Grenoble - Briançon (Ligue Magnus, 16e journée)

Grenoble touche le fond

Après trois matchs à l'extérieur pas particulièrement convaincants (deux défaites à Chamonix et Méribel contre Rouen, victoire aux tirs au but à Villard-de-Lans), les Brûleurs de Loups retrouvent leur antre de Pôle Sud où ils sont invaincus cette saison. Une belle occasion de retrouver des sensations et se refaire un moral avant la finale de la Coupe Continentale qui se profile à l'horizon. D'autant que l'adversaire n'est pas n'importe qui : les Diable Rouges de Briançon, vaincus en finale de la Ligue Mangus l'an dernier et lors du Trophée des Champions cette saison mais brillants vainqueurs lors du match aller (4-0), l'une des deux seules défaites grenobloises en Ligue Magnus cette saison. Il devrait donc y avoir de la revanche dans l'air pour ce match de gala, aux airs de finale. Après avoir battu successivement Angers, puis Rouen, les Brûleurs de Loups parviendront-ils à écarter également leur troisième rival pour le titre ?

Pour cette rencontre, Grenoble est toujours privé de Ludek Broz et Jakob Milovanovic tandis qu'Anders Nilsson a vu sa suspension étendue à deux matchs après son incartade lors de la finale de la coupe de la ligue. Il est dont remplacé au pied levé par Loup Benoît sur la première ligne d'attaque. Alexandre Rouleau pour sa part retrouve la défense après plusieurs matchs devant. Du côté briançonnais, seul Stéphane Gervais, encore convalescent, manque à l'appel. Devant, Luciano Basile peut aligner ses quatre lignes d'attaque ce qui lui permettra de gérer la fatigue de ses joueurs après la demi-finale de coupe de France disputée (et gagnée) mardi à Strasbourg.

Le début de rencontre est plutôt équilibré entre les deux équipes. Peu d'occasions franches pendant cinq bonnes minutes mais quelques incursions comme celles de Sivic et Benoît, ce dernier étant bien près d'inscrire son premier but mais manque le coche. Le rythme imprimé dans la rencontre par les hommes de Mats Lusth n'est pas suffisant et permet aux visiteurs de prendre l'initiative du jeu. La première ligne Perez-Guenette-Bernier se met rapidement en évidence avec quelques tirs dangereux pour Ferhi. Mais Briançon récupère surtout rapidement le palet en pressant haut une équipe grenobloise empruntée et incapable de porter le danger dans la zone briançonnaise à cause de trop d'approximations. Et quand les attaquants grenoblois se trouvent en bonne position pour inquiéter Sopko, ils font preuve de beaucoup de maladresse à l'image de Papa qui rate une reprise qui aurait pu faire mouche. Résultat : les Diables Rouges font le jeu dans la zone grenobloise et sur un palet perdu par la défense grenobloise, Joni Lindlöf déborde Nicolas Besch sur l'aile gauche et adresse un centre parfait devant le but pour Edo Terglav qui ouvre le score en concluant un deux contre un d'école (0-1, 10'23").

L'inefficacité grenobloise est symbolisée par un manque de lucidité sur une pénalité appelée contre Quentin Pépy. Plusieurs tentatives échouent sur Ramon Sopko malgré l'entrée d'un joueur supplémentaire. Le palet est finalement gelé et la supériorité grenobloise ne donnera rien. La fin du tiers est pénible pour Grenoble qui ne donne pas l'impression de pouvoir inquiéter Sopko : les locaux montrent peu d'envie, peu d'intensité et se font régulièrement bousculer par une équipe haut-alpine bien plus percutante qui mène au score sans s'être encore beaucoup livrée. L'avantage d'un but pour Briançon à la pause est cependant logique.

