République Tchèque - Slovaquie (JO 2010, groupe B)

JAGR_Jaromir-2009-8334Jagr "comme un soldat en Irak"

Ce match fratricide est le premier choc de ces Jeux olympiques. Les précédents adversaires ne jouaient pas dans la même cour, mais Tchèques et Slovaques rentrent directement dans le vif du sujet.

Côté tchèque, Vladimir Ruzicka a finalement osé poursuivre l'expérience de placer Roman Cervenka, l'étoile montante du Slavia Prague en Extraliga tchèque, sur la ligne de Jagr et Cajanek. Au jeu des chaises musicales, Milan Michálek se retrouve seulement en quatrième ligne.

Côté slovaque, Jan Filc a regroupé les frères Hossa sur le premier trio : Marcel est donc dans des conditions idéales pour devenir enfin performant en équipe nationale. Satan est blessé mais Marian Gaborik est finalement présent, sur le deuxième trio aux côtés des vétérans Stumpel et Palffy. Il était même le premier à monter sur la glace à l'échauffement.

Les cinq premières minutes sont entièrement dominées par les Tchèques, avec une supériorité numérique entièrement installée puis deux passes de derrière la cage de Cervenka pour Jagr. À la sixième minute, pourtant, Zigmund Palffy reçoit une longue passe à la bleue et part en breakaway, mais son revers est paré de la jambière par Tomas Vokoun. Le gardien tchèque doit subitement faire face à plusieurs tirs dangereux, de Kopecky en contre-attaque, de Zednik revenu de derrière la cage ou encore de Marian Hossa dans le slot. Alors que les Slovaques sont donc rentrés dans leur match, les Tchèques s'installent de nouveau en zone offensive et concluent cette fois rapidement. Un tir de la bleue de Miroslav Blatak vise opportunément... la fesse de Patrik Elias, pour une déviation gagnante (1-0).  Ou comment offrir un but tout fait à son capitaine sans que celui-ci n'ait à bouger un seul muscle !

Marian Gaborik charge avec la crosse Polak devant la cage tchèque pour recevoir encore plus facilement le palet au second poteau. Mauvaise initiative : non seulement il ne cadre pas son tir, mais en plus il est pénalisé. Les Tchèques restent cantonnés le long des balustrades à cinq contre quatre. Mais c'est pire pour les Slovaques : lors de leur première supériorité numérique (charge contre la bande de Zidlicky sur Stümpel), ils n'arrivent même à installer leur jeu de puissance.

La Slovaquie égalise dès le début de la deuxième période : passe en retrait de Marian Hossa pour Marian Gaborik qui, entre deux défenseurs dans le cercle gauche, décoche un magnifique tir du poignet dans la lucarne opposée (1-1). Voilà toute la différence de voir l'attaquant originaire de Trencin jouer effectivement malgré sa coupure à la cuisse. Pendant que Blatak est en prison pour obstruction, Gaborik est encore à la manœuvre, avec un centre pour la déviation de Marcel Hossa puis un lancer à mi-hauteur, capté de la mitaine par Vokoun.

La République Tchèque bénéficie ensuite de deux supériorités numériques, la seconde "offerte" par Chara qui a donné un coup de crosse à Plekanec. Ils ne concrétisent cependant pas, malgré un slap de la bleue de Marek Zidlicky qui frappe l'angle entre poteau et transversale. Deux Tchèques montent sur la glace au même moment pour un bête surnombre, et les bleus mettent une bonne pression à 5 contre 4... jusqu'à ce que Zednik fasse trébucher Cajanek. Toutes ces pénalités de part et d'autre n'auront finalement pas déridé le score.

C'est en fin de deuxième tiers que la partie bascule. Le tir de Marian Hossa est dévié par Vokoun sur le poteau, et dix secondes plus tard, Roman Cervenka sert en zone neutre Jaromir Jagr qui accélère en bousculant Sekera et tire entre les jambières de Halak (2-1). Chara se fait pénaliser pour avoir accroché Milan Michalek sur un rebond devant la cage slovaque, et à deux secondes seulement de la sirène, Jagr ramène un rebond de derrière la cage et Plekanec finit le travail (3-1). Pour son retour sur le sol canadien deux ans après son départ de NHL vers Omsk, le numéro 68 a tué le match à lui seul !

Dur pour les Slovaques d'espérer revenir. Ils subissent le contrecoup de l'intensité des deux premiers tiers-temps et cherchent leur souffle. Maintenant qu'elle est en avance, l'équipe tchèque ne fait que gérer le score, mais elle le fait bien. À neuf minutes de la fin, cependant, Marian Gaborik arrive à percer la défense et se fait retenir par Hejda. C'est un peu la supériorité numérique de la dernière chance. Mais même les écrans de Handzus n'empêchent pas Vokoun, impérial, de repousser tous les lancers. Les Tchèques ne se tracassent plus à essayer de marquer (2 tirs en 20 minutes) mais peuvent donc jouer la montre efficacement jusqu'à la fin.

