Épinal - Grenoble (Ligue Magnus, 8e journée, match en retard)

Le grand écart

La course aux points bat son plein entre deux adversaires qui en ont cruellement besoin. Mais pas pour les mêmes raisons. En effet, Grenoble court toujours après ses points perdus pour recoller au dernier carré. En cela, une défaite d'Amiens ce samedi n'aurait pas été pour leur déplaire. Reste que les Gothiques ont gagné, ici-même (4-3). De quoi hanter les nuits de Santino Pellegrino, convaincu de la possibilité d'épingler un gros sur le parking de Poissompré.

Occasion lui est donnée, ce soir, de le démontrer, avec deux points à la clé. Deux unités qui le rapprocherait, un peu, de ce "grand huit" tant convoité. Pour l'heure, c'est un rêve. Pour devenir réalité, il faudra gagner. Ou plutôt enchaîner les exploits car le calendrier ne fera pas de cadeaux aux Spinaliens dans les semaines à venir. À commencer par ce soir, dans ce match en retard du 14 novembre dernier face à Grenoble. Un champion de France qui vaut mieux que son classement actuel...

Les BDL, toujours privés de leur "magicien Broz", étaient attendus de pied ferme dans les Vosges. Seulement voilà, Grenoble n'est pas Amiens. Et aucun match ne se ressemble. Si celui de samedi aurait pu tourner à l'avantage des locaux, celui-là n'aura pas fait un pli tant les Brûleurs de Loups ont dominé leur sujet. Sans être réellement inquiétés il est vrai...

Habitués aux "fastes" de Pôle Sud, les hommes de Mats Lusth découvrent le confort spartiate d'un hangar où s'entasse quelques passionnés courageux. Car il faut l'être pour endurer le froid glacial qui y règne. Loin de ces contraintes matérielles, les visiteurs prennent d'emblée le match en main. La menace se précise devant Tojkander. Sivic, lui, annonce la couleur d'un débordement rageur (03'04")...

Au bout du Rouleau... le but !

Par la grâce d'une pénalité, l'ICE s'affranchit de cette nette domination territoriale. Problème, le savoir-faire défensif des visiteurs n'est plus à démontrer. Leur vitesse en contre-attaques non plus. Ces actions de rupture sont d'ailleurs bonifiées par la qualité des récupérations et du jeu en transition. Un domaine où brille tout particulièrement Alexandre Rouleau, véritable "monsieur propre" des relances et rampe de lancement attitrée d'un Damien Fleury débordant d'activité. Le Canadien, plutôt que de se risquer à de longues passes incertaines, n'hésite pas à monter la rondelle loin devant pour une assurer une qualité de passe optimale à ses avants.

Sur un contre orchestré par Dufour, Sivic arrive lancé et obtient l'incarcération de Petrak (05'27"). La première d'une longue série pour le Tchèque, qui remet ça peu après (07'51"), rejoint dans son malheur par Lionel Simon (08'05"). L'occasion est trop belle de faire parler la poudre, d'autant que Grenoble ne manque pas de "gros bras" avec Wallin et Rouleau, qui a bien quelques shoots ouverts à se mettre sous la dent, comme cette énorme occasion à bout portant (9e). Sur ce coup, les artilleurs font chou blanc. Mais ce n'est que partie remise...

Eddy Ferhi règne ce soir sur une défense de fer, qui n'a pas grand mal à se faire respecter vu la faible adversité proposée. Secoués dans le défi physique, les locaux subissent. Un abattage pas étranger aux "jeunes loups" - les Baylacq, Arrossamena et autres Papa - qui  profitent d'un temps de glace accrû cette saison et patinent sans relâche dans les deux sens. L'intensité est d'ailleurs le dénominateur commun à cette génération 1989/90. Antonin Manavian distribue quant à lui quelques mises en échec peu appuyées, pour une fois conscient de l'importance de rester discipliné dans ce "match-piège" pas encore désamorcé. Mais cela ne saurait tarder...

Trop excentré, Jussi Haapasaari rate une cage ouverte (15'20"). Épinal laisse passer sa chance... et c'est Grenoble qui la saisit sur un contre rondement mené et bien sûr initié par Alexandre Rouleau. Le Québécois monte le puck aux avant-postes, plein axe, et trouve l'inévitable Fleury, qui s'engouffre dans la brèche. Tartari a bien suivi au rebond, pour un grand classique de l'attaque grenobloise cette saison (0-1 à 15'47")...

Poussés dans leurs derniers retranchements, les Vosgiens passent un sale quart d'heure et s'exposent aux contres sitôt qu'ils mettent le nez à la fenêtre. Et lorsque la pression iséroise s'exerce en zone offensive, elle neutralise toute forme de sortie de zone. Cantonnant les défenseurs spinaliens près de leur cage.

Les Brûleurs de Loups desserrent quelque peu leur étreinte au retour des vestiaire, comme pour mieux inciter leurs hôtes à se jeter dans la gueule du loup. Car le danger couve avec les Fleury, Dufour et autres Sivic. L'ICE n'a pas autant d'individualités sous la main, seulement Jan Plch, par qui vient ses (rares) occasions. Sur-utilisé, notamment en supériorité numérique, le Slovaque se démène comme un beau diable mais manque cruellement de soutien ; Tomi Karlsson n'étant visiblement pas dans son assiette. Le Finlandais, qui commet des erreurs de contrôle inhabituelles, livre tout bonnement son plus mauvais match depuis près de trois mois. Jussi Haapasaari, pour sa part, reste constant dans... l'inconsistance.

