États-Unis - Suisse (JO 2010, groupe A)

Back to Backes

BACKES_David-2009-7700En mai dernier, la Suisse quittait son Mondial à domicile par une victoire très frustrante, car survenue trop tard en prolongation, face aux Américains. Elle a gardé en mémoire les agressions d'entrée de jeu de Dustin Brown sur Mark Streit et surtout de David Backes sur Julien Sprunger, resté ensuite six mois sans pouvoir jouer. Le premier match du tournoi olympique réserve aujourd'hui des retrouvailles entre ces deux pays, et les quatre protagonistes cités sont tous là...

Pourtant, même sur une surface de glace plus étroite et face à une équipe des États-Unis à l'effectif plus blindée, la Suisse n'a plus l'air de vouloir se faire intimider physiquement. La mise en échec la plus violente dans la bande, celle qui fait réagir le public, est signée Mark Streit. Quant à Andres Ambühl, qui a toujours été un joueur d'énergie, il a dû prendre goût à la rudesse en partant en AHL cette année, car il charge tout ce qui bouge. Physiquement, les expatriés nord-américains de la Nati ont donc donné le ton. Cela permet d'assister à un premier tiers-temps équilibré.

La vraie différence entre les deux équipes est dans l'approche de la cage. On connaît les problèmes de finition de la Suisse, non résolus malgré de bonnes incursions de Julien Sprunger en tour de cage ou Hnat Domenichelli du revers. Les Américains, eux, montrent une certaine propension à viser le haut du filet, y compris dans le cas de Zach Parisé en tirant dans le masque de Jonas Hiller. Et à minute de la fin de tiers, ils confirment cette menace à mi-distance quand le tir de Bobby Ryan passe au-dessus de la mitaine de Hiller, qui est son coéquipier à Anaheim (1-0).

Le plus frustrant pour les Suisses, c'est que ce but encaissé à un mauvais moment a pour source le joueur qu'ils détestent, David Backes : c'est lui qui est allé au forechecking derrière la cage adverse pour perturber la relance de Plüss et ainsi forcer la récupération de palet américaine à la ligne bleue. Que les Helvètes se rassurent, ils ne sont pas les seuls que Backes énerve. Il a d'autres ennemis depuis qu'il a cherché la bagarre avec tous les internationaux canadiens qu'il croisait ces dernières semaines en NHL...

Mieux (ou pire) que ça : Backes se lance carrément dans un coast-to coast en deuxième période ! Il récupère un rebond juste devant sa cage, franchit toute la glace, déborde le défenseur Yannick Weber - dépassé - et repique dans le slot où il ajuste Hiller à ras glace (2-0). L'habitué des expulsions s'est révélé sous un jour inattendu lors de cet exploit individuel.

Rien ne va plus pour les joueurs à croix blanche. Dans la foulée, Sannitz prend la première pénalité du match pour avoir accroché Parisé, et en supériorité numérique, Ryan Malone vient glisser un rebond entre les bottes de Hiller (3-0). Un palet pris au nez et à la barbe d'un Yannick Weber trop passif. Le calvaire ne s'arrête pas pour lui puisqu'il dégage un palet par-dessus les plexis. Une pénalité sans conséquence, malgré le bon travail d'écran de Dustin Brown devant la cage. Le score ne bouge plus avant la pause malgré une bonne occasion pour Roman Wick, qui hérite d'une passe contrée mais échoue en face-à-face avec Ryan Miller.

2010-02-16-USA-Suisse-MillerLe gardien américain a encore plus de travail au début du troisième tiers-temps : un débordement de Sandy Jeannin, un palet repris dans l'enclave de Lemm, ou encore un tir croisé de Rüthemann en contre-attaque qui frappe son bras gauche.

Les Américains, qui n'avaient pas concédé la moindre pénalité, sont moins disciplinés en fin de match, à l'instar de Ryan Suter copieusement sifflé pour une dureté sur Roman Wick. Les Suisses peinent à installer leur jeu de puissance, mais ils bénéficient d'un cadeau inattendu de Ryan Miller : en voulant intercepter de la crosse un centre de Wick pour Domenichelli, le gardien étoilé dévie malencontreusement le palet au-dessus de sa botte droite (3-1). Une boulette pas trop grave à ce stade de la part de celui qui est considéré comme le point fort de l'équipe américaine. Le sort du match est acquis, et le capitaine Mark Streit enlève même un palet de but à Backes alors que celui-ci avait une cage ouverte.

