Épinal - Amiens (Ligue Magnus, 18e journée)

Elle leur est passée sous le nez !MortasAnthony

En préambule d'une semaine corsée, où suivront les réceptions de Grenoble et Dijon, la venue des Gothiques promet un affrontement haut en couleurs. Et pas seulement en raison de ce rose fuschia commun aux deux équipes...

Pleinement relancés dans la course aux playoffs, les hommes de Santino Pellegrino veulent transposer leurs bonnes prestations du moment face à des adversaires de calibre supérieur. Cela commence dès ce soir avec Amiens. Réputés imprévisibles, les Picards disposent d'un redoutable arsenal offensif. Les Dauphins, qui en ont pris vingt-deux en trois matchs (Coupe de la ligue comprise), sont bien placés pour le savoir...

L'ICE ne laisse plus beaucoup de points en route et rentre d'une expédition fructueuse à Saint-Gervais (4-2). Après le Mont-Blanc, elle reprendrait bien un peu de dessert. Mais Amiens, c'est un gros morceau et les Gothiques, solides quatrième en championnat, ont tout du favori. Pourtant, les hommes d’Antoine Richer ne justifieront pas totalement ce statut, ce soir, dans une partie fermée à double tour. Voire totalement cadenassée par moments...

On n'en attendait pas moins des Dauphins, pour qui contenir l’attaque potentiellement explosive des Gothiques était une priorité. Là-dessus, force est de constater que Pellegrino a bien préparé son coup. Un plan (presque) sans accrocs... à quelques erreurs individuelles près. Mais ça, c’est une autre histoire…

Habituée aux entames laborieuses, l’ICE prend cette fois le match par le bon bout. À moins bien sûr que ce ne soit Amiens qui peine à rentrer dans le sien… Bref, toujours est-il que les locaux sont les plus entreprenants en ces premiers instants. Barrés en zone neutre, les Gothiques laissent volontiers venir le danger en prenant des risques calculés. Si l’expérience des Bachet, Glaude et autres Kowalczyk limite les dégâts en un contre un, Koivula n’en est pas moins exposé. Petrik aussi vous me direz, d’autant que le Slovaque, préféré ce soir à Tojkander, frise la correctionnelle en relançant dans l'axe, en plein sur Pazak. Une chance que Petrik se rattrape face à son compatriote (11e)...

Tout aurait pu basculer sur cette incroyable boulette. Au lieu de ça, c’est Épinal qui tire les marrons du feu grâce à l’inévitable duo Karlsson-Plch. Un but peut-être "évitable" pour Ville Koivula, surpris par le tir en angle fermé de Plch, qui file par-dessus son épaule (1-0 à 11'44").

Ce soir encore, Tomi Karlsson tire son épingle du jeu. L’arrière-garde adverse peine à contenir l’activité débordante du Finlandais, pressant en échec-avant et remuant sur quelques accélérations bien senties.

Intermittents du spectacle

Pas toujours à la hauteur de leur potentiel cette saison, les Gothiques ont ce soir toutes les peines du monde à développer leur habituel jeu rapide, qui ne s’exprime qu’avec parcimonie. Même le box-play vosgien n’a pas grand mal à décrypter un jeu stéréotypé et à couper des lignes de passes bien prévisibles. Si d’ordinaire le vétéran Pavel Kowalczyk est une bonne rampe de lancement, le Tchèque ne brille pas dans ses sorties de zone. À l’image d’Amiénois considérablement gênés dans leur déploiement et privés de solutions par des Vosgiens bien en place et défendant à l'unisson.

Parmi eux Niko Mäntylä, dont la sobriété n'a d'égal que l'efficacité. Benoît Quessandier, lui, peine à franchir ce cap qui ferait de lui le leader incontesté de la défense. Le Rouennais ne sera jamais un grand relanceur mais Anthony Mortas l'aura plus d'une fois mis en difficulté...

Attendus au tournant, les visiteurs reviennent des vestiaires animés de bien meilleures intentions. C’est qu’ils ont haussé leur niveau de jeu dans le sillage de leurs "intermittents du spectacle". Autrement dit Riendeau, Rodier et Cayer, formant tous trois l’arme fatale des Picards (reconstituée ce soir puisque Riendeau vient de purger ses deux matchs de suspension).

