Grenoble - Angers (Coupe de la ligue, demi-finale retour)

Ren-ver-sant

Après un match aller complètement fou qui a vu les Brûleurs de Loups mener de quatre buts à Angers avant d'en encaisser huit, les deux protagonistes se retrouvent sur la glace de Pôle Sud avec un objectif commun : une place en finale à Méribel. Les Ducs sont les favoris logiques des pronostics avec quatre buts d'avance, handicap qui semble difficile à remonter pour Grenoble face au leader de la Ligue Magnus. Vendredi, les champions de France ont eu l'occasion de se rassurer à Morzine en Ligue Magnus (6-2), quant aux Angevins, ils n'ont fait qu'une bouchée de Dijon (12-4).

Pourtant, la tâche s'annonce ardue pour les Isérois, toujours privés de Ludek Broz et qui doivent faire face à l'absence de cinq internationaux juniors sélectionnés pour les championnats du monde U20. C'est donc avec un effectif extrêmement réduit que les tenants du titre doivent relever le défi, avec l'ambition de répéter à minima leur victoire face aux Ducs sur cette même glace en Ligue Magnus et préserver leur invincibilité à Pôle Sud cette saison.

Les Ducs laissent logiquement les clés du jeu aux Brûleurs de Loups qui, avec beaucoup d'envie, mettent du rythme. Les supporters peuvent être rassurés : leurs favoris ont semble-t-il bien décidé de jouer la partie à fond malgré l'absence de plusieurs joueurs et la tentation de se préserver pour le match de samedi contre Rouen. La composition restreinte alignée par Mats Lusth fonctionne plutôt bien avec des changements de lignes assez rapides et des combinaisons variées qui se trouvent aisément. Les Angevins se sortent d'une première pénalité d'Igier, mais ne se libèrent pas pour autant : Jonathan Bellemare tergiverse dans sa relance et perd le palet sur un bon pressing de Jean-François Dufour. Ce dernier décale devant la cage Alexandre Rouleau qui a bien suivi son coéquipier et marque sans opposition un but 100% québécois dans sa conception (1-0, 06'15").

Martin Jansson écope de la première pénalité grenobloise du match mais les Ducs ont des difficultés à installer leur jeu de puissance. Dans l'ensemble, les Grenoblois continuent de maîtriser les débats en sollicitant régulièrement Peter Aubry, mais la défense angevine est bien regroupée, même si elle laisse passer Nicolas Besch pour un "coast-to-coast" tout près d'aboutir, puis Julien Baylacq sur une contre-attaque similaire. Sur cette action survient pourtant un gros coup dur pour Grenoble : sur une charge de Thierry Poudrier le long de la bande, Jakob Milovanovic reste au sol. Touché au genou, il regagne le banc en boitant bas et ne reviendra pas pour le reste de la partie. Grenoble doit donc finir le match avec quatre défenseurs.

Suite à une grosse charge de Tartari, une petite explication suit entre Rouleau et Braxenholm. Rien de bien méchant mais les Angevins profitent de la supériorité numérique pour revenir dans la partie avec leur premier trio canadien, plutôt mis sous l'éteignoir jusque-là. Bellemare s'infiltre et décale Laprise côté gauche mais Ferhi s'interpose. Malgré une nette domination, Grenoble rentre au vestiaire avec seulement un but d'avance ce qui fait plutôt les affaires d'Angers.

Grenoble débute la deuxième période en supériorité numérique suite à une faute de Fortier avant la pause. Comme souvent en début de tiers, le power-play ne donne pas grand chose. La cadence ralentit et le jeu a tendance à s'enliser au cours des premières minutes. Angers n'est guère plus efficace après une faute de Rouleau, s'installant sans trouver de solutions de tirs. Avec le retour à cinq, Sivic en profite pour partir dans le dos de la défense à la ligne bleue angevine mais perd son face-à-face avec Aubry. Les débats s'échauffent après une action grenobloise devant la cage des Ducs avec un début d'altercation et quelques brassages entre Besch et Laprise notamment. M. Colleoni préfère convoquer les capitaines plutôt que distribuer des pénalités et le jeu reprend, essentiellement dans la zone angevine. Le travail de harcèlement grenoblois finit par payer lorsque Jansson récupère un palet qui traîne près de la cage d'Angers et sert en retrait Julien Baylacq qui n'a plus qu'à pousser le palet dans la cage ouverte (2-0, 27-30").

