Analyse de l'effectif finlandais aux JO

Lasse KukkonenJukka Jalonen est sans doute l'entraîneur national le plus respecté dans son pays. Les amateurs de hockey finlandais lui font confiance quoi qu'il arrive, alors que par exemple les Suédois sont toujours prompts à critiquer le leur même s'il a gagné la dernière médaille d'or olympique.

Cela ne signifie pas qu'il n'y aura pas de débat autour de la liste. À vrai dire, le débat a même commencé depuis deux jours car des fuites avaient révélé l'exclusion de Jussi Jokinen...

Dans le communiqué officiel, Jukka Jalonen réaffirme donc : "L'équipe finlandaise a été sélectionnée à partir de ce qui est probablement le plus large éventail de joueurs dans l'histoire, ce qui a constitué un challenge en soi. Les superviseurs Jukka Holtari et Teppo Numminen ont évalué en commun chaque joueur. Tous les sélectionnés ont gagné leur place et chacun aura son rôle sur la glace lors du tournoi olympique.

Comme dans les autres pays, la Finlande fait la part belle à ses anciens... mais pas tous. Si les stars de jadis Peltonen et Lehtinen ont été retenus, Nummelin a en revanche été sacrifié.

Une chose frappe dans cet effectif par rapport à ceux qui ont été présentés jusqu'ici par les autres nations. Si certaines équipes n'ont pas pris de recours au poste de centre, ce n'est pas le cas de la Finlande qui en a six dans son effectif : les frères Koivu, Jokinen, Kapanen, Filppula et Immonen.

 

Gardiens

Miikka Kiprusoff (Calgary Flames, NHL)
Niklas Bäckström (Minnesota Wild, NHL)
Antero Niitymäki (Tampa Bay Lightning, NHL)

Sur ses seules performances, la nomination de Miikka Kiprusoff ne poserait évidemment aucun problème. Depuis qu'il a passé les derniers Jeux Olympiques à se relaxer à Hawaï, une partie du public finlandais en veut énormément au gardien de Calgary, qui n'a plus porté le maillot national depuis plus de cinq ans. C'est le sujet sensible du hockey finlandais. A-t-il envie de revenir ? Veut-on de lui ? La réponse à l'une de ces questions dépend de l'autre, comme un serpent qui se mord la queue. Kiprusoff a fait savoir qu'il était disponible, mais une phrase citée dans le Calgary Herald le mois dernier a encore hérissé quelques poils : "Si je ne suis pas sûr d'être titulaire, je pense que je vais utiliser cette période pour me reposer." Une phrase qui a servi d'arguments à ses détracteurs.

Finalement, Kiprusoff sera donc là, ce qui signifie sans doute que la place de numéro 1 lui est offerte. Au risque de semer le trouble ? Alors que certains recommandaient de prendre un jeune comme troisième gardien, le staff finlandais a pris tous les risques en prenant Bäckström en numéro 2 et Niitymäki, le MVP des derniers Jeux Olympiques qui n'a jamais confirmé cette quinzaine de rêve, en numéro 3. Il va falloir gérer les susceptibilités dans cette concurrence faussée d'avance.

 

Défenseurs

Kimmo Timonen (Philadelphia Flyers, NHL) - Sami Salo (Vancouver Canucks, NHL)

C'est logiquement la ligne de base, et elle l'aurait été plus souvent si Salo ne s'était pas si souvent blessé. À 34 ans et 35 ans, ils jouent sans doute leur dernier grand tournoi, et la Finlande craint de ne plus retrouver une telle paire de sitôt. Timonen sera l'indiscutable leader défensif, y compris en jeu de puissance, alors que l'état de forme de Salo pose plus de questions.

Janne Niskala

Joni Pitkänen (Carlina Hurricanes, NHL) - Toni Lydman (Buffalo Sabres, NHL)

Le cas Pitkänen n'est pas aussi médiatique que celui de Kiprusoff, et pourtant on l'a beaucoup moins vu avec la tenue des "Leijonat" (Lions) que le gardien. Il ne compte que quatre sélections en équipe de Finlande, dont aucun match officiel. Mais en NHL, il est incontournable : aucun non-Canadien n'a autant de temps de jeu que lui.

Défenseur mobile avec une bonne qualité de passe, Pitkänen ne doit donc pas décevoir. Comme il lui arrive de commettre des erreurs dans sa zone, il faut lui adjoindre un partenaire capable de les rattraper. Calme, intelligent, physique quand il le faut, Toni Lydman devrait être celui-là.

Sami Lepistö (Phoenix Coyotes, NHL) - Lasse Kukkonen (Avangard Omsk, KHL)

Encore une paire équilibrée entre un offensif et un défensif. Lepistö est le plus jeune joueur de l'équipe à 25 ans, qui s'est fait une place en sélection car il est en train d'effectuer une très bonne saison en NHL. Il conduit bien le palet et sent bien le jeu. Kukkonen, quant à lui, fait toujours le boulot dans la zone.

Janne Niskala (Frölunda, SUE)

C'est la seule surprise. Niskala, actuellement blessé à la cuisse et pas toujours exceptionnel avec Frölunda, a comme principal atout un gros lancer. C'est donc un défenseur offensif, mais avec un profil moins marqué et un plus gros gabarit que Nummelin.

