Grenoble - Angers (Ligue Magnus, 10e journée)

Grenoble au bout du suspense

Après avoir assuré mardi à Gap leur qualification pour les demi-finales de la coupe de la Ligue, les Brûleurs de Loups changent de catégorie et s'attaquent au leader invaincu de la Ligue Magnus, les Ducs d'Angers qui viennent en Isère chercher une dixième victoire de rang. Grenoble pour sa part n'a qu'une défaite à déplorer en Magnus, à Briançon, la seule à ce jour en match officiel cette saison. Mais du fait de leur retrait de six points, les champions de France n'ont guère le choix et doivent remporter tous leurs matchs, quel que soit leur adversaire, s'ils veulent quitter la septième place. Gros choc en perspective.

Pour cette rencontre au sommet, les Ducs sont toujours privés de deux défenseurs, Simon Lacroix et Pavol Mihalik. Du côté grenoblois, Viktor Wallin fait son retour après avoir manqué le match à Gap pour cause de grippe. C'est précisément pour cette raison que Maxime Moisand et Martin Jansson doivent déclarer forfait ce soir. La mauvaise nouvelle de la semaine à Grenoble, c'est l'absence prolongée de Ludek Broz, diagnostiqué avec une lombalgie, et qui devra observer trois semaines de repos. C'est donc amputés de deux attaquants majeurs que les Brûleurs de Loups abordent cette rencontre.

Les premières minutes ne laissent pourtant pas voir une équipe grenobloise diminuée ni résignée. Nullement impressionnés par l'invincibilité des Ducs, les champions de France attaquent la rencontre pied au plancher avec beaucoup de patinage et un jeu de transition très rapide. Les Ducs font mieux que résister même si l'initiative du jeu est grenobloise. Les dix premières minutes sont donc plutôt enlevées avec un jeu très spectaculaire mais assez peu fertile en occasions. Comme souvent pour débloquer les choses, il faut attendre la première pénalité. Celle-ci tarde à venir car les deux équipes jouent de manière très disciplinée, évitant les charges "à la limite". C'est finalement Tomas Baluch le premier fautif à rejoindre le banc des prisons. Et l'avantage numérique débloque effectivement la rencontre. Damien Fleury, très en vue depuis le début du match, remonte le palet, efface son défenseur et, dans le mouvement, place le palet du revers sous la barre de Peter Aubry (1-0, 13'38"). Un but contesté dans un premier temps par le banc angevin car le palet est ressorti très rapidement et pouvait laisser supposer qu'il avait seulement heurté la barre.

2009-11-28-Grenoble-Angers1Les Brûleurs de Loups semblent sur la bonne voie mais les Angevins vont rapidement montrer qu'ils ne sont pas leaders de la Ligue Magnus par hasard. Le redoutable trio canadien de la première ligne remet les choses au point. Sur un palet mal dégagé par la défense grenobloise, Pierre-Luc Laprise expédie un tir soudain en lucarne opposée qui surprend Ferhi. Propre, net et sans bavure (1-1, 15'01"). L'avantage au score de Grenoble aura été de courte durée. À partir de cet instant, les Ducs reprennent l'initiative du jeu. Une pénalité à l'encontre de Tartari dans les deux dernières minutes fait trembler Pôle Sud mais Ferhi parvient à repousser les assauts angevins jusqu'au coup de sirène.

Grenoble tue sans trop de difficulté le reste de la pénalité en début de deuxième tiers même si un tir angevin flirte avec la barre de Ferhi. Peter Aubry est sanctionné pour un faire trébucher mais les Brûleurs de Loups bafouillent complètement leur hockey au cours des deux minutes de supériorité numérique, étant régulièrement renvoyés dans leur zone par la défense angevine. Les Ducs sortent renforcés de cet épisode tandis que les partenaires de Christophe Tartari semblent perdre leurs repères. Jonathan Bellemare profite alors des hésitations iséroises pour faire un numéro sur l'aile gauche en enrhumant deux joueurs grenoblois pour finalement se jeter et marquer en extension du bout de la crosse alors qu'une pénalité avait été appelée à l'encontre d'un défenseur. Magnifique exploit individuel du capitaine des Ducs (1-2, 27'17"). La rencontre commence à échapper aux hommes de Mats Lusth qui subissent le jeu. Dufour part en prison au plus mauvais moment et Angers installe son jeu de puissance sans difficulté, contraste saisissant avec le power-play grenoblois au début du tiers. Après une vaine résistance, la défense grenobloise finit par s'incliner sur une combinaison classique : décalage de Bellemare, tir en lucarne de Fortier et but... Angers déroule (1-3, 30'18").