Dans la continuité de leur excellente saison strasbourgeoise, Yannick Riendeau et David Cayer affolent toujours les compteurs... et la défense spinalienne par la même. Celle-ci en prend plein la vue sur quelques séquences rondement menées et qui donnent un petit aperçu des possibilités partagées avec Sylvain Rodier, un troisième larron plein de vivacité. Yannick Riendeau, lui, a encore franchi un palier cette saison mais n'a rien perdu de son explosivité.

Freinés dans leur élan par deux pénalités quasi-successives, les Gothiques se barricadent en triangle, limitant les fenêtres de tir devant un Koivula qui ne tient pas en place. Mieux encore, ils sortent ragaillardis de cette épreuve comme en témoigne cette incroyable montée de Pavel Kowalczyk en désavantage numérique. Un "coast-to-coast" du vétéran tchèque, qui passe tout le monde en revue avec le seul Petrik comme terminus (26'36"). Qui a dit que Kowalczyk n'avait aucune mobilité ?

Cayer jette un froid

Comme Jan Simko en remet une couche (2-0 à 29'09"), le casse-tête se précise pour des Picards frustrés, à l'image d'un Loïc Sadoun par deux fois lancé en break... mais à chaque fois signalé hors jeu (31e). Pazak, à son tour, se voit lancé dans la dos de la défense mais échoue du revers (31'57"). Si Amiens déjoue dans son jeu de passes courtes, le salut viendra d'une de ces longues ouvertures en direction de Rodier. L'ancien Trifluvien, très énergique ce soir, est le plus prompt à exploiter le changement de ligne. Sans opposition, il entre en zone et tire dans la foulée. Le mal est fait puisque David Cayer, seul au rebond, jette un premier froid (2-1 à 33'22").

Mis à rude épreuve, les organismes spinaliens payent un manque évident de lucidité. Un accrocher de Peter Slovak (33'38") ramène le loup dans la bergerie et le siège s'installe avec un Riendeau ne quittant jamais sa position préférentielle, en entrée de zone. C'est qu'il a la gâchette facile le Canadien mais les positions de shoots ouverts se font rares. La seconde unité spéciale, conjointement menée par Anthony Mortas et Miroslav Pazak, n'a pas davantage de réussite et le temps tourne en sa défaveur. Seulement voilà, à trop tergiverser pour dégager, le box-play se fait cueillir par l'inévitable Pazak, qui travaille ligne de fond et trouve Mortas, démarqué au second poteau (2-2 à 35'37").

L'ICE, émoussée, file un mauvais coton et subit clairement la domination adverse. Les temps forts se succèdent côté picard mais Petrik retarde l'échéance, sortant au besoin sa plus belle mitaine devant Kowalczyk (37e). Mais c'est sans compter sur la ténacité spinalienne, et la vista d'un Jussi Haapasaari jusqu'alors porté disparu. Retranché ce soir sur la troisième ligne, le blondinet finlandais se rappelle à nos vieux souvenirs. Il remonte le disque dans l'axe pour mieux fixer la charnière en entrée de zone, lançant Simko dans l'intervalle. Parti côté gauche, le Slovaque a fait la différence et repique vers la cage pour prendre le gardien à contre-pied (3-2 à 38'10"). Du bel ouvrage !

Le dernier acte prend vite des allures d'attaque/défense, avec des locaux reniant toute prise d'initiatives. Les coéquipiers de Vincent Bachet, eux, n'en mènent toujours pas large et n'ont pas grand chose à se mettre sous la dent. Pas de quoi fouetter un chat donc, la physionomie de ce match très tactique n'étant pas des plus passionnante...

En fait, tout va se jouer sur un coup de dés. Ou plutôt sur une pénalité de Jan Hagelberg, qui "s'éternise" sur la glace après avoir perdu son casque. Logiquement sanctionné (47'06"), le Finlandais verra du banc le tournant du match. Jusqu'alors si sûr de lui, Petrik ne bloque pas le lancer de Kowalczyk et le laisse à disposition de Mortas, en embuscade (3-3 à 48'50"). Richer peut remercier sa "vieille garde".

