Épinal - Angers (Ligue Magnus, 21e journée)

L'heure des braves ganznathan

Malgré les blessures qui l'accablent, l’ICE a repris confiance après sa récente déconvenue dijonnaise. Une défaite "encourageante" à Pôle Sud qui s'accompagne d'un point forcément inespéré. Février ne pouvait pas mieux commencer... mais le plus dur reste à faire car un calendrier copieux attend les "rose et bleus", pour qui la dixième place est toujours d'actualité.

Angers n'est pas l'adversaire idéal pour engranger, même s'il a perdu de sa superbe après un excellent début de saison. Les désillusions en Coupes nationales sont passées par là. Les blessures aussi. Simon Lacroix reste toutefois le seul absent puisque Matias Metsäranta est revenu après un mois et demi d'absence.

C'est donc dans sa configuration habituelle que le "leader déchu" s'amène au hangar. Problème, il va tomber sur des Spinaliens certes amoindris, mais pleins de combativité. Dans la continuité du "presqu'exploit" grenoblois. Comme s'ils avaient la faculté de se mettre au niveau de leur adversaire...

Les Ducs ? Danger...

Vu les circonstances, Santino Pellegrino n'avait d'autre alternative que de miser sur une tactique ultra-défensive. Seulement voilà, l'entrée en matière des visiteurs ne lui laissera pas l'occasion de mettre cette théorie en pratique. Rapidement poussés dans leurs derniers retranchements, les locaux sont assiégés par des Ducs fermement décidés à marquer au plus vite, histoire de désamorcer le piège qui s'annonce. Sauf que l'ouverture du score va se faire attendre, au bout de dix longues minutes d'une domination stérile. Angers a beau monopoliser la rondelle, l'efficacité lui fait défaut. Et en attendant que ses fines lames ne règlent la mire, c'est Juho Jokinen, à l'affût au second poteau, qui débloque la situation (0-1 à 10'47"). Un but qui doit beaucoup au travail préalablement fourni dans l'arrondi par Julien Albert.

En plus d'enchaîner les matchs (son cinquième en quinze jours), Épinal accumule également les blessures. Après l'épaule de Chassard, le genou de Chipaux et la main de Simko, c'est le poignet de Simon qui a trinqué mardi à Grenoble. Mais, plus grave encore, la blessure à la cheville contractée par Niko Mäntylä à Pôle Sud prive l'ICE de sa clé de voûte défensive. Une tuile malvenue qui affecte durement les rotations. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, cette avalanche de pépins physiques est profitable aux jeunes. C'est notamment le cas de Nathan Ganz, qui accumule de l'expérience et du temps de glace depuis quelques semaines et ne dépareille pas aux-côtés d'un Erwan Agostini très incisif. Sitôt le but angevin, ce dernier s'amène aux avant-postes et prend sa chance à mi-distance, surprenant Peter Aubry (1-1 à 11'05").

... non, piégés !

Voilà qui rappelle le scénario de Pôle Sud, d'autant qu'Épinal fait preuve d'un même réalisme. Angers, qui poursuit ses vendanges, devrait en prendre de la graine. Fabien Leroy devrait quant à lui s'inspirer du jeu simple et sans fioritures d'un Marko Kiprusoff taille-patron. Très calme, très posé, le vétéran finlandais est d'une sérénité à toute épreuve. Il ne transige pas dans les duels et ne prend aucun risque dans ses relances, étalant son savoir-faire à chacune de ses présences. Lauri Lahesalu, autre rouage important de la défense, partage la même sobriété tandis que Pavol Mihalik, lui, est toujours partant pour le défi physique. Haapasaari l'a appris à ses dépens (7e) mais se vengera, par procuration, en profitant d'un tergiversation d'Igier pour aussitôt décaler Petrak côté opposé. La reprise du Tchèque termine sous la barre  (2-1 à 17'34").AubryPeter Et voilà les visiteurs menés au score à la fin du premier acte. Qui l'eût cru avant la rencontre ?

