Analyse de l'effectif allemand aux JO

Marco SturmLes informations concernant certains pays provoquent des réactions immédiates, alors que d'autres passent totalement inaperçues. Lorsque le staff russe déclare sa liste modifiable ou publie les noms des remplaçants potentiel, la NHL s'offusque en rappelant que les listes doivent être définitives, ce qu'elle a convenu avec son syndicat des joueurs.

Et pendant ce temps-là, le sélectionneur allemand publie une liste de 23 noms qu'il dit purement formelle. Il explique se référer aux règles du comité olympique allemand, qui réclame juste une liste élargie de 35 noms, et non à celles de l'IIHF. Ce sont les mêmes motifs qui valent des procès d'intention aux Russes... à la différence notable que l'Allemagne est passée aux actes ! Elle est la seule nation à avoir modifié sa liste a posteriori pour une pure raison de coaching, sans la moindre "raison valable" exigée par la fédération internationale. Et... tout le monde s'en fiche ! Krupp pourrait danser nu sur les tables à ses conférences de presse que les médias nord-américains ne relèveraient même pas l'évènement.

Faut-il donc qu'Uwe Krupp se fasse tatouer "Medvedev mon amour" sur le front pour que les responsables de la NHL comme Bill Daly s'expriment à son sujet comme ils le font à chaque déclaration russe ? Pourtant, l'Allemagne a fait ce qu'il faut pour choquer. Voilà un pays qui n'a que cinq joueurs titulaires en NHL et qui se permet d'en laisser deux à la maison ! Imaginez la rebuffade pour la meilleure ligue du monde. Mais celle-ci n'est préoccupée que par sa guerre froide avec la KHL, dans une escalade verbale... préalable à négociation pendant la trêve olympique.

Revenons au point de vue allemand : pourquoi cette défiance envers Hecht et Schubert ? Tout simplement parce qu'ils ont déçu aux derniers championnats du monde. À cette époque, Uwe Krupp avait rompu l'équilibre d'une équipe convaincante en préparation pour injecter les joueurs de NHL (et les finalistes de DEL). Les substitutions avaient fait plus de mal que de bien. Forcément, il se méfie. Jochen Hecht a cependant été rappelé avec trois semaines de retard, comme s'il ne s'agissait que d'un avertissement. Si Bykov avait procédé de même en changeant d'avis sur Frolov ou sur Kovalev, la NHL aurait hurlé sa colère jusqu'à Vladivostok...

 

Les gardiens

Dimitri Pätzold (Ingolstadt, ALL)
Thomas Greiss (San José Sharks, NHL)
Dennis Endras (Augsbourg, ALL)

Krupp a toujours voué une haute estime à Dmitri Pätzold, quelles que que soient ses performances du moment. Il respecte notamment son parcours en AHL, un argument qui vaut d'autant plus pour l'actuel gardien de NHL Thomas Greiss. Ils sont familiers des glaces nord-américaines, et même sans cela, ils étaient de toute manière assurés de leur place dans l'esprit du sélectionneur. Il ne restait qu'une place, en l'occurrence pour le jeune qui monte Dennis Endras.

Les absents : Uwe Krupp a inscrit dans la liste de réserve Rob Zepp, le Germano-Canadien des Eisbären de Berlin. Mais d'autres absences choquent. Celle de Patrick Ehelechner, l'homme en forme en DEL à Nuremberg, irrite les supporters allemands. On peut s'interroger sur le sort de Dimitrij Kotschnew car le fait d'avoir blanchi les Tchèques, dernière grande performance de l'équipe d'Allemagne, semble l'avoir curieusement desservi. Il n'était pas considéré comme titulaire avant, et l'a été encore moins après. La hiérarchie des gardiens est la plus figée chez Krupp, et le portier du Spartak Moscou est du mauvais côté.

 

 

Les défenseurs

Christian Ehrhoff (Vancouver Canucks, NHL) - Michael Bakos (Ingolstadt, ALL)

Michael BakosJamais sans doute l'Allemagne n'avait disposé d'un leader de ce niveau pour ses lignes arrières. On connaissait les qualités d'Ehrhoff, défenseur offensif mobile avec un bon slap, mais cette saison il a pris une autre dimension. Alors qu'il avait amassé une fiche de -12 l'an passé avec San José, pourtant vainqueur de la saison régulière (!), il figure aujourd'hui parmi les meilleurs de la NHL dans cette statistique. Depuis son transfert à Vancouver, dans la ville olympique, il est devenu un joueur-clé en défense, qui se replie vite et gagne ses duels. Espérons que la longue tournée des Canucks en déplacement avant les JO n'use pas Ehrhoff, afin qu'il montre ce même visage pour son équipe nationale. Il aura sans doute un joueur tirant de la droite à ses côtés, par exemple Michael Bakos qui est un cadre solide de la formation d'Uwe Krupp.

