Suède - États-Unis (Mondial 20 ans, demi-finale)

2010-01-03-Suede-USA-junQui aura l'honneur d'affronter le Canada pour l'empêcher d'aligner un sixième titre consécutif ? Les Américains, qui ont poussé leurs voisins jusqu'à la séance de tirs au but en poule, ou les Suédois, finalistes malheureux ces deux dernières années ? Ces deux équipes ont clairement mérité leur place de challengers. La Suède a balayé comme rarement tous ses adversaires européens en poule, mais on l'a dit, on attend de voir son beau jeu de possession face au défi physique nord-américain.

On n'est pas déçu du rendez-vous annoncé. Un match magnifique qui commence comme prévu par un choc des cultures.

Pressés comme jamais...

Les Américains pressent à deux d'entrée de match et gênent énormément la construction suédoise. La première ligne parvient à maîtriser le palet malgré tout grâce à sa grande habileté technique. Mais au premier changement de joueurs, la deuxième ligne est prise à la gorge par le quatrième bloc américain. Le créatif Marcus Krüger, qui marque tant de points en senior à Djurgården, est moins à l'aise face à des jeunes de son âge qui patinent tous énergiquement : il fait demi-tour en voyant arriver deux fous furieux. La sortie de zone se fait dans des conditions difficiles et Tedenby n'arrive pas à contrôler ce palet à la bleue. Tyler Johnson ne se pose pas de question : il renvoie aussitôt ce palet au fond. Adam Larsson le récupère dans le fond, mais tarde à faire une passe du revers avant d'être scotché contre la bande par Philip McRae. Son palet n'arrive même pas à son partenaire Ekman-Larsson, devancé par Kyle Palmieri qui remet en retrait dans l'enclave. Johnson déboule à pleins tubes et tire en pleine lucarne (0-1, 01'24").

La tactique des Américains a cartonné. La Suède est sonnée. David Rundblad récupère un palet en zone neutre et voit arriver face à lui à la fois Chris Kreider et Jeremy Morin : cette fois il faut un arrêt-réflexe du gardien Jakob Markström
pour éviter le pire. Mais que ce pressing à deux fait mal...

RundbladDavid... les Suédois s'habituent

Magnus Pääjärvi-Svensson est le plus rapide à s'y adapter, lui qui réussit à traverser toute la glace. Il est considéré comme le plus sûr espoir du lot, mais son coéquipier à Timrå, Anton Lander, n'a rien à lui envier et l'éclipse avec un meilleur effort physique dans les bandes. Peu à peu, tous les Scandinaves s'habituent. Ils dominent même franchement le jeu, se relevant très bien de ce qui aurait pu être un KO d'entrée. Les États-Unis l'ont compris, qui se replient et pressent moins. Le défenseur Rundblad est en revanche toujours à la peine, et le commentateur suédois Niklas Wikegård lâche un soupir las et désabusé en le voyant relancer sur Jenks. Il faut dire que les Américains, rapides et directs à la cage, peuvent être très vite menaçants en jeu de transition.

Décidément, ce n'est pas la soirée de Rundblad. Dès le début de la deuxième période, il se fait dribbler devant sa cage par Derek Stepan et tend sa crosse dans son dos dans un geste désespéré : 2' pour accrocher. Cette supériorité numérique est peu convaincante de la part des Américains, qui voient Ekholm intercepter le palet la seule fois où ils semblent s'installer. Dans les dernières secondes, Philip McRae obtient quand même un tir dangereux sur rebond. Le jeu est vif.

Le duo Josefson-Tedenby n'a pas son pareil pour s'échanger le palet, mais les Américains savent réagir, à l'instar de Ryan Bourque - le deuxième fils de la légende canadienne de NHL Ray Bourque qui est en tribune - qui se couche à pleine vitesse devant un tir alors que l'attaquant ne l'avait même pas vu venir. Mais sur l'action suivante, Anton Rödin reçoit une longue passe de Peter Andersson qui prend un tir entre les jambes du défenseur. Le gardien Mike Lee lâche un rebond au plus mauvais moment, car le seul joueur à surgir devant lui est Anton Lander qui le contourne aisément pour marquer (1-1, 24'17").

