Analyse de l'effectif suédois aux JO

Peter ForsbergLa Suède est la deuxième nation majeure à avoir dévoilé sa liste olympique. Le sélectionneur Bengt-Åke Gustafsson a réservé quelques surprises inattendues, y compris dans la répartition des rôles. Il a en effet convoqué 8 défenseurs et 12 attaquants, et non pas 7 et 13. Certes, la Russie a fait de même, mais c'est conforme à sa tradition.

Les Nordiques se rapprochent plutôt en général de la mode nord-américaine, et le risque est d'autant plus important pour la Tre Kronor qu'elle compte quelques joueurs "parfois sujets aux blessures" (pour un certain Peter F. c'est même un euphémisme). Elle risque donc de ne pas pouvoir aligner ses quatre lignes d'attaque, qui se décomposent en trois trios offensifs et un défensif.

Deux des principaux atouts offensifs, Henrik Zetterberg et Nicklas Bäckström, devraient en effet diriger deux lignes différentes, au risque de diluer le talent. Ils auraient aussi pu être ensemble sur un trio fort, mais cette option a aussi son point faible : se voir opposer une ligne de neutralisation face à un coaching de type canadien.

Qu'est-ce qui permet de déduire cette séparation possible de "Z" et de Bäckström ? Simplement le fait qu'il n'y a guère d'autres possibilités au centre... sauf si Forsberg occupe ce poste qui est historiquement le sien. Mais cette saison, quand il joue, que ce soit en club ou en équipe nationale, "Foppa" évolue à l'aile gauche. On est donc parti du principe qu'il y resterait pour essayer de deviner la composition des lignes qui vous est donnée ci-dessous.

 

Gardiens

Henrik Lundqvist (New York Rangers, NHL)
Jonas Gustavsson (Toronto Maple Leafs, NHL)
Stefan Liv (HV 71 Jönköping, SUE)

C'est le poste qui posait le moins de problèmes. Henrik Lundqvist est toujours le titulaire incontestable, et tout repose sur lui. La révélation de la saison dernière Jonas Gustavsson n'est pas en mesure de le détrôner, lui dont les débuts en NHL ont surtout été marqués par deux opérations au coeur suite à des élévations soudaines de son rythme cardiaque. On sait que Stefan Liv est capable d'occuper le rôle ingrat de numéro 3 puisqu'il l'a déjà fait il y a quatre ans.

Les absents dans les cages : Mikael Tellqvist s'est grillé tout seul à Kazan et a dû être échangé en Finlande pour retrouver une place de titulaire. Le vétéran Johan Hedberg n'a plus joué en équipe de Suède depuis huit ans et n'était même pas dans la pré-liste. Jacob Markström joue actuellement le Mondial junior et aura le temps. Le seul vrai absent est donc Johan Holmqvist, qui n'a pas eu de chance de se blesser juste avant le tournoi de Moscou la semaine dernière. Liv a été appelé pour le remplacer, et pas juste pour le week-end...

 

Défenseurs

Nicklas Lidström (Detroit Red Wings, NHL) - Niklas Kronwall (Detroit Red Wings, NHL)

Ils étaient les seuls défenseurs indiscutables parmi les nombreux candidats. Lidström, qui a marqué le but du titre à Turin, est resté le meilleur défenseur de NHL au cours de cette olympiade, et BÅG a déjà annoncé qu'il serait son capitaine.

Kronwall est une valeur sûre dans sa zone défensive, et la seule chose qui aurait pu le priver de JO, c'est la charge genou contre genou de Georges Laraque qui a valu 5 matches de suspension à ce dernier. Il n'a toujours pas joué depuis, mais sa rentrée devrait être imminente.

Mattias Öhlund (Tampa Bay Lightning, NHL) - Tobias Enström (Atlanta Thrashers, NHL)

Bengt-Åke GustafssonTobias Enström, à 25 ans, a connu des moments douloureux avec l'équipe de Suède : apprentissage difficile aux Mondiaux 2007, blessure en début de tournoi en 2009. Mais aujourd'hui, il figure sur la première paire à Atlanta et joue un rôle important en powerplay. Il est donc légitime qu'il ait de nouveau sa chance. Le puissant Mattias Öhlund est sur le déclin, mais son expérience compensera sa perte de mobilité.