PerezEn début de seconde période, on s'attend à une révolte iséroise mais celle-ci se fait attendre. Les Grenoblois n'y sont décidément pas dans cette rencontre et le jeu proposé par les champions de France est particulièrement pauvre. Du coup, les Briançonnais sont très souvent les premiers sur les palets et n'ont aucun mal à remporter engagements et duels dans les coins. Une passivité des locaux qui ne va pas tarder à se traduire au tableau d'affichage. Après une occasion franche ratée par Arrossamena, les Grenoblois tergiversent dans leur zone défensive, Jean-François Dufour dégage le palet sur...Mickaël Perez qui ajuste Ferhi d'un joli tir en lucarne (0-2, 26'20"). Les coéquipiers de Christophe Tartari ne réagissent pas pour autant. Bénéficiant d'une opportunité de revenir au score suite à une pénalité de Maks Selan, les Brûleurs de Loups, incapables de garder le contrôle du palet, se font promener pendant toute la supériorité numérique à cinq contre quatre. Malgré un tir de Rouleau sur le poteau, Grenoble reviendra à égalité numérique avant le terme des deux minutes à cause d'une pénalité pour dureté d'Antonin Manavian, particulièrement nerveux ce soir. En supériorité, Briançon adresse quelques tentatives sur la cage de Ferhi avant de s'installer durablement dans la zone grenobloise. A court de solutions, les Grenoblois se contentent de longues relances depuis leur zone : celle d'Alexandre Rouleau est récupérée en zone neutre par les Briançonnais qui développent une attaque à trois conclue avec facilité par François-Pierre Guenette (0-3, 32'47").

Mats Lusth essaie alors de provoquer une réaction de son équipe en sortant Eddy Ferhi et en faisant rentrer Sébastien Raibon. Un moyen peut-être aussi de protéger son gardien titulaire de la grosse valise qui se prépare. Un pari osé qui semble porter ses fruits dans un premier temps avec un peu plus de détermination dans le jeu grenoblois. Malheureusement pour les locaux, celle-ci ne durera pas car une minute plus tard Joni Lindlöf qui attendait le palet à la ligne bleue profite du manque de couverture défensive grenobloise pour s'offrir une échappée concrétisée rapidement par un palet glissé en douceur sous l'infortuné Raibon (0-4, 33'53"). La débandade grenobloise continue une minute plus tard sur une palet récupéré en zone neutre par Timo Seikkula qui passe en revue la défense grenobloise avant de marquer tranquillement du revers (0-5, 34'45"). Les Grenoblois ne se relèveront pas de ces trois buts encaissés en trois minutes : depuis longtemps il n'y a plus qu'une seule équipe sur la glace car les locaux se sont littéralement arrêtés de jouer. La fin du tiers n'est qu'un solo briançonnais avec Sébastien Raibon livré à lui-même qui fait ce qu'il peut pour éviter un naufrage encore plus grand. Le coup de sirène intervient comme une libération pour les hommes de Mats Lusth, complètement perdus.

SeikkulaBriançon débute la troisième période en supériorité numérique suite à une prison de Jansson en toute fin de tiers. Briançon installe le power-play et sur un tir de la bleue de Sebastian Sjösten, le palet passe à travers une forêt de joueurs pour finir sa course au fond de la cage de Raibon, visiblement masqué (0-6, 41'15"). La défaite prend des airs de déroute voire d'humiliation pour des Grenoblois toujours aussi peu réactifs. Finalement le sursaut d'orgueil provient d'un ex-Briançonnais, Mitja Sivic, qui reçoit un bon décalage de Martin Jansson en entrée de zone, repique au centre et ajuste Ramon Sopko d'un tir croisé (1-6, 43'27"). Un but qui sort le public de Pôle Sud de la torpeur dans laquelle il était plongé depuis le début du match et qui a le mérite de stopper l'hémorragie. Insuffisant pour autant pour y voir le symbole d'une révolte grenobloise car les hommes de Mats Lusth ont depuis longtemps abandonné toute idée de victoire et semblent se préserver désormais pour les prochaines échéances.

