Canada - États-Unis (Mondial 20 ans, finale)

2010-01-05-Canada-USA-junÉcrire la légende

Le Canada s'est presque plaint d'avoir eu une route trop facile pour accéder à la finale. Il n'a rencontré qu'un seul adversaire à son niveau jusqu'ici, les Etats-Unis, et il les a battus avec difficulté, aux tirs au but. Une victoire fêtée par une gigantesque mêlée de joueurs, devant une foule en délire. Pourtant, ce n'était qu'un simple match de poule... Battre les voisins américains est toujours un plaisir particulier ici. Alors, imaginez quand la médaille d'or est en jeu !

C'est en effet la petite frustration des Canadiens : ils ont remporté les cinq derniers championnats du monde juniors, mais il leur a manqué ce duel nord-américain en dessert. La dernière fois qu'il a eu lieu en finale, c'était en 2004, et c'est aussi la dernière finale perdue par le Canada. Autant dire que tout le Saskatchewan attend la revanche pour faire entrer le tournoi qu'il organise dans la légende du hockey canadien.

Droit devant

Les Américains démarrent fort, comme en demi-finale contre la Suède. Mais quand c'est au tour des quatrièmes lignes d'entrer sur la glace, le Canada place une contre-attaque on ne peut plus verticale. Luke Adam part de derrière sa ligne de fond, tout droit. Il s'appuie simplement en une-deux sur Jordan Caron pour passer la bleue offensive, et place son palet du revers entre les jambières du gardien Mike Lee (1-0, 02'40").

BourqueRyanLa vitesse est cependant une qualité partagée des deux côtés, même par les attaquants du quatrième trio : sur un palet simplement sorti de la zone, Tyler Johnson allume les fusées sous ses patins et prend de vitesse les défenseurs Alex Pietrangelo et Marco Scandella. Ce dernier gêne-t-il l'attaquant qui glisse devant la cage et finit dans les balustrades ? Les arbitres ne sifflent rien, et le ralenti tend à leur donner raison.

Taylor Hall, la star canadienne, le numéro 1 annoncé de la prochaine draft, se fait contrer le palet par A.J. Jenks à l'entrée de la zone neutre. Kyle Palmieri décale alors côté gauche Chris Kreider, qui lance en pleine lucarne. Le gardien Jake Allen n'a pas esquissé le moindre geste (1-1, 13'56").

Le deuxième but arrive tout aussi vite, à partir d'un engagement anodin, à la bleue offensive canadienne, remporté par Jordan Schroeder face à Brayden Schenn. C'est Ryan Bourque qui gagne le palet à la bleue, et il sert Schroeder d'une petite passe levée du revers en entrée de zone. Le tir vient de la droite cette fois, mais il finit exactement dans le même coin, et Allen a tout juste eu le temps de lever son gant (1-2, 14'32").

L'abnégation compense la lenteur défensive

Et cela pourait empirer : Chris Kreider contre deux fois le palet, en zone défensive puis en zone neutre, et dépasse encore une défense canadienne où Marco Scandella est décidément moins rapide... que son homonyme, l'international italien Giulio Scandella. Heureusement pour les rouges, son collègue Ryan Ellis plonge pour enlever parfaitement la rondelle de l'attaquant. Une intervention décisive : trente secondes plus tard, dans la continuité de l'action, Nazem Kadri et Greg Nemisz s'échangent le palet dans une action toujours très verticale, et le second cité marque à mi-hauteur au ras du poteau (2-2, 16'03").

CarlsonJohnLa première période est presque terminée et on a vu quatre buts... mais aucune pénalité. Stefan Della Rovere inaugure le banc des punitions pour une charge avec trop d'élan. Mais il n'y a pas d'équipe canadienne sans des atouts en infériorité numérique : l'abnégation de McMillan face aux tirs, le prompt dégagement de Cormier, puis le pressing de Schenn. Le public célèbre comme il se doit ses "penalty killers". Les charges se font de plus en plus rudes et celle de Pietrangelo à un mètre de la bande est dangereuse : 2'+10'. Cette pénalité-là se déroulera essentiellement au deuxième tiers.

Les Canadiens paraissent une fois de plus maîtriser la situation. Pourtant, les Américains transforment cette supériorité numérique grâce à un slap de John Carlson dans l'axe à la bleue. Allen n'a rien vu venir grâce à un écran parfait de Kyle Palmieri (2-3, 21'03").

