Grenoble - Sheffield Steelers (Coupe Continentale)

Robert FarmerC'est le jour de vérité pour Grenoble. Depuis trois semaines, les Brûleurs de Loups, privés depuis longtemps de leur meneur de jeu Ludek Broz, connaissent des résultats très poussifs et suscitent l'interrogation. Vivent-ils une véritable baisse de régime, ou seulement un relâchement alors qu'ils gardent leur énergie pour cette finale de Coupe Continentale à domicile, cochée depuis longtemps sur le calendrier ? On le saura ce soir face au premier adversaire qui est aussi le plus prenable.

Sheffield se présente avec trois lignes complètes, ce qui est déjà bien pour une équipe britannique. En effet, les Steelers sont une équipe pro créée ex-nihilo à la façon nord-américaine, et qui n'a donc jamais porté aucun intérêt à la formation ni soutenu le hockey mineur - organisé indépendamment - dans sa ville. Seule la limite imposée de 10 étrangers les oblige à chercher des Britanniques. Et pour compléter leur alignement, ils ont pris Robert Farmer, le meilleur marqueur de l'autre club de la ville, les Scimitars. Ils s'étaient fait prêter ce joueur au tour précédent pour le voyage à Bolzano. Mais cette tentative de collaboration a vite tourné au vinaigre. Les Steelers viennent d'engager Farmer à plein temps, contre l'avis des Scimitars. Ceux-ci ont fait savoir leur mécontentement devant le comportement hostile de leurs voisins.

Une chose en tout cas est indiscutable : ce Robert Farmer, le seul junior de l'effectif, est prometteur (Sheffield a d'ailleurs de bonnes équipes de jeunes, mais ils accèdent rarement au haut niveau fauite de structure commune). On le savait au vu de ses performances dans la ligue inférieure avec les Scimitars, cela se confirme chez les Steelers. À la quatrième minute, c'est ce Farmer qui effectue un bon travail pour aller à la cage en emmenant Dufour sur son dos. Derrière lui, Jeff Legue suit le même chemin et s'avance sans opposition dans le cercle droit pour marquer dans le haut du filet avec l'aide de l'écran de son collègue (0-1, 04'32"). 

C'était la première action installée, et les duels physiques y ont paru très favorables aux Britanniques. Ce but perturbe les Grenoblois qui accumulent les erreurs défensives. D'abord, Dowd contre un palet à la ligne bleue et n'est pas loin de mettre le deuxième but. Celui-ci arrive finalement quand le capitaine gallois Jonathan Phillips s'infiltre à son tour à la suite d'une relance manquée de Nilsson et bat Ferhi à mi-hauteur côté plaque (0-2, 06'31").

Les Grenoblois retrouvent quelques couleurs en se serrant les coudes pendant deux infériorités numériques. À la quinzième minute, Farmer fait trébucher Dufour et Bolibruck le rejoint bientôt en prison. Grenoble se retrouve donc à 5 contre 3, une belle occasion de rattraper son retard de 0-2, exactement comme Salzbourg plus tôt dans l'après-midi. La similitude s'arrête là... Cette situation ne donne rien. Les Brûleurs de Loups sont passés à côté de ce premier tiers. Ils ont manqué d'engagement physique et ont laissé trop de libertés aux Britanniques qui ont pu poser leur jeu simple et prendre leur temps avec le palet. Il est impensable de continuer ainsi...

Eddy FerhiLe message de Mats Lusth au vestiaire doit être du même ordre. Au retour sur la glace, Grenoble met tout de suite la pression en fond de zone et provoque une pénalité de Phillips. De bons écrans de Manavian et Jansson devant le gardien permettent alors à Viktor Wallin de réduire le score de la ligne bleue (1-2, 22'48"). La troisième ligne enchaîne dès l'engagement avec un effort autour de la cage de Baylacq, mais Jeff Legue perce en contre-attaque et se fait accrocher par Manavian. Et comme Rouleau part en prison pour une charge avec la crosse, c'est maintenant Grenoble qui joue une minute en double infériorité. Excellent travail de Christophe Tartari, comme d'habitude, mais aussi de Viktor Wallin qui dégage le rebond sur le seul tir vraiment dangereux.

