Grenoble - Rouen (Coupe de la ligue, finale)

2009-12-29-Rouen-Grenoble0Les deux derniers vainqueurs de la Coupe de la Ligue se retrouvent face-à-face, et cette fois il n'y aura pas Briançon pour perdre une finale de plus. Personne n'a envie de s'incliner entre Grenoblois et Rouennais, qui se disputent le centre de gravité du hockey français.

Ce statut, Grenoble ne veut l'abandonner à aucun prix, malgré ses déboires financiers et ses blessés. Les Brûleurs de Loups l'ont prouvé avec leur demi-finale légendaire face à Angers (4-8 puis 7-2) et ils ont remis ça en championnat en battant avec une équipe amoindrie (3-2) des Dragons au complet. C'était la cinquième victoire grenobloise de suite face à Rouen, à chaque fois par un but d'écart.

Premiers feux des Dragons

Ce match est évidemment une référence pour Grenoble, qui sait disposer ce soir d'un banc plus long. Au contraire, le RHE est affaibli par la petite élongation aux adducteurs de Julien Desrosiers. Le Franco-Canadien est en réserve de la république, et n'apparaît pas dans les premières rotations. Cependant, il fait son entrée dès la troisième minute et indique ainsi qu'il faudra compter avec lui. C'est d'ailleurs sur cette présence que Tartari fait trébucher Thinel pour la première pénalité. Les Rouennais s'installent donc dans ce début de partie, jusqu'à une nette occasion grenobloise après sept minutes : double arrêt de la jambière de Koenig face à Nilsson.

Mal coordonnés, Mallette et les siens cafouillent leur deuxième supériorité numérique. Rouen maintient cependant la pression en zone offensive. Faute de ligne de passe ouverte, Jonathan Zwikel envoie le palet de derrière la cage dans les jambières d'Eddy Ferhi. Il n'obtient pas de rebond favorable mais surprend assez le gardien pour que le palet reste découvert dans le slot. L'opportuniste Ilpo Salmivirta, déjà auteur d'un doublé samedi contre Angers, surgit devant le défenseur cadet Vincent Llorca et se jette comme un mort de faim sur ce nouveau but à son escarcelle (0-1, 11'24").

Le premier avantage numérique grenoblois dure... treize secondes, le temps pour Dufour de prendre une pénalité idiote pour avoir accroché. À quatre contre quatre, chaque équipe a une occasion. Christophe Tartari passe la ligne bleue offensive entre les deux défenseurs et décale parfaitement du revers Damien Fleury. Celui-ci se présente seul devant la cage mais son tir est paré par le bras gauche de Koenig. C'est ensuite un 2 contre 1 rouennais où Salmvirta choisit le tir bas, bloqué par Ferhi entre sa plaque et sa jambière.

2009-12-29-Rouen-GrenobleGrenoble a donc équilibré le jeu sans revenir au score, mais trente secondes avant le retour aux vestiaires, la troisième ligne rouennaise remonte bien le palet avec une relance de Lampérier. Pendant que Tarantino va à la cage, Romand sert en retrait le défenseur Daniel Babka qui apporte son soutien à l'offensive par un lancer en pleine lucarne (0-2, 19'28").

Mallette se fait la malle

Une pénalité de Zwikel juste avant la pause permet à Grenoble de reprendre le jeu en supériorité numérique, sans grand effet face à une défense normande qui se fait respecter dans son slot. Rouen a alors deux occasions de tuer le match. Eddy Ferhi lâche un rebond sur un tir de Tarantino mais réussit alors un superbe arrêt-réflexe devant Romand. Quelques instants plus tard, Carl Mallette se présente absolument seul, mais le gardien grenoblois ne prend pas à la feinte et repousse le palet avec la botte droite.

Les Isérois n'arrivent pas à trouver la faille, même pas en jeu de puissance. Pire, Rouen s'échappe deux fois en 2 contre 1 au cours de la même infériorité numérique. D'abord avec Öhberg et Holmqvist : Ferhi fait l'arrêt mais le palet retombe derrière lui et Mallette le glisse au fond. Ensuite avec Thinel, qui a fait la différence par son accélération, et Mallette une fois de plus à la conclusion (0-4, 33'16").

Mats Lusth demande un temps mort, mais son équipe peut se prendre un but à tout instant. Sur la passe du coin de Desrosiers pour Zwikel dans le slot, par exemple, ou encore quand Thinel met dans le vent Raphaël Papa à deux mètres de la cage. Grenoble n'arrive plus à quitter sa zone défensive et n'est plus du tout dans le match. Sivic ose une sortie et provoque une faute de Salmivirta, mais la meilleure chance est encore l'échappée de Carl Mallette en infériorité.

