Russie - République Tchèque (EHT)

Roman CervenkaSélection par élimination ?

Le président de la fédération russe, Vladislav Tretiak, plaisantait à moitié en disant que les performances médiocres de son équipe facilitait les affaires du staff de la Sbornaïa. Alors que de larges victoires auraient obligé à laisser de côté des joueurs méritants, certains se sont éliminés d'eux-mêmes. Mais il n'est pas sûr que ça plaise à Slava Bykov, qui faisait sa tête des mauvais jours hier après la défaite contre la Finlande.

Son collègue tchèque Vladimir Ruzicka a mis en place le test qu'il promet depuis jeudi et qui captive les amateurs de hockey : Roman Cervenka, le meilleur joueur de l'Extraliga tchèque, aura l'honneur de jouer aux côtés de Jaromir Jagr. Un essai grandeur nature pour voir s'il a la carrure pour remplacer Hudler sur cette ligne.

La Russie mène sans convaincre...

Malgré une phase de jeu à 3 contre 5, les Tchèques dominent 12 tirs à 4 durant le premier tiers-temps, mais sans marquer. Ils semblent solides défensivement, à l'instar de Krstev qui sauve un 2 contre 1. Et pourtant, ce sont les Russes qui marquent le seul but de la période, un tir un peu raté de Saprykin qui passe entre les bottes du gardien, après un bon centre du revers de Zaripov (1-0).

L'activité tchèque provoque des fautes locales au deuxième tiers. En double infériorité, le gardien Vassili Koshechkin doit parer du bouclier un tir de Roman Cervenka. Mais le principal récidiviste est tchèque, c'est Petr Cajanek. Sa troisième pénalité en quinze minutes est fatale. Marek Schwarz se penche car il a la ligne de tir masquée, et il ne voit donc pas partir le palet envoyé de la bleue par Ilya Nikulin (2-0).

... et les Tchèques reviennent fort

L'écart pourrait être fatal, mais Jaromir Jagr persévère. S'il ne marque toujours pas, il provoque une faute de Kalinin. En supériorité numérique, Filip Novak tourne derrière la cage et sert Ondrej Nemec pour une reprise de volée au ras du poteau à l'avant-dernière minute. Puis, dans les toutes dernières secondes, Zinoviev perd le palet près de la cage adverse, et Jagr envoie Cervenka et Blatak vers un 2 contre 1 imparable, juste sur la sirène !

Ondrej NemecLa ligne qui a encaissé ce but est charcutée en troisième période : Radulov en est retiré pour être placé avec les vétérans Kozlov et Fedorov, et ce nouveau trio fait forte impression. Sergei Fedorov se signale enfin par une passe décisive (non comptabilisée dans les stats) pour un tir d'Aleksandr Radulov. Le palet touche l'épaule gauche du gardien, monte à 4 mètres de hauteur (!) et franchit la ligne après un rebond sur la glace (3-2).

Le but gagnant ? Non, car Roman Cervenka, entre les cercles, convertit une passe de derrière la cage de Cajanek et fait honneur à sa promotion en première ligne.

La décision se fait donc aux tirs au but. Zaripov débute par une jolie feinte vers son revers, mais Marek Schwarz réussit à tendre la crosse et dévie ce palet du mauvais côté du poteau. Jakub Klepis, qui tire de la droite, tente le mouvement exactement symétrique, mais manque le cadre tandis que Koshechkin déploie ses grandes jambes.

Sergei Mozyakin fait parler sa qualité de tir avec une parfaite lucarne. Grande précision aussi de Jan Marek qui vise... la mitaine de Koshechkin ! Le capitaine Aleksei Morozov n'a donc plus qu'à conclure, au-dessus de la botte droite du gardien.

Les gagnants de la sélection tchèque

L'équipe tchèque a été clairement dominée par sa première ligne, défensivement et offensivement. L'arrière d'Ufa, Miroslav Blatak, a été la révélation tchèque du tournoi. Il a même reçu hier les louanges de son coach, qui s'exprime pourtant peu sur les cas individuels. Premier relanceur, capable de se porter à l'offensive, doté d'un bon lancer de la bleue, il a dominé le jeu. Est-ce que cela suffira pour être préféré aux arrières de NHL sur petite glace ?

Le trio offensif a bénéficié d'un Jaromir Jagr en pleine forme, très motivé, comme s'il humait déjà l'atmosphère olympique. De plus, il a trouvé un excellent joueur de complément. Qu'il joue à l'aile ou au centre, Petr Cajanek a en effet confirmé qu'il est un parfait soutien sur une ligne de talent, comme avec Yashin à Saint-Pétersbourg. Il n'hésite pas à donner de sa personne dans le slot et abat toujours un remarquable travail de sape. Au centre de cette première ligne, Roman Cervenka a parfaitement réussi son test, et la comparaison a été à son avantage par rapport à Jiri Hudler. Le joueur le plus médiatique de l'été n'a pas convaincu ce week-end.

Ilya NikulinEnfin, Jakub Stepanek, le gardien de Vitkovice, risque de maudire le rhume qui l'a diminué ce week-end, car son concurrent pour une place olympique Marek Schwarz a été à son avantage.

Les perdants de la sélection russe

Forcément, le changement de ligne opéré par Bykov au dernier tiers n'est pas passé inaperçu. Ce trio Kozlov-Fedorov-Radulov préfigure-t-il une ligne olympique. Ce serait un grand renversement de situation pour Viktor Kozlov, qui semblait fataliste avant le tournoi sur ses chances de figurer aux JO, mais qui pourrait être récompensé d'avoir tout donné à chaque match depuis le début de la saison, malgré les pronostics défavorables.