Sur le papier, Angers a tout d'un grand. Sur la glace, c'est moins flagrant d'autant que la finition n'est pas au rendez-vous. Les Ducs frisent même la correctionnelle sur un débordement rageur de Quessandier qui manque de sourire à Haapasaari (21'03"). Mais voilà, si l'ICE s'enhardit, elle semble en oublier l'essentiel : cette fameuse rigueur défensive, seule garante de sa réussite ce soir. Benchabane s'essaye au sprint face à Mihalik pour récupérer un puck qui sera finalement dégagé de la crosse par Aubry. Leroy, en couverture, est au point de chute du palet, à hauteur du banc angevin, et s'en débarrasse aussitôt. Thiery Poudrier, monté au pressing, n'en demandait pas tant et le petit canadien, à mi-distance, décoche un tir gagnant (2-2 à 22'18").

Par chance, ses collègues sont autrement plus consciencieux. Il faut bien cela pour contrarier les desseins d'un powerplay articulé autour de Jonathan Bellemare. Une tête pensante qui ne manque pas de bras armés, à commencer par Marko Kiprusoff. Cet ancien "glorieux" du Mondial 95 s'octroie quelques libertés offensives dans une Ligue Magnus pas toujours très exigeante et dont il est intrinsèquement le meilleur défenseur. De la pointe, son tir vaut le détour mais "Toj" est fastoche, malgré le trafic (25e). Une fois encore, la précision fait défaut aux artilleurs angevins mais la ténacité du box-play spinalien n'y est pas étrangère...

Si les hommes d'Heikki Leime s'exposent à quelques contres rondement menés, ils s'enlisent surtout dans un faux-rythme qui sied bien aux Lorrains. Seule solution, le jeu en première intention, toujours risqué face à des locaux contestant chaque palet, chaque lancer et chaque ligne de passe. Mine de rien, Épinal nous refait le coup d'Amiens...

Faute de réellement hausser leur niveau de jeu, les Ducs enchaînent surtout les pénalités et semblent plus vulnérables que jamais. L'orage passé, ils se retrouvent à leur tour en supériorité sans pour autant justifier ce statut de "puissance offensive". Le périmètre est il est vrai bien bouclé devant Tojkander et les choix de Bellemare ne sont pas toujours très judicieux.

Veni "Vidman" Vici

Au-delà de toute espérance, l'ICE tient la dragée haute au favori angevin et n'entend pas baisser sa garde à l'entame du troisième tiers temps. Moins spectaculaire que la triplette Laprise-Bellemare-Fortier, la deuxième ligne n'en est pas moins efficace. Hermanni Vidman, en embuscade, est d'ailleurs réceptionnaire d'une passe de l'inévitable Tomas Baluch, depuis l'arrière du but (2-3 à 45'07").

Mieux vaut tard que jamais

Subitement, Angers reprend du poil de la bête et Pierre-Luc Laprise profite d'un palet égaré en zone neutre pour sonner la charge côté gauche. Jonathan Bellemare, qui avait bien suivi, rate toutefois la mise à mort (51e). Ce n'est que partie remise pour le centre de poche, remontant le disque dans l'axe pour trouver le relais de Laprise dans son couloir gauche. L'ailier québécois, pas attaqué, a tout le temps de temporiser et fixe le gardien pour mieux trouver Fortier, démarqué au second poteau (2-4 à 53'42").

Cette fois c'est plié, d'autant qu'un nouveau powerplay vient creuser la tombe des Dauphins. Leur fossoyeur est vite trouvé : Fortier branchant Laprise pour une conclusion lumineuse à bout portant (2-5 à 56'30"). Et tant pis pour Tojkander, qui s'était préalablement démultiplié pour retarder l'échéance... Aubry est logé à la même enseigne en repoussant un shoot de Plch sur sa gauche, d'où surgit ce diable d'Haapasaari (3-5 à 58'47"). Dans tous les bons coups ce soir, le Finlandais semble monter en puissance. Comme tout bon joueur d'expérience à l'approche des playoffs ?

