Présentation des JO : groupe B (Russie, République Tchèque, Slovaquie, Lettonie)

RussieAleksandr Ovechkin est actuellement considéré comme le meilleur hockeyeur de la planète, adoubé comme étant "d'esprit canadien" par le commentateur conservateur Don Cherry. Lorsqu'il a été nommé capitaine des Washington Capitals il y a un mois, il a emmené son équipe à une série historique de 14 victoires consécutives. Mais la Russie, ce n'est pas juste Ovechkin, loin de là.

Des individualités, il y en a toujours eu dans l'équipe russe. La différence, c'est qu'il y a cette fois un coach "moderne", fin psychologue, pour faire jouer ensemble ces caractères difficiles. Vyacheslav Bykov a transformé le supposé dilettante Ilya Kovalchuk en joueur collectif, il a donné deux titres de championne du monde à une Russie qui n'avait rien gagné depuis quinze ans, et il ne compte pas s'arrêter là. Il déclare ouvertement viser l'or, quand Vladislav Tretiak, réélu président de la fédération russe la semaine dernière (il était le seul candidat), se contente d'évoquer une médaille sans préciser la couleur.

Tretiak avait été porte-drapeau à deux reprises, en 1976 et en 1984, en se couvrant d'or à chaque fois. Cette année, il a un successeur avec le capitaine Aleksei Morozov, choisi contre le lobby du patinage qui poussait la candidature de Plushchenko. En retrouvant une image victorieuse, le hockey sur glace a donc repris son rang en Russie. Il est même devenu une affaire d'Etat, avec cette KHL qui devient une arme symbolique de la politique étrangère incisive de l'ours russe.

Même les petites glaces nord-américaines ne font plus peur aux talents offensifs russes, puisque c'est sur elles que, paradoxalement, ils ont retrouvé le goût de la victoire aux Mondiaux de Québec.

L'analyse complète de l'effectif. Changements par rapport à la composition prévue : aucun. La Russie avait cependant déclenché l'ire de la NHL (Gary Bettman : "C'est comme ça qu'elle veut nous convaincre d'aller à Sotchi ?") en faisant venir des réservistes jusqu'à Vancouver au cas où : les gardiens Aleksandr Eremenko (Ufa) et Vassili Koshechkin (Magnitogorsk), les défenseurs Vitali Proshkin (Ufa) et Maksim Atyushov (Magnitogorsk), les attaquants Aleksei Tereshchenko (Kazan), Aleksandr Frolov (Los Angeles) et Nikolaï Kulemin (Toronto).

 

République TchèqueJaromir Jagr a déjà participé à trois Jeux Olympiques, mais à aucune cérémonie d'ouverture, faute de participation complète de la NHL. Maintenant qu'il joue en KHL à Omsk, il a pu servir de porte-drapeau à la délégation tchèque.

Avec son expérience, le numéro 68 a pu assister aux paradoxes de l'équipe tchèque. En 2002 et en 2006, elle arrivait en tant que championne du monde en titre, en favorite. Cette année, elle reste sur trois éliminations consécutives en quart de finale. Plus personne ne l'attend, on l'a oublié des pronostics. Un peu comme avant un certain tournoi de Nagano en 1998, à une époque où Vladimir Ruzicka était capitaine sur la glace... Maintenant, il est entraîneur national, et a bâti une équipe équilibrée.

Au Japon, bien sûr, le héros du tournoi olympique était le gardien Dominik Hasek. Revenu au jeu cette saison à maintenant 45 ans, il a envoyé un message de confiance à son successeur : "Vokoun est un très bon gardien. Notre équipe sera solide avec lui dans la cage." C'est moralement important, car il y a quatre ans à Turin, Vokoun avait été privé de la place de titulaire par la précédente sortie de retraite de Hasek et était mentalement affaibli lorsqu'il lui avait fallu remplacer le maître, blessé.

L'analyse complète de l'effectif. Changements par rapport à la composition prévue : aucun.

 

SlovaquieDésenchantée, la Slovaquie s'enfonce dans le classement mondial et peine à renouveler ses générations, mais elle peut au moins faire illusion tant que ses leaders offensifs Gaborik et Hossa sont là. Oh, malheur... Voilà que Hossa prend un coup - pas trop grave apparemment - à son dernier match de NHL avant de venir, et voilà surtout que Marian Gaborik se fait lacérer accidentellement la cuisse - 21 points de suture - par le patin de Henrik Lundqvist, son propre gardien chez les New York Rangers.

Gaborik, dont le seul défaut est d'être fragile (et poissard), était pourtant revenu en grande forme après une saison presque blanche. Sera-t-il à son meilleur niveau dans le tournoi ? Il pourrait manquer le premier match. Or, sans la vitesse fantastique de Gaborik, l'équipe slovaquie risque de montrer un visage moins avenant : une formation lente, inévitablement lente, inexorablement vieillissante.