Après sa mésaventure olympique turinoise, le gardien tchèque Tomas Vokoun a fait grande impression, seulement battu par un tir magique de Gaborik. Mis dans les meilleurs dispositions, il délivre une performance à la hauteur de la confiance placée en lui.

Malgré la défaite, les Slovaques peuvent être rassurés. Ils ont livré une bonne prestation et ont bien pressé les Tchèques, mais sans réussite. Il leur sera sans doute difficile d'enchaîner dès demain contre la terrible Russie, mais pour la suite du tournoi, il faudra compter avec eux.

Commentaires d'après-match

Jaromir Jagr (attaquant de la République Tchèque) : "Il faut s'habituer à la petite glace. En Europe, on a plus de temps. En première période, je me sentais comme un soldat en Irak. Je ne savais pas d'où le danger allait venir. Mais après, l'homme s'adapte au rythme. Je me suis empalé sur une crosse adverse en fin de premier tiers, ça m'a fait mais j'ai continué. Nous ne sommes que douze attaquants, il faut jouer. C'était un but pour toute l'équipe, mais le tournoi ne fait que commencer."

Tomas Vokoun (gardien de la République Tchèque) : "C'était un match équilibré. La décision se joue parfois à des millimètres, ils ont touché le poteau et nous avons marqué dans la foulée. Il y a eu des moments-clés, mais c'était le plus important. Il y a eu des erreurs dans la coopération avec la défense, mais ce n'était que le premier match. Le rythme m'a paru un peu supérieur [à la NHL]. On a chaud, on transpire beaucoup. Et comme un équipement neuf est imperméable, on se sent en nage."

Vladimir Ruzicka (entraîneur de la République Tchèque) : "Jagr est toujours le même, un joueur extrêmement important dans notre équipe. Et puis Tomas Vokoun a été excellent. À vrai dire, je savais déjà à l'entraînement qu'il était en forme. Il me rappelait la conclusion du Mondial de Vienne. [...] Nous devons améliorer nos rotations. Nous avions dit de changer rapidement et nous ne l'avons pas toujours fait."

Zigmund Palffy (attaquant de la Slovaquie) : "Nous avons bien joué à cinq contre cinq. Jaro (Halák) a été parfait. Nous avons été plombés par nos infériorités numériques. Un arbitre est Européen, l'autre Américain : il est difficile de s'adapter et de savoir comment jouer."

 

République Tchèque - Slovaquie 3-1 (1-0, 2-1, 0-0)
Mercredi 16 février 2010 à 21h00 à la Canada Hockey Place de Vancouver. 16924 spectateurs.
Arbitrage de Brent Reiber (SUI) et Brad Watson (CAN) assistés de Shane Heyer (USA) et Sylvain Losier (CAN).
Pénalités : République Tchèque 8' (2', 4', 2'), Slovaquie 12' (4', 8', 0').
Tirs : République Tchèque 24 (10, 12, 2), Slovaquie 35 (10, 13, 12).
Évolution du score :
1-0 à 09'02" : Elias assisté de Blatak et Havlat
1-1 à 20'47" : Gaborik assisté de Hossa et Demitra
2-1 à 37'56" : Jagr assisté de Cervenka
3-1 à 39'58" : Plekanec assisté de Jagr et Zidlicky (sup. num.)


République Tchèque

Gardien : Tomáš Vokoun.

Défenseurs : Filip Kuba - Marek Zidlický ; Tomáš Kaberle - Roman Polák ; Jan Hejda - Pavel Kubina ; Miroslav Blaták - Zbynek Michálek.

Attaquants : Patrik Eliáš - Tomáš Plekanec - Martin Havlát ; Petr Cajánek - Roman Cervenka - Jaromír Jágr ; Tomáš Fleischmann - David Krejcí - Martin Erat ; Milan Michálek - Josef Vašícek - Tomáš Rolinek.

Remplaçant : Ondrej Pavelec (G). Absent : Jakub Stepanek (G).

Slovaquie

Gardien : Jaroslav Halák.

Défenseurs : Andrej Meszároš - Zdeno Chára ; Martin Štrbák - Lubomír Višnovský ; Andrej Sekera - Milan Jurcina.

Attaquants : Marcel Hossa - Pavol Demitra - Marián Hossa ; Marián Gáborík - Jozef Stümpel - Žigmund Pálffy ; Richard Zedník - Michal Handzuš - Luboš Bartecko ; Tomáš Kopecký - Martin Cibák - Branko Radivojevic.

Remplaçants : Peter Budaj (G), Ivan Baranka. Absents : Rastislav Stana (G), Miroslav Satan (main).