La victoire d'Angers est acquise, même si l'insaisissable Jonathan Bellemare est "petit bras" face à une cage vidée de son occupant (59'53"). Qu'importe, l'ICE n'a pas à rougir de sa prestation. Malgré sa défense "peau de chagrin", elle a fait front en travaillant d'arrache-pied pour équilibrer les rapports de force. Des ressources morales qui auront freiné les ardeurs d'un ensemble angevin pas toujours souverain. Oui, ces Ducs-là étaient prenables... mais les Dauphins n'ont pas trois poumons et l'usure physique s'est clairement ressentie en fin de partie.

La Ligue Magnus va maintenant faire relâche, trêve internationale oblige. L'occasion pour Santino Pellegrino de scruter l'évolution des blessés avant d'envisager deux déplacements cruciaux dans les Alpes, à Villard-de-Lans (chez des Ours en chute libre) puis à Morzine (où la bataille pour la cinquième place fait rage avec Grenoble).

 

Épinal - Angers 3-5 (2-1, 0-1, 1-3)
Samedi 6 février 2010 à la patinoire provisoire de Poissompré. 500 spectateurs environ.
Arbitres : Jimmy Bergamelli assisté de Pierre Dehaen et Joffrey Barcelo.
Pénalités : 12' (2' + 6' + 4') contre Épinal ; 12' (2' + 6' + 4') contre Angers.
Tirs : 26 (6 + 12 + 8) pour Épinal ; 31 (12 + 6 + 13) pour Angers.

Évolution du score :
0-1 à 10'47" : Jokinen assisté d'Albert et Poudrier
1-1 à 11'05" : Agostini assisté de Ganz et Slovak
2-1 à 17'34" : Petrak assisté de Plch et Haapasaari (sup. num.)
2-2 à 22'18" : Poudrier assisté d'Aubry
2-3 à 45'07" : Vidman assisté de Baluch et Metsärantä
2-4 à 53'42" : Fortier assisté de Laprise et Bellemare
2-5 à 56'30" : Laprise assisté de Fortier et Lahesalu (sup. num.)
3-5 à 58'47" : Haapasaari assisté de Leroy et Plch (double sup. num.)


Épinal

Gardien : Henrik Tojkander [sorti de sa cage de 57'28" à 58'47" puis de 59'2" à 60'00"].

Défenseurs : Peter Slovak - Fabien Leroy ; Benoît Quessandier - Jan Hagelberg .

Attaquants : Guillaume Papelier (A) - Tomi Karlsson - Jan Plch (C) ; Jussi Haapasaari - Michal Petrak (A) - Yvan Charpentier ;  Nathan Ganz - Erwan Agostini -  Kévin Benchabane.

Remplaçant : Stanislav Petrik (G). Absents : Guillaume Chassard (épaule luxée), Jan Simko (fracture de la main), Lionel Simon (entorse du poignet), Niko Mäntylä (cheville), Anthony Rapenne (cheville, saison terminée).

Angers  

Gardien : Peter Aubry.

Défenseurs : Marko Kiprusoff  ; Pavol Mihalik ; Lauri Lahesalu ; Per Braxenholm ; Kévin Igier.

Attaquants : Pierre-Luc Laprise - Jonathan Bellemare (C) - Éric Fortier ; Tomas Baluch (A) - Matias Metsäranta - Hermanni Vidman ; Juho Jokinen (A) - Thiery Poudrier - Julien Albert.

Remplaçants : Lucas Normandon (G), Charlie Doyle, Mathieu Frecon, Nicolas Primout. Absent : Simon Lacroix (rupture du tendon d'Achille, convalescent).