège. Celui des contre-attaques. Et encore, Benoît Quessandier, en sortie de prison, rate le coche sur une longue ouverture de Niko Mäntylä (25'35"). La couverture se lézarde sous les coups de boutoirs spinaliens mais le roseau, s’il plie, ne rompt pas.

Pas encore du moins, car le jeu de puissance local a retrouvé du poil de la bête en marquant quatre fois à Angers. Du jamais vu cette saison... et ce n'est pas un hasard ! Le powerplay version Pellegrino (c'est-à-dire avec cinq attaquants) tranche avec le "comique burlesque" de son prédécesseur suédois. Finies les approximations : les joueurs ont maintenant retrouvé quelques automatismes. Et toute leur efficacité. Jan Simko (3-4 à 34'41") puis Jan Plch, en pointe, d'un slap rageur à ras de glace, font chavirer "Poissompré" (4-4 à 36'55").

L’ICE revient de loin. Pour Morzine en revanche, tout est à refaire. Les Pingouins ont bien quelques contres à se mettre sous la dent mais Petrik fait bonne garde. Pas un luxe puisque sa défense n'est pas toujours irréprochable, à l’image d’un Peter Slovak toujours aussi approximatif et qui se fait enrhumer deux fois côté droit par Mika Halava (44'18" et 49'03"). Une fois encore, seul Mäntylä, intransigeant dans ses interventions, aura réellement tiré son épingle du jeu.

Si la lucidité commence à faire défaut aux Lorrains, elle reste intacte chez Jan Plch. Non content d’avoir provoqué la pénalité (51'44"), le capitaine, à l'affût du rebond, ajuste Richard à bout portant (5-4 à 53'45"). Le vent a tourné et Chassard, en break, résiste au retour de deux Morzinois (6-4 à 56'57").

Les Pingouins ont du plomb dans l’aile, eux qui avaient pourtant pris le match par le bon bout, avant de craquer sous l’effet conjugué des pénalités, d’une intensité spinalienne retrouvée et d’un Petrik des grands soirs. Le Slovaque n’aura finalement cédé qu’une fois ce soir, devant Älgekrans, en embuscade au premier poteau (6-5 à 59'40"). Un but finalement anecdotique, comme le chassé-croisé Richard-Blais devant le filet.

Un déclic ?

Attendu comme le Messie, Santino Pellegrino a ressuscité une équipe "morte" (selon ses dires). Lui qui prône un retour aux valeurs (travail, travail et… travail !)  a pu vérifier le bien fondé de ses méthodes stakhanovistes. Qu’on se le dise, il y a maintenant l’avant et l’après Santino.

Sans Pellegrino, l’équipe manquait de pétillant. Avec lui, elle ne manque pas de répondant, même s’il a fallu un bon tiers pour s’en apercevoir. Celui qui se veut l’artisan du renouveau spinalien a pu juger de la pertinence de son nouvel alignement offensif, plus équilibré que jamais. Une homogénéité payante puisque chaque ligne a trouvé l’ouverture. On appelle ça un coaching gagnant, même si tout n’a pas été parfait (placements et rigueur défensive notamment)…

Grâce à une bonne gestion des situations spéciales, Épinal s’est donc offert un premier succès tant attendu. Une victoire qui en appelle d’autres…


Épinal - Morzine-Avoriaz 6-5 (1-4, 3-0, 2-1).
Samedi 28 novembre à 20h15 à la patinoire provisoire de Poissompré. 400 spectateurs environ.
Arbitrage de Savice Fabre assisté d'Éric Bouguin et Benjamin Ernecq.
Pénalités : 8' (4' + 2' + 2') contre Épinal ; 20' (2' + 4' + 14') contre Morzine-Avoriaz.
Tirs : 37 (9 + 17 + 11) pour Épinal ; 36 (14 + 11 + 11) pour Morzine-Avoriaz.

Évolution du score :
0-1 à 07'22" : Toivonen assisté de Virtanen
1-1 à 09'11" : Haapasaari assisté de Chipaux (inf. num.)
1-2 à 10'19" : D'Aoust assisté de Toivonen et Halava (sup. num.)
1-3 à 11'31" : Toivonen assisté de D'Aoust
1-4 à 16'01" : D'Aoust assisté d'Halava et Toivonen
2-4 à 24'15" : Simko assisté de Slovak (inf. num.)
3-4 à 34'41" : Simko assisté de Karlsson et Chassard (sup. num.)
4-4 à 36'55" : Plch assisté de Karlsson et Chassard (sup. num.)
5-4 à 53'45" : Plch assisté de Quessandier (sup. num.)
6-4 à 56'57" : Chassard assisté de Petrak
6-5 à 59'40" : Älgekrans assisté de Bezeau et Hjalmarsson


Épinal

Gardiens : Henrik Tojkander puis Stanislav Petrik à 20'00".

Défenseurs : Peter Slovak – Benoît Quessandier (A) ; Jan Hagelberg – Niko Mäntylä ; Lionel Simon.

Attaquants : Jan Simko - Michal Petrak - Guillaume Chassard (A) ; Tomi Karlsson [Haapasaari jusqu’à 20'00"] - Erwan Agostini - Jan Plch (C) ; Yvan Charpentier - Jussi Haapasaari - Tarik Chipaux.

Remplaçants : Kévin Benchabane, Nathan Ganz, Guillaume Papelier. Absents : Fabien Leroy (suspendu), Anthony Rapenne.

Morzine-Avoriaz

Gardiens : Guillaume Richard [cage vide de 59'32" à 59'40" puis Greg Blais de 59'40" à 60'00"].

Défenseurs : Santeri Immonen - Billy Bezeau ; Kim Virtanen - Matt Suderman ; Christian Élian (C) - Alexander Hogstad.

Attaquants : Erik Hjalmarsson - Johan Älgekrans - Antti Koponen (A) ; Mika Halava - Niko Toivonen (A) - Nicolas D'Aoust ; Romain Bonnefond - Fabien Seebach - Matt Puntureri.

Remplaçant : Théophile Mourin. Absents : Mickaël Brodin (suspendu), Mathieu Jestin (fracture du tibia), Loïc Gaydon.