Analyse de l'effectif russe aux JO

En prévision du grand évènement qui rythme le hockey sur glace mondial tous les quatre ans, les Jeux Olympiques, les effectifs des principaux participants à l'édition de Vancouver 2010 sont dévoilés au fur et à mesure en cette fin décembre.

Dmitri KalininPour être à la hauteur de l'enjeu et bien cadrer le tournoi, Hockey Archives vous présente une analyse en profondeur, ligne par ligne, de chaque grosse équipe, en commençant par la Russie (la prochaine étant la Suède qui dévoilera sa sélection après-demain).

Il faut savoir que la fédération russe a tenté d'annuler cette date limite imposée du 25 décembre (exigée par la NHL pour des raisons d'assurance et de prévision, et reprise par l'IIHF et le CIO), espérant maintenir la concurrence jusqu'au début de la compétition en février. Elle précise donc que cette liste n'est que provisoire. La règle officielle est cependant que les changements ne peuvent avoir lieu que sur blessure, même si l'on imagine bien qu'il est possible de la circonvenir.

Les entraîneurs Vyacheslav Bykov et Igor Zakharkin ont donc dû mettre un terme aux spéculations et dévoiler leurs choix. Les voici, sachant que les lignes sont supposées par nos soins et donc livrées à titre indicatif, pour donner une idée de l'allure de l'équipe.

Gardiens

Evgeni Nabokov (San José, NHL)
Ilya Bryzgalov (Phoenix, NHL)
Semion Varlamov (Washington, NHL)

Cette sélection ne faisait guère de doute. Nabokov et Bryzgalov ont amené les deux derniers titres de championne du monde à la Russie, et la seule question est de savoir lequel sera titulaire à Vancouver : Bryzgalov, qui couvre le filet avec son grand gabarit, ou Nabokov, qui challenge le tireur avec un style agressif ? La concurrence devrait être mieux gérée par Bykov que par le moins humain Krikunov qui avait démoli publiquement Bryzgalov après le premier match à Turin. Varlamov aura le rôle du troisième homme, jeune gardien qui sera là pour apprendre en position d'observateur.

Les absents dans les cages : Les portiers évoluant en KHL, en premier lieu Eremenko, n'ont pas su s'imposer ces dernières semaines pour renverser la hiérarchie qui se dessinait. Reste le cas Nikolaï Khabibulin. Il avait annoncé qu'il était candidat. Son inclusion dans la pré-liste avait quand même surpris compte tenu de son attitude vis-à-vis de la sélection : il est prêt à venir uniquement quand les Jeux Olympiques ont lieu en Amérique du nord, et est curieusement injoignable le reste du temps. Le privilégier à des gardiens qui répondent aux appels n'aurait pas manquer de provoquer une controverse. Comme il est actuellement hors d'état de jouer pour des problèmes de dos, la discussion a été aisément évitée.

 

Défenseurs

Andrei Markov (Montréal, NHL) - Ilya Nikulin (Ak Bars Kazan, KHL)

Les Russes n'avaient qu'une hantise dans la perspective des JO : qu'Andrei Markov puisse être absent. Il est aussi indispensable qu'il peut l'être à Montréal, dont le début de saison difficile coïncide avec la blessure du défenseur, entaillé à la cheville par accident par le patin de son gardien Carey Price. Après 79 jours sans jouer, Markov a réussi un retour plus tôt que prévu ce week-end, et il a été éblouissant, avec deux buts à son premier match.

Ilya Nikulin est considéré comme le meilleur arrière de la KHL : propre, placé dans sa zone, devenu un soutien offensif précieux au fil des ans. Il formait la première paire avec Markov lors des Mondiaux 2008 qui se sont joués sur petite glace. Il est probable que Bykov reforme ce tandem.

Sergei Gonchar (Pittsburgh, NHL) - Fedor Tyutin (Columbus, NHL)

Gonchar n'est plus à présenter, il est le défenseur offensif par excellence, doté d'un slap redoutable et redouté qui en fait une arme fatale en jeu de puissance. L'important est de l'apparier avec un joueur de devoir qui assurera ses arrières.

Fedor Tyutin est le profil idéal pour cela : s'il est le seul Russe à s'être imposé à Columbus (au contraire de Zherdev ou de Filatov), c'est parce qu'il est parfaitement dans le moule du hockey défensif et physique qui y est exigé.

Anton Volchenkov (Ottawa, NHL) - Dmitri Kalinin (Salavat Yulaev Ufa, KHL)

KorneevKonstantinVolchenkov n'a pas encore connu son heure de gloire avec l'équipe russe : il est certes devenu champion du monde en mai, mais la médaille était symbolique puisqu'il s'était blessé à la jambe au premier match. Il aura enfin l'occasion de faire valoir le style agressif qui a fait sa force en NHL.

