France - Norvège (match 2, à Mulhouse)

2009-12-18-France-Norvege2Un petit goût d'inachevé...

Revoilà les Bleus à Mulhouse. Une première depuis l'automne 2002 où ils avaient affronté l'Italie et la Lettonie dans le cadre du trophée Olivier-Lesieur. Cette fois, c'est la Norvège qui s'y colle. Un adversaire que les Tricolores retrouveront dans quelques mois à Mannheim, pour un match crucial.

Il y a de la revanche dans l’air. Gonflés à bloc, les Norvégiens pressent très haut d’entrée de jeu. Le ton est donné, cela promet des débats engagés. Cela tombe bien, les Bleus ont du répondant, à l’image d’un Sacha Treille pas dépourvu d’arguments pour le défi physique. Yorick, le grand frère, n’est pas là pour apporter sa dimension physique mais l’ailier de Malmö forme avec Tardif un vrai duo de déménageurs. Ce dernier est le seul ex-Scorpion de la bande. Et sûrement pas le moins motivé puisqu’il complète toutes ses mises en échec en utilisant parfaitement son grand gabarit. Forgé dans le même moule, Martin Ylven n’est pas non plus du genre à faire les voyages à vide. L'attaquant de Linköping, très élancé, très longiligne, est toujours partant pour une bonne boîte. Demandez à Kévin Igier, blessé le mois dernier sur une de ses mises en échec lors de la Polésie Cup...

Tous les ingrédients sont donc réunis pour satisfaire un public nombreux, qui s’est entassé à l’Illberg (quitte à rester debout ou siéger sur les marchs d'escalier) comme pour mieux souligner le succès populaire de cette tournée alsacienne.

La réponse du berger...

Pierre-Édouard Bellemare (Skellefteå) et Baptiste Amar (Rögle) ne sont pas dépaysés devant pareille opposition, qui est leur pain quotidien en Elitserien. Ils n'affrontent pourtant aucun coéquipier en club (contrairement à Sacha Treille, qui retrouve Bastiansen, Holtet et Holøs, qu’il côtoyait l’an passé à Färjestad). Bellemare a musclé son jeu en Suède, et son abattage aux côtés des Da Costa vaut le détour. À lui seul "Pi-Ed" gêne le déploiement du powerplay norvégien grâce à un échec-avant où il ne laisse aucun répit au porteur du palet. Ce travail de sape limite d’ailleurs les visiteurs à deux lancers lointains vers Florian Hardy.

S’il traverse une passe difficile en club, Hardy retrouve des couleurs en équipe de France. Après sa bonne prestation de la veille, il est de nouveau préféré à Eddy Ferhi et ne manque pas d'assurance dans ses interventions. Sa mitaine est ferme devant Bastiansen, bien décalé à mi-distance par Olimb (07'33"). Andre Lysenstøen est lui tout aussi solide devant le filet. Cet "immense" (1,94 m) gardien de Mestis finlandaise échappe toutefois au "but-gag" devant Stéphane Da Costa (11e).

Moteur de l'attaque, cette première ligne tricolore est un modèle de complémentarité : aux automatismes naturels des Da Costa s'est jointe la vitesse d'exécution de Bellemare. Du coup, avec ces trois-là, les Bleus sont toujours dangereux. Pourtant, l'essentiel des temps forts en ces premiers instants sont norvégiens. Privée de son arme fatale, cette fameuse ligne Thoresen-Vikingstad-Skrøder (et même de son petit génie Mats Zuccarello Aasen), la Norvège n'est pas débordante de créativité. Sans ses "buteurs venus du froid", elle souffre face à l'effort collectif des Français. À l'image d'Anthoine Lussier, le "couteau-suisse" par excellence, les avants ne lésinent pas sur le forechecking. Et derrière, la sérénité de Bachet, le métier d'Amar et le mordant d'Auvitu, souvent à son avantage et toujours d'attaque, participent activement à l'effort collectif.

Vu l'intensité du premier tiers, les deux équipes ne vont rien lâcher. La Norvège accentue pourtant sa domination territoriale en s'appuyant sur ses meilleures individualités. Parmi ces grands gabarits, le "petit" (1,79 m) Mathis Olimb, fameux technicien, excellent en conservation de puck et doté en plus de ça d'une bonne vision du jeu. En somme le parfait maître à jouer, très complémentaire du "grand" (1,90 m) Anders Bastiansen. L'impact d'Olimb se précise dans l'acte médian, où la défense française, débordée par son activité se fait piéger. Jonas Andersen, oublié au second poteau, profite d'un énorme travail préparatoire de Mathis Olimb pour se jouer de Florian Hardy (0-1 à 28'35"). Le Dijonnais avait préalablement "sauvé la patrie" en lisant la feinte de Røymark, parti en break (26e).

L'ouverture du score n'est pas imméritée mais pousse les Français à se découvrir. Une poussée qui met Lysenstøen à contribution, à bout portant devant Laurent Gras (30'00"). L'usure physique aidant, quelques espaces se libèrent au fil des minutes. Autant d'actions de rupture de part et d'autre, enrayées par des cerbères  "taille-patron". Lysenstøen y va d'une impeccable mitaine devant Bellemare (34'05") et celle d'Hardy ne tremble pas davantage sur un tir en lucarne d'Ylven (35'08"). Ces deux-là marquent des points ce soir.