Le match dont le sort est scellé depuis longtemps, sombre dans l'ennui, bien loin du derby accroché tant attendu. Étonnamment passifs, les joueurs grenoblois continuent de regarder les Briançonnais récupérer le palet dans les bandes, sans aucune implication physique. Devant une défense aussi statique, les Briançonnais se régalent et Pépy sert sur un plateau Lindlöf qui s'offre un doublé sur une action d'école qui fait penser à un match d'entraînement (1-7, 53'08"). Une situation frustrante pour Antonin Manavian, particulièrement remonté en fin de match contre Sebastian Sjösten. L'arbitre intervient avant que les deux joueurs n'en viennent aux mains et tous deux écopent de dix minutes de méconduite pour se calmer. Après un face à face perdu par Benoît face à Sopko à cause d'un tir trop mou, les Grenoblois parviendront à clore la marque par Mitja Sivic qui s'offre un doublé sur une action autour de la cage de Sopko : après avoir porté le palet autour de la cage, Sivic sert Benoît qui ne parvient pas à conclure, Sivic vient finir le travail lui même en marquant du revers (2-7, 57'20").

Briançon remporte donc haut la main ce sommet du championnat qui n'en avait que le nom car il n'y avait quasiment qu'une équipe sur la glace. Le combat tant attendu n'a donc pas eu lieu, la faute à une équipe grenobloise bien peu impliquée. Du coup, la rencontre a ressemblé à un match amical avec très peu de charges dans les bandes et de jeu physique de part et d'autre. Les Diables Rouges ont joué simple mais efficace, prenant le dessus sur leurs adversaires grâce à une meilleure vitesse d'exécution et un collectif bien plus au point. Les individualités comme l'excellent Joni Lindlöf ou le trio Perez-Guenette-Bernier ont fait la différence au score. Ramon Sopko s'est montré comme à son habitude solide dans ses buts et la défense a paru compacte et homogène en l'absence de Gervais. Ce Briançon-là peut aller loin cette saison même si l'adversaire ne sera pas toujours aussi passif que ce soir.

Quant aux Grenoblois, ils sont ce soir au fond du trou. Les avertissements suite aux prestations médiocres des trois matchs précédents (Chamonix, Rouen, Villard-de-Lans) n'ont visiblement pas servi. Les Brûleurs de Loups perdent leur invincibilité à Pôle Sud ce soir après un non match et enregistrent leur plus grosse défaite à domicile en championnat depuis février 2002 et un autre 7-2 contre Amiens. Ils ont surtout explosé en plein vol à l'image d'une défense incroyablement perméable (21 buts encaissés en 4 matchs !). Depuis ce match à Chamonix le lendemain de Noël, un ressort semble s'être cassé dans cette équipe grenobloise dont on louait il n'y a pas si longtemps les vertus morales et l'abnégation face à l'adversité. Car plus que le résultat, c'est surtout l'attitude de l'équipe grenobloise qui fut incompréhensible ce soir car à des années lumières de celle entrevue début décembre lors des succès mémorables acquis face à Angers puis Rouen. On pourrait se pencher sur le manque de rendement de Dufour qui est en passe de représenter la plus grosse déception de l'année, sur le manque d'efficacité des jeunes Papa, Arrossamena et Benoît, actifs mais tellement maladroits dans le dernier geste. Ou sur le cas d'Antonin Manavian, souvent débordé et qui a surtout cherché la bagarre pour évacuer sa frustration. Sivic, Fleury, les jeunes Baylacq, Moisand et Llodra ont bien tenté de sauver ce qui pouvait l'être. Quant aux gardiens, que ce soit Ferhi ou Raibon ils n'ont pas grand chose à se reprocher. Car la faillite est surtout collective.

Alors comment expliquer un tel revirement dans l'attitude de l'équipe grenobloise à quelques jours seulement de la finale de la Coupe Continentale qui est censée être l'objectif majeur de la saison ? Difficile de comprendre avec les éléments connus à ce jour. Est-ce le contrecoup des événements extra-sportifs de l'automne qui pèse aujourd'hui sur le moral des Grenoblois ? Ou la perspective de ne pas disputer les play-offs, hypothèse qui pourrait devenir réalité si le club grenoblois ne parvenait pas à atteindre ses objectifs financiers ? Voire d'autres problèmes (finances, entente dans l'équipe, etc) ? Ce qui est sûr, c'est que l'équipe grenobloise n'avait pas la tête au hockey ce soir et est passée complètement à côté de son match. Avec la venue de Strasbourg mardi et la finale de la Coupe continentale, les Brûleurs de Loups ont l'occasion de redorer rapidement leur blason et de classer cette défaite au rang des simples mauvaises passes. Dans le cas contraire, le week-end européen pourrait proposer des défaites encore plus douloureuses que celle de ce soir... Mats Lusth devra donc trouver vite des solutions et une remise en question rapide de l'ensemble de l'équipe est donc nécessaire sous peine de grosse désillusion européenne et de deuxième partie de championnat particulièrement longue. Début de réponse mardi face à Strasbourg avec le retour de Nilsson et éventuellement de Milovanovic.