Les Grenoblois ont repris confiance. Dufour contre un palet au centre de la glace et relance pour Tartari qui entre en zone à droite. Le capitaine centre pour Jakob Milovanovic qui trouve Damien Fleury passé dans le dos de son défenseur au second poteau pour conclure à bout portant (2-2, 27'27"). Fleury n'est pas loin de remettre ça : servi à la bleue côté gauche, il fait passer un courant d'air dans le dos du défenseur britannique Mark Thomas. Les Brûleurs de Loups étouffent maintenant leurs adversaires avec une pression constante. Martin Jansson empêche une sortie de zone et lance immédiatement au but pendant que son compatriote Nilsson vient perturber le gardien.

Au plus fort de la domination grenobloise, Sheffield marque pourtant un but inattendu en envoyant au fond : Jeff Legue récupère le palet dans le coin et le renvoie aussitôt devant la cage où Robert Farmer coupe la passe en devançant Milovanovic (2-3, 32'20"). À cet instant, les Brûleurs de Loups font cause commune pour réclamer son retour d'urgence chez les Scimitars ! Plus sérieusement, le petit temps de retard dans le repli défensif s'est payé comptant.

Il faut repartir de plus belle. Mitja Sivic élimine son vis-à-vis, repique devant la cage et s'ouvre complètement l'angle mais son tir est dévié par un patin adverse. Grenoble a tout de mmême perdu son élan et recommence à subir les duels. Sur une dernière accélération, cependant, Jansson est fait trébucher par Matt Hubbauer. Le palet est conservé et la pénalité est donc sifflée sur la sirène.

Deux minutes de supériorité numérique, c'est le meilleur moyen de lancer le troisième tiers-temps. Anders Nilsson joue toujours le même rôle en masquant le gardien, mais finit par se faire sanctionner pour être entré dans son demi-cercle. Les Brûleurs de Loups n'arrivent pas ensuite à se ré-installer. Le jeu devient prudent et approximatif, aucune équipe ne parvenant pas à construire ses actions. La seule attaque britannique aboutit à une pénalité de Besch, et elle est transformée par Matt Hubbauer, servi dans l'axe par Phillips sur un rebond (2-4, 47'24"). Ce n'est pas du tout le début de période espéré par les Isérois.

Andrew VernerIls reçoivent un coup de pouce de Hubbauer, qui ne trouve rien de plus malin que de faire trébucher Besch en allant presser seul dans le camp grenoblois. Un powerplay-cadeau qu'utilise Damien Fleury pour s'infiltrer et provoquer une nouvelle faute de Basiuk. Cette longue supériorité numérique de 3'48" n'est pas exploitée. Il n'y a personne sur le rebond laissé par Verner sur un tir de la gauche de Dufour.

À cinq minutes de la fin, les Grenoblois sont installés, et s'ils ne trouvent pas de solution, Hubbauer commet de nouveau une faute nette. Cet avantage numérique ne peut plus être gaspillé, mais après une tentative par surprise de Fleury excentré, les défenseurs blancs coupent efficacement les lignes de passe et défendent efficacement. Pour la dernière mise au jeu à 27 secondes de la fin de la supériorité numérique, Mats Lusth demande son temps mort et sort son gardien (56'49"). Verner capte cependant les lancers sans rebond.

Rouleau se fait contrer à la bleue mais rattrape le palet, les Brûleurs de Loups repartent à l'attaque... et Sarich est pénalisé à son tour pour avoir fait trébucher Nilsson. On rejoue donc à 6 contre 4. Fleury, atteint au poignet par la crosse de Bolibruck, s'écroule et écope d'une simulation, plus d'une méconduite pour avoir contesté la décision, alors que son adversaire est sanctionné pour sa faute. Fleury part donc directement au vestiaire et Grenoble perd son homme en forme du moment, même si la configuration de jeu reste similaire. Jason Hewitt clôt les débats en cage vide (2-5, 59'17").

Grenoble s'était habitué aux retournements de situation improbables au cours de l'automne. Les compétitions européennes réclament plus de constance. Les Steelers ont su élever leur niveau de concentration et de rigueur au-dessus de ce dont ils sont habitués dans la ligue britannique. Ils ont bien protégé leur avance initiale en faisant bloc autour de leur gardien Andrew Verner. Les Brûleurs de Loups, eux, n'ont montré leur vrai visage que durant la première moitié du deuxième tiers-temps. Trop peu. Ils ont semblé fléchir mentalement à chaque but encaissé et n'ont pas su réenclencher la machine rapidement.