Dmitri Kalinin est dans la situation inverse : il a pleinement participé aux deux titres mondiaux de la Sbornaïa, mais c'est le public nord-américain qu'il devra détromper. Il a été pris en grippe par les supporters des médiatiques New York Rangers pour n'avoir pas justifié la saison passée le contrat de deux millions de dollars obtenu grâce à ses bonnes années à Buffalo.

Denis Grebeshkov (Edmonton, NHL) - Konstantin Korneev (CSKA Moscou, KHL)

Cette paire a fait ses preuves aux deux derniers Mondiaux. Ces deux joueurs ont en commun d'être travailleurs, à l'écoute des consignes, et toujours prêts à s'impliquer corps et âme et à se jeter devant les lancers. Bref, le genre de joueurs sur lesquels un entraîneur aime pouvoir compter.

Les absents en défense : Vitali Proshkin était presque devenu un meuble en équipe nationale... mais uniquement aux championnats du monde. Il est le premier sacrifié, le plus tangent sans doute, et à 33 ans, sauf remplacement, il ne connaîtra donc jamais le bonheur d'une participation olympique. Vitali Atyushov, le premier relanceur du jeu collectif du Metallurg Magnitogorsk, est habituellement un cadre précieux en supériorité numérique, mais quand Markov et Gonchar sont là tous les deux, il devient superflu. De plus, ayant manqué les Mondiaux 2008 à Québec, il n'a aucune expérience sur petite glace. La défection de Zubov et la grippe de Tverdovsky (voir le CR du 5 novembre) avaient déjà oblitéré leurs chances depuis longtemps.

 

Attaquants

Ilya Kovalchuk (Atlanta, NHL) - Evgeni Malkin (Pittsburgh, NHL) - Maksim Afinogenov (Atlanta, NHL)

En terme de talent pur, cette ligne est peut-être sans équivalent. La qualité de passe d'Evgeni Malkin et le sens du but d'Ilya Kovalchuk constituent ce qui se fait de mieux au monde. Bykov et Zakharkin avait déjà utilisé ce duo aux Mondiaux 2007 à Moscou et ont toujours rêvé de le reconstituer. Mais à l'époque, le troisième homme se nommait Frolov, un ailier défensif censé compenser le point faible de l'unidimensionnel Kovalchuk.

Les retrouvailles du trio ont été bouleversées par le retour en grande forme de Maksim Afinogenov : il a attendu très longtemps une proposition de contrat NHL cet été, mais quand il l'a obtenue, il a su en faire bon usage en tournant à un point par match. Que Bykov apprécie Afinogenov n'est pas un secret, sa technique et sa vitesse sont un régal pour les yeux du profane comme pour celui du spécialiste.

La surprise est que sa nomination se fasse aux dépens de Frolov, mais cela s'explique : Afinogenov joue sur la même ligne que Kovalchuk cette saison à Atlanta. Les points sont au rendez-vous, même si leur fiche de -2 rappelle aussi que ce trio pour l'instant virtuel n'est pas une assurance tous risques défensivement (mais Frolov est à -9...).

Ce trio - virtuel pour l'instant - est un pari osé qui, s'il se concrétise, promet en tout cas du spectacle.

Aleksandr Ovechkin (Washington, NHL) - Pavel Datsyuk (Detroit, NHL) - Aleksandr Semin (Washington, NHL)

Le seul défaut dont on blâme encore Aleksandr Ovechkin, c'est qu'il s'engage "trop" à chaque match et qu'il ne sait pas jouer autrement qu'à intensité maximale. C'est curieux comme reproche, n'est-il pas... Mais il est vrai que cela peut lui jouer des tours dans de longues saisons, où il faut en garder sous le pied pour les moments importants. Sa petite blessure début novembre a ainsi mis la Russie en émoi. Les trois semaines qu'il a manquées alors masquent à peine une réalité : au nombre de points marqués par match (1,52), il est de très loin le meilleur de la NHL. Il est tout simplement le joueur dominant dans le hockey aujourd'hui, dégageant une puissance incroyable.

Comment se servir au mieux du dévastateur Ovechkin ? Si Bykov a su révéler la face positive de Kovalchuk comme personne, il sait qu'il est difficile de tirer en même temps le meilleur de ces deux joueurs très gourmands en temps de jeu. Les journalistes lui reparlent encore du "Ovechkin en quatrième ligne" de Moscou 2007... Un an plus tard à Québec, il l'avait mieux utilisé sur une "ligne de Washington" avec Fedorov et Semin. Il pourrait la recréer... ou pas. Un joueur aussi complet que Datsyuk représente aussi un atout maître pour une ligne de ce niveau.

Danis Zaripov (Ak Bars Kazan, KHL) - Sergei Zinoviev (Salavat Yulaev Ufa, KHL) - Aleksei Morozov (Ak Bars Kazan, KHL)

C'est la "ligne de Kazan" dans son acception originelle, celle qui a survolé le hockey russe pendant trois ans (de 2005 à 2008) avec un jeu collectif de rêve. Normalement, elle aurait dû obtenir sa consécration internationale aux Mondiaux de Moscou en 2007, et elle a effectivement dominé la compétition... jusqu'à ce que Morozov se blesse et que la perte de ce rouage détraque toute la belle mécanique.

