Norvège - Suisse (JO 2010, groupe A)

Le génie du hockey

2010-02-20-Suisse-NorvegeCes deux équipes n'ont jamais eu la réputation d'être les plus spectaculaires du hockey mondial. On peut craindre qu'elles soient rendues encore plus prudentes par l'enjeu. Et pourtant... Mes aïeux, quel match !

La première action étonnante arrive déjà après seulement une minute du jeu. Thierry Paterlini croit pousser le palet dans la cage ouverte, mais le défenseur norvégien Jonas Holøs le sauve du patin, sur la ligne de but, d'un magistral... tacle ! Mais comme il garde le palet enfoui sous lui, l'arbitre signale sans hésiter un tir de pénalité. Hnat Domenichelli s'élance mais son lancer bas échoue sur le bouclier de Grotnes. On réengage toujours dans la zone norvégienne, et la mise au jeu est gagnée par Anders Bastiansen vers Mats Trygg... qui ne contrôle pas le palet sur la ligne de fond. Ce cafouillage profite à Hnat Domenichelli qui passe en retrait à Julien Sprunger. Après avoir évité deux fois le but, la Norvège n'y "coupe" pas en fin de compte (1-0).

Ce qui coupe en revanche, c'est le bâton de Paterlini, qui fait saigner le nez de Thoresen. 2'+2', c'est le tarif pour une crosse haute non intentionnelle avec blessure. Diaz le rejoint en prison et la Suisse se retrouve deux minutes à 3 contre 5. Non seulement elle est parfaitement placée défensivement pendant cette séquence face à des Norvégiens hésitants, mais Paterlini est même tout près de marquer à sa sortie de prison.

La Norvège a-t-elle laissé passer sa chance ? On le pense tant la Suisse semble maîtriser ce match. Pourtant, Tore Vikingstad conclut un joli mouvement en glissant le palet du revers sous la botte gauche de Jonas Hiller, légèrement décollée du sol (1-1). Les rouges sont revenus à la marque et restent dangereux pendant les minutes suivantes. Diaz semble même faire trébucher Forsberg sur un rebond, sans que les arbitres ne sanctionnent. La Suisse déploie de bonnes combinaisons collectives en contre-attaque et Andres Ambühl décale en aveugle Domenichelli dont le tir est capté par la mitaine de Grotnes.

Le match est entraînant, en plus d'être incertain. En deuxième période, Mads Hansen donne l'avantage à la Norvège avec un puissant lancer de la ligne bleue, mais la Suisse réplique par une très jolie action collective qui décale Roman Wick pour un lancer en angle (2-2). On est à la moitié du match et personne ne peut prédire son destin.

Thibaut Monnet place une contre-attaque rapide et subit un coup de crosse de Holøs après avoir déclenché son tir. La Suisse passe cependant cette supériorité numérique le long des bandes. On commence à resserrer les boulons défensivement, de part et d'autre... jusqu'à ce que Raffaele Sannitz arrive devant la cage norvégienne, dans le dos de la paire Trygg-Jakobsen qui ne s'est rendue compte de rien. Elle tourne simplement la tête au moment où Mathias Seger fait la passe au Tessinois, qui peut se jouer de Grotnes en toute tranquillité en touchant deux fois le palet dans les airs (2-3).

La Suisse semble avoir repris l'ascendant. La preuve avec Martin Plüss qui prend de la vitesse et dribble le vétéran Tommy Jakobsen, mais Grotnes s'interpose de la jambière. Sauf que ce match est fou. La Norvège, loin d'être désemparée, frotte la lampe et en fait sortir le petit génie Mats Zuccarello Aasen. "Ô génie, donne moi l'égalisation." Le joueur de MODO exauce son souhait en inventant une passe en retrait - forcément géniale - au premier poteau, alors que tout le monde s'attendait à ce qu'il traverse derrière le but. Vikingstad reprend de volée, côté mitaine de Hiller (3-3).

Le petit génie a inspiré tous les Norvégiens pour le troisième tiers-temps. Du moins ceux qui restent, puisqu'ils ne jouent plus qu'à trois lignes en attaque et deux en défense ! Le centre Anders Bastiansen virevolte derrière la cage, jusqu'à en faire tomber son vis-à-vis Sandy Jeannin, et vient toquer à la porte de Jonas Hiller, vigilant.

2010-02-20-Suisse-Norvege2À douze minutes de la fin, la Norvège se fait pénaliser pour un surnombre. Roman Wick cherche des passes transversales pendant l'avantage numérique et en trouve une somptueuse, d'un cercle à l'autre, pour Severin Blindenbacher (3-4).

C'est bête de perdre le match sur un surnombre, non ? Re-frottons cette satanée lampe... "Ô petit génie, il me reste deux voeux, alors va marquer un but." Zuccarello Aasen s'exécute et s'infiltre... mais ne parvient pas à battre le gardien. "Quoi ? Petit génie, je croyais que tu exauceais tous les voeux avec tes mains d'or. Puisque c'est ça, demande à tes compagnons de ligne de le faire à ta place."

Et le génie le fit... Dans le coin de la patinoire, il chuchota à l'oreille de Thoresen d'intercepter une relance hasardeuse de Hiller dans la bande et de ressortir ce palet vers le slot, où le revers rasant de Vikingstad passe entre les jambières du gardien précipitemment replacé (4-4). La Suisse a aussi son bon génie ce soir, c'est Roman Wick : il déborde côté gauche et provoque un bon rebond pour Romano Lemm, qui n'en profite pas.

