Mulhouse - Rouen (Coupe de France, quarts de finale)

Plein la hotte !thinel_marcandr_090926_225

Cadeau de Noël ou cadeau empoisonné ? Beaucoup auraient voulu Strasbourg pour un derby tant attendu, suprématie régionale oblige. Au lieu de ça, le sort a réservé Rouen. Tout un défi pour des Scorpions bien placés en division 1 et qui restent sur une belle victoire à l'Illberg face à des Bordelais diminués (7-0). De quoi prendre quelques congés bien mérités. Au risque de ne pas être disponible le "jour J"...

C'est la mésaventure qui est arrivée aux Scorpions. Par chance, un partenaire s'est engagé à payer de sa poche le "rapatriement" des joueurs rentrés au pays. À quelques exceptions près, comme Kevin Gadoury et François Delisle, qui n'ont pu prendre leur vol à temps. Un coup dur pour les Alsaciens, qui n'ont toutefois "rien à perdre, mais tout à gagner" selon leur entraîneur Christer Eriksson.

Après son "coup de la panne" de samedi dernier, l'Illberg retrouve donc les lumières de l'élite, dans la continuité de l'équipe de France. De quoi rappeler quelques souvenirs. Pas ceux du dernier affrontement avec un pensionnaire Ligue Magnus, Épinal, en novembre 2007 (0-11). Plutôt ceux de l'ère Reinprecht, et notamment de ces demi-finales épiques du printemps 2005. Un temps que les Mallette, Thinel et même Doucet (puisque le "Doudou", rappelons-le, avait "déserté" à Noël...) n'ont pas connu. Une époque que seuls Daniel Carlsson, Adrien Dufournet (même s'il faisait banquette) et Christer Eriksson ont vécu.

Eriksson, jadis, avait les moyens de contrer un tel arsenal mais, cette fois, il doit faire avec les moyens du bord. C'est à dire avec une défense réduite à sa plus simple expression avec les forfaits de Roman Jasko et François Delisle. Sur le papier, une division sépare les deux protagonistes. Sur la glace en revanche, il y a un monde d'écart... et surtout pas de place pour le suspens. Les Scorpions ne font pas le poids, au propre comme au figuré. Rouen est bien l'ogre annoncé...

Avec Thinel et Mallette...

C'est qu'il n'y a pas eu photo ce soir, même s'il n'y avait que "trois fantastiques" au lieu des quatre habituels (Julien Desrosiers s'étant blessé au rassemblement de l'équipe de France). Réunis sur la même ligne, Marc-André Thinel, Éric Doucet et Carl Mallette vont en mettre plein la vue à un Marc-André Martel livré à lui-même Première minute de jeu, premier siège et première pénalité, sur un accrocher de Marez sur Thinel (00'41"). La sanction est immédiate. Carl Mallette côté gauche remise en pointe sur Magnus Eriksson dont le shoot, contré dans l'enclave, revient sur Marc-André Thinel, démarqué au second poteau (0-1 à 01'54"). Le ton est donné...

Chaque pénalité est lourde de conséquence devant pareilles individualités. Ce diable de Thinel jaillit au nez et à la barbe de Tromeur pour filer en break. Martel tente alors une sortie kamikaze, mais se loupe, offrant une cage vide à son compatriote qui, trop excentré, ne peut convenablement ajuster son tir (4e).

Meilleurs dans tous les secteurs du jeu, plus forts physiquement, les Normands imposent leur loi et ne laissent que les miettes à leurs hôtes. Ceux-ci restent donc à la merci d'une ligne de parade totalement souveraine. Une véritable "arme fatale" pour les Dragons, archi-dominateurs aux mises au jeu, domaine où excelle tout particulièrement Doucet. À l'arrière, Virolainen est le patron qui sait tirer profit de son gabarit (et se voit même utilisé dans les phases offensives par le binôme Garnier/Pouget). Quant à Magnus Eriksson, grand spécialiste du powerplay, c'est le premier étage de la fusée. Le Suédois coordonne les opérations en pointe et n'hésite pas à vider son chargeur sur Martel.

