Analyse de l'effectif tchèque aux JO

Marek ZidlickyAlors que certaines sélections ont placé ces JO sous le signe d'un "dernier hommage aux anciens", ce n'est pas le cas des Tchèques. Dans la mesure où Straka a eu le bon sens de se retirer de lui-même, Vladimir Ruzicka, le capitaine du triomphe de Nagano, n'a finalement retenu qu'un seul de ses coéquipiers de l'époque, un certain Jaromir Jagr. Il propose donc une pyramide des âges équilibrée.

D'autres équilibres frappent à la vue de cette liste : particulièrement celui de retenir 8 défenseurs et 12 attaquants, alors que Ruzicka semblait privilégier la démarche inverse.

L'autre fait notable, c'est la présence de 7 joueurs évoluant en Europe, le deuxième plus haut total parmi les "gros", derrière la Russie évidemment. Pourtant, les Tchèques sont la nation européenne qui a le plus gros contigent de joueurs de NHL. Aux JO 2006, tout l'effectif sauf le troisième gardien jouait en Amérique du nord. Quatre ans plus tard, sur une glace nord-américaine, Ruzicka a choisi un panachage qui n'est pas sans rappeler celui... de Nagano, où l'effectif était moitié-moitié.

De l'eau a coulé sous les ponts depuis ce temps. D'abord, la NHL a aspiré tous les meilleurs Tchèques, et ensuite, une autre ligue a décidé de faire de même. Il y a douze ans, aucun Tchèque ne jouait en Russie. De nos jours, ils y sont partout.

Pendant ce tournoi olympique, et alors que la "guerre des ligues" transparaît en filigrane avec comme enjeu la participation des joueurs de NHL aux JO 2014 à Sotchi (ou leur exode ?), les hommes de Ruzicka formeront un peu "l'autre vitrine de la KHL", même si la principale prise estivale des Russes en NHL (Jiri Hudler) n'a pas été sélectionnée.

 

Gardiens

Tomas Vokoun (Florida Panthers, NHL)
Ondrej Pavelec (Atlanta Thrashers, NHL)
Jakub Stepanek (Vitkovice, TCH)

Le retour au jeu de Hasek aurait pu brouiller les cartes, mais il a admis de lui-même que sa participation olympique était hautement improbable après sa blessure aux adducteurs fin octobre. Contrairement à ce qui s'est passé il y a quatre ans, Vokoun est donc placé dans les meilleures conditions psychologiques : il est le titulaire incontesté, sans présence encombrante, et peut sentir qu'on compte sur lui. Ruzicka a toujours dit que Vokoun serait son premier choix et n'a jamais varié son discours d'un iota. Comme message de confiance, le gardien de la Floride ne peut pas avoir mieux. En conséquence, il a l'obligation de s'en montrer digne car on mise tout sur lui.

Il est en effet accompagné par deux jeunes gardiens dociles. Pavelec n'est même pas sûr de faire ses débuts en équipe nationale, voué qu'il est à un rôle de doublure. Stepanek, la révélation de la saison dernière, sait qu'il est arrivé de nulle part et se satisfait de cette place glanée malgré la concurrence réaffirmée de Marek Schwarz ces dernières semaines.

 

Défenseurs

Tomas Kaberle (Toronto Maple Leafs, NHL) - Pavel Kubina (Atlanta Thrashers, NHL)

Jan Hejda

Ces deux-là avait joué ensemble à Toronto et Ruzicka veut reconstituer la paire. Tomas Kaberle est le leader offensif naturel qui sait tout faire : un défenseur mobile avec une grande qualité de passe et un bon lancer.

Toutes ses qualités, Kubina les possède plus que son gabarit (110 kilos) ne le laisse penser. Ruzicka tient à ce poids lourd, et il l'avait prouvé en le sélectionnant au Mondial 2005 alors que la ligue pro tchèque voulait le sanctionner pour des propos diffamatoires envers un arbitre. Kubina doit donc à la ténacité de son sélectionneur son troisième titre de champion du monde.

Jan Hejda (Columbus Blue Jackets, NHL) - Marek Zidlicky (Minnesota Wild, NHL)

Les Tchèques seront très bien fournis à la ligne bleue en jeu de puissance : en plus de leur premier duo, ils pourront aligner de vrais spécialistes avec Kuba (ou Blatak) et Marek Zidlicky, au lancer redoutable.

