Analyse de l'effectif américain aux JO

SUTER_Ryan-2009-7987Dans les grandes lignes, les choix de l'équipe américaine étaient définis à l'avance. Les vieilles gloires qui avaient tiré sur la corde jusqu'aux derniers Jeux olympiques ont fait leur temps, et le rajeunissement était évident. Les jeunes pousses ont pris leurs responsabilités dans les derniers championnats du monde, et la seule interrogation restante était l'identité des quelques cadres chargés de les encadrer.

Le style de jeu général était également assez identifié compte tenu du choix du manager général chargé de constituer l'équipe avec son équipe d'assistants : Brian Burke a toujours eu une certaine affection pour un hockey intimidant "à l'ancienne", assez en phase avec sa personnalité. L'opinion de Burke est réputée déterminante dans la NHL, et c'est en partie parce que l'homme lui-même en impose. S'il a été le premier non-Canadien à être nommé manager dans le bastion très traditionnel du hockey canadien que sont les Toronto Maple Leafs, ce n'est pas par hasard. La rudesse fait partie de sa planification, et il en sera de même en équipe nationale.

Mais si l'équipe américaine a toujours eu des muscles, la principale nouveauté est qu'ils seront portés par de jeunes jambes, rapides et énergiques. Avec leurs nouveaux talents, les États-Unis ont des atouts très frais, mais parmi les participants réguliers aux JO, ce sont eux qui ont le moins d'expérience. Escompter une belle médaille de la part d'athlètes qui découvriront presque tous le contexte olympique est une gageure, mais avec eux, "inexpérimentés" ne signifie pas du tout "impressionnables".


Gardiens

Ryan Miller (Buffalo Sabres, NHL)
Tim Thomas (Boston Bruins, NHL)
Jonathan Quick (Los Angeles Kings, NHL)

Il y a quatre ans, ni Miller ni Thomas n'avaient été sélectionnés à la deadline de la fin décembre, et tout le monde l'avait regretté deux mois plus tard. Plus personne ne commettra cette erreur. Tim Thomas craignait de ne jamais voir les JO : que le vainqueur sortant du trophée Vézina soit rassuré, il est désormais reconnu pour ses mérites. Mais encore une fois, il risque de surtout revêtir le maillot américain sur le banc. Ryan Miller est en effet en grande forme et porte une grande partie des espoirs de son pays sur son dos.

L'absent dans les cages : Craig Anderson n'aurait peut-être pas dû refuser sa sélection aux Mondiaux s'il voulait avoir sa chance. On lui a préféré un numéro 3 plus jeune avec Quick.

 

Défenseurs

Ryan Suter (Nashville Predators, NHL) - Erik Johnson (Saint-Louis Blues, NHL)

Ayant participé à quatre championnats du monde (plus trois chez les moins de 20 ans et deux chez les moins de 18 ans), Ryan Suter est le leader indiscutable de la défense américaine, alors qu'il a tout juste 25 ans. C'est un défenseur complet qui n'a pas son pareil pour déposséder un attaquant du palet.

Erik Johnson est quant à lui le grand talent américain, numéro 1 absolu de la draft NHL en 2006, et même revenu d'une saison blanche après une grave blessure au genou, il a suffisamment marqué cette saison pour justifier son retour. Les Américains ont besoin de dynamiteurs à la ligne bleue en jeu de puissance, et Johnson peut y contribuer s'il déclenche assez vite son slap.

Paul Martin (New Jersey Devils, NHL) - Brian Rafalski (Detroit Red Wings, NHL)

JOHNSON_Jack-2009-7895La grande interrogation dans cette défense, c'est Paul Martin. Il a en effet dû être opéré du bras gauche et sera blessé au moins jusqu'à fin janvier. En santé, sa titularisation ne fait aucun doute, par son sens affiné du placement défensif et son assurance technique. En plus, il a déjà fait la paire chez les Devils avec Brian Rafalski, bon passeur qui excelle dans le jeu de transition, ce dont cette défense américaine a besoin. Seul défenseur à avoir connu les Jeux Olympiques, Rafalski apportera une dose d'expérience indispensable.

Ceci dit, même si ce duo se connaît bien, il a un défaut : avec le petit gabarit de Rafalski et l'engagement physique sûrement limité d'un Martin revenant de blessure, il n'est pas le plus intimidant. Il n'est donc pas impossible que ces deux-là soient appariés avec des défenseurs plus rudes.

