Analyse de l'effectif canadien aux JO

MARLEAU_Patrick-2005-1111194Rappelons que le Canada fonctionne différemment des équipes européennes. Mike Babcock sera le coach de l'équipe, mais la responsabilité de choisir les joueurs revient à Steve Yzerman, qui dirige un comité de sélection avec deux managers expérimentés de NHL (Kevin Lowe et Ken Holland).

Sa mission était simple : ne pas répéter les erreurs de Wayne Gretzky, un autre ancien grand joueur qui avait formé en 2006 une équipe lente et vieillissante, dépassée sur la grande glace de Turin. Un travers évité cette fois : le Canada a le plus jeune effectif de toutes les grandes nations, du moins en attendant la composition américaine.

Pour autant, il n'a pas abandonné ses centimètres et ses kilos. Les Canadiens seront encore les plus lourds et les plus puissants, mais cela pourra être plus utile cette fois puisque les Jeux olympiques se joueront pour la première fois sur une glace de format NHL. Des muscles, oui, mais plus jeunes, quitte à prendre la décision difficile de renoncer à des habitués.

Le Canada respecte sa tradition d'avoir une ligne défensive, mais la principale surprise est la présence de pas moins de 7 centres : Crosby, Thornton, Getzlaf, Staal, Richards, Toews, Bergeron, et encore on ne compte même pas Marleau dont c'est la vraie position. Les Finlandais sont donc largement battus...

 

Gardiens

Martin Brodeur (New Jersey Devils, NHL)
Roberto Luongo (Vancouver Canucks, NHL)
Marc-André Fleury (Pittsburgh Penguins, NHL)

Il est rare qu'un poste ne fasse pas débat au Canada compte tenu de l'immense réserve de joueurs disponibles, mais c'est le cas des gardiens. On savait qui ils seraient, et on sait tout autant dans quel ordre ils seront placés. Roberto Luongo ne se fait donc guère d'illusions sur son rôle : il a remporté les Mondiaux 2003 et 2004 en tant que gardien titulaire, mais depuis, il a systématiquement servi de doublure à Brodeur.

Il y a peu de chances que ça change maintenant, alors que Martin Brodeur vient de rentrer dans l'histoire en battant le légendaire record de blanchissages en carrière de Terry Sawchuk. Le soir même de la nomination olympique, Brodeur a encore amélioré le record d'une unité (105) pour bien faire. La hiérarchie suit donc l'âge, et Fleury, vainqueur de la Coupe Stanley en juin, risque de suivre le tournoi olympique en tribune pendant que tous ses autres coéquipiers sont sur le banc.

 

Défenseurs

Chris Pronger (Philadelphia Flyers, NHL) - Scott Niedermayer (Anaheim Ducks, NHL)

C'est sans doute la ligne la plus connue, comprenant deux futurs membres du Hall of Fame. Leur sélection n'a pas été mise en cause. Pour tout dire, Scott Niedermayer a même été désigné capitaine de l'équipe, et Chris Pronger assistant. Les deux hommes ont gagné une Coupe Stanley côte-à-côte à Anaheim et c'est un argument fort en faveur de leur tandem. Ils sont dans le top 6 des défenseurs de NHL au plus gros temps de jeu (avec leurs collègues Boyle, Keith et... l'absent Bouwmeester).

Pour autant, ce n'est pas la ligne qui offre le plus de certitudes. Niedermayer a une fiche de -10 en NHL cette saison, et Pronger sauve sa tête en étant le seul défenseur survivant de la débâcle de Turin, dont il était pourtant partie prenante. Il reste à espérer qu'il fera meilleur usage de ses 198 cm sur une petite glace.

Shea Weber (Nashville Predators, NHL) - Dan Boyle (San José Sharks, NHL)

WEBER_Shea-2009-8146Quelle grande erreur ce fût de laisser Dan Boyle comme réserviste à Turin en 2006, surtout pour rapppeler un McCabe... L'injustice faite à ce défenseur offensif de grande classe, responsable dans sa zone, est maintenant réparée. Il pourra lancer le jeu pour "son trio" de San José. Pour faire partie de la défense du Canada, vu la concurrence, il faut être complet : Weber n'est pas seulement très puissant et défensivement très sûr, il est aussi un bon technicien et un bon patineur.

Duncan Keith (Chicago Blackhawks, NHL) - Brent Seabrook (Chicago Blackhawks, NHL)

Comme il n'y a aucune préparation avant les Jeux olympiques, le staff canadien préfère avoir des paires défensives qui ont déjà l'habitude de travailler ensemble. Duncan Keith, deuxième meilleur pointeur parmi les arrières de NHL (derrière Mike Green), est un titulaire indiscutable, il aspire donc naturellement avec lui son partenaire Seabrook puisque le duo fonctionne très bien à Chicago.