Dennis Seidenberg (Florida Panthers, NHL) - Jakub Ficenec (Ingolstadt, ALL)

Encore un Allemand qui s'affiche statistiquement : le joueur qui bloque le plus de tirs dans la NHL cette saison, c'est Seidenberg, prototype du joueur utile et techniquement sûr. Ficenec n'a obtenu son passeport allemand qu'en septembre, mais il a gagné sans discussion sa place pendant la Deutschland Cup en novembre. La naturalisation arrive-t-elle ou non trop tard ? Le Tchèque d'origine aura 33 ans pendant les JO, et il est moins spectaculaire qu'il y a quelques années. Son slap sera quand même un atout majeur du powerplay.

Chris Schmidt (Mannheim, ALL) - Jason Holland (Düsseldorf, ALL)

En Amérique du nord, on ne comprend pas qu'on puisse préférer des vétérans passés en NHL il y a longtemps à un Schubert qui y est titulaire actuellement. En Allemagne, on s'indigne que ces naturalisés aux performances médiocres en club soient préférés à de jeunes joueurs locaux prometteurs. Autant dire que la présence de ces deux hommes provoque quelques grognements. Krupp, lui, aime ces arrières au jeu simple et compte sur la motivation de ces Canadiens qui vont jouer les Jeux olympiques à domicile. Rassurez-vous sur un point : depuis la tragicomédie du Mondial 2008, Holland est maintenant bel et bien sélectionnable...

Alexander Sulzer (Nashville Predators, NHL) - Korbinian Holzer (Düsseldorf, ALL)

Joueur mobile avec un bon slap, Sulzer est le septième défenseur dans la hiérarchie de Nashville, oscillant le plus souvent entre la tribune et des piges en AHL pour lui permettre de garder la forme avec du temps de jeu et pas mal de points. Depuis son plus jeune âge, Holzer paraît destiné, par son jeu rude et son gabarit, à faire carrière sur le continent nord-américain. Il a d'ailleurs été drafté par Toronto, mais a parfois été ralenti par des blessures. C'est cette année qu'il explose, au point d'être appelé aux JO après seulement 4 sélections. Il sera le plus jeune joueur de l'équipe.

 

Les absents en défense : la liste des remplaçants compte quatre noms, dont l'un - Frank Hördler - est hors course en raison d'une blessure au genou. Les autres sont Sven Butenschön, défenseur défensif à la double nationalité, André Reiss, ancien attaquant reconverti par Hans Zach à Hanovre, et, donc, Christoph Schubert. Faut-il s'étonner de l'absence de ce dernier ? Pas vraiment. Cela fait quand même deux ans de suite qu'il commet des erreurs lourdes de conséquence aux championnats du monde. L'Allemagne a assez de défenseurs offensifs pour se passer de son jeu à risque en sortie de zone.

 

 

Les attaquants

Marco Sturm (Boston Bruins, NHL) - Marcel Goc (Nashville Predators, NHL) - Thomas Greilinger (Ingolstadt, ALL)

La carrière de Thomas Greilinger est la plus atypique du hockey international. 2000 : il se révèle dans sa ville natale de Deggendorf en troisième division au point d'être appelé en équipe nationale. 2001-2005 : le super-talent excède ses entraîneurs successifs par ses problèmes récurrents de surpoids et sa condition physique défaillante. 2005-2006 : deux blessures au genou lui font arrêter sa carrière à 24 ans. 2006-2008 : il reprend comme amateur dans son club formateur en quatrième division. 2008-2009 : Ingolstadt lui redonne sa chance mais il n'a d'abord pas la confiance de l'entraîneur Benoît Laporte, jusqu'à ce que celui-ci soit viré. 2009-2010 : Greilinger est meilleur marqueur de la DEL et sélectionné aux Jeux olympiques par Krupp ("il nous rend plus fort offensivement").

Les qualités offensives de Greilinger éclatant surtout sur une première ligne, on peut même imaginer qu'il évolue aux côtés de deux joueurs de NHL. Le rapide Marco Sturm est le joueur-vedette du hockey allemand. Blessé aux derniers Jeux olympiques, il sera présent cette fois à la tête d'une équipe au complet. On peut imaginer Goc en pilote de la première ligne, ce qui changera cet ex-prodige (qui avait débuté à 16 ans à Schwenningen) des seconds rôles auquel il est réduit en NHL.