Si un joueur a renversé la hiérarchie, c'est qu'un titulaire attendu a glissé. Il s'agit d'Oleg Saprykin. Au cours de la saison dernière, il était devenu une pièce maîtresse de Bykov, en évoluant sous ses ordres tant en sélection qu'au CSKA. Il avait justifié cette confiance en étant décisif jusqu'en finale des championnats du monde. Cette année, il a perdu Bykov comme entraîneur en club et n'a jamais réussi à le rejoindre à Ufa, malgré les rumeurs d'échange. Ses deux buts du week-end ne masquent pas certaines erreurs défensives, et le duo inséparable qu'il forme avec Radulov a donc été brisé par Bykov. Un geste fort.

Avec trois buts encaissés à chaque match, ce sont les arrières russes qui ont vu leur billet pour Vancouver s'effriter. On se demandait s'il y aurait 4 ou 5 défenseurs de NHL, et il y en aura plus sûrement 5, d'autant que Volchenkov, le plus menacé après sa blessure de début de saison, revient doucement en forme.

Leurs collègues de KHL n'ont en effet pas évolué à leur meilleur niveau. Ilya Nikulin, théoriquement le meilleur du lot, a été pointé du doigt par le coach hier pour avoir concédé quatre pénalités, pris de vitesse par les Finlandais. Pas sûr qu'il perde sa place pour autant. La Russie a beaucoup moins de défenseurs que d'attaquants, et dans ce domaine, Bykov aurait certainement préféré un tournoi mieux réussi pour conforter ses choix.

 

Commentaires d'après-match

Vladimir Ruzicka (entraîneur de la République Tchèque) : "Ce match ressemblait à une tragédie, qui a tenu les nerfs des fans, des joueurs et des entraînements. Il est rare que les Russes cèdent un avantage de deux buts. Certains diront qu'ils se sont relâchés, mais nous les avons forcés à commettre des erreurs. [...] Je ne discuterai en aucun cas de Vancouver. Attendez la sélection jusqu'au 30 décembre. Que le suspense continue dans vos esprits."

Vyacheslav Bykov (entraîneur de la Russie) : "Je suis content, sauf de la défaite contre la Finlande. Mais mieux vaut trébucher maintenant qu'en février. [...] Nous avons enfin marqué en supériorité, où le trio de Morozov a adopté une approche plus créative. [Avec Radulov] je voulais ajouter de la vitesse au trio de Sergei [Fedorov] et cela a fonctionné dans une certaine mesure. En plus, Zinoviev se sentait, disons, bizarre dans ce tournoi. Il est rarement monté au troisième tiers. [...] Il y a toujours plus de questions que de réponses. Nous déciderons la composition le 24 et nous l'annoncerons le 25. Mais en parlant avec les joueurs, j'ai insisté sur le fait que cette liste était préliminaire et que la liste finale n'apparaîtra que le 15 février. Certains viendront avec nous à Vancouver sans aucune garantie de jouer aux JO. Si quelqu'un décide de renoncer à un tel rôle, nous comprendrons."

 

Russie - République Tchèque 3-3 (1-0, 1-2, 1-1, 0-0) / 2-0 aux tirs au but
Dimanche 20 décembre 2009 à 12h00 à la patinoire Khodynka de Moscou. 13000 spectateurs.
Arbitrage de Tom Laaksonen et Antti Boman (FIN) assistés de Viktor Birin et Aleksei Medvedev (RUS).
Pénalités : Russie 16' (6', 8', 2'), République Tchèque 12' (6', 6', 0').
Tirs : Russie 24 (4, 9, 8, 3), République Tchèque 37 (12, 13, 7, 5).

Évolution du score :
1-0 à 15'11" : Saprykin assisté de Zaripov
2-0 à 35'36" : Nikulin assisté de Zaripov et Morozov (sup. num.)
2-1 à 38'38" : Nemec assisté de Novák (sup. num.)
2-2 à 39'59" : Blaták assisté de Cervenka et Jagr
3-2 à 52'58" : Radulov
3-3 à 54'52" : Cervenka assisté de Cajanek et Jagr

Tirs au but :
Russie : Zaripov (arrêté), Mozyakin (réussi), Morozov (réussi).
République Tchèque : Klepis (manqué), Marek (arrêté).

 

Russie

Gardien : Vassili Koshechkin.

Défenseurs : Konstantin Korneev - Ilya Nikulin ; Vitali Proshkin (2') - Maksim Kondratiev ; Vitali Vishnevski (2') - Vitali Atyushov (2') ; Aleksandr Guskov - Dmitri Kalinin (2').

Attaquants : Danis Zaripov - Aleksei Tereshchenko - Aleksei Morozov (C) ; Oleg Saprykin (2') - Sergei Zinoviev - Aleksandr Radulov [puis Mikhnov à 40'00"] ; Viktor Kozlov (4') - Sergei Fedorov - Aleksei Mikhnov [puis Radulov à 40'00"] ; Sergei Mozyakin - Anton Kuryanov - Maksim Sushinsky (2').

Remplaçant : Georgi Gelashvili (G).

République Tchèque

Gardien : Marek Schwarz.

Défenseurs : Miroslav Blatak - Filip Novak (2') ; Petr Cáslava (2') - Ondrej Nemec ; Angel Krstev - Zdenek Kutlak ; Tomas Mojzis - Vladimir Sicak.

Attaquants : Petr Cajanek (6') - Roman Cervenka - Jaromir Jagr ; Tomas Rolinek (C) - Jiri Hudler - Jakub Klepis ; Jan Marek - Josef Vasicek - Petr Hubacek ; Jiri Novotny - Jaroslav Hlinka - Jaroslav Bednar (2').

Remplaçant : Jakub Stepanek (G). En réserve : Zbynek Irgl.