Suède - Russie (Mondial 20 ans)

C'est le premier choc entre deux candidats au titre dans ce championnat du monde junior, un match avec comme enjeu la première place du groupe qui permet une qualifaction directe en demi-finale.

Nikita FilatovLa Russie est le plus médiatique des deux adversaires, du fait de la présence de Nikita Filatov. Son retour au CSKA Moscou a été très commenté, mais une équipe ne se résume pas à un seul joueur.  Filatov a "échangé" ses partenaires avec Trunev après un premier match décevant. S'il est difficile de l'entourer, c'est que le centre qui devait lui être assigné, Andrei Loktionov, s'est blessé à son tout premier match de NHL en novembre : quatre mois d'arrêt.

Ce n'est pas le seul absent, car Vyacheslav Voinov (Los Angeles) et Evgeni Grachev (New York Rangers) n'ont pas été libérés par leurs franchises. Ce serait commun s'ils étaient titulaires en NHL, comme le défenseur offensif Erik Karlsson (Ottawa) pour la Suède. Mais ils ne jouent qu'en AHL, et dans le contexte russo-américain actuel, chacun de ces cas est interprété comme un acte d'hostilité.

Le seul joueur d'AHL libéré, Anton Klimentiev, a d'ailleurs fait l'objet d'un curieux chantage : pour le rendre disponible, les New York Islanders avaient osé demander que Kirill Petrov (qu'ils ont drafté) abandonne son contrat avec Kazan et vienne les rejoindre ! Une exigence accueillie avec étonnement par la fédération russe, et vite rangée dans le tiroir des idées saugrenues. Mais c'est dire si la méfiance règne sur ces questions contractuelles entre NHL et KHL.

Si Filatov s'est fait huer hier soir, cela n'a cependant rien à voir avec cette guerre froide. C'est simplement que le public n'avait pas compris qu'on lui remette le prix de joueur du match alors que son Igor Bobkov venait de blanchir la Finlande (2-0) avec la bagatelle de 46 arrêts.

Un autre défi attend Bobkov ce soir : un duel à distance face à Jacob Markström, actuellement le meilleur gardien de l'Elitserien suédoise, alors qu'il n'est que le numéro 4 dans la hiérarchie du Metallurg Magnitogorsk et qu'il est très loin de jouer à un tel niveau.

Les premières minutes sont plutôt russes, mais une des brèves incursions suédoises en zone offensive fait mouche. Magnus Pääjärvi-Svensson effectue une feinte de tir en angle pour ce qui est en fait une passe parfaite au second poteau vers André Petersson lancé qui surgit devant la cage ouverte (1-0, 03'32"). Magnifique, une fois de plus. Pääjärvi-Svensson est ce soir à la hauteur de la réputation de meilleur espoir offensif de sa génération.

PaajarviSvenssonMagnusTedenby, de retour sur la glace ce soir, prend de vitesse Maksim Chudinov qui tombe à plat ventre, pivote horizontalement et fauche le Suédois dans le mouvement avec ses jambes. Cette première pénalité est aussitôt suivie d'une faute de Petersson. La phase de 4 contre 4 semble ouvrir plus d'espaces aux Russes, en particulier quand Tarasenko lannce une contre-attaque et sert Burmistrov seul devant la cage, sans conclure. Mais au moment où Chudinov pose le pied sur la glace, Magnus Pääjärvi-Svensson envoie un slap du cercle droit, juste au-dessus de la jambière droite du gardien (2-0). Efficacité maximale pour les Suédois : eux qui excellaient par leur jeu de possession ont réussi à surprendre les Russes par leur vitesse.

Ce sont les individualités russes qui répliquent, en particulier le capitaine Filatov dont le tir ricoche sur l'épaule gauche du gardien Jakob Markström. Il aura vraiment manqué quelques centimètres...

Puis, à trois minutes de la fin du tiers, le choc : le virage très brusque d'Anton Rödin, avec la vivacité qu'on a pu observer chez lui depuis le début de ce tournoi, surprend jusqu'au défenseur russe qui vient le heurter genou contre genou. Le meilleur marqueur suédois est soutenu par ses coéquipiers pour quitter la glace, mais on ne peut pas attester qu'il y a eu faute. L'arbitre n'en accorde pas. Les esprits s'échauffent cependant un peu, avec une explication Rasmussen/Filatov sur l'action suivante.

En début de deuxième période, la Russie essaye mais se heurte à un véritable mur. Markström enchaîne les arrêts de classe, qui plus est sans laisser le moindre rebond. Les attaquants ne viennent pas masquer le gardien de Brynäs, qui paraît trôner comme un roi dans sa zone.

À la 28e minute, Ekman-Larsson manque le cadre sur un rebond ouvert. Sur l'action suivante, Maksim Kitsyn part en contre et est retenu par Tim Erixon. Une infériorité gérée à merveille par les Suédois : d'abord, avec Krüger et Josefson, ils s'amusent à faire tourner le palet, puis, avec Silfverberg notamment, ils gênent la construction des Russes. Ceux-ci sont installés à peine vingt secondes, ce qui fait un très faible ratio sur deux minutes.