Johnny Oduya (New Jersey Devils, NHL) - Henrik Tallinder (Buffalo Sabres, NHL)

L'un (Tallinder) était plus convoité que l'autre (Oduya) quand il était jeune, notamment à cause d'un gabarit plus remarquable, mais aujourd'hui ils sont au même niveau. Ce sont des arrières complets, bons patineurs, alignés en NHL contre les meilleures lignes adverses. Oduya a manqué tout le mois de novembre pour des problèmes d'adducteurs mais cela ne l'a donc pas empêché de passer le "cut". Il a sûrement eu peur que ce soit le cas vu le nombre de prétendants de valeur proche.

Douglas Murray (San José Sharks, NHL) - Magnus Johansson (Linköping, SUE)

Appelez ça la ligne des "spécialistes". On retrouve ici les défenseurs aux rôles les plus tranchés. Magnus Johansson a le don de trouver des lignes de passes splendides, mais ce n'est pas avec son physique qu'il va faire le ménage dans son enclave. Puisque les arrières sont nombreux, il pourrait être utilisé comme spécialiste du jeu de puissance, qu'il sait diriger parfaitement à la ligne bleue.

Attendez en revanche à voir Douglas Murray en infériorité numérique. Il est le petit-fils de Lars Björn, le capitaine de l'équipe olympique suédoise 1960 qui avait été envoyé à l'hôpital au premier match face au Canada. 50 ans plus tard, il aura donc l'occasion de venger papy ! Murray a en effet adopté le style de jeu nord-américain qui avait fait souffrir son aïeul, et il aura pour mission d'envoyer les adversaires... sur les fesses, ça suffira.

 

Les absents en défense : ils sont nombreux, car le choix était large. On n'attendait pas vraiment le grand espoir Victor Hedman (19 ans), encore trop jeune. C'est aussi l'inexpérience qui a barré Niklas Hjalmarsson (22 ans), qui effectue du très bon travail défensif à Chicago aux côtés du très offensif Brian Campbell.

Le deuxième défenseur de la NHL au nombre de points par match, Alexander Edler, est loin d'être une assurance défensive et l'avait montré à ses dépens aux Mondiaux 2008. Le physique Jonathan Ericsson a le gabarit mais pas la présence de Murray. L'atout d'Anton Strålman (Columbus) est qu'il tire de la droite, mais le plus expérimenté Johansson a cette même spécificité.

 

Attaquants

Daniel Sedin (Vancouver Canucks, NHL) - Henrik Sedin (Vancouver Canucks, NHL) - Mattias Weinhandl (Dynamo Moscou, RUS)

Commençons par la ligne la plus simple, même si ça ne sera pas forcément la première. S'il y a deux joueurs dont on est sûr qu'ils évolueront ensemble, ce sont évidemment les jumeaux Sedin. Ils ont mis leur temps à faire leur trou en NHL, mais à 29 ans, ils sont à leur sommet.

Henrik Sedin est à ce jour le deuxième marqueur de la NHL, et il peut alimenter en belles passes son frère... ou le troisième homme. C'est là tout le problème : avec une telle complicité fraternelle, il est difficile de trouver un complément sur cette ligne. Mattias Weinhandl, qui est pour sa part le septième marqueur du moment en KHL (il était premier avant que les résultats du Dynamo ne se dégradent en novembre), a l'avantage d'avoir déjà évolué une saison avec les frangins : c'était en arrivant à MODO à 19 ans en 1999/2000. Dix ans plus tard, la ligne junior qui avait ébloui le championnat suédois peut-elle fonctionner à nouveau pour les JO ?

Loui Eriksson (Dallas Stars, NHL) - Nicklas Bäckström (Washington Capitals, NHL) - Patric Hörnqvist (Nashville Predators, NHL)

Patric Hörnqvist est une des surprises de la sélection, mais sa présence est légitime : il est un des meilleurs joueurs de Nashville cette saison, et il avait développé une bonne entente avec Bäckström au Mondial 2008. Ailier d'énergie, il complète idéalement un des meilleurs meneurs de jeu actuels (6e marqueur de la NHL aujourd'hui).