Le gag

Le public est comme muet et l'équipe locale semble avoir du mal à s'en remettre. Le gant du gardien rouge lâche un palet sur un tir en angle de Matt Donovan. Mais dans cette séquence de 2'20" sans arrêt de jeu, les occasions énormes s'enchaînent d'un but à l'autre à un rythme incroyable (trois en vingt secondes !)... jusqu'à l'égalisation. Le tir rasant dans un angle impossible de Taylor Hall s'envole sur la propre crosse du gardien américain Mike Lee - peut-être perturbé par Adam qui arrive sur lui - et ricoche sur sa tête avant de retomber dans les filets (3-3, 23'56"). Un gag que même Tex Avery n'aurait pas osé imaginer... Le pauvre Lee, qui a encaissé 3 buts en 7 tirs, est sorti par Dean Blais, qui était déjà son coach en junior l'an passé à Fargo en USHL. Le gardien de 17 ans Jack Campbell, qui n'avait plus joué depuis la défaite aux tirs au but contre le Canada en poule, fait sa rentrée.

Le premier powerplay canadien est tout près de marquer, si Nazem Kadri avait su lever ce palet au rebond alors que le gardien était couché sur le dos... Les rouges prennent ensuite le jeu à leur compte avec un excellent Jordan Eberle, toutefois un peu trop gourmand lors d'un 2 contre 1 joué tout seul. La défense canadienne compense de mieux en mieux son déficit de vitesse par son impact physique et mate les rapides Américains à temps. Cette emprise locale sur le jeu ne se traduit pas en but et on rejoint les vestiaires sur ce score de parité.

AllenJakeDouble coup de poignard

Le Canada repart fort, avec un poteau de Brandon Kozun, puis une nouvelle supériorité numérique. La menace est grande dans cette situation de jeu, avec Hall et Eberle ensemble sur la glace. Mais leur centre Nazem Kadri voit son tir à bout portant paré du gant par Brian Campbell.

Au retour à cinq contre cinq, Calvin de Haan contrôle mal un palet contre la bande en zone offensive et se fait contrer par Danny Kristo. Le duo Derek Stepan - Jerry d'Amigo remonte le palet à toute vitesse pour un une-deux parfait (3-4, 44'12"). Et il n'en a pas fini. Depuis la zone neutre, D'Amigo envoie un palet vicieux en cloche qui retombe juste devant Allen. Celui-ci essaie de s'en saisir avec le gant mais lâche le rebond devant lui, où Stepan surgit le premier (3-5, 46'23"). Deux occasions américaines dans cette troisième période, deux buts... Le malheureux gardien est alors prié de céder sa place à sa doublure Martin Jones.

Les joueurs canadiens accusent nettement le coup. Ils sont fébriles, ne se comprennent plus sur la glace et cherchent chacun une solution individuelle. Le coach envoie Hall et Eberle ensemble même à cinq contre cinq, mais sans effet. Campbell se fait pourtant peur en sortant à contretemps, et Taylor Hall remet alors le palet de derrière la cage à Kadri... qui rate encore une chance en or.

Le bouquet final

On entre dans les cinq dernières minutes et le public redouble d'encouragements. La poussée n'a jamais été aussi forte, les rebonds sont brûlants, le palet ne paraît pas quitter le camp américain... et pourtant, Ryan Ellis trouve le moyen de donner le palet dans sa zone à Kyle Palmieri qui part seul à la cage mais échoue. Le défenseur canadien le pousse alors sur la cage... et c'est pourtant l'attaquant américain qui est pénalisé pour avoir chargé le gardien. Cette seule erreur arbitrale du match vaut cher, car la supériorité numérique est transformée : parfait décalage latéral d'Alex Pietrangelo pour la reprise de Jordan Eberle (4-5, 57'11").

L'ambiance devient folle. Sur l'engagement, Luke Adam tente un tour de cage mais le palet passe au ras extérieur et Kozun le reprend juste en dehors du cadre. Le Canada s'installe de nouveau, à égalité numérique désormais. Campbell réussit son déplacement latéral sur une passe très large de Kadri et part joliment de la jambière le lancer d'Ellis... mais Eberle, encore lui, est présent au rebond (5-5, 58'25"). Deux buts de légende pour celui qui est déjà le meilleur joueur du tournoi. L'équipe américaine est KO et D'Amigo doit se jeter devant Kadri dans les dernières secondes pour éviter le pire.

Chris KreiderLes deux équipes se montrent d'abord prudentes en prolongation, et puis, au bout de quatre minutes, tout s'accélère. Jordan Schroeder réussit un coast-to coast et met dans le vent Colten Teubert, mais il bute du revets sur Jones. Sur la contre-attaque, le Canada part à 3 contre 3 avec une passe en retrait de Kadri pour un lancer de Pietrangelo en troisième homme, mais John Ramage récupère le rebond et renverse aussitôt le jeu. L'excellent défenseur offensif John Carlson est lancé en 2 contre 1 et place son palet à mi-hauteur au ras du poteau gauche (5-6, 64'31").

