Le Yunost Minsk vise la Coupe Continentale

YunostLe tout premier match de la Coupe Continentale, vendredi après-midi à 16h à Grenoble (match retransmis en direct sur internet par la FFHG et Orange Sport), sera le choc au sommet. En effet, tout comme Salzbourg, le Yunost Minsk est en très grande forme : il reste sur dix victoires consécutives et a atteint la barre des 100 points dans le championnat du Bélarus, soit 19 d'avance sur ses poursuivants. En plus, il se présente au complet après les récents retours de blessure de Zakharov, Shabanov, Ostroushko et Kurilin. La concurrence pour être titulaire est donc très forte, comme chez les Autrichiens, alors que Grenoble et Sheffield se présentent avec des effectifs minces pour un tel tournoi.

Le Yunost part avec un avantage : il a déjà gagné la compétition en 2007 en battant des équipes autrement plus fortes comme Omsk. Au passage, il avait d'ailleurs écarté le déjà ambitieux Salzbourg 1-0. Cependant de l'eau a coulé sous les ponts depuis ce temps. Si les millions de Red Bull ont toujours le même goût, le contexte a changé au Bélarus.

À l'époque, le Yunost était, en tant que champion en titre, l'indiscutable meilleur club du pays. Aujourd'hui, cela ne suffit plus : le Bélarus a comme porte-étendard son représentant en KHL, le Dynamo Minsk, qui vient de s'attacher un succès de prestige en remportant la Coupe Spengler.

L'entraîneur du Yunost, Mikhail Zakharov, était un farouche opposant au projet du Dynamo Minsk en KHL, mais il espère que le vent est en train de tourner. L'ex-ministre Vladimir Naumov, le dirigeant du Dynamo qui a imposé cette idée, a démissionné de son poste de président de la fédération, peu après avoir été désavoué sur le choix du nouveau sélectionneur : son comité a justement choisi Zakharov !

Ce dernier tente donc de pousser cet avantage en faveur de son club. Lors de la conférence de presse d'annonce de l'équipe olympique, il s'est permis cette digression en réponse à une question : "Si le Dynamo Minsk ne se qualifie pas en play-offs, son remplacement en KHL par le Yunost sera, à mon avis, logique. Initialement, je pense que la marque 'bleu et blanc' [NDLR : les couleurs du Dynamo] a été promue de manière assez artificielle. Il n'y a rien dans cette équipe qui mérite la KHL : pas de base, pas d'école digne de ce nom. Dans le classement général des championnats de jeunes du Bélarus, on ne trouve pas trace du Dynamo [NDLR : il est huitième, et le Yunost premier]."

Alexander_RIADINSKI_Belarus_-_2009-7616La Coupe Continentale est donc un épisode de cette lutte d'influences, et le Yunost Minsk ne peut pas se permettre de perdre. Zakharov n'a cité qu'un seul objectif, la victoire. Quels sont ses atouts ? Ils sont nombreux.

Le vétéran Sergei Shabanov est le meilleur gardien du championnat biélorusse, avec plus de 94% d'arrêts et 9 blanchissages. Même quand il s'est blessé en décembre, sa jeune doublure Vitali Belinsky l'a parfaitement remplacé en remportant la victoire lors de ses 6 titularisations.

Il faut dire que les gardiens sont particulièrement bien protégés avec Sergei Erkovich, le meilleur défenseur défensif de son championnat. Il avait failli arrêter sa carrière au printemps, après avoir perdu la finale avec Gomel contre son club formateur du Yunost. Mais en août dernier, Zakharov l'a invité à rechausser les patins pour encadrer ses jeunes.

La défense du Yunost est donc expérimentée. Oleg Leontiev, héros de la Superfinale de Coupe Continentale de 2007, est toujours là à 39 ans pour envoyer ses slaps puissants. Et surtout, exactement comme Salzbourg avec André Lakos, le champion du Bélarus vient tout juste d'engager une vieille connaissance à l'arrière : l'international Aleksandr Ryadinsky avait tenté l'aventure de la KHL avec le Dynamo Minsk, mais il n'y a joué que 11 matches et s'est fait envoyer en réserve. Le 1er janvier, il a donc été transféré au Yunost pour la fin de saison, avec dans l'idée de préserver ses dernières chances olympiques.

C'est en effet là le point surprenant de cette équipe : alors qu'elle est dirigée par le sélectionneur national, elle n'a pas un seul joueur retenu pour les Jeux olympiques ! Zakharov a expliqué qu'il a laissé (son adjoint) Dave Lewis choisir les défenseurs, où l'on trouve quatre joueurs actuellement parqués à Soligorsk (la réserve du Dynamo). Il a aussi mentionné que les joueurs du Yunost devraient travailler trois fois plus que les autres pour être sélectionnés. Autant dire qu'il ne risque pas d'être taxé de favoritisme !

Ceci étant dit, la carotte fonctionne toujours. Le Bélarus tient le même discours que les Russes, Slovaques et autres Allemands, en annonçant que la pré-liste est provisoire et peut être modifiée d'ici le début des JO. En permanence sous les yeux du sélectionneur, les joueurs du Yunost savent qu'ils n'ont pas le droit de décevoir.

En attaque, les meneurs n'ont pas cette motivation puisqu'ils sont ukrainiens. Oleksandr Materukhin et Oleg Timchenko sont les meilleurs marqueurs du championnat du Bélarus avec 54 points, soit 13 de plus que leurs poursuivants. Aleksandr Borovkov, formé au CSKA Moscou et naturalisé biélorusse, a été très gêné en début de saison par des problèmes d'adducteurs. Il a retrouvé le rythme en novembre, et une fois en pleine forme, il a été placé au centre de cette première ligne qui cartonne. Mais elle n'est pas la seule. Ces derniers temps, toutes les lignes ont marqué...

Alors, Minsk ou Salzbourg ? Depuis qu'il a été affaibli par le départ du Dynamo pour la KHL, le championnat du Bélarus n'est plus aussi fort qu'avant. Le Yunost y reste au-dessus du lot, mais risque d'y ronronner. Son point faible, c'est finalement d'avoir été qualifié d'office, et de n'avoir vraiment été confronté à un autre style de jeu.

Les Autrichiens, eux, ont passé ce cap. Ils ont souffert au tour précédent pour se qualifier face aux Ukrainiens du Sokil Kiev (6-5) et aux Lettons du Metalurgs Liepaja (4-3), respectivement troisièmes et dixièmes du championnat "ouvert" du Bélarus. Deux équipes clairement inférieures au Yunost. Mais cette expérience peut les servir. Salzbourg a l'avantage du rythme de jeu, c'est à lui de presser et de bousculer Minsk. Cette équipe, performante en infériorité numérique, a cependant les moyens de résister, comme cela avait si bien fonctionné en 2007. L'affrontement de styles s'annonce donc on ne peut plus incertain.