"Sivic" pacem para bellum...

Tout aussi explosif que Damien Fleury, Mitja Sivic est à surveiller comme le lait sur le feu. Cet électron-libre, qui gravite autour du pôle Jansson-Nilsson, est toujours capable d'un exploit individuel ou d'un démarrage canon qui fait toute la différence. Un moment d'inattention et le Slovène met les gaz. Feinte de corps pour enrhumer Simon et s'ouvrir le but (0-2 à 30'39")...

L'affaire prend mauvaise tournure pour les "rose et bleu", qui creusent leur propre tombe à force d'être pénalisés. Voilà un scénario idéal pour le powerplay dauphinois, qui ressort aussitôt l'artillerie lourde. De la pointe, Rouleau vide son chargeur sur Tojkander (34e). Wallin, d'un maître-tir dont il a le secret, trouve quant à lui la déviation de Manavian, qui avait imposé son gabarit de déménageur dans le slot (0-3 à 34'56"). Grenoble déroule...

Les Dauphins, eux, n'y sont plus, laissant Tojkander, Plch et quelques autres (les jeunes notamment, dont un Benchabane très saignant) à leur triste sort. Mais si ça sent le sapin pour les Vosgiens, pour Tartari, ça fleure bon le doublé. Le capitaine est encore tout étonné de se retrouver totalement démarqué au second poteau, pour tranquillement ajuster le haut du filet (0-4 à 41'17"). Damien Fleury avait, il est vrai, fait la différence en renversant le jeu grâce à un énorme travail préparatoire derrière la cage. La vitesse d'exécution et la complémentarité de la "super-ligne" a encore frappé. Elle en remet d'ailleurs une couche sur une énième montée axiale de Rouleau où Fleury joue d'opportunisme au rebond (0-5 à 47'21").

L'allègement de la masse salariale et quelques départs non compensés à l'intersaison ont favorisé l'émergence de nouveaux leaders. Parmi eux Damien Fleury, qui a pris une nouvelle dimension et s'affirme comme l'incontestable meilleur joueur français de Ligue Magnus cette saison. Sans oublier Christophe Tartari et Jean-François Dufour. Le tout soutenu par un Rouleau omniprésent et rappelant qu'Épinal n'a d'ailleurs pas d'équivalent à ce poste depuis Stéphane Gervais. Et surtout pas Jan Hagelberg, qui ne sera de toute façon jamais le défenseur offensif espéré. Tout juste un bon "essuie-glaces"...

Ferhi blanchi

Le plus dur est fait depuis longtemps pour Grenoble... mais pas encore pour Ferhi. Reste à assurer le blanchissage, qui serait son deuxième de la saison en championnat. Après quelques alertes (et un poteau de Plch), la mission est accomplie. Et c'est toujours bon à prendre, d'autant qu'Eddy Ferhi, ces derniers temps, n'a pas toujours eu la cote auprès de Mats Lusth.

Les hommes de Santino Pellegrino ont montré leurs limites, faute d'avoir su (pu ?) élever leur niveau de jeu face à un adversaire plus fort dans tous les secteurs du jeu. Voilà l'ICE remise à sa place avant le match retour à Pôle Sud mardi prochain. Mais d'ici-là, elle n'aura pas le droit à l'erreur face à des Dijonnais en perte de vitesse...

 

Épinal - Grenoble 0-5 (0-1, 0-2, 0-2)
Mardi 26 janvier 2010 à 20h15 à la patinoire provisoire de Poissompré. 200 spectateurs environ.
Arbitrage de Jimmy Bergamelli assisté de David Courgeon et Jérémy Rauline.
Pénalités : 14' (6' + 6' + 2') contre Épinal ; 22' (14' + 2' + 6', dont 10' de méconduite à Jansson) contre Grenoble.
Tirs : 22 (2 + 10 + 11) pour Epinal ; 28 (10 + 10 + 8) pour Grenoble.

Évolution du score :
0-1 à 15'47" : Tartari assisté de Fleury et Rouleau
0-2 à 30'39" : Sivic assisté de Baylacq et Nilsson
0-3 à 34'56" : Manavian assisté de Wallin et Sivic (sup. num.)
0-4 à 41'17" : Tartari assisté de Dufour et Fleury
0-5 à 47'21" : Fleury assisté de Rouleau et Tartari

 

Épinal

Gardien : Henrik Tojkander.

Défenseurs : Peter Slovak - Fabien Leroy ; Benoît Quessandier  - Jan Hagelberg ; Niko Mäntylä - Lionel Simon.

Attaquants : Guillaume Papelier (A) - Tomi Karlsson - Jan Plch (C) ; Jan Simko - Michal Petrak (A) - Jussi Haapasaari ; Nathan Ganz - Erwan Agostini - Tarik Chipaux [puis Kévin Benchabane].

Remplaçants : Stanislav Petrik (G), Yvan Charpentier. Absents : Guillaume Chassard (épaule luxée), Anthony Rapenne (saison terminée).

Grenoble

Gardien : Eddy Ferhi.

Défenseurs : Viktor Wallin (A) - Maxime Moisand ; Alexandre Rouleau - Jakob Milovanovic ; Antonin Manavian - Nicolas Besch.

Attaquants : Mitja Sivic - Martin Jansson (A) - Anders Nilsson ; Jean-François Dufour - Christophe Tartari (C) - Damien Fleury ; Julien Baylacq - Raphaël Papa - Nicolas Arrossamena.

Remplaçant : Anthony Koren (G). Absents : Ludek Broz (lombalgie), Sébastien Raibon (blessé), Jason Crossman.