Présentation des JO : groupe A (Canada, États-Unis, Suisse, Norvège)

CanadaLa pression de tout un peuple pèsera sur les épaules du Canada. Pour les Canadiens, la médaille d'or en hockey fait partie des bijoux de la couronne.

Le Canada a tous les atouts pour l'emporter. Il a les meilleurs défenseurs du monde, alignés devant un gardien à l'expérience inégalable, Martin Brodeur. Vu l'identité des adjoints qui entourent Mike Babcock (Lindy Ruff, Ken Hitchcock, Jacques Lemaire), le système défensif devrait sûrement être au point, avec des jambes plus jeunes qu'à Turin pour l'appliquer.

En talent pur, les Canadiens ne sont peut-être pas les mieux dotés offensivement, mais sur une petite glace qui fait place au pressing dans les bandes et au jeu direct à la cage, ils s'annoncent redoutables. Aucune équipe ne peut rivaliser physiquement avec eux. Les traditionnels attaquants défensifs sont aussi massifs qu'énergiques, mais même la ligne purement offensive Heatley-Thornton-Marleau est composée de trois joueurs de 100 kilos. Ce trio des Sharks de San José est la ligne-vedette du moment, servie par le défenseur offensif Dan Boyle, mais avec le Canada le danger peut venir de n'importe qui. Il faudra être très fort pour terrasser cette équipe chez elle.

L'analyse complète de l'effectif. Changement par rapport à la composition prévue : aucun. Le plus incertain a été Ryan Getzlaf qui s'est blessé à la cheville à une semaine de l'échéance... mais a marqué quatre points pour son retour au jeu en NHL dimanche, à deux jours du début du tournoi olympique.

 

USAUne révolution silencieuse s'est produite aux États-Unis ces dernières années. Longtemps, les Américains étaient vus comme des rustres pratiquant un hockey autarcique et suranné. Leurs équipes olympiques conservaient une aura sympathique fondée sur le souvenir du Miracle de 1980, mais lorsque les "pros" remplacèrent les universitaires en 1998 à Nagano, ils saccagèrent leur réputation en même temps que leurs chambres d'hôtel. Les enfants gâtés de la NHL n'ont pas bonne presse.

La nouvelle génération compte aussi ses têtes brûlées, mais elle a été élevée dans un autre contexte. À la fin du siècle dernier, la fédération américaine, qui se contentait jusque là de s'appuyer sur les structures existantes (privées), a mis sur pied un programme national de développement. Elle a regroupé les meilleurs jeunes de 17 ans pendant toute l'année et leur a apporté une formation commune. Les nouveaux hockeyeurs américains ne sont donc plus des self-made-men égoïstes qui n'ont cure de leur fédé et refusent les déplacements dans des pays étrangers perçus comme hostiles. Ils ont porté le maillot national depuis leur jeune âge et se sont "ouverts à l'international", y compris dans leur jeu.

Le défenseur Jack Johnson symbolise ce nouvel esprit, lui qui est le seul joueur de NHL à avoir fait spécialement le voyage depuis Los Angeles pour être présent à la cérémonie d'ouverture. Être présent auprès des autres athlètes de la communauté olympique, c'est souvent ce qui manquait aux pros nord-américains soupçonnés d'être des millionnaires dédaigneux.

Dans le jeu, les Américains ont aussi évolué. Autrefois pachydermiques dans leurs déplacements comme dans leur comportement, ils ont fait de la vitesse leur atout majeur dans toutes les catégories. Aucune équipe n'a autant changé en quatre ans, le prix à payer pour ne pas l'avoir fait plus tôt. Cette jeune formation est prometteuse, éprouvée aux championnats du monde contrairement à ses devancières, mais ces JO ne viennent-ils pas trop tôt pour elle compte tenu de son inexpérience ?

L'analyse complète de l'effectif. Changements par rapport à la composition prévue : les défenseurs Paul Martin (fracture de l'avant-bras) et Mike Komisarek (opération de l'épaule) ont été remplacés par Ryan Whitney et Tim Gleason.

 


SuisseVoilà, c'est fini. Le plus long mandat du hockey international (13 années) va prendre fin. Ralph Krüeger ne dirigera plus l'équipe de Suisse après ce tournoi olympique. Initialement, il devait atteindre les quarts de finale pour rester en poste, un enjeu un peu artificiel. On connaissait déjà son successeur (Sean Simpson) et le parfum de fin de règne aurait fini par être trop pregnant, presque étouffant. Il y a deux semaines, la fédération a donc annoncé qu'un accord avait été trouvé pour cette séparation devenue inévitable.

Krueger a changé l'image de la Suisse et de ses joueurs, en introduisant de nouvelles exigences quant à la préparation physique et mentale. Mais il n'a jamais dévié de sa ligne, quitte à lasser. Ses résultats stagnants étaient meilleurs que ceux de ses prédécesseurs, mais ne suffisaient pas à combler un public avide d'un exploit plus grand encore, une médaille. La presse helvétique n'aura donc plus à militer contre le sélectionneur. Partisans et adversaires peuvent ranger leurs arguments : il n'y aura plus d'autre enjeu que le présent. Quant à savoir si la Nati fera mieux ou pire sans lui, on verra en temps utile. L'important, c'est ce qu'elle peut faire maintenant, libérée des controverses.