Au fait, ne reste-t-il pas un troisième voeu à formuler au petit génie ? Il traverse la glace à une vitesse folle, feinte le tir en entrée de zone, échange le palet avec Vikingstad et slape de plus belle... Hiller tient bon. Le spectacle ne s'arrête jamais. À trente secondes de la fin, Pål Grotnes capte d'une magnifique mitaine un slap puissant de Mathias Seger.

La prolongation commence par une perte de palet en zone neutre de Mark Streit. Cette erreur inhabituelle de leur capitaine est un signe que les Suisses ne sont pas si sereins. Ils gagnent les engagements et donc les palets, mais s'exposent ensuite à quelques contre-attaques norvégiennes. Ils finissent quand même par marquer sur un centre de Jeannin dévié par Lemm (4-5). Tommy Jakobsen, le survivant d'Albertville qui a assisté à ce but dans le slot, en balance sa crosse de rage. Mais il faut bien avouer que la paire qu'il forme avec Trygg a éprouvé de grandes difficultés à suivre le jeu ce soir.

La défense est bien le talon d'Achille de la Norvège. Elle a commencé le tournoi à sept et a fini ce match à quatre, dont seulement deux qui ont su tenir leur rôle (Tollefsen-Holøs). Le gardien Pål Grotnes continue en revanche de réussir ses Jeux olympiques. En attaque, Roy Johansen a un peu mis tous ses oeufs dans le même panier en faisant monter Mats Zuccarello Aasen en première ligne... mais quels oeufs ! On a l'habitude depuis trois ans de voir les Norvégiens portés par leur premier trio, mais jamais celui-ci n'a atteint un tel niveau. Tore Vikingstad, le passeur de Hanovre, a marqué trois buts et livré son meilleur match en équipe nationale, où il n'a pas souvent été aussi performant qu'en DEL.

Le point pris par les Norvégiens pourrait leur permettre de terminer dixièmes et d'affronter un troisième de poule. Le petit souci, c'est que celui-ci pourrait bien s'appeler Slovaquie voire Russie...

La Suisse devrait terminer huitième et jouer le vainqueur d'Allemagne/Bélarus, des adversaires assez habituels pour l'accession en quart de finale. Il faudra que Jonas Hiller retrouve son meilleur niveau car, après sa grande performance contre le Canada, il a été médiocre. Mais les Helvètes, souvent peu inspirés offensivement, ont conçu de beaux mouvements en zone d'attaque avec un Roman Wick qui est décidément le plus à même d'être le leader offensif. Avant que Krueger ne parte, il semble anticiper la suite en infléchissant le style de jeu de son équipe. Elle montre un visage plus enthousiaste, illustré par le défenseur junior Luca Sbisa, qui prend confiance avec de bonnes relances ou montées offensives.

Le plus beau match de ces Jeux Olympiques, regroupant tous les meilleurs joueurs du monde, vient peut-être d'être livré par... les Suisses et les Norvégiens ! Qui l'eût cru ?

 

Norvège - Suisse 4-5 après prolongation (1-1, 2-2, 1-1, 0-1)
Samedi 20 février 2010 à 12h00 à la Canada Hockey Place de Vancouver. 16952 spectateurs.
Arbitrage de Paul Devorski (CAN) et Peter Orszag (SVK) assistés de Milan Novak (SVK) et Felix Winnekens (ALL).
Pénalités : Norvège 4' (0', 2', 2', 0'), Suisse 10' (6', 4', 0', 0').
Tirs : Norvège 23 (4, 8, 9, 2), Suisse 38 (13, 11, 12, 2).
Engagements : Norvège 28 (11, 10, 7, 0), Suisse 34 (11, 13, 10, 4).
Évolution du score :
0-1 à 01'03" : Sprunger assisté de Domenichelli et Sannitz
1-1 à 12'21" : Vikingstad assisté de Thoresen et Jakobsen
2-1 à 25'24" : Hansen assisté de Thoresen (sup. num.)
2-2 à 29'15" : Wick assisté de Seger et Plüss
2-3 à 35'42" : Sannitz assisté de Seger et Wick
3-3 à 38'46" : Vikingstad assisté de Zuccarello Aasen et Olimb
3-4 à 49'56" : Blindenbacher assisté de Wick et Streit (sup. num.)
4-4 à 52'18" : Vikingstad assisté de Thoresen
4-5 à 62'28" : Lemm assisté de Jeannin


Norvège

Gardien : Pål Grotnes.

Défenseurs : Tommy Jakobsen (C) - Mats Trygg (A) ; Ole Kristian Tollefsen - Jonas Holøs ; Alexander Bonsaksen [sur le banc à 40'] - Lars Erik Lund [sur le banc à 40'].

Attaquants : Patrick Thoresen - Tore Vikingstad - Mats Zuccarello Aasen ; Martin Røymark [sur le banc à 40'] - Mads Hansen (A) - Jonas Andersen [sur le banc à 40'] ; Marius Holtet - Anders Bastiansen - Mathis Olimb ; Lars Erik Spets - Kristian Forsberg - Martin Laumann Ylven.

Remplaçants : Ruben Smith (G), Juha Kaunismäki. Absents : André Lysenstøen (G), Per-Åge Skroder (pied).

Suisse

Gardien : Jonas Hiller.

Défenseurs : Mark Streit (C) - Mathias Seger (A) ; Philippe Furrer - Rafael Diaz ; Luca Sbisa - Severin Blindenbacher ; Patrick von Gunten.

Attaquants : Roman Wick - Sandy Jeannin (A) - Romano Lemm ; Ivo Rüthemann - Martin Plüss - Thierry Paterlini ; Hnat Domenichelli - Raffaele Sannitz - Julien Sprunger ; Thibaut Monnet - Andres Ambühl - Thomas Déruns.

Remplaçants : Tobias Stephan (G), Yannick Weber. En réserve : Ronnie Rüeger (G).