BourqueRayLes Suédois avec agressivité

La Suède concède ensuite deux pénalités évitables et, à force d'exercice, le powerplay américain commence à se trouver. Markström doit réussir deux arrêts décisifs de la jambière droite. Les jaunes recommencent alors à dominer et prennent l'avantage sur une action... assez nord-américaine : un palet envoyé au fond puis travaillé dans la bande. Anton Rödin, avec beaucoup de puissance dans les jambes, va droit à la cage en possession du palet, et le rebond revient sur Anton Lander avant que les défenseurs aient pu se retourner (2-1, 32'17").

La quatrième ligne suédoise forme même une authentique mêlée devant la cage en attaquant le but avec beaucoup d'agressivité. Et le paradoxe, c'est que le 4 contre 4 qui en résulte fait basculer le match en faveur des États-Unis. Jerry d'Amigo évite la crosse de Peter Andersson d'un petit flip en zone neutre et élimine ainsi le défenseur pour s'ouvrir un boulevard. Après avoir anticipé le 2 contre 1, Mattias Ekholm se couche, mais pas avec la même vigueur que Bourque un peu plus tôt. Il ne met que son bâton en opposition directe à l'attaquant, qui n'a donc aucun mal à égaliser (2-2, 35'06").

Les Scandinaves obtiennent peu après une supériorité numérique. Adam Larsson fait parler la poudre de la ligne bleue, mais Krüger et consorts n'arrivent pas à exploiter les rebonds. Le gardien Jacob Markström endosse alors ses habits de sauveur : non pas par un arrêt, mais par une relance géniale, pendant un changement de ligne, qui trouve Marcus Johansson à la bleue adverse. C'est un 3 contre 1, rien de moins, mais la passe d'André Petersson n'évite pas la palette du défenseur Cam Fowler et l'occasion est gâchée.

Une agression, un break, un gag... un but

Il reste vingt minutes à jouer et il est bien difficile de savoir qui va remporter ce match passionnant. Mais après à peine trente secondes, le capitaine suédoise Marcus Johansson commet une charge à retardement sur D'Amigo au centre de la glace. Son coude a visé la mâchoire de sa victime qui avait la tête tournée après s'être fait contrer le palet. L'exclusion est la sanction logique. Cinq minutes pleines d'avantage numérique pour les États-Unis, toujours sans réussite. Le capitaine Derek Stepan sert pourtant idéalement Chris Kreider entre les cercles, mais sa reprise un peu écrasée est repoussée par Markström.

MarkstromJacob2Il ne reste plus que quelques secondes à cette pénalité et les Américains cafouillent en zone offensive. Jacob Silfverberg sort seul avec le palet, devançant Cam Fowler qui n'a plus qu'un recours : un coup de crosse, le plus violent possible, dans le genou de l'attaquant qui échoue dans la botte du gardien. Le cinglage n'a pas fait mal, dans une partie protégée, mais vu que le breakaway était net, cette faute aurait pu valoir un penalty. Les arbitres optent pour deux minutes de pénalité, non exploitées.

On ne sait plus très bien qui est censé avoir l'avantage psychologique après tant d'évènements. Le plus fort mentalement, sans doute. On croit avoir tout vu... mais on n'a pas encore eu droit à l'action-gag. Un tir dans le plexi, deux mètres au-dessus de la cage. Le palet retombe dans le dos de Markström et glisse sous son bras puis sur sa botte... A-t-elle franchi la ligne au cours de cette improbable trajectoire ? Le juge vidéo met du temps à se décider, mais conclut - justement au vu des images - que non (49'59").

Il faut attendre un peu moins de trois minutes pour voir le but décisif. Après une superbe action de Jeremy Morin, Ekman-Larsson essaie de dégager, mais le palet est fermé à la bleue par John Carlson qui lance à la cage. C'est alors que le gardien Jacob Markström, celui qui devait être le point fort de la Suède, voit la rondelle lui glisser sous son gant, juste au-dessus de sa botte (2-3, 52'34"). Le tir était vicieux, mais évidemment pas imparable.