Il y a quatre ans à Turin, elle avait buté sur l'écueil usuel des quarts de finale, mais blanchi le Canada avec Martin Gerber dans la cage. Aujourd'hui, Gerber n'est plus là, blessé en KHL dans un choc tête contre tête. Jonas Hiller est le nouveau titulaire indiscutable, lui qui a délogé Giguère de la cage d'Anaheim et vient de signer un contrat de 18 millions de dollars sur quatre ans.

La transition se fait et l'avenir se prépare, déjà. Krueger travaille aussi pour le futur, en laissant à la maison son vieux chouchou Ziegler ou le déclinant Gardner. Et il n'a pas laissé l'honneur à son successeur de lancer dans le grand bain l'international junior Luca Sbisa, un défenseur formé à Zoug qui est déjà frotté au jeu physique nord-américain puisqu'il compte 47 matches de NHL au compteur.

La Suisse a perdu un cadre : Goran Bezina a réveillé sa blessure au dernier entraînement avant la clôture définitive des listes. Le réserviste Philippe Furrer, dont le billet d'avion de retour était prêt, reste donc à Vancouver.

Gardiens : Jonas Hiller (Anaheim Ducks, NHL), Ronnie Rüeger (Kloten), Tobias Stephan (Genève-Servette).

Défenseurs : Mark Streit (New York Islanders, NHL), Severin Blindenbacher (Färjestad, SUE), Raphael Diaz (Zoug), Philippe Furrer (D, Berne), Luca Sbisa (Portland, WHL), Mathias Seger (ZSC Lions), Patrick Von Gunten (Kloten, SUI), Yannick Weber (Canadiens de Montréal, NHL).

Attaquants : Andres Ambühl (Hartford, AHL), Thomas Déruns (Genève-Servette), Hnat Domenichelli (Lugano), Sandy Jeannin (Fribourg-Gottéron), Romano Lemm (Lugano), Thibaut Monnet (ZSC Lions), Thierry Paterlini (Rapperswil-Jona), Martin Plüss (Berne), Ivo Rüthemann (Berne), Raffaele Sannitz (Lugano), Julien Sprunger (Fribourg-Gottéron), Roman Wick (Kloten).

Absents : Martin Gerber (G, cervicales), Roman Josi (D, doigt cassé), Steve Hirschi (D, commotion), Goran Bezina (D, micro-déchirure abdominale), Peter Guggisberg (A, genou), Kévin Romy (A, contusion aux côtes).

 

NorvegeLes Jeux Olympiques de Lillehammer sont un beau souvenir, mais il commence à dater. Surtout pour la Norvège, dont les hockeyeurs n'avaient jamais joué un tournoi olympique depuis seize longues années.

Leur capitaine, Tommy Jakobsen, est donc un survivant d'un autre temps, lui qui a connu les tournois d'Albertville et Lillehammer. Cette longévité lui a valu d'être désigné porte-drapeau de la délégation norvégienne. Oui, un hockeyeur, dans ce pays qui ne jure par ses skieurs de tout poil, voire ses patineurs de vitesse, tous pourvoyeurs de médailles à gogo !

Reconnaissance inespérée pour le hockey sur glace norvégien qui passe en général au second plan dans son pays. S'il est revenu aux JO, ce n'est pas pour avoir développé sa popularité, il en est loin. Par contre, il a su s'appuyer sur des sections sports-études bien développées, avec des entraîneurs compétents.

Aujourd'hui, ses hockeyeurs s'exportent au plus haut niveau, à l'instar de Patrick Thoresen, septième marqueur et meilleur fiche +/- de la KHL. Tous les attaquants sauf deux jouent dans de grands championnats, et le fidèle entraîneur Roy Johansen dispose d'une densité encore jamais vue. Les Scandinaves se prendraient même à rêver... si le poste de gardien n'était pas resté loin derrière de développement général.

Gardiens : Pål Grotnes (Stjernen), Andre Lysenstøen (HeKi Heinola, FIN), Ruben Smith (Storhamar).

Défenseurs : Alexander Bonsaksen (MODO Örnsköldsvik, SUE), Jonas Holøs (Färjestad, SUE), Tommy Jakobsen (Lørenskog), Juha Kaunismäki (Stavanger), Lars Erik Lund (Vålerenga), Ole Kristian Tollefsen (Philadelphie, NHL, échangé la semaine dernière à Detroit), Mats Trygg (Cologne, ALL).

Attaquants : Jonas Andersen (Sparta Saprsborg), Anders Bastiansen (Färjestad, SUE), Marius Holtet (Färjestad, SUE), Kristian Forsberg (MODO Örnsköldsvik, SUE), Per-Åge Skrøder (MODO Örnsköldsvik, SUE), Mats Zuccarello (MODO Örnsköldsvik, SUE), Mads Hansen (Brynäs, SUE), Martin Ylven Laumann (Linköping, SUE), Mathis Olimb (Frölunda, SUE), Martin Røymark (Frölunda, SUE), Lars Erik Spets (Vålerenga), Patrick Thoresen (Salavat Yulaev Ufa, RUS), Tore Vikingstad (Hannover Scorpions, ALL).

Absents : Morten Ask (Nuremberg, ALL, blessé), Anders Myrvold (Manglerud Star, suspendu par la fédération).