Désignés meilleurs joueurs du match : Julien Baylacq (Grenoble) et Joni Lindlöf (Briançon)

Commentaires d'après-match (d'après Le Dauphiné Libéré et France 3 Alpes) :

Eddy Ferhi (gardien de Grenoble) : "On était nuls avec un manque d'émotion, on n'arrive pas à être à la hauteur sur des rendez-vous importants comme cela. Le temps nous laissera analyser en profondeur ce qui s'est passé mais c'est pas beau à voir. C'était un match sans. Je ne sais pas pourquoi on a tant de mal à rentrer dans les matchs depuis la trêve. On doit réagir pour éviter un très mauvais week-end en Coupe d'Europe".

Patrick Rolland (entraîneur-adjoint de Grenoble) : "On est une équipe de juniors grosso modo et les cadres qui restent dans l'équipe n'ont pas rempli leur rôle."

Luciano Basile (entraîneur de Briançon) : "On sait que Grenoble patine très bien, commence très fort et puis j'ai dit aux gars, je suis certain qu'ils vont penser de l'autre côté qu'on est un peu fatigués vu la débauche d'énergie donc j'ai dit qu'au lieu de défendre, on va les attaquer tout de suite."

 

Grenoble - Briançon 2-7 (0-1, 0-4, 2-2).

Samedi 9 janvier à 20h à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 3500 spectateurs

Arbitrage de Jimmy Bergamelli assisté de Anne-Sophie Boniface et David Courgeon

Pénalités : Grenoble 14' (0', 4', 10'), Briançon 14' (2', 2', 10')

Tirs cadrés : Grenoble 35 (13, 8, 14), Briançon 37 (7, 17, 13)

Engagements gagnés : Grenoble 32, Briançon 37

 

Évolution du score :

0-1 à 10'23" : Terglav assisté de Lindlöf et Sopko

0-2 à 26'20" : Perez assisté de Bernier et Guenette

0-3 à 32'47" : Guenette assisté de Groleau et Bernier

0-4 à 33'53" : Lindlöf assisté de Selan et Terglav

0-5 à 34'45" : Seikkula assisté de Levêque et Korenko

0-6 à 41'15" : Sjösten assisté de Perez et Chauvel (sup. num.)

1-6 à 43'27" : Sivic assisté de Jansson et Wallin

1-7 à 53'08" : Lindlöf assisté de Pépy et Sjösten

2-7 à 57'20" : Sivic assisté de Benoît et Jansson

 

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi puis Sébastien Raibon (à 32'47").

Défenseurs : Viktor Wallin - Vincent Llorca ; Alexandre Rouleau (A)- Maxime Moisand ; Antonin Manavian - Nicolas Besch.

Attaquants : Mitja Sivic - Martin Jansson (A) - Loup Benoît ; Jean-François Dufour - Christophe Tartari (C) - Damien Fleury ; Julien Baylacq - Raphaël Papa - Nicolas Arrossamena.

Remplaçants : Elie Raibon, Jason Crossman. Absents : Ludek Broz (lombalgie), Jakob Milovanovic (genou), Anders Nilsson (suspendu).

 

Briançon

Gardien : Ramon Sopko.

Défenseurs : Gary Levêque (A) - François Groleau ; Sebastian Sjösten - Michal Korenko ; Viktor Szélig - Maks Selan.

Attaquants : Mickaël Perez - François-Pierre Guenette - Marc-André Bernier ; Joni Lindlöf - Quentin Pépy - Edo Terglav (C) ; Brice Chauvel - Damien Raux - Sébastien Rohat ; Mathieu Reverdin - Timo Seikkula - Peter Bourgaut.

Remplaçant : Aurélien Bertrand (G). Absent : Stéphane Gervais (blessé).