Pour qui sonne le glas

Ce n'est pas fini : en dégageant au-dessus du plexi, Ryan Bourque a sûrement fait un heureux parmi les cinq spectateurs qui sautent pour attraper ce palet, mais il coûte surtout une pénalité qui peut relancer la Suède... Le slap de Tim Erixon dans le trafic heurte alors le palet dans un "dong" qui sonne le glas des espoirs suédois. Sur l'action suivante en effet, le défenseur offensif au jeu "à haut risque" David Rundblad - on avait prévenu que c'était une soirée pourrie pour lui - perd le palet à la ligne bleue face à Stepan, qui sert D'Amigo pour un 2 contre 1 gagnant (2-4, 55'32").

MartsParLe gardien américain Mike Lee, qui ne partait pas forcément titulaire en début de tournoi mais a qualifié son équipe hier contre la Finlande, arrête encore deux palets avec son gant, qu'il lève à chaque fois de plus en plus haut. Le ciel n'est plus très loin. Après plusieurs tirs contrés par des défenseurs suédois, c'est AJ Jenks qui finit par trouver la cage vide (2-5, 59'05"). Le championnat du monde junior aura donc une finale 100% nord-américaine. C'est le dénouement que le Canada souhaitait.

Après un excellent tournoi, la Suède est forcément frustrée de se faire éliminer ainsi. Après avoir passé l'obstacle américain, elle aurait sans doute été prête à défier le Canada. Elle a finalement su digérer le pressing américain et a perdu pour peu de choses : un poteau, un mauvais geste de son capitaine Marcus Johansson qui est passé à côté de son match, et quelques erreurs défensives, dont une - une seule mais si coûteuse - de son gardien porté au pinacle.

Mais elle n'aura pas tout perdu. Avec son style offensif et spectaculaire, l'équipe de Pär Mårts a conquis le public au pays. Alors que le Mondial 20 ans n'intéressait que les spécialistes en Suède il y a quelques années, les audiences sont en nette hausse - sans compter ce match programmé le soir au Saskatchewan et donc diffusé dans la nuit. Il faut dire que la compétition avait fait l'objet d'une bonne promotion de la chaîne SVT durant l'Euro Hockey Tour. Qui a dit que ces championnats du monde juniors n'intéressaient personne en Europe ?

 

Suède - États-Unis 2-5 (0-1, 2-1, 0-3)
Dimanche 3 janvier 2010 à 20h00 au CUC de Saskatoon. 12137 spectateurs.
Arbitrage de Darcy Burchell (CAN) et Tom Laaksonen (FIN) assistés de Vit Lederer (TCH) et Sirko Schulz (ALL).
Pénalités : Suède 35' (2', 8', 5'+20'), États-Unis 8' (0', 4', 4').
Tirs : Suède 29 (8, 11, 10), États-Unis 34 (11, 15, 8).
Évolution du score :
0-1 à 01'24" : Johnson assisté de Palmieri
1-1 à 24'17" : Lander assisté de Rödin et Andersson
2-1 à 32'17" : Lander assisté de Rödin et Silfverberg
2-2 à 35'06" : D'Amigo assisté de Carlson et Gardiner
2-3 à 52'34" : Carlson assisté de Morin
2-4 à 55'32" : D'Amigo assisté de Stepan (inf. num.)
2-5 à 59'05" : Jenks assisté de Morin (cage vide)

 

Suède

Gardien : Jacob Markström.

Défenseurs : Tim Erixon - David Rundblad (A) ; Oliver Ekman-Larsson - Adam Larsson ; Lukas Kilström - Mattias Ekholm ; Peter Andersson.

Attaquants : Magnus Päajärvi-Svensson - Marcus Johansson (C) - André Petersson ; Mattias Tedenby - Marcus Krüger - Jacob Josefson ; Anton Lander (A) - Jacob Silfverberg - Anton Rödin ; Daniel Brodin - Martin Lundberg - Carl Klingberg ; Dennis Rasmussen.

Remplaçant : Anders Nilsson (G).

États-Unis

Gardien : Mike Lee.

Défenseurs : Cam Fowler - Matt Donovan ; John Carlson - John Ramage ; David Warsofsky (A) - Brian Lashoff ; Jake Gardiner.

Attaquants : Jerry D'Amigo - Derek Stepan (C) - Danny Kristo ; Luke Walker - Tyler Johnson - Kyle Palmieri ; Jason Zucker - Jordan Schroeder (A) - Ryan Bourque ; Chris Kreider - AJ Jenks - Jeremy Morin ; Philip McRae.