Russie - République Tchèque (JO 2010, groupe B)

Dessine-moi un mouton...

2010-02-21-Tcheque-RussieCe dimanche, c'est la grande messe du hockey. Dans l'ordre, Vancouver va assister aux revanches des trois dernières finales olympiques : 1998 (ce match), 2002 (Canada - États-Unis) et 2006 (Suède - Finlande). Trois défis qui donnent déjà l'eau à la bouche. L'ambiance dans la patinoire est digne des matchs du Canada et le public est chaud bouillant.

La surprenante défaite contre la Slovaquie a peut-être servi d'électro-choc pour la Russie qui joue un peu ce match à quitte ou double : une victoire et elle est première de poule, une défaite et elle n'est que troisième de poule avec un tour de plus à jouer contre la Norvège. Elle n'a pas hésité à échanger les centres de ses deux premières lignes (Malkin et Datsyuk) et à former ainsi un trio de choc : Ovechkin-Malkin-Semin.

Un homme est cependant décidé à marquer ce match de son empreinte et à confirmer son statut de meilleur joueur du monde : Aleksandr Ovechkin. Il donne des mises en échec énormes (dans le dos contre la bande...), il gratte le palet dans les coins, et profite même d'une interception ratée par Polak en zone neutre pour partir en breakaway... mais Tomas Vokoun ferme habilement les jambières.

Dans ce match des géants, Jaromir Jagr ne veut pas être en reste. Lui aussi fait impression, mais son fidèle partenaire Petr Cajanek semble moins à son aise. Il est d'ailleurs le premlier à prendre le chemin de la prison, pour avoir fait trébucher Kovalchuk contre la bande. Les Russes n'obtiennent n'obtient qu'un seul tir dans cette supériorité numérique, un slap de Nikulin dévié par une crosse tchèque. La pénalité suivante est pour Jagr lui-même, qui retient Datsyuk. Cette fois le jeu de puissance russe entre enfin en action : Gonchar lance de la bleue, Ovechkin joue son nouveau rôle de poison devant la cage avec le soutien de Datsyuk, qui est bloqué par le défenseur mais effectue une passe du patin vers Malkin décalé à droite. Le centre de Pittsburgh tire sous le bras de Vokoun (1-0).

2010-02-21-Tcheque-Russie3Les Tchèques sont menés, alors que leur troisième ligne se crée des occasions : Tomas Fleischmann a été par deux fois idéalement placé devant la cage, sur un rebond et sur une belle passe de Krejci, sans parvenir à conclure.

Konstantin Korneev écope de la première pénalité russe en faisant trébucher Milan Michalek... et treize secondes plus tard, le vétéran Sergei Fedorov commet une faute idiote en zone offensive. La Russie joue donc cette fin de premier tiers-temps à trois contre cinq. Pavel Datsyuk essaie de toucher avec sa crosse haute un palet qui retombe. Non seulement c'est défendu, mais surtout il n'est pas doué au baseball même s'il vit aux États-Unis. Patrik Elias est présent à l'atterrissage de la rondelle, qu'il dévie vers Tomas Plekanec. Seul côté gauche, le centre de Montréal bat Nabokov, trop en retrait dans sa cage, d'un superbe tir du poignet (1-1).

Les Russes reviennent sur la glace à fond, avec un bel enchaînement d'une dizaine de passes. Aleksandr Semin, dos à la cage sur un rebond, voit que le but est grand ouvert mais croise trop son tir un peu précipité. Cajanek a approché sa crosse du visage d'Ovechkin lors de cette action, mais le jeu de puissance russe reste encore une énigme. Les rouges semblent avoir pris le dessus à la mi-match... si l'on excepte leur souci des pénalités. Aleksandr Semin fait ainsi trébucher gratuitement Hejda en zone offensive, sans conséquence... si ce n'est qu'il lui manque quelques millimètres pour réceptionner un palet de break à sa sotie de prison.

La Russie prend l'avantage sur un but de raccroc : le palet de Radulov, contré par le patin de Fleischmann, atterrit dans la crosse de Kozlov dont le tir croisé prend Vokoun à contrepied. La tentative désespérée du gardien tchèque pour poser la mitaine sur le palet échoue (2-1). Roman Polak a oublié son marquage sur cette action.