Un but supplémentaire de David Backes aurait fait désordre, mais il n'empêche que c'est lui qui a fait basculer ce match. Lui, dont la présence à ce tournoi olympique était une de celles qui pouvait susciter le plus de questionnement moral. Ce soir, il ne s'est pas signalé par des mauvais coups, mais par sa grande énergie de patinage, qui lui a permis de provoquer les deux premiers buts. Backes a su développer cette qualité au fil des ans et ses parents lui avaient même payé un stage dans une école de patinage en Finlande, sur conseil d'un "scout" des Blues de Saint-Louis. Le vilain petit canard est donc le premier héros de ces Jeux Olympiques.

Le malheureux du jour, en revanche, c'est Yannick Weber, avec deux buts d'affilée à mettre à son débit. Le jeune défenseur offensif suisse des Canadiens de Montréal n'est toujours pas une référence dans sa zone défensive, et il a été laissé sur le banc en fin de match pendant que son partenaire Streit obtenait double temps de glace sans lui.

Commentaires d'après-match

Julien Sprunger (attaquant de la Suisse) : "Il m'a dit : fais attention, si tu veux je te fais la même chose qu'à Berne. Backes est un idiot."

David Backes (attaquant des États-Unis) : "j'ai juste dit à Sprunger : fais attention, tient ta tête haute, nous finissons nos charges. Il a dû mal me comprendre. On ne veut blesser personne. C'était une mise en échec dure, bien finie. C'est un bon joueur, et je suis content qu'il soit de retour sur la glace. Nous avons eu quelques duels aujourd'hui, mais je ne vas tomber bas au point de remuer le couteau dans la plaie."

 

États-Unis - Suisse 3-1 (1-0, 2-0, 0-1)
Mardi 16 février 2010 à 12h00 à la Canada Hockey Place de Vancouver. 16706 spectateurs.
Arbitrage de Vyacheslav Bulanov (RUS) et Daniel O'Halloran (CAN) assistés de Jean Morin (CAN) et Yuri Oskirko (RUS).
Pénalités : États-Unis 4' (0', 0', 4'), Suisse 6' (2', 4', 0').
Tirs : États-Unis 24 (8, 14, 2), Suisse 15 (5, 4, 6).
Engagements : États-Unis 27, Suisse 28.
Évolution du score :
1-0 à 18'59" : Ryan
2-0 à 25'52" : Backes
3-0 à 28'25" : Malone assisté de Suter
3-1 à 49'45" : Wick assisté de Domenichelli et Streit


États-Unis

Gardien : Ryan Miller.

Défenseurs : Ryan Suter (A) - Brian Rafalski ; Ryan Whitney - Erik Johnson ; Brooks Orpik - Jack Johnson ; Tim Gleason.

Attaquants : Zach Parisé - Paul Stastny - Patrick Kane ; Ryan Malone - Joe Pavelski - Phil Kessel ; Dustin Brown (A) - Ryan Kesler - Jamie Langenbrunner (C) ; Chris Drury - David Backes - Bobby Ryan ; Ryan Callahan.

Remplaçant : Tim Thomas (G). En réserve : Jonathan Quick (G).

Suisse

Gardien : Jonas Hiller.

Défenseurs : Mark Streit (C) - Yannick Weber ; Luca Sbisa - Severin Blindenbacher ; Philippe Furrer - Mathias Seger (A) ; Patrick von Gunten - Rafael Diaz.

Attaquants : Ivo Rüthemann - Martin Plüss - Thierry Paterlini ; Roman Wick - Sandy Jeannin (A) - Romano Lemm ; Hnat Domenichelli - Raffaele Sannitz - Julien Sprunger ; Thibaut Monnet - Andres Ambühl - Thomas Déruns.

Remplaçant : Tobias Stephan (G). En réserve : Ronnie Rüeger (G).