Croyez-vous aux miracles ?

Alors qu'il reste vingt minutes à jouer, il faudrait un miracle pour que Grenoble revienne. Quel genre de miracle ? Soyons fou, imaginons un palet envoyé au fond, un Damien Fleury qui tirerait instantanément en angle fermé vers un Koenig qui aurait encore la tête aux vestiaires... Ce but improbable n'est pas une invention, c'est une réalité (1-4, 40'09"). C'est la dernière folie de Fleury, le but venu de nulle part en neuf secondes. Le fait que Tartari ait gagné l'engagement était déjà le signe que quelque chose était en train de se produire : les Grenoblois n'avaient même pas remporté 30% des mises au jusque là...

Depuis un mois, les Brûleurs de Loups ont appris à croire aux contes de fées, mais Rouen n'a cure de ces bluettes. Les Dragons préfèrent les super-héros, du genre "4 Fantastiques". Alors que son équipe est installée, Alexandre Rouleau, qui a repris son poste normal de défenseur au cours du match, se fait contrer le palet à la ligne bleue offensive face à Marc-André Thinel, qui poursuit son effort jusqu'à la ligne de fond avant de centrer pour la reprise de l'inévitable Mallette (1-5, 44'09").

Quand Magnus Eriksson retient une crosse, les Rouennais ne s'inquiètent guère. Pour ce que Grenoble a fait en supériorité numérique depuis le début de match, à part encaisser deux buts bien sûr... Mais attendez, parle-t-on bien de la même équipe qui a remporté la finale du championnat de France grâce à des slaps de défenseurs ? Oui, c'est bien celle-là, la preuve : un missile dans l'axe de Viktor Wallin est dévié devant la cae par Sivic (2-5, 46'54"). Mais le powerplay suivant est fatal aux Grenoblois : Carl Mallette se lance à la poursuite du palet et le glisse dans le dos de Ferhi dans l'angle (2-6, 50'00"). Quadruplé de Mallette, dont trois buts en infériorité numérique !

2009-12-29-Rouen-Grenoble1Fleury y croit toujours et se fait accrocher par Babka, ce qui donne à son équipe une minute à 5 contre 3. Dufour reçoit deux fois le palet à droite du but, mais manque ses deux tirs.

Les plus belles actions collectives sont encore rouennaises : entrée de zone de Desrosiers - qui sert de joker à l'aile gauche sur différentes lignes - pour Tarantino à droite qui trouve une belle passe transversale pour Lampérier au second poteau, qui échoue à bout portant sur Ferhi. La réaction grenobloise arrive sous forme d'un lancer lointain de Dufour dans le trafic (3-6, 55'59").

Mats Lusth sort son gardien pour essayer de réveiller les fantômes de la demi-finale, et il est immédiatement récompensé par une pénalité de Romand. Grenoble joue donc à 6 contre 4. Mais une minute plus tard, Doucet plonge pour être certain que le cinglage de Nilsson n'échappe pas au duo arbitral. La victoire rouennaise est assurée. Le tir de Sivic entre les jambières de Koenig arrive trop tard (4-6, 59'32").

Anders Nilsson va une dernière fois à la cage et saute gaiement sur Koenig avant de se faire châtier au sol à coups de poing par son compatriote Magnus Eriksson. Le public grenoblois siffle un geste d'humeur du gardien rouennais qui donne un coup de pied dans le casque de Nilsson resté sur la glace. Eriksson, pour avoir déclenché la bagarre, et Nilsson, pour charge volontaire sur le portier, prennent une pénalité de match et seront donc suspendus samedi prochain en Ligue Magnus.

Tout exploit a une fin

Cela fait un trophée de perdu, sur la glace celui-là, par Grenoble. Toutes ces semaines passées avec un effectif réduit auront fini par peser sur les organismes. Il faut bien dire que les derniers résultats isérois relevaient de l'exploit, avec des lignes sans cesse chamboulées par les évènements. Polyvalent par la force des choses, Alexandre Rouleau en a sans doute été victime, lui qui n'aura ni attaqué ni défendu ce soir. Les jeunes aussi ont fini par montrer leurs limites. Il fallait bien que la belle série grenobloise finisse un jour. C'est donc ce soir, pour la première finale de la saison, devant les caméras. Damien Fleury, qui n'a rien lâché jusqu'à la dernière seconde, a confirmé sa grande forme, mais il était un peu seul ce soir.