À cinq contre cinq, par contre, l'offensif Zidlicky - qui tire de la droite - a plutôt besoin d'un défenseur défensif tirant de la gauche à ses côtés. Un profil très commun a priori : pourtant, dans cet effectif tchèque, il n'y en a qu'un seul, j'ai nommé Jan Hejda. Mais ce n'est pas un choix par défaut que de le mettre là : il est systématiquement utilisé contre les meilleures joueurs adverses par Columbus et s'acquitte à merveille de cette mission de confiance.

Filip Kuba (Ottawa Senators, NHL) - Zbynek Michalek (Phoenix Coyotes, NHL)

En dépit de son grand gabarit, Kuba n'est pas un arrière qui fait la loi dans son slot. C'est plutôt un joueur qui conduit bien le palet, en plus d'avoir un slap puissant. Michalek est surtout précieux dans sa zone : la saison dernière, c'est le joueur de NHL qui a bloqué le plus de lancers en se jetant devant le palet.

Miroslav Blatak (Salavat Yulaev Ufa, RUS) - Roman Polak (St. Louis Blues, NHL)

Cette paire a gagné sa place avec un très bon championnat du monde. Polak, très physique dans sa zone, y a réussi de bons débuts internationaux. Ruzicka a déclaré qu'il considère depuis longtemps Blatak - très bon à chaque match en équipe nationale - comme un titulaire certain, bien que cet excellent technicien n'a jamais joué sur petite glace et qu'il ait déjà pas mal de défenseurs offensifs.

 

Les absents en défense : Le duo Jaroslav Špacek - Roman Hamrlík restera à Montréal en février, car les deux vétérans ont été laissés de côté par Ruzicka. Cela peut se comprendre pour Spacek, un peu lent et qui a fait son temps, mais Roman Hamrlik a été un roc cette saison en palliant la blessure de Markov chez les Canadiens. Il n'est cependant pas exempt de pertes de palet et n'a jamais été exceptionnel avec l'équipe tchèque.

Parmi les jeunes, l'absent le plus notable est Ladislav Smid, un arrière physique et mobile qui réalise une excellente saison à Edmonton. Cependant, personne ne s'attendait à ce qu'il explose si vite, et il ne pouvait donc plus être sélectionné... car il n'était même pas sur la pré-liste de 60 noms (dont 19 défenseurs) rendue fin septembre, notamment pour que l'Agence Mondiale Antidopage puisse identifier et contrôler les participants potentiels.

 

Attaquants

Milan Michalek (San José Sharks, NHL) - Petr Cajanek (SKA Saint-Pétersbourg, RUS) - Jaromir Jagr (Avangard Omsk, RUS)

CAJANEK_Petr-2009-8331La motivation de Jagr à l'idée de remporter une nouvelle médaille d'or ne fait aucun doute tant il a tout dévasté sur son passage avec la sélection tchèque il y a dix jours. Comme on l'a déjà dit, Cajanek, qui fait tout sur la glace, est un complément idéal, et ils font d'ailleurs la paire en équipe nationale depuis maintenant cinq ans.

Le troisième homme prévu sur cette ligne-phare étant sans doute Hemsky, comme aux derniers Mondiaux, malheureusement il est blessé. Milan Michalek, un gros travailleur qui a progressé au tir, devrait donc avoir l'honneur de côtoyer la star de près.

Patrik Elias (New Jersey Devils, NHL) - Tomas Plekanec (Canadiens de Montréal, NHL) - Martin Havlát (Minnesota Wild, NHL)

Elias sera le capitaine de l'équipe, une des autorités du vestiaire - avec Jagr - dans une attaque pas si âgée en comparaison des autres grandes équipes européennes (sauf la Russie). Plekanec sera un joueur majeur, dont l'énergie sera utilisée dans toutes les situations de jeu.

C'est certain, Martin Havlat n'a pas eu une carrière facile. Vladimir Ruzicka l'avait écarté avant le Mondial 2005 et il n'est plus reparu en équipe nationale depuis. Il faut dire que ce joueur déjà réputé fragile a souffert pendant des années d'une épaule qui ne voulait pas guérir. Quand il a enfin pu faire une saison complète avec Chicago, il a été élu meilleur joueur de son équipe... avant de se faire "jeter" à l'intersaison et de récriminer publiquement contre le comportement des dirigeants des Blackhawks. Son caractère est parfois aussi instable que son épaule, mais Ruzicka, cinq ans après, lui tend la main.