Manuel Klinge (Kassel, ALL) - T.J. Mulock (Eisbären Berlin, ALL) - Michael Wolf (Iserlohn, ALL)

Alex BartaLe jeune Manuel Klinge est la surprise de la sélection en attaque. Ce joueur créatif n'est pas fait pour une ligne défensive, il pourrait donc faire la paire avec Michael Wolf, le buteur le plus régulier de cette équipe allemande. Le polyvalent T.J. Mulock, autre Canadien à la double nationalité, devrait sans doute jouer au poste de centre vu les rares recours à ce niveau.

Sven Felski (Eisbären Berlin, ALL) - Alexander Barta (Hambourg, ALL) - André Rankel (Eisbären Berlin, ALL)

C'est la ligne "berlinoise". Les trois joueurs ont certes appris le hockey dans la capitale, mais pas tout à fait dans le même contexte. L'un d'eux, Sven Felski, a été formé du temps du Mur, dans la pure école de l'est. Sa qualité de patinage porte cette marque de fabrique indéfectible. Avec ses 140 sélections, il sera le vétéran de l'effectif.

Les deux autres ont un jeu plus direct et également efficace : ils patinent fort, ont des bonnes mains, ne s'économisent jamais et sont toujours précieux.

Marcel Müller (Cologne, ALL) - Jochen Hecht (Buffalo Sabres, NHL) - John Tripp (Hambourg, ALL)

On pourrait considérer ce Müller au patronyme banal comme le grand inconnu de cette équipe. Il n'a que 21 ans, et n'a encore jamais joué un championnat du monde. Ceci dit, avoir fait partie des joueurs coupés avant les derniers Mondiaux a plutôt été à son avantage... Avec son gabarit (193 cm), Uwe Krupp l'avait vite identifié comme un candidat idéal pour la quatrième ligne. En début de saison, quand il a été contraint à jouer en défense à Cologne, on pensait cependant que ses chances olympiques étaient nulles. Et puis, il a été replacé en attaque et a été élu joueur du mois en DEL en décembre avec 8 buts et 8 assistances en 10 parties. Il marque, il est fort dans les duels : bref, il s'est rendu incontournable. John Tripp, capable de batailler sa place dans le slot, l'a toujours été, souvent plus efficace en sélection qu'en club.

Reste le cas Jochen Hecht. Pourquoi ce revirement ? C'est un bon joueur d'infériorité, mais Krupp lui a reproché son manque de leadership offensif aux derniers Mondiaux en déclarant qu'il n'avait "pas besoin d'attaquant défensif de NHL". Lindy Ruff, coach de Hecht à Buffalo, y a vu avec un certain sourire une manière étrange mais sans doute efficace de motiver son joueur. Depuis la décision, Hecht a marqué un point par match jusqu'à retourner l'opinion du sélectionneur : offensivement, il a rarement été aussi performant. Reste la grande question : quel rôle aura-t-il ?

 

Les absents en attaque : le plus surprenant, ce n'est pas l'appel tardif de Hecht, c'est l'identité du joueur sacrifié pour lui faire une place. Depuis le Mondial d'Amiens, Philip Gogulla était un titulaire indiscutable de l'équipe allemande, souvent sur la meilleure ligne. Certes, il a raté ses Mondiaux au printemps dernier, mais c'est le cas de presque toute l'équipe. Autre élément méritant qui figure sur la liste des remplaçants, le condensé d'énergie Yannic Seidenberg.

À la lecture de l'effectif allemand, on se demande où sont passés les centres, car seul Barta - voire Goc - évolue de façon fixe à ce poste. Il suffit de chercher, il y en a trois sur la liste des remplaçants. On peut penser que Christoph Ullmann aurait certainement été titulaire sans pépin de santé. Malheureusement, sa blessure au ligament interne du genou l'a éloigné des patinoires deux mois et demi, et il a repris le jeu trois jours avant l'annonce de la liste. Il a donc été gardé en réserve en attendant de voir sa vitesse de guérison. Autre titulaire habituel, Michael Hackert a sans doute pâti de la saison médiocre de Mannheim. Il est moins surprenant de voir Kai Hospelt en réserviste, même s'il évolue actuellement en première ligne à Wolfsburg (à la faveur de la blessure de Peter Sarno).