Christian Pouget inaugure sa carrière d'entraîneur par une victoire. Les deux derniers clubs à avoir soulevé la Coupe de la ligue ont enchaîné par une victoire en championnat, et Rouen le sait. Lorsque Lhenry sera là pour assurer la relève de Koenig, solide la plupart du temps mais avec des sautes de concentration, cette équipe s'annonce redoutable, surtout quand Mallette fonctionne à plein régime, pour son second match comme ailier. L'innovation du moment, consistant à hiérarchiser au maximum les lignes, ne semble pas diminuer la force générale des Dragons, surtout que la jeune troisième ligne a réussi de belles choses et pris clairement le dessus sur son homologue grenobloise. Le RHE accumule des solutions, et de la confiance.

(photos Nicolas Platel)

Commentaires d'après-match (sur Sport+)

Damien Fleury (attaquant de Grenoble) : "C'est vraiment dommage. On est passé à coté des deux premiers tiers. On a relevé la tête trop tard, on est tous vraiment déçus."

Christian Pouget (entraîneur de Rouen) : "On est très fier de nos joueurs ce soir. C'est le premier trophée pour moi mais aussi pour Rodolphe Garnier. J'ai dit aux joueurs que l'on ne partait pas comme favori, ce qui nous a fait jouer de façon super simple et très disciplinée. Mallette était déchaîné, il allait très très vite, je ne l'ai jamais vu aussi rapide cette année. Cette victoire est importante, les mecs la méritent vraiment, ils ont beaucoup souffert cet été dans la préparation."

Carl Mallette (attaquant de Rouen) : "C'est un scénario idéal. Dans les deux premiers tiers, notre gardien Koenig nous a tenus dans le match. D'après moi, c'est plus difficile à gagner que la Coupe de France, à cause des matches aller-retour."

2009-12-29-Rouen-Grenoble2

Grenoble - Rouen 4-6 (0-2, 0-2, 4-2)
Mardi 29 décembre 2009 à 20h00 à Méribel. 2500 spectateurs.
Arbitrage de Jimmy Bergamelli et Marc Mendlowictz assisté de Joffrey Barcelo et Gwilherm Margry.
Pénalités : Grenoble 12' (6', 6', 4') ; Rouen 16' (4', 6', 10').

Évolution du score :
0-1 à 11'24" : Salmivirta assisté de Tardif et Zwikel
0-2 à 19'28" : Babka assisté de Romand et Tarantino
0-3 à 32'44" : Mallette assisté de Holmqvist et Öhberg (inf. num.)
0-4 à 33'16" : Mallette assisté de Thinel et Babka (inf. num.)
1-4 à 40'09" : Fleury assisté de Tartari
1-5 à 44'09" : Mallette assisté de Thinel
2-5 à 46'54" : Sivic assisté de Wallin et Manavian (sup. num.)
2-6 à 50'00" : Mallette assisté de Desrosiers et Eriksson (inf. num.)
3-6 à 55'59" : Dufour assisté de Fleury et Moisand
4-6 à 59'32" : Sivic assisté de Wallin (inf. num.)

 

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi [sorti de 56'29" à 57'38" et de 59'32" à 60'00"].

Défenseurs : Viktor Wallin (A) - Vincent Llorca ; Nicolas Besch - Maxime Moisand ; Antonin Manavian - Jason Crossman ; puis Alexandre Rouleau au T2.

Attaquants : Julien Baylacq [puis Sivic au T2] - Martin Jansson (A) - Anders Nilsson ; Jean-François Dufour - Christophe Tartari (C) - Damien Fleury ; Mitja Sivic [puis Baylacq au T2] - Raphaël Papa - Alexandre Rouleau puis Nicolas Arrossamena au T2.

Remplaçants : Sébastien Raibon (G), Loup Benoît, Elie Raibon. Absents : Ludek Broz (lombalgie), Jakob Milovanovic (genou).

Rouen

Gardien : Trevor Koenig.

Défenseurs : Petri Virolainen – Magnus Eriksson ; Daniel Carlsson – Daniel Babka ; Kai Öhberg – David Holmqvist.

Attaquants : Carl Mallette (C) – Éric Doucet (A) – Marc-André Thinel ; Ilpo Salmivirta – Jonathan Zwikel (A) – Luc Tardif Jr ; Lionel Tarantino – Loïc Lampérier – Jérémie Romand ; Julien Desrosiers.

Remplaçants : Mickaël Muller (G), Cédric Custosse, Anthony Rech, Alexandre Mulle.