Grenoble - Rouen (Ligue Magnus, 12e journée)

Grenoble avec le cœur

Encore sur leur nuage après leur qualification miracle mardi en coupe de la ligue face aux Ducs d'Angers, les Brûleurs de Loups n'ont pas le temps de souffler et doivent enchaîner avec la réception d'un autre gros du championnat, les Dragons de Rouen, cette fois pour le compte de la Ligue Magnus. Ironie du calendrier, cette rencontre, prévue de longue date, s'avère être la répétition générale de la finale de la coupe de la ligue puisque Rouen s'est également qualifié en gagnant à Briançon. Les Dragons viennent en Isère défendre leur deuxième place acquise la semaine dernière au bénéfice de la défaite de Briançon à Villard, alors que Grenoble tentera de préserver son invincibilité à Pôle Sud cette saison.

Mais déjà passablement affaiblis par les absences des internationaux juniors qui viennent s'ajouter à celle de Ludek Broz, les Brûleurs de Loups doivent déplorer les blessures conjuguées de Jakob Milovanovic et Alexandre Rouleau, tous les deux touchés au genou contre Angers. Le premier sera indisponible six semaines minimum, quant au second, il devrait être écarté des patinoires pendant trois semaines. Gros coup dur tant Rouleau pesait en ce moment sur les défenses adverses avec une certaine réussite. Du coup, Mats Lusth a dû se creuser les méninges pour aligner une équipe qui tienne la route ce soir. Jean-François Dufour débute la rencontre en défense tandis que les juniors Loup Benoît et Elie Raibon, peu vus cette saison, évoluent en troisième ligne. Pour le frère jumeau du gardien grenoblois, il s'agit même d'une première cette saison ! Pas évident face à l'armada rouennaise au complet.

Malgré ces coups du sort à répétition, les Brûleurs de Loups font preuve d'un réel engagement dès le coup d'envoi. Et cela paye au delà de toute espérance : Anders Nilsson déborde sur son aile droite et centre devant le but pour son compatriote Martin Jansson esseulé au milieu de la défense rouennaise, le centre suédois ne rate pas l'occasion et ouvre le score après seulement quatorze secondes de jeu (1-0, 00'14"). Douche froide sur le banc rouennais et plaisante surprise dans les rangs grenoblois où on se dit que vu les circonstances, partir avec un but d'avance ne peut pas faire de mal. Rouen tente de réagir par Carl Mallette mais Ferhi répond présent. Grâce à la débauche d'énergie de ses coéquipiers, le portier grenoblois n'est pas tellement sollicité mais il sort un arrêt décisif face à Eric Doucet tout seul face aux cages après un excellent centre de Luc Tardif. Très chaude alerte sur le but grenoblois et réaction immédiate en contre avec l'inévitable Damien Fleury qui ne cadre pas son tir. Grenoble joue simple en ce début de match avec un jeu solide défensivement et des contre-attaques rapides en s'appuyant sur la vitesse des Fleury, Sivic et autre Baylacq.

tardif_lucjunior_091003_033Rouen tente quelques attaques plus placées mais ses deux grosses lignes ne parviennent par à trouver de faille dans la défense grenobloise, même pas en supériorité numérique. Les Brûleurs de Loups continuent de faire la course en tête, ce qui leur permet de ne pas trop s'exposer. Une prison de Lampérier leur permet même d'évoluer pour la première fois en supériorité numérique. Julien Desrosiers y est poussé à la faute pour une obstruction et les données ne sont plus les mêmes : en double supériorité numérique pendant près d'1'30", les hommes de Mats Lusth ont tout loisir de s'installer. Après une bonne circulation du palet, Jean-François Dufour trouve au second poteau Damien Fleury qui marque en deux temps dans la cage grande ouverte (2-0, 17'33"). Les locaux mènent à la surprise générale de deux buts face à des Rouennais bien décevants.

Coup dur pour Grenoble au début de la deuxième période puisqu'Anders Nilsson, touché aux adducteurs, doit rester au vestiaire. L'effectif peau de chagrin des Brûleurs de Loups n'avait pas besoin de ça et Jean-François Dufour doit donc repasser en attaque, laissant la défense à quatre éléments en incluant le cadet Vincent Llorca. Cela n'empêche pas les Grenoblois de continuer à se ruer à l'assaut des cages de Trevor Koenig avec les remuants Damien Fleury et Mitja Sivic en agitateurs principaux. Fleury, encore une fois intenable ce soir, parvient à s'échapper tout seul à la ligne bleue mais se fait crocheter par Daniel Carlsson. Après consultation de son assistant, M. Bergamelli accorde un tir de pénalité. Martin Jansson s'occupe de la sentence, mais il perd le contrôle du palet avant de tirer. Sur l'engagement, les Dragons s'installent en zone offensive et Luc Tardif profite de la marge de manœuvre laissée par la défense dauphinoise pour revenir devant la cage, fixer Ferhi et glisser le palet le long du poteau (2-1, 23'53"). D'un potentiel 3-0 sur le tir de pénalité, le score passe à 2-1 et cela ressemble à un tournant dans ce match dont l'intérêt est complètement relancé.