Jack Johnson (Los Angeles Kings, NHL) - Brooks Orpik (Pittsburgh Penguins, NHL)

Et de la rudesse, il y en a avec Brooks Orpik. Intimidant dans sa zone, ce vainqueur de la dernière Coupe Stanley a réussi à se discipliner et à ne plus être que le boucher de service. Il est mobile pour sa taille, mais pas fantastique avec le palet. Jack Johnson en revanche a de très belles mains et est un spécialiste renommé des penaltys, ce qui peut toujours servir. "JJ", à la fois offensif et physique, a gagné sa place par sa très bonne performance aux derniers Mondiaux, même s'il est parfois hésitant dans sa zone à Los Angeles (fiche de -11).

Mike Komisarek (Toronto Maple Leafs, NHL)

Techniquement limité, Komisarek a comme spécialité de bloquer des tirs et d'écraser les attaquants contre la bande avec ses 110 kg. Suffisant pour faire partie de l'équipe olympique ? Certains y voient une forme de favoritisme, car il a signé cet été à Toronto - l'équipe du manager Brian Burke et du coach Ron Wilson - avec l'arrière-pensée d'accroître ses chances de sélection. En tout cas, cela a un avantage : il connaît évidemment le système de jeu de Wilson.

 

Les absents en défense : si Komisarek est là, c'est qu'il n'y avait pas vraiment d'alternative si Burke voulait un défenseur rugueux. Keith Ballard est de ce genre-là, mais on se souvient de ses difficultés d'adaptation face au jeu européen de la Lettonie aux Mondiaux l'an passé. Et entre-temps il est passé à la postérité des viéos-gags lorsqu'il a assommé à l'oreille son gardien Vokoun, coéquipier chez les Florida Panthers, en voulant briser sa crosse sur le poteau).

Parmi les relanceurs, John Michael Liles ressent le poids des ans, et Ron Hainsey a connu une baisse de performance ces dernières semaines à Atlanta (tout comme son jeune partenaire de 19 ans Zach Bogosian, autre possibilité évoquée). Le principal absent est sans doute Andy Greene, meilleur marqueur des défenseurs américains qui compense bien l'absence momentanée de Paul Martin chez les Devils. Malheureusement pour lui sa bonne saison est venue trop tard car il n'était pas dans la pré-sélection communiquée à l'agence mondiale anti-dopage. Pas facile de savoir donc qui sera appelé si jamais Martin est forfait. Ryan Whitney est un bon relanceur au slap puissant, mais parfois inconstant dans sa zone. Un profil défensif comme Tim Gleason irait bien dans l'esprit de cette formation américaine.

 

Attaquants

Zach Parise (New Jersey Devils, NHL) - Paul Stastny (Colorado Avalanche, NHL) - Phil Kessel (Toronto Maple Leafs, NHL)

Voilà le nouveau visage de l'équipe des États-Unis : jeune, rapide, très rapide. La vitesse est devenue une de ses qualités essentielles, ce qu'elle n'était pas dans les précédents tournois olympiques où les vétérans étaient favorisés.

Paul Statsny est le créateur attitré de cette formation, en plus d'exceller dans l'art de l'interception. Il peut alimenter idéalement en palets le super tir de Zach, le fils de l'ex-international canadien Jean-Paul Parisé qui est devenu le leader de la génération montante américaine. Ces deux joueurs sont capables de revenir défendre et constituent donc une assurance aux côtés d'un Phil Kessel : celui-ci n'est plus le joueur perso qu'il était à ses débuts, mais il peut toujours perdre des palets en faisant usage de ses mains uniques.

Bobby Ryan (Anaheim Ducks, NHL) - Joe Pavelski (San José Sharks, NHL) - Patrick Kane (Chicago Blackhawks, NHL)

PAVELSKI_Joe-2009-7849Joe Pavelski est le joueur qui monte depuis deux ans : choisi en 205e position l'année de sa draft en 2003, il n'était guère coté dans son propre pays, la faute à une taille modeste et à un patinage perfectible. Pourtant, son intelligence du jeu dans les deux sens de la glace, son contrôle du palet et son tir du poignet en font maintenant un titulaire de l'effectif olympique, qui évoluera sans doute sur une ligne offensive.

Ses défauts présumés peuvent être gommés dans cette équipe. Pour le gabarit, on peut compter sur Bobby Ryan, un pur buteur, talentueux offensivement. Pour la vitesse, on peut faire confiance à Patrick Kane, l'autre star de l'équipe. L'ailier de Chicago n'est plus seulement un don du ciel offensivement, il a épaissi cet été et est meilleur dans les duels.

David Backes (Saint-Louis Blues, NHL) - Ryan Kesler (Vancouver Canucks, NHL) - Dustin Brown (Los Angeles Kings, NHL)

Voilà le genre de ligne qui plaît à Brian Burke : du pur hockey nord-américain qui fait peur à l'adversaire. Vraiment pas un tendre, David Backes a déjà un casier. C'est le seul joueur à avoir récolté une expulsion aux deux derniers championnats du monde, et il s'était fait des amis à Berne en mai dernier en envoyant Julien Sprunger à l'hôpital par une charge à la tête. Le Fribourgeois est revenu au jeu en novembre et à réussi à gagner sa place pour le tournoi olympique... où le premier match sera un certain États-Unis - Suisse. Comme on se retrouve...