Les Tricolores, physiquement émoussés, ont baissé leur garde et n'ont plus qu'un tiers pour se refaire. Plus facile à dire qu'à faire. Et pourtant, tout bascule sur un tir sans prétention d'Auvitu, facilement capté par Lysenstøen. Comme aucun tricolore ne vient presser, le gardien a tout son temps pour relancer mais une mésentente avec Kaunismäki profite à Teddy Da Costa (1-1 à 44'32").

Le coup de la panne

Un cadeau avant l'heure pour les Français... et le début de la fin pour Juha Kaunismäki. Le Finlandais naturalisé ne finira pas le match, sorti boiteux après un contact contre la bande (45e). À vrai dire, personne ne la verra, la fin du match. Et pour cause, un disjoncteur rend l'âme, plongeant l'Illberg dans une partielle "obscurité" (51'29"). Une panne visiblement irrémédiable puisqu'elle sonne la fin d'une partie très indécise et qui n'avait pas encore choisi son vainqueur. Le public est donc resté sur sa faim et se rappelle forcément de ce fameux Mulhouse-Nantes, remis l'an passé pour des raisons similaires. Alors que le speaker se confond en excuses, il est décidé qu'une fusillade scellera l'issue de la rencontre...

Pierre-Édouard Bellemare s'élance en premier, fixe le gardien et trouve le petit filet (1-0). Alexander Bonsaksen ne peut quant à lui déjouer Florian Hardy. Stéphane Da Costa, pour sa part, lève trop son palet tandis que Mathis Olimb marque entre les bottes (1-1). Pour Luc Tardif, c'est poteau sortant. Pour Jonas Andersen, le buteur, c'est par-dessus la botte gauche (1-2). Teddy Da Costa marque dans un trou de souris (2-2). Anders Bastiansen, lui, trouve le bouclier d'un Florian Hardy bien sur ses appuis. Et si Baptiste Amar tente vainement d'embarquer le gardien, Lars Erik Spets, lui, ne rate pas la "mise à mort" (2-3).

Les Bleus, malgré la défaite, ne tirent que du positif de cette parenthèse alsacienne. Une double-confrontation franco-norvégienne nettement plus instructive que la débâcle helvète du début de semaine. L'absence de quelques cadres (Laurent Meunier, Yorick Treille notamment) n'a pas influé sur le rendement d'un groupe plein de ressources. L'émergence de la "bleusaille" (Hardy bien sûr, mais aussi Auvitu et les inévitables Da Costa) promet une concurrence acharnée en vue du mondial allemand. Les Norvégiens, eux, attendront le retour de leurs leaders offensifs, qui ne seront pas de trop aux Jeux de Vancouver...

 

Commentaires d'après-match (dans L'Équipe) :

Pierre Pousse (entraîneur-adjoint de la France) : "On a eu plus d'occases qu'hier, mais on n'a pas su les mettre au fond. C'est une question d'équilibre. Nous, le staff, préférons que l'équipe soit stricte défensivement. Cette fois, on a un peu plus ouvert mais on s'est fait contrer. Heureusement que Florian Hardy a tenu la baraque."

 

France - Norvège 1-1 (0-0, 0-1, 1-0, match arrêté à 51'29" pour panne d'éclairage) / 2-3 aux tirs au but
Samedi 19 décembre 2009 à 20h00 à la patinoire de l'Illberg (Mulhouse). 1650 spectateurs.
Arbitrage d'Alexandre Bourreau (FRA) assisté de Benjamin Gremion (FRA) et Matthieu Loos (FRA).
Pénalités : France 10' (4', 4', 2') ; Norvège 12' (4', 6', 2').

Évolution du score :
0-1 à 28'35" : Andersen assisté de M. Olimb et Bastiansen
1-1 à 44'32" : T. Da Costa

Tirs au but :
Bellemare (réussi), Bonsaksen (raté), S. Da Costa (raté), M. Olimb (réussi), Tardif (raté), Andersen (raté), T. Da Costa (réussi), Bastiansen (raté), Amar (raté), L-E. Spets (réussi).

 

France

Gardien : Florian Hardy.

Défenseurs : Baptiste Amar (A) - Vincent Bachet (C) ; Antonin Manavian - Benoît Quessandier ; Yohann Auvitu - Kévin Igier.

Attaquants : Stéphane Da Costa - Teddy Da Costa - Pierre-Édouard Bellemare (A) ; Jérémie Romand - Laurent Gras - Antoine Lussier ; Luc Tardif Jr - Damien Raux - Sacha Treille ; Loïc Lampérier - Brian Henderson - Erwan Pain.

Remplaçants : Eddy Ferhi (G), Nicolas Besch. Absent : Julien Desrosiers (adducteurs).

Norvège

Gardien : Andre Lysenstøen.

Défenseurs : Alexander Bonsaksen - Jonas Holøs ; Brede Frettem Csiszar - Juha Kaunismäki ; Lars-Erik Lund (A) - Lars Løkken Østli.

Attaquants : Mathis Olimb - Anders Bastiansen - Jonas Andersen ; Ken Andre Olimb - Mads Hansen (C) - Knut Henrik Spets ; Martin Laumann Ylven - Kristian Forsberg - Peter Lorentzen ; Martin Røymark - Lars Erik Spets - Marius Holtet.

Remplaçant : Ruben Smith (G). Absents : Tommy Jakobsen, Mats Zucarello Aasen.