Tomas Fleischmann (Washington Capitals, NHL) - David Krejci (Boston Bruins, NHL) - Roman Cervenka (Slavia Prague, TCH)

Roman Cervenka est le joueur dominant de l'Extraliga tchèque. L'an passé, on pouvait penser qu'il était aidé par la proximité de Bednar (parti en Russie), mais cette saison, il compte 15 points d'avance au classement des marqueurs alors qu'il a des compagnons de ligne de niveau moyen. Ce qu'il veut, c'est se montrer au public nord-américain. Il en aura donc l'occasion, et avec les honneurs puisqu'il a passé le test ultime sur la ligne de Jagr.

Cependant, Ruzicka ne semble pas avoir l'intention a priori de répéter l'expérience. Il a déclaré vouloir aligner Cervenka avec des joueurs de sa génération. Le trio qu'il envisage devrait être le plus jeune qu'osera présenter un des favoris du tournoi olympique. Tomas Fleischmann, le plus âgé des trois à 25 ans, est un ailier rapide avec un bon tir du poignet. David Krejci, le benjamin à 23 ans, est un centre avec d'excellentes mains qui a percé formidablement l'an dernier à Boston (73 points + 8 en play-offs). Il a ensuite dû subir une opération de la hanche à l'issue de la saison, mais s'en est doucement remis.

Tomas Rolinek (Metallurg Magnitogorsk, RUS) - Josef Vasicek (Lokomotiv Yaroslavl, RUS) - Martin Erat (Nashville Predators, NHL)

Ce qui manque très souvent aux équipes tchèques, ce sont des attaquants de devoir capables de tenir un rôle défensif. Ils ne sont pas nombreux à pouvoir tenir ce rôle pour lesquels les Tchèques sont rarement réputés. Ruzicka en a convoqué deux, voire trois.

Rolinek est devenu un homme de confiance en équipe nationale, à qui Ruzicka a adoubé comme capitaine avant de le citer en exemple publiquement pour son implication sans faille avec la sélection. Vasicek est un grand gabarit qui excelle dans le travail de l'ombre. Erat n'est pas à proprement parler un joueur défensif, il ressemble plus à un ailier virevoltant avec un centre de gravité bas. Mais il sait travailler dans les deux sens de la glace et est utilisé en infériorité numérique, ce qui est rare chez les Tchèques en NHL (seuls Plekanec et Michalek ont du temps de jeu dans ce domaine). Seul ennui : Erat a quitté la glace mardi soir sur une charge la veille de l'annonce de la liste, sans qu'aucun détail sur sa blessure n'ait été dévoilé.

 

Les absents en attaque : On a évoqué Aleš Hemský, qui serait probablement là s'il n'avait pas mis un terme prématuré à sa saison après une blessure à l'épaule. La santé a aussi joué dans le cas de Milan Hejduk : Ruzicka a expliqué qu'il avait parlé avec le joueur, qui se disait lui-même inquiet pour son genou. Ceci dit, la star de NHL Hejduk n'a jamais fait grand-chose avec l'équipe nationale.

Jirí Hudler est le grand absent, mais on le sentait venir. Son déclin s'est senti tout au long de l'Euro Hockey Tour : étincelant début septembre alors qu'il sortait d'une tempête médiatique, peu à peu éclipsé en novembre puis en décembre, à l'instar de ses performances au Dynamo Moscou.

Plus inattendue, l'éviction de Václav Prospal. Le sélectionneur a expliqué qu'il aurait sélectionné le deuxième marqueur des New York Rangers... s'il avait choisi de jouer avec 7 défenseurs. Pas sûr que cette distinction de "treizième attaquant fantôme" console le vétéran, surtout que Ruzicka a cru bon d'ajouter que la décision était prise avant même sa blessure au genou de ce week-end, qui semble plus sérieuse que prévu aux toutes dernières nouvelles.

En ce qui concerne Petr Prucha et Radim Vrbata, ils avaient été exclus de la pré-liste pour avoir refusé leur sélection aux derniers championnats du monde. Même sans cette mesure disciplinaire exemplaire, il n'est pas certain cependant qu'ils auraient été choisis.