2009-11-28-Grenoble-Angers2Avec une avance réduite à deux buts sur l'ensemble des deux matchs, les choses se compliquent pour Angers. Une prison de Jokinen contestée par Igier vaudra dix minutes de méconduite au défenseur international. Cette fois, ce sont les Ducs qui se retrouvent à quatre défenseurs. Heureusement pour les hommes d'Heikke Leime, la supériorité numérique grenobloise est écourtée par une obstruction d'Antonin Manavian en zone défensive.

À la mi-match, le suspense tient toujours puisque Grenoble n'a plus que deux buts à remonter. Les Ducs ont quelques bons passages dans ce deuxième tiers et font frissonner les rangs grenoblois notamment sur une tentative de Laprise devant les buts. Ferhi est solide dans sa cage qu'il garde inviolée. Après avoir été touché par une crosse grenobloise, Aubry se relève difficilement. Le temps pour lui sur l'engagement suivant de voir passer le palet repris en hauteur par Damien Fleury, mais le troisième but grenoblois est logiquement refusé pour crosse haute.

Les Brûleurs de Loups ne sont pas très convaincants sur deux supériorités numériques concédées par Fortier puis Albert. Suite à un contact de Baylacq sur Aubry, les Ducs finissent même le tiers à cinq contre quatre, sans plus de réussite. Grenoble aurait pu faire mieux dans ce deuxième tiers et la tâche s'annonce compliquée pour les vingt minutes restantes.

La troisième période débute sous tension : le prochain but semble avoir une importance capitale pour la suite de la rencontre. Les Angevins tentent de forcer la décision avec son trio Laprise-Bellemare-Fortier qui met Ferhi à contribution. Le portier international grenoblois répond présent au bon moment car un but angevin réduirait quasiment à néant les efforts des siens et serait un grand pas vers la qualification pour les Ducs. Mais Grenoble n'est pas en reste avec une percée de Mitja Sivic qui échoue sur Peter Aubry. Le jeu du chat et de la souris continue ainsi pendant dix minutes, mais les positions restent figées, ce qui fait évidemment l'affaire des Ducs qui, à dix minutes de la fin, possèdent toujours leurs deux buts d'avance cumulée.

Une pénalité de Kévin Igier pour un faire-trébucher derrière la cage d'Aubry va pourtant changer la donne. L'occasion est belle pour Grenoble, Mats Lusth l'a bien compris et il décide de sortir Eddy Ferhi une fois le jeu de puissance installé pour jouer son va-tout. Avec un joueur de plus devant la cage, Dufour adresse un centre devant les buts pour Alexandre Rouleau qui reprend du revers et marque dans la cage ouverte (3-0, 50'31"). Pari réussi pour Lusth, Grenoble se retrouve à cet instant à seulement une longueur de la prolongation et tout redevient possible. Les Ducs sont sous pression mais réagissent du tac au tac et amènent le jeu en zone offensive. Sur l'engagement qui suit, Besch se fait subtiliser le palet le long de la bande par Laprise qui sert devant les buts Éric Fortier complètement démarqué : l'attaquant canadien ne tremble pas et ajuste Ferhi (3-1, 50'58"). Tout est à refaire pour Grenoble.

On pense d'ailleurs les Brûleurs de Loups freinés dans leur élan et touchés moralement par cette égalisation. À sept minutes de la fin, il leur reste toujours un handicap de deux buts à remonter pour aller chercher les prolongations. Insurmontable ? À ce moment-là, la défense angevine va pourtant littéralement craquer et offrir une opération portes-ouvertes au plus mauvais moment : Mitja Sivic ressort le palet le long des bandes et sert Fleury qui devance la défense des Ducs pour s'en aller battre Aubry (4-1, 53'27"). L'espoir renaît à Pôle Sud, Angers se met à déjouer et deux minutes plus tard, les Brûleurs de Loups remettent ça : Viktor Wallin sort le palet de sa zone, sert Manavian qui déborde côté droit et centre au cordeau pour... Wallin qui arrive devant les buts. La défense angevine, complètement débordée par le une-deux des deux défenseurs grenoblois ne peut que constater les dégâts (5-1, 55'28"). Cette fois, le match s'emballe et Grenoble remet les compteurs à zéro sur l'ensemble des deux rencontres !