Les Tchèques sont tout près de marquer eux aussi un but chanceux : le palet frappe la balustrade du fond avant de revenir en sens inverse entre Vokoun et son poteau. Jagr essaie de récupérer la rondelle dans les bottes du gardien, qui a le réflexe de se coucher sur le dos. Les deux défenseurs se couchent en travers de la cage. Le ralenti est clair : le palet a échappé à Vokoun et Andrei Markov s'est ensuite couché dessus, sans l'empêcher de franchir la ligne. Le "but" est intervenu après le coup de sifflet de l'arbitre et ne compte pas, mais l'action de Markov aurait pu mériter un tir de pénalité.

2010-02-21-Tcheque-Russie2Les Tchèques bénéficient d'une obstruction inutile de Grebeshkov en zone neutre mais ne convertissent pas cet avantage numérique. Juste avant le retour au complet, Sergei Zinoviev contre un lancer de Kubina et part à 2 contre 1 avec Aleksandr Radulov qui tente une autre passe, interceptée, au lieu de tirer. C'est surtout le prolongement de l'action qu'il aurait dû s'épargner : Radulov donne une mauvaise mise en échec à Krejci qui retombe contre la bande... sur la jambe de Zinoviev, pliée. Le hurlement du joueur russe fait craindre le pire : Radulov prend une pénalité pour charge incorrecte, et surtout il a blessé son coéquipier de club Zinoviev, qui part aux vestiaires...

Dès le début de troisième période, les rouges portent le coup de grâce : mise en échec d'Ovechkin "détruit" Jagr (en visant la tête) au centre de la glace pour récupérer le palet, et parfaite passe transversale de Semin pour le doublé de Malkin (3-1). Cette ligne osée à concevoir - car Ovechkin et Malkin n'avaient jamais fonctionné ensemble - est en train de devenir dominante. Sur sa présence suivante, Semin reprend une passe du revers d'Ovechkin, dans la mitaine de Vokoun qui se rattrape de son déplacement latéral trop lent sur le but.

Fedorov ne se signale dans ce match que par des pénalités stupides. Voilà qu'il dégage le palet au-dessus du plexi. Les Tchèques sont cependant à la peine avec leur jeu de puissance. Ils cherchent parfois trop le lancer de Tomas Kaberle, et le reste du temps, les autres joueurs hésitent trop à tirer.

Les blancs n'ont pas rendu les armes. Milan Michalek met dans le vent Sergei Gonchar dans l'enclave russe, mais ne cadre pas son revers par la suite. Cantonné jusqu'ici à une ligne défensive, Michalek a droit à une présence sur la ligne de Jagr... et marque sur une belle passe de Marek Zidlicky qui a fait le tour de la cage (3-2).

Dans les dernières minutes, Ilya Kovalchuk place deux accélérations fantastiques, sans arriver à conclure devant la cage. Le match reste donc tendu jusqu'à la fin. Ruzicka sort son gardien et appelle son temps mort. Pavel Datsyuk fait du très bon travail sur ces mises au jeu décisives et en est récompensé par un but dans les filets déserts (4-2).

2010-02-21-Tcheque-Russie-Ovechkin... ou plutôt, dessine-moi un bélier !

Dans la défaite, rendons hommage à Jaromir Jagr, car peu de joueurs auraient réagi comme il l'a fait après cette charge, avec de belles présences ensuite et avec des commentaires à chaud pleins de classe pour la télévision tchèque. Malheureusement pour les Tchèques, tous n'ont pas été aussi solides que dans les duels. Les défenseurs ont également faibli. Roman Polak, qui avait été très bon depuis ses débuts en équipe nationale l'an dernier, a complètement raté son match, Pavel Kubina était déjà peu convaincant ces derniers jours et l'est toujours, et Filip Kuba perd des palets importants. Le gardien Tomas Vokoun a aussi faibili ce soir.

Les Russes ont retrouvé une position conforme à leur rang et peuvent être satisfaits de la performance de leur nouvelle ligne d'impact. On sait qu'Aleksandr Ovechkin a fait dessiner un mouton ("ovechka" en russe) sur ses patins au design spécifique à chaque grand championnat, mais à vrai dire, il ressemble plutôt à un bélier avec ses mises en échecs toujours à la limite. Il n'est cependant pas là que pour le match et a vraiment pesé sur le match aujourd'hui. Evgeni Malkin a été très bon à ses côtés, ce qui prouve qu'il n'y a pas de fatalité à ce que ces deuix grands joueurs ne puissent pas un jour réussir un grand match sur la même ligne. C'est arrivé aujourd'hui après plusieurs expériences ratées par le passé. Aleksandr Semin aussi a élevé son jeu.

