Montpellier - Brest (Division 1, 19e journée)

Deux poids, deux mesures... Bien entendu, il ne s'agissait pas de l'arbitrage très équilibré de l'officielle, mais des deux équipes sur la glace, pas vraiment sur un patin d'égalité.

Un petit incident avait montré le grand calme de l'albatros survolant, immuable planeur, les flots agités, sans y perdre sa quiétude. Traumatisés pourtant par le déplacement à Nice, conclu par un match mort-né pour cause de glace qui ne glace pas, les Bretons se voyaient plongés dans le noir d'un vestiaire dont tous les néons s'éteignaient pour ne plus repartir. Transbahutés, sous la houlette du placide manager Sébastien Oprandi, de vestiaires trop petits en salle dédiée aux préparatifs du traiteur, les hommes d'André Peloffy n'en perdaient pas leur calme et s'appliquaient sans trop rechigner à migrer, puis re migrer, au gré des interventions du personnel de Végapolis, mobilisé sur tous les fronts les soirs de match.

Eh bien, c'est le même calme, celui de la force tranquille, que les Brestois restituaient dès les premiers coups de patins. Ville Åman (0'38") partait bien seul en break away, mais échouait, poursuivi par une brigade défensive toujours autant à son affaire qu'au match aller.

Il y a toujours un grain de sable dans les rouages les mieux huilés... Ce soir, il allait s'appeler Mojmir Bozik et, même si le Montpellier-OM avait un tout petit peu vidé les gradins, les 835 spectateurs présents devraient s'en contenter, car se serait le dernier ! Mojmir, l'idole des Avignonnais présents, allait se louper et rater sa relance, celle-ci transitait par Yoann Chauvière pour atterrir dans la palette de Sébastien Aris (1'54"). Un but inattendu, d'autant plus que Romain Masson avait privé les Vipers de leur égalité numérique...

Les Vipers, rassérénés par ce petit but d'avance, faisaient donner leurs chevau-légers et l'on assistait à un festival d'incursions en zone adverse. Des incursions bien maîtrisées par la défense qui laissait à Mojmir Bozik, encore un peu fragilisé de sa bévue, le temps de se remettre. Les Brestois, semblant toujours aussi peu émotifs, tissaient eux un autre scénario dans lequel chaque tir était cadré et dangereux et donnaient à Fabrice Agnel l'occasion de s'illustrer.

Si une première supériorité aux Vipers restait vaine, le tour donné aux Bretons se révélait payant et l'égalisation survenait logiquement sur une combinaison de Juraj Ocelka (11'55") avec Ludek Krayzel. Le reste du tiers-temps donnait lieu à de jolis gestes techniques de part et d'autre et les deux équipes pouvaient se séparer sur une parité méritée.

L'enseignement tiré du premier tiers-temps était clair. Plus forts physiquement, plus techniques, plus organisés, il fallait vite créer la surprise ou se préparer à une longue frustration.

Le gardien Bozik allait recevoir tout au long de ce tiers-temps pas moins de vingt tirs cadrés de la part de Vipers qui jouaient là un peu leur va tout. Le pilonnage commençait avec la pénalité à Volkov (23'47"), durant laquelle les Montpelliérains obtenaient de bonnes chances de marquer. Les Brestois répliquaient avec calme, lançant leurs flèches que Fabrice Agnel écartait sans coup férir.

Il y a flèche et flèche... Celle qui sortait du carquois d'André Peloffy serait fatale aux bleus, elle avait pour nom Matthieu Brunelle. L'ailier de puissance concluait le mouvement initié par Lilian Prunet et Jaroslav Prosvic en pénétrant en force dans la zone d'attaque (28'04"). Écartant sans ménagement Jérôme Catil et Joshua Boileau, il allait fixer Fabrice Agnel pour inscrire le but d'avantage aux Brestois.