Les Grenoblois, même s'ils accusent le coup, continuent à se montrer dangereux. Mitja Sivic est tout près de profiter d'une bévue de Trevor Koenig qui perd le palet derrière ses cages mais se rattrape avec un bel arrêt de la jambière. Julien Baylacq est fait trébucher par Julien Desrosiers. Un avantage numérique plus court que prévu car Antonin Manavian a le mauvais goût d'expédier Salmivirta dans le plexiglas, ce qui lui vaut deux minutes de pénalité assorties d'une méconduite. La défense grenobloise, déjà passablement décimée, se retrouve à trois unités. Les Brûleurs de Loups, moins flamboyants qu'en début de rencontre, continuent à s'accrocher. Leur ténacité dans les bandes leur permet d'obtenir des pénalités comme celle de Marc-André Thinel, coupable d'avoir été un peu trop impatient de récupérer le palet par une charge avec la crosse. On sent tout de même les Grenoblois plus diminués physiquement et la phase de power-play est sans danger pour Rouen. Au courage, les Brûleurs de Loups parviennent à maintenir à distance jusqu'à la fin du tiers une équipe de Rouen qui n'arrive pas à appuyer sur l'accélérateur.

La troisième période débute avec une question essentielle : combien de temps pourront tenir les Brûleurs de Loups ? Il est clair que la fatigue commence à peser sur des organismes extrêmement sollicités, à l'image d'un Viktor Wallin présent un shift sur deux et qui abat un travail colossal dans la zone défensive iséroise. Un surnombre complique un peu plus la tâche des locaux. Les hommes de Mats Lusth résistent tant bien que mal pendant les deux minutes d'infériorité numérique, mais au moment où Elie Raibon revient sur la glace, Marc-André Thinel profite d'un rebond laissé par Ferhi au second poteau consécutif à un tir de Carl Mallette (2-2, 42'39"). L'égalisation sonne comme une passation de pouvoir dans ce match et on se dit que les dernières minutes vont être extrêmement difficiles pour le petit contingent grenoblois.

koenig_trevor_090926_169Grenoble se contente alors de procéder par contres, et la rencontre semble pouvoir basculer à tout moment comme sur cette accélération de Damien Fleury qui se présente seul face à Koenig. Sur la contre-attaque, c'est au tour d'Eric Doucet de se présenter seul face à Eddy Ferhi, et de nouveau l'avantage est pour le gardien de but.

Le but suivant revêt une importance capitale pour la suite de la rencontre. Rouen semble l'équipe la mieux placée pour faire la décision à dix minutes de la fin face à une équipe fatiguée mais héroïque. Mais les Mallette, Thinel & Cie ne parviennent pas à mettre hors de position l'équipe grenobloise de plus en plus repliée en défense. Les Brûleurs de Loups sont à l'affût de contre-attaques et l'occasion se présente par l'intermédiaire de Martin Jansson, excellent ce soir, dont l'accélération sur la droite attire les défenseurs rouennais et laisse de l'espace à Fleury qui récupère le palet en pleine course croisée devant la cage et parvient à le redresser du revers dans le dos de Koenig qui s'était avancé mal à propos (3-2, 52'43"). Contre le cours du jeu, les Grenoblois parviennent à reprendre l'avantage au score. Une aubaine sur laquelle ils vont s'appuyer, obtenant ainsi la dose de courage nécessaire pour tenir jusqu'au bout. La sortie de Koenig dans l'ultime minute n'y changera rien malgré quelques actions très dangereuses devant Ferhi, les Brûleurs de Loups sont allés jusqu'au bout d'eux-mêmes pour remporter un succès inespéré.