 

Les absents en défense : le petit génie Petteri Nummelin est donc le grand perdant de sa sélection. L'homme aux treize championnats du monde ne vivra donc pas ses deuxièmes JO, blessé au plus mauvais moment à la mi-décembre juste avant le dernier regroupement de l'équipe nationale avant la sélection. Il servira sans doute de réserve si un "offensif" se blesse. Et si c'est un "défensif" vient à manquer, Ossi Väänänen, toujours rugueux et bien positionné, sera certainement le premier choix. Le complet Mikko Lehtonen, qui aurait fait un septième homme idéal, est blessé et sans club depuis deux mois.

 

Attaquants

Tuomo Ruutu (Carolina Hurricanes, NHL) - Mikko Koivu (Minnesota Wild, NHL) - Antti Miettinen (Minnesota Wild, NHL)

Le duo Ruutu/Koivu s'est imposé ces dernières années comme le moteur de l'équipe finlandaise, en illustrant sa vraie rupture de style. Auparavant la Finlande jouait un jeu collectif très léché, mais ce duo pratique un hockey très nord-américain, dirigé droit à la cage. Miettinen n'est pas un joueur de première ligne dans l'absolu, mais il joue sur la ligne du petit frère Koivu en club et complète bien ce trio plein de hargne.

Teemu Selänne (Anaheim Ducks, NHL) - Saku Koivu (Anaheim Ducks, NHL) - Jere Lehtinen (Dallas Stars, NHL)

Niko KapanenAvec 39 ans + 35 ans + 36 ans, ce sera peut-être le trio le plus âgé de la compétition. C'était la première ligne à Nagano et à Turin, et elle l'aurait été à Salt Lake City sans le cancer de Saku. Ces trois-là joueront ensemble, comme une évidence. Lehtinen devrait démontrer ses qualités en infériorité, et les deux autres seront probablement les piliers de la première unité de powerplay, avec Koivu en meneur de jeu et bien sûr Selänne en finisseur.

Niklas Hagman (Toronto Maple Leafs, NHL) - Olli Jokinen (Calgary Flames, NHL) - Valtteri Filppula (Detroit Red Wings, NHL)

Olli Jokinen est devenu lui aussi un joueur controversé. La faute à sa dernière apparition en équipe nationale, un Mondial 2008 où, un peu malade, il avait pas mal râlé dans le vestiaire sur le rôle qu'on lui confiait. Vieux grognon ? Cette expérience avait en tout cas prouvé une chose : il est meilleur au centre qu'à l'aile. Et au centre, il n'y a qu'une place, sur une troisième ligne à vocation plutôt offensive (car il n'est pas un joueur défensif), où le rapide Hagman fait un bon ailier.

Valteri Filppula, rarement disponible avec Detroit, n'a joué que deux tournois de l'Euro Tour avec l'équipe finlandaise, sans avoir marqué le moindre point. Ce sera le moment d'y trouver sa place, et on peut l'imaginer partout dans l'effectif car c'est un joueur polyvalent.

Jarkko Ruutu (Ottawa Senators, NHL) - Niko Kapanen (Ak Bars Kazan, KHL) - Jarkko Immonen (Ak Bars Kazan, KHL)

On peut décrire cette quatrième ligne comme le mariage entre l'intelligence de jeu de Niko Kapanen, qui s'adapte à tout coéquipier, et la "bêtise volontaire" du provocateur Jarkko Ruutu, à qui aucun adversaire ne s'adapte.

Jarkko Immonen a été le meilleur joueur finlandais lors de l'Euro Hockey Tour, et à ce titre il mérite sa sélection. Puisqu'il n'y a guère de place pour lui à son poste habituel de centre, il devra sans doute faire valoir ses qualités défensives à l'aile.

Ville Peltonen (Dynamo Minsk, KHL)

243 sélections et 78 buts, dont les trois plus importants ont donné son seul titre de championne du monde à la Finlande. Tout cela mérite un immense respect. Peltonen avait pourtant semblé décliner ces dernières années, y compris en équipe nationale. Pourtant, il a réussi à convaincre Jalonen par ses dernières prestations contre la Suède. Comment utiliser son expérience des grands rendez-vous ? C'est une autre question.

 

Les absents en attaque. Ville Leino, pas génial à Detroit, n'a donc pas de place sur une ligne offensive et est trop limité défensivement pour un rôle de l'ombre. La Finlande compte par contre beaucoup d'ailiers d'énergie tels Antti Pihlström (Färjestad) et Sean Bergenheim (New York Islanders), tous capables de tenir leur place sur un quatrième bloc sans être indispensables.

Le seul absent marquant est en fait Jussi Jokinen. C'est un vrai buteur qui vaut entre 40 et 50 points par saison en NHL, et qui s'adapte à différents rôles suivant la ligne où on le fait jouer. Jalonen ne lui a cependant pas trouvé de poste dans son groupe. Si jamais la Finlande est éliminée aux tirs au but, elle regrettera fatalement de ne pas avoir pris un des meilleurs spécialistes au monde de cet exercice.