La suprématie canadienne est donc terminée... mais pas l'hyperpuissance nord-américaine qui dure depuis sept ans. Le Canada peut avoir des regrets au vu de la seconde moitié du match qu'il a nettement dominée, mais il avait déjà bénéficié de deux coups de pouce du destin - un but chanceux et un powerplay providentiel - pour revenir. Mais la philosophie du coach américain Dean Blais ("la vitesse tue") s'est révélée gagnante. L'équipe la plus rapide l'a emporté dans un match au rythme fou, typique de ce que le Mondial junior peut offrir de mieux avec une énergie jamais démentie et des renversements de jeu incessants. Les seuls qui ne sont amusés sont les gardiens, avec un remplacement de chaque côté.

La vidéo du match en intégralité (SVT).

Désignés joueurs du match : Jordan Eberle pour le Canada et Derek Stepan pour les États-Unis.

Désignés meilleurs joueurs canadiens du tournoi : Taylor Hall, Jordan Eberle et Alex Pietrangelo.

Désignés meilleurs joueurs américains du tournoi : Tyler Johnson, Derek Stepan et Jerry D'Amigo.

 

Commentaires d'après-match

John Carlson (défenseur des États-Unis) : "Ils ont une grande équipe et le match contre eux le jour de la Saint-Sylvestre avait été incroyable. Nous savions qu'ils auraient des occasions et marqueraient des buts. Nous devions juste jouer notre jeu et ce soir ça a fonctionné. Après le troisième tiers, j'ai dit aux gars que si on nous avait dit au début du tournoi qu'on jouerait la prolongation pour la médaille d'or, on aurait signé tout de suite. Je pense que la camaraderie nous a vraiment aidés à aller chercher ensemble cette victoire."

Willie Desjardins (entraîneur du Canada) : "Hamonic nous a manqués, c'est sûr. C'était un de nos défenseurs-clés."

Jordan Eberle (attaquant du Canada) : "Quand on marque un tel but, ça permet à votre équipe de croire qu'elle va gagner. Je pense que ça a toujours été mon but dans ce tournoi, marquer des buts importants quand on en a besoin. C'est un tournoi que l'on regarde quand on est petit et c'est triste que ça finisse comme ça, sans entendre notre hymne, mais je peux sortir la tête haute."

 

Canada - États-Unis 5-6 après prolongation (2-2, 1-1, 2-2, 0-1)
Mardi 5 janvier 2010 à 19h00 au CUC de Saskatoon. 15171 spectateurs.
Arbitrage de Tom Laaksonen (FIN) et Christer Lärking (SUE) assistés de Sirko Schülz et Christian Tellerkvist-Jonsson (SUE).
Pénalités : Canada 16' (4'+10', 2', 0', 0') ; États-Unis 6' (0', 2', 4', 0').
Tirs : Canada 41 (5, 2+12, 19, 3) ; États-Unis 37 (13, 12, 3+5, 4).
Évolution du score :
1-0 à 02'40" : Adam assisté de Caron
1-1 à 13'56" : Kreider assisté de Palmieri et Jenks
1-2 à 14'32" : Schroeder assisté de R. Bourque et Donovan
2-2 à 16'03" : Nemisz assisté de Kadri et Hall
2-3 à 21'03" : Carlson assisté de Kristo et McRae (sup. num.)
3-3 à 23'56" : Hall assisté d'Adam
3-4 à 44'12" : D'Amigo assisté de Stepan
3-5 à 46'23" : Stepan assisté de D'Amigo
4-5 à 57'11" : Eberle assisté de Pietrangelo et Hall (sup. num.)
5-5 à 58'25" : Eberle assisté d'Ellis et Kadri
5-6 à 64'31" : Carlson assisté de Ramage

 

Canada

Gardien : Jake Allen puis Martin Jones à 46'23".

Défenseurs : Marco Scandella - Alex Pietrangelo (A) ; Calvin de Haan - Colten Teubert ; Ryan Ellis - Jared Cowen.

Attaquants : Brandon McMillan - Brayden Schenn - Jordan Eberle (A) ; Gabriel Bourque - Patrice Cormier (C) - Brandon Kozun ; Taylor Hall - Nazem Kadri - Greg Nemisz ; Stefan Della Rovere - Luke Adam - Jordan Caron.

Remplaçants : Travis Hamonic (blessé à l'épaule), Adam Henrique.

États-Unis

Gardien : Mike Lee puis Jack Campbell à 23'56".

Défenseurs : Cam Fowler - Matt Donovan ; John Carlson - David Warsofsky (A) ; Brian Lashoff - John Ramage ; Jake Gardiner.

Attaquants : Jerry D'Amigo - Derek Stepan (C) - Danny Kristo ; Jason Zucker - Jordan Schroeder (A) - Ryan Bourque ; Chris Kreider - AJ Jenks - Jeremy Morin ; Kyle Palmieri - Tyler Johnson - Philip McRae.

Remplaçant : Luke Walker.