C'est une victoire au courage que remportent les Brûleurs de Loups ce soir, tant leur effectif diminué laissait peu d'espoirs face à une armada rouennaise au grand complet. Mais les champions de France se sont appuyés sur leur marque de fabrique depuis le début de saison : une grande combativité, un mental à tout épreuve et beaucoup, beaucoup de cœur à l'ouvrage. Tout le collectif s'est défoncé ce soir pour aller chercher ce succès : Damien Fleury, avec une réussite étincelante encore matérialisée par deux buts ce soir, Viktor Wallin, plus serein que jamais défensivement et auteur d'une performance remarquable compte tenu d'un temps de glace extrêmement important, mais aussi Martin Jansson, infatigable travailleur dans les bandes et qui a récupéré un nombre incalculable de palets. Sans oublier Eddy Ferhi, auteur une prestation très propre qui a permis à son équipe de tenir jusqu'au bout, et les jeunes Llorca, Raibon et Benoît qui ont tenu leur rang. Après cette semaine extraordinaire au niveau des résultats, les Brûleurs de Loups peuvent maintenant panser leurs plaies et récupérer juniors et blessés, dont le contingent s'est étoffé ce soir avec Nilsson et Fleury, qui a dû déclarer forfait avec l'équipe de France pour soigner quelques bobos.

Les Dragons peuvent être légitimement déçus du résultat mais aussi de leur performance sur la glace tant ce match semblait à leur portée. Mais à aucun moment la troupe rouennaise n'a réussi à accélérer pour étouffer une formation iséroise parfois au bord de la rupture physiquement. Au lieu de cela, les hommes de Christian Pouget se sont heurtés au "fighting spirit" grenoblois sans pouvoir rivaliser non plus sur le plan de la combativité malgré une supériorité technique qui a rarement pu s'exprimer. Un manque d'implication difficile à expliquer pour un match de cette importance. Luc Tardif est le seul Rouennais à être vraiment sorti du lot alors que Trevor Koenig s'est montré particulièrement inquiétant dans ses sorties à répétition dont la dernière sur le troisième but de Grenoble coûte la défaite à son équipe. Une remise en cause est donc attendue du côté de la Normandie avant la revanche prévue le 29 décembre pour la finale de la coupe de la ligue.

Désignés meilleurs joueurs du match : Damien Fleury (Grenoble) et Marc-André Thinel (Rouen).

 

Commentaires d'après-match (d'après le Dauphiné Libéré) :

Viktor Wallin (défenseur de Grenoble) : "C'était vraiment un match spécial, avec pas mal de jeunes. Je n'ai même pas souvenir dans ma carrière d'avoir joué autant sur un match, mais c'est super car on donne le meilleur. On est une bande d'amis et j'aime ça. Tout le monde aide tout le monde et puis quand même, Rouen n'est pas une petite équipe !"

 

Grenoble - Rouen 3-2 (2-0, 0-1, 1-1)

Samedi 12 décembre à 20h00 à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 3500 spectateurs.

Arbitrage de Jimmy Bergamelli assisté de Guillaume Gielly et David Courgeon.

Pénalités : Grenoble 16' (2', 2'+10', 2'), Rouen 8' (4', 4', 0').

Tirs cadrés : Grenoble 35 (14, 12, 9), Rouen 36 (11, 10, 15).

Évolution du score :

1-0 à 00'14" : Jansson assisté de Nilsson et Wallin

2-0 à 17'33" : Fleury assisté de Dufour et Manavian (double sup. num.)

2-1 à 23'53" : Tardif assisté de Doucet et Thinel

2-2 à 42'39" : Thinel assisté de Mallette et Babka

3-2 à 52'43" : Fleury assisté de Jansson et Llorca

 

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi.

Défenseurs : Viktor Wallin (A) - Jean-François Dufour ; Antonin Manavian - Nicolas Besch ; Vincent Llorca.

Attaquants : les 2 centres Martin Jansson (A) et Christophe Tartari (C) avec les 3 paires d'ailiers Mitja Sivic - Damien Fleury ; Julien Baylacq - Anders Nilsson [puis Dufour après 20'00"]; Loup Benoît - Elie Raibon.

Remplaçants : Anthony Koren (G), Rémi Colotti. Absents : Jason Crossman, Maxime Moisand, Raphaël Papa, Sébastien Raibon, Nicolas Arrossamena (équipe de France U20), Ludek Broz (lombalgie), Jakob Milovanovic (genou), Alexandre Rouleau (genou).

Rouen

Gardien : Trevor Koenig [sorti de 58'55" à 60'00"].

Défenseurs : Magnus Eriksson - Daniel Babka ; Kai Ohberg - David Holmqvist ; Petri Virolainen - Daniel Carlsson.

Attaquants : Luc Jr Tardif - Eric Doucet (A) - Marc-André Thinel ; Julien Desrosiers - Carl Mallette (C) - Loïc Lampérier ; Jérémie Romand puis Ilpo Salmivirta à 20'00" - Jonathan Zwikel (A) - Lionel Tarantino.

Remplaçants : Mickaël Muller (G), Alexandre Mulle.