La Russie peine à poser son jeu, mais elle sait encore contre-attaquer. Et c'est Filatov lui-même, en récupérant un palet dans sa zone, qui le ressort par un flip du revers. La rondelle lobe la défense et retombe devant Kirill Petrov qui a parfaitement senti le coup et ajuste Markström avec sang-froid (2-1).

La Suède ne s'en fait pas et reprend rapidement le contrôle du palet, qu'elle a le chic pour conserver, y compris dans les bandes. La première ligne est la plus habile à ce jeu, et il n'est pas illogique qu'elle marque. Une longue relance diagonale d'Oliver Ekman-Larsson est légèrement déviée par Magnus Pääjärvi-Svensson dans la crosse d'André Petersson, qui envoie un beau tir du poignet dans la lucarne (3-1).

PeterssonAndre2La Russie se saborde au troisième tiers-temps sur une mauvaise initiative du défenseur Zaitsev : il vient couvrir proprement un palet et veut le transmettre en aveugle à Burmistrov en utilisant la bande... Seulement, le rebond dans la balustrade est trop lointain, il dépasse son coéquipier et arrive droit dans la crosse de Daniel Brodin qui se saisit du cadeau et patine vers le centre pour placer un tir gagnant (4-1).

Il y a une bonne nouvelle dans ce troisième tiers-temps commence par une bonne nouvelle : le retour au jeu d'Anton Rödin. Il signale sa présence intacte par un tir sur le poteau.

L'ampleur de la victoire assure quasiment à la Suède la première place du groupe, sauf défaite de plus de quatre buts face aux Finlandais jeudi. Elle sera donc la meilleure équipe européenne. On les retrouvera donc en demi-finale, où aura lieu l'épreuve de feu face à un rival éventuellement nord-américain. Chagement d'ambiance en perspective.

Ce ne sont en effet pas les Russes qui ont pu contrarier la Suède, surtout pas lorsqu'elle avait l'avantage au score et pouvait contrôler le jeu à sa guise. Face à une équipe aussi douée en possession, il faut jouer bien plus agressivement, comme des Canadiens sauraient le faire. Dans le cas contraire, les jeunes Suédois peuvent enchaîner les démonstrations, avec un premier trio offensif vraiment sensationnel ce soir, en plus d'un gardien solide.

Désignés joueurs du match : Kirill Petrov pour la Russie et Jacob Markström pour la Suède.

Commentaires d'après-match

Vladimir Plyushchev (entraîneur de la Russie) : "S'il n'y avait pas eu deux buts évitables, on aurait pu compter sur un résultat positif. Aujourd'hui la deuxième ligne a très mal joué. Nous n'avons pas eu moins d'occasions qu'eux, mais eux ont marqué quatre fois. En plus, nous avons été mauvais aux engagements. C'est une chose de perdre dans ce domaine contre les Canadiens, c'en est une autre d'y être dominés par les Suédois."

 

Suède - Russie 4-1 (2-0, 1-1, 1-0)
Mardi 29 décembre 2009 à 17h00 au Brandt Centre de Regina. 6234 spectateurs.
Arbitrage de Darcy Burchell et Derek Zalaski (CAN) assistés de Paul Carnathan (USA) et Daniel Wirth (SUI).
Pénalités : Suède 10' (4', 4', 2'), Russie 8' (4', 2', 2').
Tirs : Suède 45 (15, 17, 13), Russie 37 (16, 10, 11).

Évolution du score :
1-0 à 03'32" : Petersson assisté de Pääjärvi-Svensson
2-0 à 07'24" : Pääjärvi-Svensson assisté de Johansson (sup. num.)
2-1 à 31'29" : Petrov assisté de Filatov
3-1 à 38'03" : Petersson assisté de Pääjärvi-Svensson
4-1 à 45'30" : Brodin

 

Suède

Gardien : Jacob Markström .

Défenseurs : Tim Erixon - David Rundblad (A) ; Oliver Ekman-Larsson - Adam Larsson ; Lukas Kilström - Mattias Ekholm ; Peter Andersson.

Attaquants : Magnus Päajärvi-Svensson - Marcus Johansson (C) - André Petersson ; Mattias Tedenby - Marcus Krüger - Jacob Josefsson ; Anton Rödin - Anton Lander (A) - Jacob Silfverberg ; Daniel Brodin - Martin Lundberg - Dennis Rasmussen.

Remplaçant : Anders Nilsson (G). Absent : Carl Klingberg.

Russie

Gardien : Igor Bobkov.

Défenseurs : Nikita Zaïtsev - Dmitri Orlov ; Maksim Chudinov (A) - Nikita Pivtsakin ; Anton Klementiev - Dmitri Kostromitin ; Aleksandr Tarasov.

Attaquants : Nikita Filatov (C) - Piotr Khokriakov - Kirill Petrov ;  Maksim Trunev - Aleksandr Burmistrov - Vladimir Tarasenko ; Maksim Kitsyn - Evgeni Timkin (A) - Evgeni Kuznetsov ; Pavel Dedunov - Ivan Telegin - Magomed Gimbatov ; Vyacheslav Kulemin.

Remplaçant : Ramis Sadikov (G).