Au niveau européen, les approximations ne pardonnent pas. Elles ont été trop nombreuses ce soir du côté grenoblois avec des cadres (Ferhi, Rouleau) en dessous de leur valeur habituelle, des attaquants étrangers (Jansson, Nilsson) qui n'arrivent pas à débloquer leur compteur et des jeunes qui malgré leur bonne volonté ont du mal à se hisser au niveau international. Même si Fleury et Sivic se sont démenés comme de beaux diables et malgré un Wallin encore solide en défense, cela fait beaucoup trop d'absences pour espérer gagner un match en finale de la Coupe Continentale. Une réaction de l'ensemble de l'équipe et notamment des cadres est donc nécessaire pour la suite de la compétition.

Les Grenoblois (sans Broz) sont donc dans la même situation que Rouen (sans Mallette) l'an dernier : ils ont raté leur entrée en matière et perdu leur premier match, présumé le plus facile, mais peuvent encore se reprendre demain face au champion du Bélarus, comme les Normands l'avaient fait. Leur déception ce soir doit être à la hauteur de celle ressentie un certain soir de coupe de la ligue à Angers. À eux d'apporter la même réponse...

 Désignés meilleurs joueurs du match : Mitja Sivic (Grenoble) et Jeff Legue (Sheffield)

Commentaires d'après-match (d'après Le Dauphiné Libéré) :

Julien Baylacq (attaquant de Grenoble) : "On est tombé sur une bonne équipe de Sheffield. Cela dit, on n'a pas joué notre meilleur hockey. Les deux premiers buts nous ont énormément pénalisés pour la suite du match. Ça laisse beaucoup de regrets. Il faut vite oublier et se reconcentrer sur les deux autres chances."

Matt Hubbauer (attaquant de Sheffield) : "C'est énorme de gagner notre premier match, surtout contre Grenoble qui joue à domicile. Nous avons été assez confiants durant tout le match, même si on a connu plusieurs moments très délicats. Grenoble a joué de manière très agressive, en proftiant du talent et de la vitesse de ses attaquants. Mais nous restons humbles car tout est possible dans ce genre de tournoi."

 

Grenoble - Sheffield 2-5 (0-2, 2-1, 0-2)
Vendredi 15 janvier à 20h00 à la patinoire Pôle Sud de Grenoble. 3500 spectateurs.
Arbitrage de Georgij Jablukow (ALL) et Teemu Salminen (FIN) assisté d'Andres Ahlström (SUE) et Martin Smrek (SVK).
Pénalités : Grenoble 22' (4', 4', 4'+10'), Sheffield 18' (4', 4', 10').
Tirs cadrés : Grenoble 41 (9, 17, 15), Sheffield 26 (12, 9, 5).
Évolution du score :
0-1 à 04'32" : Legue assisté de Farmer
0-2 à 06'31" : Phillips
1-2 à 22'48" : Wallin assisté de Manavian et Jansson (sup. num.)
2-2 à 27'27" : Fleury assisté de Milovanovic et Tartari
2-3 à 32'20" : Farmer assisté de Legue et Sarich
2-4 à 47'24" : Hubbauer assisté de Phillips et Dowd
2-5 à 59'17" : Hewitt assisté de Phillips (cage vide)

 

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi [sorti de sa cage de 56'49" à 59'17"].

Défenseurs : Viktor Wallin - Maxime Moisand ; Alexandre Rouleau (A) - Jakob Milovanovic ; Antonin Manavian - Nicolas Besch.

Attaquants : Mitja Sivic - Martin Jansson (A) - Anders Nilsson ; Jean-François Dufour - Christophe Tartari (C) - Damien Fleury ; Julien Baylacq - Raphaël Papa - Nicolas Arrossamena.

Remplaçants : Sébastien Raibon (G), Vincent Llorca, Elie Raibon, Jason Crossman, Loup Benoît. Absent : Ludek Broz (lombalgie).

Sheffield Steelers

Gardien : Andrew Verner.

Défenseurs : Scott Basiuk - Randy Dagenais ; Rod Sarich (A) - Mark Thomas ; Kevin Bolibruck.

Attaquants : Jonathan Phillips (C) - Robert Dowd - Jason Hewitt ; Robert Farmer - Jeff Legue (A) - Joey Talbot ; Brad Cruikshank - Matt Hubbauer - Doug Sheppard.

Remplaçants : Dan Green (G), Ben Morgan.