Le portier québécois, qui a côtoyé les Bleus le temps d'un entraînement la semaine passée, retarde l'échéance comme il peut mais ne peut rien sur un tir croisé en pleine lucarne de Luc Tardif, imparablement décalé par Zwikel (0-2 à 10'17"). De quoi se faire remarquer par des ultras toujours aussi rancuniers envers les Tardif (père et fils)... Le troisième but est tout aussi révélateur des facilités rouennaises. Thinel ressort le disque sur Virolainen, placé en en entrée de zone. Le colosse finlandais, libre de tout marquage, a tout son temps pour armer son slap (0-3 à 11'47").

Si les Scorpions s'appuient d'ordinaire sur une défense de fer, il leur faut surtout un moral d'acier pour rester dans le match. Mais s'il en est qui se réjouit tout particulièrement d'affronter Rouen, c'est bien Adrien Dufournet, visiblement transcendé à l'idée de retrouver son club formateur. Le public, lui, aurait tant aimé revoir Fabrice Lhenry, "son" gardien emblématique de 2001 à 2005. Au lieu de ça, un petit (1,75 m) gardien canadien, Trevor Koenig, qui était une valeur sûre du circuit britannique ces dernières années. Sauf que Koenig  n'est pas toujours "royal" dans ses interventions, qui frisent souvent l'approximation dès qu'il s'éloigne de sa cage...

L'arrière-garde rouennaise, très intimidante au premier abord (avec ses "armoires normandes" Virolainen et Babka), n'est pourtant pas imprenable. Les Jens Eriksson et autres Julien Aubry ont d'ailleurs failli en profiter.

... c'est la valise assurée !

Marc-André Thinel et Carl Mallette, eux, ne perdent pas le nord face à une défense toujours "à l'ouest". Ils jouent sans opposition ce soir et ont un temps d'avance sur leurs adversaires, totalement dépassés par leur vitesse d'exécution et leur complémentarité. Yann Marez, le Dunkerquois formé à Villard-de-Lans, et Maximilien Tromeur, le Rouennais venu de Gap à l'intersaison, n'ont pas le temps se souffler (faute de rotations) et doivent en plus se coltiner les deux Canadiens. Thinel, encore lui, s'amène côté gauche en déshabille Tromeur en deux temps trois mouvements pour servir Mallette au second poteau (0-4 à 20'50"). Le duo infernal remet ça dans la foulée, ou presque. Carl Mallette, posté ligne de fond, trouve un Marc-André Thinel une nouvelle fois démarqué pour jouer du poignet à bout portant (0-5 à 22'54").

La supériorité intrinsèque des Dragons est évidente. Cela tourne même à la démonstration.Cela tourne même à la démonstration. Du coup, tout le monde à droit à sa part du gâteau. Même le jeune Anthony Rech, mis sur orbite par une longue, très longue ouverture d'Holmqvist, qui transperce une défense "éparpillée façon puzzle". Rech se retrouve seul devant Martel, qu'il mystifie d'un revers plein de sang froid sous la barre (0-6 à 32'59"). Mais le plus gros du festin revient forcément à Carl Mallette et Marc-André Thinel, qui ont décidément la gâchette facile. Le capitaine normand, à peine libéré de son pensum, trouve le relais de Thinel côté droit pour une "praline" laissant Gasnier pantois (0-7 à 36'44").

Mickaël Gasnier, le titulaire habituel, avait entre temps pris la relève devant le filet, signant un arrêt décisif devant Doucet à bout portant (34e). L'ex-Gapençais remet ça devant Babka (37'54") et stoppe l'hémorragie dans un dernier tiers sans enjeu, où Rouen ne force plus son talent. Les Dragons, conscients des prochaines échéances (le choc contre Angers samedi, suivi d'un déplacement à Dijon puis de la finale de la Coupe de la Ligue) lèvent le pied et laissent davantage de libertés à leurs hôtes. Ceux-ci n'en profitent pas, jouant de malchance ou de maladresse devant Koenig. Le Slovène Domen Vedlin, qui monte en puissance ces derniers temps, aura d'ailleurs beaucoup tenté. Sans réussite.

