Canada - Norvège (JO 2010, groupe A)

HEATLEY_Dany-2009-8089La dernière fois que le Canada avait organisé les Jeux Olympiques, c'était en 1988 à Calgary, il espérait une belle médaille pour son équipe de hockey conduite par Dave King. Elle avait ouvert le bal par un piètre 1-0 contre la Pologne qui avait failli égaliser (barre transversale), et ne s'était jamais vraiment remise de ce début poussif. Mais ce tournoi de Vancouver n'a plus rien à voir. La sélection olympique est composée des meilleurs joueurs pros du pays, et une patinoire en feu attend déjà du grand spectacle.

La Norvège ne sert que de faire-valoir, elle dont le seul joueur actuel de NHL - Ole Kristian Tollefsen - n'est pas encore arrivé à Vancouver en raison d'une maladie dans sa famille. L'attention des médias canadiens est concentrée autour de Patrice Bergeron, qui rejouera sur la ligne de Crosby pour la première fois depuis le Mondial 2006. La promotion inédite de Martin Røymark sur le premier trio norvégien, en revanche, passe totalement inaperçue...

Le Canada aurait besoin d'un but pour évacuer cette pression, mais il se heurte à un adversaire coriace. La Norvège n'est dangereuse offensivement qu'en supériorité numérique, après que la crosse de Weber a atteint le visage de Skrøder. Mais défensivement, elle verrouille bien sa ligne bleue, sort proprement le palet, et ne se fait une frayeur qu'au moment où son gardien Pål Grotnes trébuche au pire moment, alors que Crosby s'approche. Ses coéquipiers viennent vite à son secours pour écarter le palet.

Après treize minutes de cet acabit (6 tirs à 4), le capitaine norvégien Tommy Jakobsen prend la première prison norvégienne. Même le jeu de puissance canadien n'arrive pas à semer le trouble dans le slot. Lars Erik Spets est sanctionné à son tour à deux minutes de la fin du tiers, mais les blancs coupent bien les passes. Pål Grotnes s'est montré très présent durant ces sept dernières minutes, avec 8 arrêts. Sa mitaine était en feu, y compris face à un tir à bout portant de Sidney Crosby capté avec brio. Pour l'instant, l'ancien gardien de Clermont-Ferrand tient donc les stars canadiennes en échec ! La patinoire est aussi silencieuse lors de la sortie de ses favoris qu'elle était bruyante à leur entrée sur la glace...

La deuxième période commence par une pénalité de Mads Hansen. Le Canada se prend à douter lorsqu'un tir de Dany Heatley touche exactement le coin entre poteau et transversale, mais Jarome Iginla finit par trouver l'ouverture d'un puissant lancer à mi-hauteur côté plaque (1-0). Une fois le verrou débloqué, les Canadiens déroulent. Le slap de la bleue de Chris Pronger est dévié juste ce qu'il faut par Heatley pour passer au-dessus de la botte de Grotnes (2-0). Après une combinaison à haute vitesse, le revers de Mike Richards passe derrière Grotnes, mais quelques centimètres à côté du poteau opposé.

La vague canadien est arrêtée par des pénalités. Patrice Bergeron se laisse entraîner à une obstruction sur le gardien adverse, et la crosse d'Eric Staal se prend dans les patins d'Olimb. Le Canada doit donc jouer une cinquantaine de secondes à 3 contre 5, mais gère très bien cette phase délicate. Et juste au moment où les rouges reviennent au complet, Patrice Bergeron envoie au fond, Mike Richards récupère le palet derrière la cage adverse et vient trouver en deux temps un trou de souris entre Grotnes et son poteau (3-0).

DOUGHTY_Drew-2009-8193Les spectateurs canadiens sont beaucoup plus détendus qu'au premier tiers et lancent une ola. Ils apprécient une monumentale mise en échec en zone neutre du jeune défenseur Drew Doughty sur Per-Åge Skrøder, mais ce dernier, violemment retombé dans la bande, doit rejoindre les vestiaires en mauvais état.

Le rouleau-compresseur rouge est lancé en dernière période. Ryan Getzlaf marque du revers, dos au but dans le slot (4-0). Un but fatal à Pål Grotnes qui cède alors sa place à André Lysenstøen. Mais ce dernier est déjà battu au bout de deux minutes par un puissant slap de Heatley. Il ne peut ensuite rien faire sur la plus belle combinaison collective du soir : Iginla n'a plus qu'à pousser le palet au fond sur une merveille de passe au second poteau de Nash (6-0).