Sans être aussi imposant physiquement, Dustin Brown met autant d'ardeur dans ses mises en échec, et il est tout aussi déterminé quand il s'agit d'aller à la cage, ce qui en a fait un joueur majeur (28 points en quatre championnats du monde). Ryan Kesler est un des joueurs les plus travailleurs de la NHL. Centre idéal pour la troisième ligne, il est toujours aussi responsable défensivement tout en améliorant sans cesse sa production défensive.

Ryan Callahan (New York Rangers, NHL) - Chris Drury (New York Rangers, NHL) - Jamie Langenbrunner (New Jersey Devils, NHL)

Il fallait forcément quelques vétérans pour encadrer les jeunes loups américains. Le tout est de choisir les bons. C'est Jamie Langenbrunner qui a été choisi comme capitaine, lui qui chez les Devils avait supplanté dans ce rôle Patrik Elias (qui sera le capitaine de la sélection tchèque). Fin patineur qui produit une de ses meilleures saisons comptablement à 34 ans, Langenbrunner est réputé pour ses deux Coupes Stanley et ses 12 buts gagnants en play-offs NHL, ce qui lui confère une aura de vainqueur.

Pourtant, la seule expérience olympique de Langenbrunner remonte au désastre de Nagano. Les précédents Jeux Olympiques sont de l'histoire ancienne : tout ce qu'il reste en attaque de Salt Lake City et de Turin, c'est Chris Drury. Sa sélection est critiquée parce que sa production n'égale pas son gros contrat de 7 millions de dollars par an chez les Rangers. Mais ce genre de considération n'a aucune importance aux JO. Drury est le prototype un vieux guerrier qui s'accomplira dans le travail défensif, et il forme à New York une des meilleures unités d'infériorité de la NHL aux côtés de Ryan Callahan, l'homme qui forechecke tout ce qui bouge.

Ryan Malone (Tampa Bay Lightning, NHL)

Malone aura sûrement un rôle important. Si je le place treizième attaquant ici, c'est juste qu'il ne rentre pas dans le découpage de deux lignes "talentueuses". Lui, c'est un dur, un tatoué (au sens propre), encore un joueur dans l'esprit Burke. Pour autant, ce n'est nullement un élément défensif. Il est même un buteur très régulier, le meilleur même dans cette équipe américaine : ses saisons à NHL sont à 22, 22, 16 (il avait manqué une vingtaine de rencontres), 27 et 26 buts. Avec ses 193 centimètres, il est très fort dans le slot.

 

Les absents en attaque : les principaux absents des lignes offensives sont le duo des New Jersey Devils reconstitué cette saison à Montréal, Scott Gomez et Brian Gionta. Burke avait prévenu dès l'été que Gomez ne serait pas l'équipe sauf s'il se faisait une place dans les deux premières lignes, mais ses 16 points en 16 matchs en décembre n'ont pas suffi, il a été dépassé par la montée en puissance de Pavelski. Son collègue Gionta a tous les talents sauf la taille : dynamique, travailleur, capable d'évoluer dans des rôles défensifs ou offensifs. Son problème est u'il évolue au poste où la concurrence est la plus forte aux États-Unis, à l'aile droite.

Deux joueurs particulièrement "péchus" s'étaient fait remarquer aux derniers championnats du monde : Kyle Okposo, travailleur dans le slot mais peut-être victime de son âge (21 ans), et le polyvalent T.J. Oshie, aux stats déclinantes cette année. Oshie s'est même trouvé un avocat en la personne de Jeremy Roenick, l'ancien capitaine américain qui l'ouvre toujours autant et a déclaré à une radio de Toronto qu'Oshie "apporterait tellement d'énergie à cette équipe dans ce type de tournoi international que je ne comprends pas comment [Gomez et lui] ne sont pas dans l'équipe.

Roenick critiquait spécifiquement dans cette interview l'inclusion de son ex-camarade Drury. Celui-ci a eu les oreilles qui sifflent, car quitte à prendre un vétéran, on s'attendait plutôt à un plus ancien encore, Mike Modano, que Burke avait invité au camp d'été en le jugeant capable d'accepter un rôle dans l'ombre. Ce choix avait un peu surpris car Modano avait quitté l'équipe nationale par une relégation sur le banc et des critiques déplacées lors de l'élimination à Turin. Son absence est cohérente avec le rajeunissement général des troupes.