L'entrée en jeu de Mickaël Muller, le tout jeune gardien réserviste, ne changera rien à l'affaire. Pour son premier match avec les "grands", Muller est très fébrile devant le filet mais s'en tire bien, notamment sur ce "coup de barre" de Romain Pierrel (54'13"). Bref, pas grand chose à retenir d'un dernier acte soporifique. Ah si, un dernier but d'Ilpo Salmivirta en toute fin de partie (0-8 à 59'34"). L'ailier finlandais, moins en vue que ses compères canadiens, donnant un peu plus d'ampleur à un succès net et sans bavures.

Faute de cadeaux sous le sapin, les Scorpions en ont eu plein la hotte ce soir. Place maintenant au championnat, où ils devront préserver une troisième place convoitée par leurs poursuivants. À commencer par Montpellier, qu'ils iront prochainement défier dans l'Hérault. Pour les hommes de Rodolphe Garnier et Christian Pouget, la route menant à Bercy passera forcément par Angers. Une finale avant la lettre...

Réactions d'après-match (dans le journal L'Alsace) :

Christer Eriksson (entraîneur de Mulhouse) : " On s'est rapidement fait dominer mais ce que je retiens de positif, c'est que les joueurs n'ont rien lâché en dépit du score qui enflait pour Rouen. Marco (Martel) a tout de même fait un bon match en sortant quelques très bons arrêts. C'était un coup de poker de l'aligner car il n'a pas eu jusqu'à présent l'occasion de jouer un match comme ça, à enjeu, et il a besoin de gagner en confiance. On a pas eu de chance au tirage en jouant Rouen mais bon, perdre 0-8 ce n'est pas si dramatique. On a perdu avec un écart moins grand que la France contre la Suisse "

Mulhouse - Rouen 0-8 (0-3, 0-4, 0-1)
Mercredi 23 décembre 2009 à 20h00 à la patinoire de l'Illberg. 1 290 spectateurs.
Arbitres : Jimmy Bergamelli assisté de David Courgeon et Sébastien Geoffroy.
Pénalités : 10' (6' + 2' + 2') contre Mulhouse ; 12' (2' + 6' + 4') contre Rouen.

Évolution du score :
0-1 à 01'54" : Thinel assisté de M. Eriksson et Mallette (sup. num.)
0-2 à 10'17" : Tardif assisté de Zwikel et Öhberg
0-3 à 11'47" : Virolainen assisté de Thinel et M. Eriksson
0-4 à 20'50" : Mallette assisté de Thinel et M. Eriksson (sup. num.)
0-5 à 22'55" : Thinel assisté de Mallette de Doucet
0-6 à 32'59" : Rech assisté d'Holmqvist et Koenig
0-7 à 36'45" : Mallette assisté de Thinel et M. Eriksson
0-8 à 59'34" : Salmivirta assisté de Zwikel et Tardif

 

Mulhouse
Gardiens: Marc-André Martel [puis Mickaël Gasnier à 32'59"].

Défenseurs : Yann Marez - Maximilien Tromeur ; Domen Vedlin - Markus Forsberg ; Benjamin Adam.

Attaquants : Olli Ruokamo - Jens Eriksson - Romain Pierrel ; Anthony Pernot - Julien Aubry (C) - Jure Stopar ; Mathieu Bidoli - Adrien Dufournet (A) - Vincent Bringuet (A), Maxime Mathieu.

Remplaçants : Jérôme Jeseck, Vincent Da Silva, Benoît Salvin. Absents : François Delisle et Kevin Gadoury (au Canada), Roman Jasko, Lucas Trémellat, Maxime Loeffel, Clément Ramos.


Rouen
Gardiens : Trevor Koenig [puis Mickaël Muller à 49'16"].

Défenseurs : Petri Virolainen - Magnus Eriksson ; Daniel Carlsson [puis Cédric Custosse à 41'01"] - Daniel Babka ; Kai Öhberg - David Holmqvist.

Attaquants : Marc-André Thinel - Éric Doucet (A) - Carl Mallette (C) ; Ilpo Salmivirta - Jonathan Zwikel (A) - Luc Tardif Jr ; Lionel Tarantino - Alexandre Mulle - Jérémie Romand ; Anthony Rech.

Absents : Julien Desrosiers (adducteurs), Loïc Lampérier, Adrien Fénart, Fabrice Lhenry (convalescent).