Drew Doughty (Los Angeles Kings, NHL)

Autre changement de politique par rapport à Turin : à l'époque, on avait considéré que les jeunes pouvaient attendre. Maintenant, le Canada grille les étapes. Il a sélectionné deux défenseurs juniors aux derniers championnats du monde, et celui qui a convaincu (Doughty) se voit déjà offrir une place dans l'équipe olympique. Il délivre sa première passe rapidement et constitue une bonne option en supériorité numérique.

 

Les absents en défense : ils sont forcément nombreux, car un "rejet" de l'équipe canadienne pourrait très bien être un arrière majeur dans n'importe quelle autre équipe. Le meilleur exemple est sans doute Mike Green, un des meilleurs défenseurs offensifs au monde. Comme c'était le cas au Mondial 2008, on sent toujours le staff canadien réticent avec lui malgré ses performances : toujours cette peur qu'il pinche au mauvais moment en zone offensive et qu'il provoque une contre-attaque.

Heureusement par ailleurs que les JO se jouent à Vancouver et pas à Calgary, car les Flames, qui ont rassemblé trois défenseurs internationaux canadiens dans leur effectif, n'en ont pas eu un seul de sélectionné. Il est vrai que la tendance est à des joueurs plus mobiles et habiles que Robyn Regehr. La puissance des mises en échec et des slaps de Dion Phaneuf sont redoutables, mais Weber est aujourd'hui aussi bon en ces domaines. Par contre, Jay Bouwmeester, toujours excellent patineur et converti à un rôle plus défensif à Calgary qu'en Floride, serait titulaire pour n'importe quel autre pays. Mais sa dernière apparition en équipe nationale est un mauvais souvenir : c'était la finale perdue du championnat du monde 2008, sur petite glace. Défenseur avec le plus faible de temps de jeu, il avait pourtant trouvé le moyen d'être présent sur les quatre premiers buts russes encaissés avant d'être laissé sur le banc en prolongation.

 

Attaquants

Rick Nash (Columbus Blue Jackets, NHL) - Sidney Crosby (Pittsburg Penguins, NHL) - Jarome Iginla (Calgary Flames, NHL)

Crosby est le talent d'exception de cette équipe, et après avoir remporté la Coupe Stanley, il lui faut maintenant gagner en senior avec le Canada. Le maestro peut être encore plus efficace qu'à Pittsburgh s'il peut délivrer des passes à des finisseurs patentés, comme le sont Nash et Iginla. En plus, avec de telles bêtes physiques aux ailes, ce trio peut être aligné sans problème face au meilleur trio adverse. Cette double fonction peut être intéressante au coaching face à des équipes au talent offensif réparti sur trois lignes (Suède, Russie, République Tchèque...) qu'il est difficile de neutraliser.

Cette ligne est possible car elle a été formée lors du camp d'entraînement de l'équipe olympique qui s'est tenue cet été. Ceci dit, Jarome Iginla avait été remplacé par Martin Saint-Louis sur ce trio à la fin du camp. Ce n'est pas un signe précurseur, puisque Saint Louis n'est finalement pas là, mais sachant que l'ailier fort Iginla ne départirait pas sur une ligne plus défensive, cela ouvre la voie à d'autres combinaisons : on évoquera plus loin le cas d'un certain Bergeron...

Dany Heatley (San José Sharks, NHL) - Joe Thornton (San José Sharks, NHL) - Patrick Marleau (San José Sharks, NHL)

HEATLEY_Dany-2009-8084C'est la tradition soviétique d'aligner une ligne fixe avec trois joueurs d'un même club, mais pour une fois c'est le Canada qui la prend à son compte. C'est un trio avec une complémentarité rêvée : le pur passeur Thornton et le pur buteur Heatley, plus un Marleau qui amène la qualité qui manque aux deux autres, la vitesse. Cette ligne n'a que trois mois d'existence, mais elle domine la NHL, avec Thornton en roi des marqueurs.

Et pourtant, ces joueurs n'ont pas toujours été aussi incontestables. Malgré ses statistiques, Thornton n'est pas un joueur très aimé, on lui reproche de ne pas avoir un tempérament de vainqueur. On a même pu se demander si l'équipe canadienne ne risquait pas de se priver de Dany Heatley, le meilleur marqueur de son histoire, lorsqu'il a excédé tout un pays cet été par ses caprices : il s'est d'abord fait haïr à Ottawa en demandant à partir, puis à Edmonton en refusant d'y être échangé. Il a finalement trouvé le "climat idéal" en Californie, pour former ce trio de feu.

