Analyse de l'effectif slovaque aux JO

Attention, les papys arrivent ! Avec 30,5 ans de moyenne d'âge, la Slovaquie a choisi de faire la part belle à ses glorieux vétérans. Oui, ils sont tous là, même l'ex-retraité Palffy, même le convalescent Demitra, et même Satan qui n'a plus joué nulle part depuis qu'il a soulevé la Coupe Stanley en juin !

Le sélectionneur Jan Filc a justifié sa confiance aux anciens en ces termes : "La décision s'est faite sur la performance à long terme, l'expérience dans le hockey international et les qualités de leadership. Tout ce que je vois dans les nominations dans autres pays montre que les Jeux olympiques ne sont pas l'endroit pour les expérimentations, toutes les équipes raisonnent de la même façon. Je me suis posé la question de l'inclusion de jeunes joueurs prometteurs, mais il faut d'abord les voir sur la glace. Je pense que le Mondial 2010 sera une bonne opportunité pour ce groupe de joueurs."

Ceci dit, le manager Peter Bondra avait prévenu que cette pré-sélection était un exercice intermédiaire : "Cette nomination est essentiellement médiatique. Dans un mois, ça pourra être autre chose." En plus de la liste officielle des 23, il existe donc une liste cachée de 12 joueurs, dans laquelle on pourra piocher pour remplacer un joueur absent pour "raisons sérieuses". Et comme la NHL exige que ses olympiens éventuels soient identifiés, on sait déjà quels sont les deux joueurs de la ligue nord-américaine à faire partie de cette réserve : Boris Valábik and Marek Svatos.

 

Gardiens

Jaroslav Halak (Canadiens de Montréal, NHL)
Peter Budaj (Colorado Avalanche, NHL)
Rastislav Stana (Severstal Cherepovets, KHL)

Il n'y a finalement qu'un "vieux grognard" qui n'ait pas été appelé : le gardien champion du monde en 2002, Jan Lasak. Le débat le plus incertain des dernières semaines concernait le choix du troisième gardien. Cela se jouait entre Lasak et Stana. Cela ne s'est pas joué sur les services rendus, mais sur le niveau actuel. La conclusion est donc parfaitement logique.

Le gardien n'a jamais été le poste fort de la Slovaquie, et c'est peut-être pour ça que les jeunes pourraient y monter en grade plus tôt qu'ailleurs. Jaroslav Halak a été élu "gardien slovaque de l'année" cet été et son heure sera peut-être venue en février... si les Canadiens de Montréal le font suffisamment jouer par rapport au (décevant) chouchou Carey Price.

 

Défenseurs

Andrej Meszaros (Tampa Bay Lightning, NHL) - Zdeno Chara (Boston Bruins, NHL)

Meszaros était junior à Turin et on n'avait pas hésité à le sélectionner. Il est toujours le seul jeune joueur de classe mondiale dont la Slovaquie peut se prévaloir. Son placement et sa technique sont parfaitement complémentaires de la présence physique de Zdeno Chara, l'incontournable - dans tous les sens du terme. Élu meilleur défenseur de NHL la saison passée, le géant Chara a déjà été déclaré capitaine de l'équipe olympique par Filc depuis plusieurs semaines.

Martin Štrbák (HK MVD Balashika, KHL) - Lubomir Višnovský (Edmonton Oilers, NHL)

C'était la première paire il y a quatre ans, et elle est donc elle aussi inchangée. Pour que Strbak, 146 sélections en équipe de Slovaquie, batte pendant le tournoi olympique le record détenu par Lubomir Sekeras (152), il faudra atteindre les demi-finales, un bon challenge. Visnovsky, pilier du jeu de puissance, est quatrième dans cette liste avec 131 "capes". Vous l'aurez compris, l'expression "duo d'expérience" est un euphémisme pour ces deux-là.

Milan Jurcina (Columbus Blue Jackets, NHL) - Andrej Sekera (Pittsburgh Penguins, NHL)

Dans cette défense si expérimentée, Andrej Sekera sera le seul joueur à découvrir les JO. C'est légitime puisqu'il était la seule jeune étoile à briller lors des deux derniers championnats du monde qui ont été particulièrement ténébreux pour les Slovaques. Capable de porter le palet offensivement, Sekera complète idéalement Jurcina, pur chien de garde de la zone défensive qui donne des mises en échec et se jette devant les lancers.

Richard Lintner (Dynamo Minsk, KHL)

C'est un héros du titre de 2002, élu dans l'équipe-type de la compétition, mais il avait pris sa retraite internationale pour se consacrer à sa carrière et à sa famille... tout en commentant les championnats du monde 2006 et 2007 pour la télévision slovaque. Jan Filc l'a convaincu de rechausser les patins en sélection en février dernier, et c'est un choix assez populaire : celui qui est surnommé "Citrón" (je vous épargne la traduction évidente) est apprécié du public comme des joueurs car il met l'ambiance dans le vestiaire. Pour autant, sur la glace, c'est un hockeyeur à haut risque du fait de ses instincts très offensifs pour un défenseur. Beaucoup d'entraîneurs fronceraient les sourcils, mais Filc, lui, aime le bonhomme.

 

Les absents en défense : les déclarations de Filc après le dernier match de préparation contre la Suisse avaient anticipé ce choix. La réserve émise sur Dominik Granak, à savoir sa difficulté à évacuer son slot avec son petit gabarit, a été rédhibitoire pour celui qui réussit une grande saison à Rögle. Pour autant, Filc a aussi estimé avoir suffisamment des profils inverses : restés à quai, les 192 cm du Spartakiste Ivan Baranka et les deux mètres de Boris Valabik, qui n'avait pas aidé sa cause pendant un certain 8-0 en mai dernier. Les gabarits de Chara et Jurcina lui suffisent donc.