À ce moment-là, on ne voit pas très bien comment les champions de France vont pouvoir préserver leur invincibilité à domicile tant ils semblent complètement mis sous l'éteignoir par une machine parfaitement rodée. Les Ducs contrôlent le match et la défense grenobloise souffre le martyr sous les coups de boutoir de Bellemare et de ses compères. En face, Grenoble s'en remet à des exploits individuels de Sivic, de Fleury ou de l'infatigable Julien Baylacq pour essayer de percer la muraille. Si ces trois-là ne ménagent pas leurs efforts, le collectif grenoblois, lui, ne suit pas.

Baylacq, encore auteur d'un travail de harcèlement remarquable ce soir, obtient quand même une pénalité de Marko Kiprusoff en personne. Rien à signaler du côté du power-play grenoblois, toujours aussi inefficace. Et puis, sur une remontée anodine de Nicolas Besch au centre de la glace, l'inimaginable se produit : après avoir passé la ligne rouge, Besch dégage le palet en fond de glace d'un tir en direction de Peter Aubry. Le gardien canadien se fait surprendre et laisse passer la rondelle au grand dam du banc angevin médusé (2-3, 38'34"). L'énorme erreur d'Aubry relance les Grenoblois juste avant la deuxième pause : l'esquisse d'un scénario incroyable est en train de se mettre en place.

2009-11-28-Grenoble-Angers4Les Isérois, plus combatifs, ont obtenu une pénalité de Vidman juste avant la pause et repartent donc en avantage numérique. Si la situation est favorable, elle ne débouche sur rien de bien concret. Les Angevins sont plus méfiants depuis qu'ils n'ont qu'un but d'avance, alors que les Grenoblois se montrent patients et prennent leur temps pour obtenir une bonne chance d'égaliser. Cette partie d'échecs semble profiter aux Ducs : sur un bon décalage de Kiprusoff, la reprise d'Igier à bout portant parait décisive. Les Angevins lèvent les bras mais Eddy Ferhi, auteur d'un arrêt inattendu, ressort le palet sous sa jambière.

À dix minutes de la fin du temps règlementaire, les Ducs tiennent encore leur victoire mais ne parviennent pas à marquer le but qui les mettraient définitivement à l'abri. Les débats deviennent plus physiques et Alexandre Rouleau se fait sanctionner pour une charge un peu trop appuyée contre la bande. L'occasion rêvée pour Angers de tuer le suspense. Malgré deux minutes de frayeur dans le camp grenoblois, les Ducs laissent passer leur chance. Ils pourront le regretter car de retour à cinq contre cinq, Fleury s'échappe sur son aile droite et expédie un slap rageur qui transperce Peter Aubry, une nouvelle fois pas irréprochable (3-3, 53'36").

L'égalisation grenobloise, pas forcément attendue à cet instant de la partie, fait renaître les espoirs les plus fous dans Pôle Sud. Joueurs, staff et supporters se remettent alors à croire ce qui semblait encore impossible dix minutes plus tôt. Le momentum a changé de camp, l'intensité remonte d'un cran. Bellemare et Nilsson partent en même temps en prison, les deux équipes jouent à quatre contre quatre. Au cours des cinq dernières minutes, le suspense est à son comble. Le public croit désormais en une victoire de ses protégés, même si la prolongation se profile à l'horizon. L'opportunité attendue survient finalement avec une pénalité de Jokinen avec un peu plus d'une minute à jouer. Mats Lusth a bien compris que c'est là l'occasion rêvée d'enfoncer le clou. Il demande un temps mort. Pour quasiment la première fois de la partie, Grenoble installe son jeu de puissance. Le palet circule, reste dans la zone après quelques tentatives de tirs. Et puis Tartari parvient à décaler Rouleau à la ligne bleue. Le défenseur québécois expédie un missile, dévié au passage par Dufour : le palet vient se loger sous la barre, Pôle Sud exulte (4-3, 59'36") ! Un dernier temps mort de Leime, la sortie d'Aubry n'y changeront rien : au terme des soixante minutes de jeu, Angers subit sa première défaite en Ligue Magnus.