Un but qui allait faire très mal aux Montpelliérains de Lionel Bilbao, tant il mettait à jour l'impuissance, la différence de niveau. Un peu comme si le chat avait décidé de cesser de jouer avec la souris. Un sentiment encore renforcé quand l'autre star de l'équipe décidait d'en remettre une couche, une poignée de secondes plus tard. Sortie de zone impeccable par Vladimir Holik, relais avec Tomas Kaspar puis Ludek Krayzel (29'08"), qui finissait le travail d'un très vif tir qui ne laissait aucune chance au portier montpelliérain.

Assommés quelques minutes, les Vipers ne baissaient pourtant pas les bras et repartaient à l'assaut d'un Mojmir Bozik maintenant rassuré par le score et par des arrêts clés qui donnaient à ses coéquipiers ce petit air détendu qu'ils arboraient sur un banc débarrassé de toute pression. La machine déroulait son scénario bien écrit, bien exécuté et laissait les Vipers se casser les dents devant la réalité d'une supériorité qui transpirait par tous les pores des mouvements sur la glace.

Il y avait la place pour l'exploit et chacun le sentait bien. Et ils y ont cru. Quelques minutes ! Les Vipers avaient bien entamé ce dernier tiers-temps, volontaires encore, ils parvenaient à forcer Mojmir Bozik à des parades enlevées. Buter n'est pas marquer. Trop de maladresses laissaient l'impression d'une terrible impuissance, jusqu'à l'aveu ultime que rien n'était plus possible, même avec l'avantage numérique concédé par Peter Macek.

C'est Matthieu Brunelle (44'15") qui se chargeait de mettre définitivement les Vipers sous l'éteignoir. Erik Rosén, placé à la pointe du jeu de puissance, ne pouvait s'emparer d'un palet cafouillé qui passait plutôt par Jaroslav Prosvic et Lilian Prunet, et voyait s'échapper encore seul le Canadien. Tout en puissance, le néo Breton filait vers la cage à grands coups de patins et décochait un terrible revers droit dans la lucarne de Fabrice Agnel, qui n'en voit pas souvent de cette qualité-là...

Les seize minutes qui allaient suivre ne pouvaient donner lieu au moindre renversement de tendance. Pas même quand Kamil Vavra (48'50") était désigné sur un tir de pénalité obtenu par un geste sur Romain Masson, l'incontestable poumon de l'équipe. C'est dans un silence minéral que le Tchèque préparait son tir. Se souvenant que d'habitude le public encourage son tireur, les spectateurs s'extirpaient difficilement de la morne résignation qui les avait saisis pour pousser l'ailier à la réussite. Un bel arrêt du gant signait l'arrêt de tout espoir de retour.

Les jeux étaient faits. Fabrice Agnel faisait ses devoirs en empêchant l'aggravation du score, les Brestois poussaient juste ce qu'il fallait pour se mettre à l'abri de toute surprise et les secondes s'égrenaient ainsi jusqu'à un coup de sifflet final qui déliait les mimiques en d'amères contractions.

Certes, les Brestois évoluent dans un autre registre que les Vipers, celui d'une équipe qui s'est donnée les moyens de ses ambitions et a construit une lourde machine.


Montpellier - Brest 1-4 (1-1, 0-2, 0-1).
Samedi 30 janvier 2010 à 19h30 à Végapolis. 835 spectateurs.
Arbitrage de Marie-Tijana Picavet assistée de Nicolas Barbez et Adrien Popa.
Pénalités : Montpellier 10' (4', 4’, 2'), Brest 20' (4', 4‘+10', 2').
Tirs : Montpellier 40 (10, 20, 10), Brest 46 (13, 13, 20).
Évolution du score :
1-0 à 01'54" : Aris assisté de Chauvière (inf. num.)
1-1 à 11'55" : Ocelka assisté de Krayzel (sup. num.)
1-2 à 28’04" : Brunelle assisté de Prosvic et Prunet
1-3 à 29‘08" : Krayzel assisté de Kaspar et Holik
1-4 à 44'15" : Brunelle assisté de Prosvic et Prunet (inf. num.)