Eric Staal (Carolina Hurricanes, NHL) - Ryan Getzlaf (Anaheim Ducks, NHL) - Corey Perry (Anaheim Ducks, NHL)

Cette ligne, moins étoilée que les deux premières peut être décisif pour la médaille d'or. Ces trois joueurs d'un mètre quatre-vingt-dix peuvent faire très mal. Pas facile de prendre le palet à cette ligne. Ryan Getzlaf est capable d'étouffer totalement un centre adverse au profil de passeur de petit gabarit et sera un atout majeur face à un Zinoviev. Son partenaire de club Corey Perry a été choisi pour sa complémentarité, mais pourra aussi placer son gabarit devant la cage.

Reste à concrétiser avec un talent de buteur, que possède justement Eric Staal. Il revient de blessure, ce qui n'est pas forcément un défaut. Il sera un des joueurs les plus frais aux JO. Réserviste en 2006, il a tout fait pour ne pas revivre ça. Il s'est montré en grande forme et a même joué à l'aile durant les dernières rencontres pour prouver qu'il avait sa place.

Brenden Morrow (Dallas Stars, NHL) - Mike Richards (Philadelphia Flyers, NHL) - Jonathan Toews (Chicago Blackhawks, NHL)

Le Canada a toujours une ligne qualifiée de défensive qui peut harceler les meilleurs joueurs adverses à l'usure. Un petit "détail" pour comprendre cette mentalité sans faille : les trois joueurs présentés ici sont capitaines dans leur équipe.

Babcock avait lâché une petite phrase comme quoi Mike Richards était le joueur qui l'avait le plus impressionné au camp d'été. Morrow est le prototype du joueur de l'ombre, qui n'a jamais inscrit le moindre but en quatre championnats du monde (le dernier remonte à 2005). Cependant, il est très volontaire au forechecking, et ses trois ans de moins qu'un Doan ou un Smyth ont pu peser dans la balance. Sa sélection n'est pas non plus une si grande surprise puisqu'il avait évolué sur la ligne de Richards lors du camp d'entraînement.

Toews est un joueur complet qui peut tout faire : marquer, défendre, gagner des engagements (62% cette saison en NHL) et amener de l'impact physique que ce soit dans les bandes ou dans le slot adverse.

Patrice Bergeron (Boston Bruins, NHL)

Voilà un joueur qui revient de très loin : une commotion cérébrale en octobre 2007 l'a éloigné des patinoires pendant six mois. Il est revenu aujourd'hui à son meilleur niveau, celui d'un très bon patineur, utile dans toutes les situations de jeu. De même que Toews, c'est un joueur polyvalent. On peut lui donner un rôle défensif, lui confier des tâches précises en particulier pour gagner des mises au jeu décisives ou bien... le placer en première ligne. Le duo Crosby-Bergeron avait fait des merveilles au Mondial junior 2005 et aux championnats du monde 2006 et constitue une très sérieuse option pour ces Jeux olympiques.

 

Les absents en attaque : c'est peut-être la volonté de rajeunissement qui a coûté leur place à deux des plus grands serviteurs de l'équipe. On ne s'attendait plus trop à voir Ryan Smyth, celui qu'on surnommait "Capitaine Canada" mais qui n'a plus été sélectionné depuis Turin. Mais il avait un successeur en la personne de Shane Doan, capitaine de l'équipe canadienne depuis trois ans malgré toutes les controverses. Il s'est dit "très très déçu" mais a dit qu'il soutiendrait l'équipe, fidèle à son image. Le dévouement de ce joueur complet n'a pas été récompensé parce que le staff a décidé de privilégier la forme du moment, là encore contrairement à 2006. Dans cette logique, un Vincent Lecavalier n'avait donc aucune chance.

L'autre omission notable est celle de Martin Saint-Louis. Lui est en forme et vaut toujours un point par match en NHL. C'est le meilleur marqueur des championnats du monde 2009, même si on lui a reproché d'avoir accumulé des points face aux petites équipes de n'avoir marqué qu'une assistance à partir des quarts de finale. C'est vrai, mais quelle assist ! Le problème de St-Louis est qu'on ne va pas mettre son talent offensif sur une quatrième ligne, et qu'il n'est pas facile de trouver quelqu'un à enlever du top-9 pour lui faire une place. La réussite du trio constitué à San José et la grande forme de Staal lui ont été fatals. Idem pour son collègue de club Steven Stamkos, encore inexpérimenté et qui aurait fait un centre de plus.