2009-11-28-Grenoble-Angers3Les Ducs n'étaient pourtant pas loin de ramener une victoire de Pôle Sud, ce qui ne leur était plus arrivé depuis le Trophée des Champions 2007. À 3-1, les leaders du championnat avaient fait le plus dur et maîtrisaient la rencontre. Mais un premier mauvais but d'Aubry a fait vaciller l'édifice au plus mauvais moment car, avec deux buts d'écart au début de la troisième période, un retour grenoblois aurait été peu probable. Un second but évitable a permis à Grenoble d'égaliser et les Angevins ont ainsi laissé la rencontre leur échapper. Peter Aubry a été clairement le point faible des Ducs ce soir car pour le reste, Angers a tout d'une belle machine bien rodée : une première ligne canadienne de feu, extrêmement difficile à contrôler, une défense compacte et imperméable avec Kiprusoff en tour de contrôle. N'en doutons pas, les Ducs voudront une revanche et ils auront l'occasion de la prendre lors du double affrontement qui se profile en coupe de la ligue.

Du côté grenoblois, on peut savourer ce "miracle" à sa juste valeur. Au fond du trou après un début pourtant réussi, multipliant les approximations en supériorité numérique notamment, les Brûleurs de Loups sont revenus au courage et à l'énergie. Ils ont su forcer la chance, à l'image du culot de Nicolas Besch et de l'enthousiasme de Damien Fleury, époustouflant ce soir. En l'absence de Broz et Jansson, ce sont les Français qui ont fait le spectacle sans oublier Alexandre Rouleau, omniprésent en attaque à cinq contre cinq comme en défense lors des unités spéciales. À l'origine du but libérateur, il s'est comporté une nouvelle fois en leader ce soir. En s'imposant, les Brûleurs de Loups marquent deux points précieux indispensables à leur remontée au classement. Ils marquent également leur territoire face à un favori du championnat et malgré des absences importantes, un bon signe après le cuisant échec subi à Briançon. Enfin, ils ont une nouvelle fois fait preuve d'une grande force mentale sur leur glace en renversant, comme face à Amiens, une situation bien compromise. L'invincibilité des Brûleurs de Loups à Pôle Sud est préservée, reste maintenant à confirmer ce succès mardi en Anjou en coupe de la ligue. Une autre paire de manches.

Désignés meilleurs joueurs du match : Damien Fleury (Grenoble) et Jonathan Bellemare (Angers).

 

Grenoble - Angers 4-3 (1-1, 1-2, 2-0)

Samedi 28 novembre à 20h00 à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 3500 spectateurs.

Arbitrage de Alexandre Bourreau assisté de Anne-Sophie Boniface et Gildas Fontaine.

Pénalités : Grenoble 8' (2', 2', 4'), Angers 12' (2', 6', 4').

Tirs cadrés : Grenoble 34 (12, 13, 9), Angers 30 (9, 12, 9).

Évolution du score :

1-0 à 13'38" : Fleury assisté de Dufour et Tartari (sup. num.)

1-1 à 15'01" : Laprise assisté de Fortier et Bellemare

1-2 à 27'17" : Bellemare assisté de Fortier et Laprise

1-3 à 30'18" : Fortier assisté de Bellemare et Kiprusoff (sup. num.)

2-3 à 38'34" : Besch assisté de Manavian et Ferhi (sup. num.)

3-3 à 53'36" : Fleury assisté de Tartari et Milovanovic

4-3 à 59'36" : Dufour assisté de Rouleau et Tartari (sup. num.)

 

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi.

Défenseurs : Viktor Wallin (A) - Vincent Llorca ; Jason Crossman - Jakob Milovanovic ; Nicolas Besch - Antonin Manavian.

Attaquants : Mitja Sivic - Alexandre Rouleau (A) - Anders Nilsson ; Jean-François Dufour - Christophe Tartari (C) - Damien Fleury ; Julien Baylacq - Raphaël Papa - Nicolas Arrossamena.

Remplaçants : Sébastien Raibon (G), Loup Benoît. Absents : Maxime Moisand (grippe), Martin Jansson (grippe), Ludek Broz (lombalgie).

Angers

Gardien : Peter Aubry [sorti de 59'36" à 60'00"].

Défenseurs : Kévin Igier - Marko Kiprusoff ; Lauri Lahesalu - Per Braxenholm ; Charlie Doyle.

Attaquants : Pierre-Luc Laprise - Jonathan Bellemare (C) - Eric Fortier ; Hermanni Vidman - Matias Metsäranta - Tomas Baluch (A) ; Juho Jokinen (A) - Thierry Poudrier - Julien Albert.

Remplaçants : Lucas Normandon (G), Nicolas Primout, Clément Genièvre, Matthieu Frécon. Absents : Pavol Mihalik (épaule), Simon Lacroix (genou).