À cinq minutes de la fin, tout est relancé. Leime demande un temps mort pour calmer ses troupes. Peine perdue, les boulevards sont immenses dans la défense angevine et cette fois Mitja Sivic et Martin Jansson combinent sur une action similaire à la précédente : récupération de Sivic en zone neutre, décalage de Jansson sur la droite, centre du Suédois au second poteau pour... Sivic qui avait pris de vitesse toute la défense angevine (6-1, 56'10").

En trois minutes, Grenoble a réussi l'exploit d'inscrire trois buts et repasser devant sur l'ensemble des deux rencontres ! C'est terminé, pense-t-on ? Eh bien non, pas tout à fait. Car les Ducs, au moment où on les pensait au fond du trou, vont revenir de nulle part grâce à Tomas Baluch qui s'infiltre dans la défense et ajuste Ferhi à bout portant (6-2, 58'16"). Cette fois, ce sont les Ducs qui y croient à nouveau. La rencontre semble basculer de nouveau en leur faveur lorsque Damien Fleury se rend coupable d'une crosse haute involontaire sur Matias Metsäranta, blessé au visage avec semble-t-il quelques dents en moins. M. Colleoni pénalise logiquement le Grenoblois pour 2'+2' et Angers voit s'ouvrir un boulevard pour faire la décision et gagner sa place en finale. Les deux dernières minutes sont difficiles pour Grenoble, Lusth demande un temps mort pour faire souffler ses joueurs car le palet flirte dangereusement autour de sa cage. Les deux équipes sont donc amenées à jouer une prolongation au terme de soixante minutes fertiles en rebondissements qui ont vu Grenoble refaire son handicap du match aller.

2009-11-28-Grenoble-Angers5Place à la prolongation à quatre contre trois pour Angers pendant 2'30", une situation encore plus favorable pour les Ducs. Avec Kiprusoff en distributeur de jeu et artificier, les joueurs d'Heikki Leime campent dans la zone grenobloise. Mais Ferhi sort des arrêts très propres chaque fois qu'il est sollicité, sans laisser de rebonds. Angers ne trouve pas la solution et le forecheck de Martin Jansson allège la souffrance des Grenoblois qui parviennent à tenir jusqu'à la fin de la prison. À son retour sur la glace, Damien Fleury se procure une bonne occasion sur une échappée mais le meilleur est à venir pour lui : Rouleau récupère le palet en zone défensive et sert Fleury sur l'aile droite, le coup de patin du Grenoblois fait la différence et lui permet de se présenter seul face à Aubry : son puissant slap heurte les jambière du gardien angevin mais le palet passe à travers pour glisser tout doucement au fond de la cage... Aubry est malheureux, Grenoble est en finale (7-2, 62'59") !

Que dire sur ce match extraordinaire, probablement le meilleur à Pôle Sud depuis le début de saison ? Déjà qu'il fait suite à un autre match tout aussi extraordinaire joué à Angers une semaine plus tôt ce qui fait de cette série de demi-finales l'une des plus spectaculaires disputées en France depuis plusieurs années. Au cours des deux premiers tiers-temps, Grenoble, bien que dominateur, ne semblait pas arriver à fournir le coup de rein qui aurait permis à Angers d'être vraiment en difficulté. Àdix minutes de la fin, Angers semblait avoir la qualification dans la poche avant que sa défense ne s'effondre inexplicablement en encaissant trois buts en trois minutes. Ensuite c'est l'attaque qui n'a pas répondu aux attentes alors que les Ducs semblaient avoir fait le plus dur en revenant à 2-6 : quatre minutes de supériorité numérique stériles qui résonnent comme une balle de match manquée. La défense qui prend l'eau, l'attaque qui ne marque pas, et pour finir Aubry qui se troue sur le dernier but de Fleury en prolongation...

Point final d'une soirée cauchemardesque pour les Ducs qui ont sans doute commis l'erreur de ne pas avoir joué vers l'avant plus tôt, se reposant sur leur matelas de quatre buts qui semblait suffisant pour aller à Méribel. La déception est d'autant plus grande que la finale semblait à portée de crosse. En plus de perdre Matias Metsäranta, sévèrement touché au visage, Angers a subi une gifle ce soir comme jamais depuis le début de la saison. Une gestion des grands rendez-vous à méditer chez les Ducs en vue des prochaines échéances.