Jan Filc, entraîneur de la seule équipe slovaque championne du monde 2002, a en effet fait la retape de tous les leaders de la grande époque. Oh, ils sont tous venus, pas de doute là-dessus. Mais avec la meilleure volonté du monde, peuvent-ils masquer le poids des ans ? Peut-on aborder sérieusement une compétition olympique en sélectionnant des ex-retraités comme le porte-drapeau Zigmund Palffy, ou des joueurs en retraite forcée comme Miroslav Satan ? Entre-temps, Satan a fini par retrouver un contrat début janvier, à Boston, mais il est arrivé à Vancouver avec la main droite bandée, blessé à la paume. Il faudra plus que des pansements pour apaiser les doutes profonds qui étreignent aujourd'hui le hockey slovaque...

L'analyse complète de l'effectif. Changements par rapport à la composition prévue : le défenseur offensif Richard Lintner (triple fracture du poignet) a été remplacé par le défenseur défensif Ivan Baranka.

 

LettonieEn novembre dernier, le parlement de la Lettonie a proposé d'accorder à Oleg Znarok le titre de chevalier de l'Ordre des trois étoiles, la plus haute distinction du pays. Le sélectionneur national rejoindrait ainsi à ce tableau d'honneur Helmut Balderis, Arturs Irbe ou encore... Jacques Chirac et George W. Bush (allez comprendre !).

Pour autant, la proposition a fait débat. Znarok a porté le maillot letton comme joueur, fait monter les moins de 20 ans dans l'élite et conduit les seniors à égaler leur meilleur place à un championnat du monde (7e) l'an passé. Ses mérites d'entraîneur ne sont plus à démontrer, d'autant qu'il guide actuellement le modeste MVD vers une première place inattendue dans sa division en KHL. Le problème, c'est que Znarok, natif de Chelyabinsk en Russie, a un langage parfois peu châtié. Ses détracteurs lui reprochent d'avoir abandonné sans remords sa nationalité lettonne quand il a voulu faire carrière en Allemagne, et surtout de ne jamais avoir appris la langue locale. Certains ont en mémoire une conférence de presse au printemps où il avait exigé de manière abrupte que l'on s'exprime "dans un langage qu'il comprenne". Son cas illustre le débat délicat de l'intégration des russophones en Lettonie.

Il est sûr qu'en ramenant une médaille, Znarok serait fait directement commandeur, mais on n'en est pas là. L'objectif est plus basique : gagner enfin un match, ce que la Lettonie n'a jamais réussi à faire aux Jeux olympiques.

Znaroks a l'avantage de s'appuyer sur des lignes rodées qui fonctionnent très bien désormais. D'une part, le trio technique et expérimenté Cipulis-Vasiljevs-Nizivijs, dont le jeu sera d'essence européenne comme celui de la paire défensive Pujacs-Rekis. D'autre part, la plus jeune ligne Ankipans-Sprukts-Karsums, qui pratique un jeu plus physique et direct avec le soutien de Karlis Skrastins, élu capitaine à l'unanimité. Logiquement, ces derniers ont un hockey mieux adapté aux glaces nord-américaines. Le reste de l'équipe est constitué de patineurs énergiques.

La faiblesse balte se situe toujours dans les cages, au point que le second gardien, le vétéran Sergejs Naumovs, est à la retraite. Le numéro 3 Mustukovs ne joue jamais, lui non plus. Znaroks préfère rire de cette situation : "il n'y a aucun jeune gardien capable de rivaliser avec Masalskis, alors on prend dans l'équipe tous ceux qui sont vivants."

Gardiens : Edgars Masalskis (Dinamo Riga, KHL), Sergejs Naumovs (sans club), Ervins Mustukovs (Dinamo-Juniors Riga).

Défenseurs : Krisjanis Redlihs (Dinamo Riga, KHL), Karlis Skrastins (Dallas Stars, NHL),
Arvids Rekis (Wolfsburg, ALL) - Georgijs Pujacs (Sibir Novosibirsk, RUS), Rodrigo Lavins (Dinamo Riga, KHL), Guntis Galvins (Dinamo Riga, KHL), Oskars Bartulis (Philadelphia Flyers, NHL), Kristaps Sotnieks (Dinamo Riga, KHL).

Attaquants : Martins Cipulis (Dinamo Riga, KHL), Herberts Vasiljevs (Krefeld, ALL), Aleksandrs Nizivijs (Dinamo Riga, KHL), Girts Ankipans (Dinamo Riga, KHL), Martins Karsums (Dinamo Riga, KHL), Janis Sprukts (Dinamo Riga, KHL), Mikelis Redlihs (Dinamo Riga, KHL), Armands Berzins (Dinamo Riga, KHL), Lauris Darzins (Dinamo Riga, KHL), Kaspars Daugavins (Binghampton, AHL), Gints Meija (Dinamo Riga, KHL), Aleksejs Sirokovs (Amur Khabarovsk, KHL).

Absent : Sandis Ozolins (D, Dinamo Riga, retraite internationale après les JO de Turin).