La mort-subite se profile à l'horizon, chacun se neutralisant plus qu'autre chose. Mais voilà, d'attendre à subir il n'y a qu'un pas... que les Lorrains franchissent allègrement dans ce dernier tiers-temps. Toujours très en verve face aux Dauphins, ce diable de Pazak va signer deux passes archi-décisives ce soir. Dont celle de la victoire, une infiltration plein axe qui scotche la défense et libère Grégory Béron, à l'affût dans le slot (3-4 à 59'09"). Béron se fend-là d'un but capital, qui pousse ses hôtes à une improbable course-poursuite...

Dur à digérer...

Vu la tournure des événements, les Spinaliens peuvent nourrir d'immenses regrets, eux qui ont cru jusqu'au bout à l'exploit. Les heurts d'après matchs en disent long sur leur degré de frustration, à l'image d'un Michal Petrak s'en prenant gratuitement à David Cayer. Le Tchèque est sévèrement (mais justement) réprimé par Monsieur Hauchart, qui n'était plus revenu dans la Cité des Images depuis le fameux Épinal-Strasbourg de la saison passée...

Et d'une qui fait cinq, comme cinq victoires d'affilées pour des Gothiques consolidant un peu plus leur quatrième place. Ils peuvent donc savourer sans retenue un succès long, très long à se dessiner. Une défaite dure à encaisser pour des Vosgiens valeureux, qui ont tenu la dragée haute à un contradicteur intrinsèquement supérieur avant de craquer sur plusieurs erreurs individuelles, et donc évitables. Trop attentiste sur la fin, l'ICE n'a pas su forcer son destin. Ne dit-on d'ailleurs pas que la chance sourie aux audacieux ?

Reste qu'il faudra rapidement ravaler cette déception pour rebondir. Dès mardi face à Grenoble ?

 

Épinal - Amiens 3-4 (1-0, 2-2, 0-2)
Samedi 23 janvier 2010 à 20h15 à la patinoire provisoire de Poissompré. 500 spectateurs.
Arbitrage d'Alexandre Hauchart assisté de Laurent Rouèche et Benjamin Gremion.
Pénalités : Épinal 33' (2', 4', 2'+5'+20') ; Amiens 8' (2', 6', 0').
Tirs : Épinal 27 (8, 13, 6) ; Amiens 40 (11, 19, 10).

Évolution du score :
1-0 à 11'44" : Plch assisté de Papelier et Karlsson
2-0 à 29'09" : Simko
2-1 à 33'22" : Cayer assisté de Rodier et Sadoun
2-2 à 35'37" : Mortas assisté de Pazak et Bachet (sup. num.)
3-2 à 38'11" : Simko assisté d'Haapasaari
3-3 à 48'50" : Mortas assisté de Béron et Kowalczyk (sup. num.)
3-4 à 59'04" : Béron assisté de Pazak et Bachet

 

Épinal

Gardien : Stanislav Petrik [sorti de sa cage à 59'30"].

Défenseurs : Peter Slovak - Fabien Leroy ; Benoît Quessandier (A) - Jan Hagelberg ; Niko Mäntylä - Lionel Simon.

Attaquants : Jan Simko - Michal Petrak - Nathan Ganz ; Guillaume Papelier - Tomi Karlsson - Jan Plch (C) ; Jussi Haapasaari - Erwan Agostini - Tarik Chipaux.

Remplaçants : Henrik Tojkander (G), Kévin Benchabane. Absent : Guillaume Chassard (épaule luxée).

Amiens

Gardien : Ville Koivula.

Défenseurs : Vincent Bachet (C) - Pavel Kowalczyk ; Maxim Belov - Jean Philippe Glaude (A) ; Julian Marcos (A) - Thomas Roussel.

Attaquants : Grégory Beron - Anthony Mortas - Miroslav Pazak ; Yannick Riendeau - Sylvain Rodier - David Cayer ; Loïc Sadoun - Brian Henderson - Simon Petit.

Remplaçants : Sebastian Ylönen (G), Romain Bault, Valentin Claireaux. Absents : Teddy Trabichet, Yannick Offret (épaule récalcitrante).