 

Attaquants

Marián Gáborik (New York Rangers, NHL) - Pavol Demitra (Vancouver Canucks, NHL) - Marián Hossa (Chicago Blackhawks, NHL)

À la mi-décembre, Demitra a passé une IRM à la clinique du sport de Bratislava pour savoir pourquoi son épaule gauche déjà opérée le faisait encore souffrir. Jan Filc est allé le voir spécialement et a discuté avec son médecin pour savoir s'il pouvait incorporer son centre-vedette dans l'équipe olympique. Le joueur a promis d'être sur pied à la mi-janvier. Filc a donc bon espoir de pouvoir reconstituer le fameux "trio de Trencin".

Ce n'était pourtant pas gagné. Lorque les Blackhawks ont engagé Marian Hossa en juillet, ils ont découvert qu'il lui fallait une opération de l'épaule et ont craint un moment de récupérer un joueur "cassé". Heureusement, il est revenu au jeu en novembre. L'atout offensif numéro 1 des Slovaques, leur duo d'ailiers ultra-rapides, sera donc là. Malgré sa réputation de fragilité, Gaborik, plus jeune attaquant de cet effectif slovaque à 28 ans (!), n'a en effet aucun souci cette année et est même le troisième marqueur actuel de NHL.

Notez que Filc a indiqué qu'il avait "deux possibilités" pour sa première ligne, ce trio bien connu mais aussi une version incluant Šatan.

Lubos Bartecko (SC Berne, SUI) - Michal Handzus (Los Angeles Kings, NHL) - Miroslav Šatan (sans club)

C'est en effet le fait majeur, Šatan est sur la liste ! Là encore, Filc a fait confiance au joueur, qui lui a promis qu'il signerait un contrat au plus tard début janvier... Ses exigences salariales n'auront donc pas privé de JO ce leader de toujours, auteur de 70 buts en équipe slovaque.

Pour trouver cette ligne, on ne s'est pas foulé : c'était la deuxième ligne lors de la finale 2002, le moment qui a fait du discret Filc un héros national. Avec Bartecko, qui a servi de capitaine aux derniers Mondiaux, et le grand gabarit du centre défensif Handzus, qui excelle aux mises au jeu, la Slovaquie tient là un trio de combattants.

Richard Zednik (Lokomotiv Yaroslavl, KHL) - Jozef Stümpel (Barys Astana, KHL) - Zigmund Palffy (HK 36 Skalica, SVK)

Quant à celui-là, c'est le trio des vétérans. Il a été reformé il y a deux semaines et s'est montré très convaincant pour le grand retour en équipe nationale de Zigmund Palffy. Il avait pris sa retraite internationale en 2005, puis sa retraite tout court un an plus tard, avant de revenir dominer un championnat slovaque trop faible à son goût depuis deux ans et demi.
La complicité instinctive de Palffy et Stümpel rend les deux hommes "naturellement" dangereux quand ils sont ensemble sur la glace, mais ils ont 37 ans tous les deux. Zednik restera sans doute dans l'histoire comme le joueur qui a survécu à une carotide coupée par un patin, mais c'est aussi un gratteur de palets acharné et donc un "troisième homme" idéal pour un duo naturel.

Tomas Kopecky (Chicago Blackhawks, NHL) - Martin Cibak (Spartak Moscou, KHL) - Branko Radivojevic (Spartak Moscou, KHL)

Radivojevic est devenu un bon marqueur au Spartak, ce qui lui a valu la semaine dernière de signer une prolongation de contrat de deux ans, mais s'il a enfin été convié à des Jeux Olympiques, le seul tournoi qui lui manquait, c'est dans le même rôle défensif qu'il tenait autrefois en NHL. Un travail de l'ombre habituel pour son équipier Cibak, qui peut être précieux en infériorité numérique. Kopecky n'a jamais joué en équipe nationale senior, sa présence s'explique car son gabarit peut s'avérer utile dans le slot sur une petite glace nord-américaine.

Marcel Hossa (Dinamo Riga, KHL)

Le joker par excellence. On ne l'arrête plus cette saison en KHL, avec déjà 24 buts à son actif, mais il n'a pas concrétisé une seule fois en équipe nationale lors de la semaine de préparation. Filc l'a pris quand même, eu égard à son indéniable talent. N'ayant rien à faire sur une ligne défensive, il est le treizième attaquant, une carte dans la manche dont personne ne sait prédire la valeur dans le jeu.

 

Les absents en attaque : Roman Kukumberg sera probablement le "cinquième centre", appelé par exemple si Demitra ne guérit pas. Milan Bartovic, récemment décrit comme "un des meilleurs joueurs actuels en Extraliga tchèque" par Filc, s'est vu préférer le plus expérimenté Radivojevic. Un autre "Spartakiste", Stefan Ruzicka, n'a pas convaincu sous le maillot national cette année, décevant notamment lors de la Deutschland Cup.

L'omission la plus notable est celle de l'opportuniste Marek Svatos, qui a marqué 22 buts de moyenne en quatre saisons au Colorado. Le problème est qu'il a des soucis d'adducteurs en ce moment et qu'il a peu de références. Sa seule expérience en équipe nationale, c'était justement aux JO, à Turin, mais il n'y avait pas marqué le moindre point alors qu'il scorait à l'envi en NHL. Le staff est donc réticent à commettre deux fois la même erreur pour ce joueur non testé, qui a décliné l'invitation aux derniers Mondiaux pour rester auprès de sa femme enceinte, et qui n'était pas non plus au camp pré-olympique en août.