Le score n'en finit plus d'enfler. Après un tir rasant d'Eric Staal, le palet file lentement dans les jambières de Lysenstøen, et au moment où la défense l'écarte, Corey Perry arrive et l'emporte sur son passage. Quoi de mieux qu'une nouvelle déviation, signée Iginla, pour terminer en beauté la soirée (8-0).

Les Norvégiens avaient fait bonne figure lors de la dernière confrontation entre les deux équipes, mais le contexte est trop différent. Ils ont certes le duo Thoresen-Vikingstad en plus, qui a participé à toutes les actions offensives dangereuses, mais les Canadiens ont leur "dream team" ici. Celle-ci a fini par s'adapter au système défensif adverse et par venir à bout du gardien Pål Grotnes, qui aura longtemps tenu le fort en laissant peu de rebonds.

S'il a eu besoin d'un nécessaire temps de rodage après un seul entraînement en commun, le Canada a donc fini par imprimer sa marque. Il a développé, déjà, les ingrédients qui doivent faire son succès : les charges sans concession de Getzlaf au forechecking, la qualité de tir de Heatley...

On décompte trois grands gagnants à ce match. En défense, Drew Doughty, encore plus épatant qu'aux derniers championnats du monde, confirme que le talent n'attend pas le nombre des années et ne sera pas que le septième défenseur. En attaque, Jarome Iginla a marqué trois buts en moins de dix minutes de temps de jeu et a fini par remplacer Bergeron sur la première ligne. Il s'est sans doute assuré un destin ailleurs que sur la quatrième ligne pour la suite du tournoi. Dans les cages enfin, Roberto Luongo, qui a eu droit à jouer ce premier match car il connaît bien cette glace pour avoir longtemps joué à Vancouver, a obtenu un blanchissage qui met la pression sur Brodeur, qui sera titularisé contre la Suisse.

 

Canada - Norvège 8-0 (0-0, 3-0, 5-0)
Mardi 16 février 2010 à 16h30 à la Canada Hockey Place de Vancouver. 16652 spectateurs.
Arbitrage de Christopher Rooney (USA) et Jyri Rönn (FIN) assistés de Stefan Fonselius (FIN) et Timothy Nowak (USA).
Pénalités : Canada 10' (2', 6', 2'), Norvège 12' (4', 4', 4').
Tirs : Canada 42 (14, 16, 12), Norvège 15 (4, 6, 5).
Évolution du score :
1-0 à 22'30" : Iginla assisté de Crosby et Doughty (sup. num.)
2-0 à 24'27" : Heatley assisté de Pronger et Thornton
3-0 à 31'06" : Richards assisté de Bergeron et Weber
4-0 à 44'29" : Getzlaf assisté de Niedermayer et Toews
5-0 à 46'43" : Heatley assisté de Marleau et Boyle (sup. num.)
6-0 à 47'36" : Iginla assisté de Nash et Crosby
7-0 à 51'03" : Perry assisté de Staal et Boyle
8-0 à 58'11" : Iginla assisté de Nash et Crosby


Canada

Gardien : Roberto Luongo.

Défenseurs : Scott Niedermayer (C) - Shea Weber ; Chris Pronger (A) - Dan Boyle ; Duncan Keith - Brent Seabrook ; Drew Doughty.

Attaquants : Rick Nash - Sidney Crosby - Patrice Bergeron [puis Iginla] ; Patrick Marleau - Joe Thornton - Dany Heatley ; Eric Staal - Ryan Getzlaf - Corey Perry ; Jarome Iginla (A) [puis Bergeron] - Mike Richards - Jonathan Toews ; Brenden Morrow.

Remplaçant : Martin Brodeur (G). Absent : Marc-André Fleury (G).

Norvège

Gardien : Pål Grotnes puis André Lysenstøen à 44'29".

Défenseurs : Tommy Jakobsen (C) - Mats Trygg (A) ; Alexander Bonsaksen - Jonas Holøs ; Juha Kaunismäki [une présence au 1er tiers] - Lars Erik Lund.

Attaquants : Patrick Thoresen - Tore Vikingstad - Martin Røymark ; Per-Åge Skroder puis Jonas Andersen à 33' - Mads Hansen (A) - Mats Zuccarello Aasen ; Marius Holtet - Anders Bastiansen - Mathis Olimb ; Lars Erik Spets - Kristian Forsberg - Martin Laumann Ylven.

Absents : Ruben Smith (G), Ole Kristian Tollefsen (raisons familiales).