Du côté grenoblois, le scénario est parfait, au-delà même des rêves les plus fous. Remonter un handicap de quatre buts face au leader de la Ligue Magnus, qui plus est avec une pléiade d'absents, c'est une performance irréelle qu'ont réalisé les Brûleurs de Loups ce soir, prouvant une fois de plus leur mental à toute épreuve et leur capacité à se transcender dans les grands rendez-vous. Ils ont su être patients en se concentrant pendant cinquante minutes sur l'objectif principal qui était de ne pas prendre de but avant de passer l'accélérateur dans un final époustouflant. Certes le but de Baluch et la pénalité de Damien Fleury auraient pu tout remettre en cause, mais cette équipe a quelque chose en plus qui lui permet de ne jamais douter.

Fleury et Rouleau, avec deux buts chacun, ont une nouvelle fois été les grands artisans de ce succès mémorable, l'un par sa combativité et son sens du placement, l'autre par sa vitesse et son opportunisme. Mais tous les Grenoblois ont été à la hauteur ce soir, à commencer par Eddy Ferhi quasiment irréprochable et qui s'est bien rattrapé du match aller. Sans aligner trois lignes complètes, Mats Lusth a trouvé la bonne formule pour donner à son équipe une certaine assise défensive et beaucoup de rythme en attaque pour perturber la défense angevine, à l'image de Julien Baylacq, véritable trublion. La seule mauvaise nouvelle pour Grenoble, c'est la blessure au genou de Milovanovic qui va contraindre le staff à se passer de lui pendant plusieurs semaines et composer avec un effectif encore plus réduit pour recevoir Rouen samedi. Un autre défi en perspective, en attendant, Grenoble est sur son nuage et peut penser déjà à sa première finale de la saison et conserver son titre à Méribel. Tout simplement énorme !

Désignés meilleurs joueurs du match : Julien Baylacq (Grenoble) et Éric Fortier (Angers).

 

Commentaires d'après-match (d'après Le Dauphiné Libéré) :

Mats Lusth (entraîneur de Grenoble) : "Je suis content, bien sûr. On savait que ce serait difficile. Il fallait mettre quatre buts mais surtout ne pas en prendre. Je suis fier de ces gars-là, ils ont été payés de leurs efforts. Moi en tout cas, je veux gagner, c'est pour ça que je suis là."

 

Grenoble - Angers 7-2 après prolongation (1-0, 1-0, 4-2, 1-0)

Mardi 8 décembre à 20h00 à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 3251 spectateurs

Arbitrage de Bruno Colleoni assisté de Anne-Sophie Boniface et David Courgeon

Pénalités : Grenoble 16' (6', 6', 4', 0'), Angers 24' (6', 6'+10', 2', 0')

Évolution du score :

1-0 à 06'15" : Rouleau assisté de Dufour

2-0 à 27'30" : Baylacq assisté de Jansson et Nilsson

3-0 à 50'31" : Rouleau assisté de Dufour (sup. num.)

3-1 à 50'58" : Fortier assisté de Laprise

4-1 à 53'27" : Fleury assisté de Sivic

5-1 à 55'28" : Wallin assisté de Manavian

6-1 à 56'10" : Sivic assisté de Jansson

6-2 à 58'16" : Baluch assisté de Bellemare

7-2 à 62'59" : Fleury assisté de Rouleau

 

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi [sorti de 50'28" à 50'31"].

Défenseurs : Viktor Wallin - Vincent Llorca ; Nicolas Besch - Antonin Manavian ; Jakob Milovanovic.

Attaquants : les 2 centres Martin Jansson (A) et Christophe Tartari (C) avec les 3 paires d'ailiers Mitja Sivic - Damien Fleury ; Jean-François Dufour - Alexandre Rouleau (A) ; Julien Baylacq - Anders Nilsson.

Remplaçants : Anthony Koren (G), Loup Benoît, Valentin Michel. Absents : Jason Crossman, Maxime Moisand, Raphaël Papa, Sébastien Raibon, Nicolas Arrossamena (équipe de France U20), Ludek Broz (lombalgie).

Angers

Gardien : Peter Aubry.

Défenseurs : Kévin Igier - Marko Kiprusoff ; Lauri Lahesalu - Per Braxenholm ; Charlie Doyle.

Attaquants : Pierre-Luc Laprise - Jonathan Bellemare (C) - Éric Fortier ; Hermanni Vidman - Matias Metsäranta - Tomas Baluch (A) ; Juho Jokinen (A) - Thierry Poudrier - Julien Albert.

Remplaçants : Lucas Normandon (G), Nicolas Hébert, Nicolas Primout, Matthieu Frécon. Absents : Pavol Mihalik, Simon Lacroix (blessés).