Le souvenir de cette demi-finale perdue, c'est le cauchemar de Bykov. Pour parodier une célèbre publicité Volkswagen du début des années 90, on peut l'imaginer se réveiller en pleine nuit en sueur en repensant à ce match, et Madame lui dire : "Slava chéri, c'était en mai 2007 et ça ne s'est jamais reproduit. Dors." Et c'est vrai, la Russie n'a jamais perdu un match officiel depuis cette date. Mais Slava ne dort pas pour autant...

Ce match a en effet appris une chose à Bykov et Zakharkin. S'ils se refusent à raisonner en "trios offensifs" et "trios défensifs" à la façon nord-américaine, il y a maintenant un point où ils se démarquent de la tradition soviétique : ils ne veulent surtout pas être dépendants de lignes fixes pour ne pas être à la merci d'une blessure. L'équipe de Russie n'est donc plus la "machine rouge", implacable mais qui peut se détraquer si elle est désaxée de ses habitudes. Elle doit être adaptable, et les entraîneurs doivent penser à tous les recours possibles pour parer à tout accident.

Ce leitmotiv a guidé les sélectionneurs depuis lors. La ligne "ZZM", séparée en club par le caractère de Zinoviev, n'est rassemblée que sporadiquement. Cela ne signifie pas qu'elle est inutilisable, car les automatismes restent, mais qu'elle n'est qu'une solution parmi d'autres. Si je présente ici le trio de Kazan, il est donc aussi possible que Bykov préfère aligner Zinoviev avec Radulov, comme il le fait dans son club d'Ufa, ce qui pourrait impliquer de placer Datsyuk sur la ligne de Kazan. Il est fort possible que les trios évoluent au cours du tournoi olympique...

Viktor Kozlov (Salavat Yulaev Ufa, KHL) - Sergei Fedorov (Metallurg Magnitogorsk, KHL) - Aleksandr Radulov (Salavat Yulaev Ufa, KHL)

Aleksandr RadulovLes trios ont d'ailleurs évolué le week-end dernier, et on l'a dit au sujet du match de dimanche, c'est une inspiration de troisième période qui a créé cette ligne Kozlov-Fedorov-Radulov et l'a envoyée à Vancouver. Une idée soudaine de Bykov ou de son adjoint ? Un coup préparé depuis longtemps ? Eux seuls le savent.

On sait en revanche pourquoi ils ont choisi Sergei Fedorov, qui a 40 ans depuis deux semaines : ils voient en lui le vieux sage qui guidera l'équipe, l'aîné qui fera partager son expérience aux plus jeunes. Sa présence sera donc indispensable dans les vestiaires. L'ampleur de son rôle sur la glace - tête pensante de la responsabilité défensive commune ? - est en revanche encore à définir.

Au contraire d'un Fedorov qui n'a plus rien à prouver, Viktor Kozlov, qui aura 35 ans pendant le tournoi olympique, a dû se battre pour gagner sa place, sans doute plus que quiconque. C'est en donnant tout à chaque match, sous les ordres de Bykov en club comme en sélection, qu'il a obtenu son ticket alors qu'il était loin d'être favori. Il n'a jamais lâché alors qu'il avait toutes les raisons de se résigner, lui qui n'a jamais eu un palmarès digne du talent que l'on pointait en lui (numéro 6 de sa draft). En neuf tournois internationaux avec la Russie, il doit avoir une des récoltes les plus faibles de l'histoire du pays : un titre de vice-champion d'Europe chez les moins de 18 ans et une maigre médaille de bronze mondiale chez les seniors. Autant dire que Kozlov a toutes les raisons d'être un des plus motivés à Vancouver.

Pour sa part, Aleksandr Radulov fera son retour sur le sol nord-américain, un an et demi après avoir claqué la porte de la NHL. Mais un éventuel accueil hostile ne serait peut-être pas pour lui déplaire ! Au cours de la saison passée, on l'a vu se développer en un joueur hargneux, vindicatif, rageur... et indispensable. Placé avec Saprykin, il devait provoquer du remous devant la cage adverse, mais sur un trio avec des vétérans, il devra amener vitesse et dynamisme.

Les absents en attaque : on les a largement évoqués. Il s'agit de Frolov, victime d'un début de saison moyen à Los Angeles, de Saprykin, en errance en club et "doublé" par Kozlov, mais aussi de Tereshchenko, malgré son baroud d'honneur dans la concurrence inégale avec Fedorov.

Le meilleur marqueur actuel de la KHL Maksim Sushinsky ou l'ex-Montréalais Aleksei Kovalev (aujourd'hui à Ottawa) avaient déjà été refusés par Bykov pour de précédents championnats du monde, leur absence n'est donc pas surprenante : ce sont des meneurs, des grandes gueules, des capitaines dans l'âme, pas vraiment des candidats à un poste de raccroc dans une équipe déjà pourvue en forts caractères.