Pour pleinement profiter de Bäckström, il faut un buteur pour transformer ses passes. C'est une espèce un peu rare en Suède, et c'est pourquoi on a besoin de Loui Eriksson même s'il n'a pas été formidable aux derniers championnats du monde en mai.

Peter Forsberg (MODO Örnköldsvik, SUE) - Henrik Zetterberg (Detroit Red Wings, NHL) - Daniel Alfredsson (Ottawa Senators, NHL)

Une troisième ligne, ça ? Non : Zetterberg est un des meilleurs joueurs au monde actuels, Forsberg a été un des plus grands, et Alfredsson est toujours le capitaine et le joueur-clé d'Ottawa. Si ces trois-là sont sur la glace, la Suède peut rêver. S'ils sont à l'infirmerie, elle en fera des cauchemars...

Or, à cette heure, aucun des trois ne joue ! Zetterberg s'est luxé l'épaule sur une mise en échec de... son compatriote Öhlund. Il devrait être rétabli rapidement, mais Alfredsson, victime d'une blessure similaire au même moment, devrait être absent durant tout le mois de janvier. Quant à Forsberg, ça fait des années qu'il peine à jouer plus de quelques semaines.

Rappelons que l'ailier physique Johan Franzén est le grand absent de la sélection pour cause de déchirure des ligaments du genou début octobre. BÅG a annoncé qu'il pourrait éventuellement remplacer un blessé s'il était rétabli à temps : on l'aura compris, dans les six semaines qui nous séparent des JO, les actualités suédoises seront rythmées par des convalescences. Les journalistes de hockey en ont l'habitude avec Forsberg...

Tomas Holmström (Detroit Red Wings, NHL) - Samuel Påhlsson (Columbus Blue Jackets, NHL) - Fredrik Modin (Columbus, NHL)

Encore un blessé ! Fredrik Modin n'a joué 8 matches cette saison, et son niom est le plus inattendu de la liste. BÅG a justifié sa présence en expliquant qu'il peut l'utiliser en infériorité, voire en supériorité devant le gardien. Cette dernière position est surtout le poste préférentiel de Tomas Holmström, l'attaquant le plus lent de l'effectif, "oublié" de la première liste il y a quatre ans, mais sélectionné du premier coup cette fois. Une contradiction que ne manqueront pas de pointer les détracteurs du sélectionneur.

Moins de controverse autour de Samuel Påhlsson : sa réputation d'attaquant défensif n'est plus à faire, et sa place au centre de la quatrième ligne était une évidence.

 

Les absents en attaque : sauf à en placer un à l'aile (Zetterberg et Bäcktröm peuvent y jouer), il n'y a personne au-dessus des quatre centres cités, qui forment peut-être le meilleur contingent du tournoi. Désolé pour les autres candidats, en premier lieu Tony Mårtensson, qui a marqué 30 points au cumul des trois derniers championnats du monde mais n'aura pas sa chance aux JO.

En revanche, le débat existe pour les ailiers. Si Kristian Huselius pâtit de son profil de joueur purement offensif, Mikael Samuelsson, l'ancien membre de la légion suédoise de Detroit, s'imaginait sûrement jouer ces JO "à domicile" puisqu'il évolue aux Canucks de Vancouver. Au moins, il sera "sur place" pour remplacer un éventuel blessé... Mais il sera sans doute vert de voir que Modin a été conservé, et pas lui. Même réflexion pour l'attaquant défensif Per-Johan Axelsson (Frölunda), qui est avec Samuelsson le seul vainqueur de 2006 à n'avoir pas été repris en attaque, en excluant évidemment les retraités comme Mats Sundin et Jörgen Jönsson.

Quant au prodige Linus Omark, malgré des rumeurs de la presse suédoise qui le donnaient "partant" hier encore, son absence ne doit pas surprendre puisqu'on a amplement évoqué son cas : il aime un peu trop garder le palet pour être efficace sur petite glace, il n'a pas encore prouvé qu'il pouvait élever son jeu au haut niveau international et il n'a pas gagné sa place lors de l'Euro Hockey Tour.