Le problème est que la Russie ne peut pas se contenter d'un trio. En effet, la deuxième ligne n'a pas produit de jeu collectif. Alors que Pavel Datsyuk a excellé défensivement, ses deux ailiers Kovalchuk et Afinogenov ont été invisibles (hormis de brefs éclairs du premier). La grande inquiétude vient surtout de l'état du genou de Zinoviev, victime de la faute de son partenaire de ligne en club (Radulov). Rappelons que la Russie n'a emmené que douze attaquants et que les remplacements sont désormais interdits. Signe d'espoir, Zinoviev est remonté sur la glace pour serrer les mains : en voyant les images de son genou plier sous le poids du joueur tchèque, on aurait pu craindre qu'il ne puisse plus du tout patiner...

Commentaires d'après-match

Jaromir Jagr (attaquant de la République Tchèque) : "Le moment décisif du match, c'est mon action avant le troisième but adverse. C'est ma faute, je l'ai vu, mais il faut prendre une décision en une fraction de seconde..."

Vladimir Ruzicka (entraîneur de la République Tchèque) : "Nous devons prioritairement améliorer nos powerplays. Il faut tirer plus, et aller à la cage."

Vyacheslav Bykov (entraîneur de la Russie) : "Notre équipe a mieux joué que dans les deux précédentes rencontres, notamment en défense. Nous avons essayé de jouer méthodiquement, et l'épisode impliquant Ovechkin était un des éléments de notre stratégie. Si je devais commenter chaque action à laquelle participé Aleksandr, j'aurais besoin de la durée d'un match entier. Je vais faire court : c'est son style."

 

Russie - République Tchèque 4-2 (1-1, 1-0, 2-1)
Dimanche 21 février 2010 à 12h00 à la Canada Hockey Place de Vancouver. 17114 spectateurs.
Arbitrage de Daniel O'Halloran (CAN) et Guy Pellerin (CAN) assistés de Peter Feola (USA) et Jean Morin (CAN).
Pénalités : Russie 12' (4', 6', 2'), République Tchèque 6' (4', 2', 0').
Tirs : Russie 31 (12, 7, 12), République Tchèque 25 (5, 9, 11).
Engagements : Russie 39 (7, 10, 10), République Tchèque 18 (10, 13, 12).
Évolution du score :
1-0 à 15'13"  Malkin assisté de Datsyuk et Ovechkin (sup. num.)
1-1 à 19'06" : Plekanec assisté d'Elias et Kaberle (double sup. num.)
2-1 à 34'34" : Kozlov assisté de Radulov et Fedorov
3-1 à 41'49" : Malkin assisté de Semin et Tyutin
3-2 à 54'51" : Michalek assisté de Zidlicky et Blatak
4-2 à 59'47" : Datsyuk assisté de Malkin et Ovechkin (cage vide)


Russie

Gardien : Evgeni Nabokov.

Défenseurs : Fedor Tyutin - Sergei Gonchar ; Denis Grebeshkov - Konstantin Korneev ; Andrei Markov - Ilya Nikulin ; Dmitri Kalinin - Anton Volchenkov.

Attaquants : Aleksandr Ovechkin (A) - Evgeni Malkin - Aleksandr Semin ; Ilya Kovalchuk (A) - Pavel Datsyuk - Maksim Afinogenov ; Danis Zaripov - Sergei Zinoviev [sorti à 40', genou] - Aleksei Morozov (C) ; Viktor Kozlov - Sergei Fedorov - Aleksandr Radulov.

Remplaçant : Ilya Bryzgalov (G). Absent : Semion Varlamov (G).

République Tchèque

Gardien : Tomáš Vokoun [sorti de 59'10" à 59'47"].

Défenseurs : Filip Kuba - Marek Zidlický ; Tomáš Kaberle - Roman Polák ; Jan Hejda - Pavel Kubina ; Miroslav Blaták - Zbynek Michálek.

Attaquants : Patrik Eliáš - Tomáš Plekanec - Martin Havlát ; Petr Cajánek - Roman Cervenka - Jaromír Jágr ; Tomáš Fleischmann - David Krejcí - Martin Erat ; Milan Michálek - Josef Vašícek - Tomáš Rolinek.

Remplaçant : Ondrej Pavelec (G). Absent : Jakub Stepanek (G).