Canada - États-Unis (JO 2010, groupe A)

NASH_Rick-2005-1121214C’est le grand choc attendu de ce groupe A entre les voisins et frères ennemis, le Canada et les États-Unis.  Les Américains abordent ce match en position de force  avec deux victoires en deux matchs dans le temps règlementaires face à la Suisse et la Norvège alors que les Canadiens ont abandonné un point en route face à la Suisse, ne s’imposant qu’au terme de la séance des tirs au but après un match mi-figue, mi-raisin.

Cette confrontation avec les boys de Ron Wilson fait donc figure de test grandeur nature pour le Team Canada qui doit s’imposer pour accéder directement aux quarts-de-finale. Convaincant dans la séance de tirs au but face à la Suisse, Martin Brodeur est titularisé dans les cages canadiennes tandis que Mike Richards est aligné sur le premier bloc offensif aux côtés de Sidney Crosby et Rick Nash.

Dés les premières secondes, Martin Brodeur se fait une première frayeur derrière le filet en dégageant mal la rondelle. Un loupé qui préfigure de la suite de la rencontre. Brian Rafalski récupère le palet à la ligne bleue et expédie un slap qui traverse une forêt de jambes et trompe Brodeur après une déviation involontaire du patin par Sidney Crosby (0-1, 00'41"). L’euphorie de la foule canadienne exprimée au coup d’envoi en prend un coup alors que le scenario ne pouvait être meilleur pour une équipe américaine adepte de la contre-attaque.

Les Canadiens sont fébriles en ce début de match et Ryan Callahan est tout près d’en profiter derrière la cage en provoquant une grosse frayeur à Brodeur qui voit le palet traîner le long de sa ligne de but. Sidney Crosby sonne alors le réveil canadien sur une accélération plein axe mais Ryan Miller s’impose avec autorité.

Le Canada confond parfois vitesse et précipitation : Ryan Getzlaf trouve le poteau du revers mais, emporté dans son élan, il heurte Miller et écope d'une obstruction. Pendant les deux minutes de pénalité, le Canada repousse sans trop d’inquiétude les assauts américains, exception faite d’un palet laissé à Pavelski qui aurait pu être mieux exploité. L’attaquant des Sharks est coupable quelques secondes plus tard d’une crosse haute sur Getzlaf et offre à son tour une supériorité numérique au Canada. Après un contre de l’intenable Callahan, le duo Heatley-Marleau met le feu dans la zone américaine avec un une-deux du premier pour le second avant que les rôles ne soient inversés quelques secondes plus tard. A chaque fois, Miller s’impose avec brio. Pavelski revient sur la glace mais le Canada ne desserre pas l’étau : après un travail de Jonathan Toews en zone offensive, un slap de Seabrook de la bleue est dévié au passage par Staal : cette fois Miller n’y peut rien (1-1, 08'53").

La foule exulte mais pas pour longtemps. Vingt-deux secondes exactement. Le temps pour Brodeur de rater une relance qui arrive directement dans la crosse de Rafalski. Le défenseur des Red Wings s’avance et ajuste le malheureux gardien d’un lancer sous la jambière (1-2, 09'15"). Comme après le premier but, Sidney Crosby essaie de relancer la machine. La pression canadienne est forte mais Miller réalise des prouesses devant sa cage, à l’image d’une intervention pleine de sang-froid face à Marleau qui se présentait seul face à lui. Les Américains se contentent de jouer par contre-attaques jusqu’à la fin du tiers et arrivent à se montrer dangereux par Bobby Ryan notamment qui oblige Brodeur à s’interposer. Le Canada finit fort, essaie de lancer régulièrement devant la cage pour trouver des déviations devant Miller. Peine perdue, malgré une énorme domination (19 lancers à 6 !), le Canada est mené après vingt minutes, la faute à un Ryan Miller en état de grâce.

Les deux équipes proposent un défi physique dès le début de la deuxième période. Après un premier brassage devant la cage de Brodeur, Staal centre pour Getzlaf qui se présente seul face à Miller qui fait encore une fois l’arrêt. Les Canadiens poussent pour égaliser et y parviennent sur un excellent travail de Jonathan Toews qui fait le tour du filet et remet du revers : Miller repousse le palet mais le laisse libre pour Heatley qui pousse au fond dans la cage vide (2-2, 23'32").

BROWN_Dustin-2009-7847Après cette égalisation méritée, le Canada maintient la pression en zone offensive, les Américains n’arrivant pas à sortir le palet et s’en débarrassant à la moindre occasion. Les hommes de Ron Wilson subissent clairement le jeu. Pourtant, ils se montrent dangereux avec des tirs cadrés systématiques ponctuant quasiment chaque incursion en zone offensive. Brodeur doit ainsi rester vigilant sur un contre de Kane puis sur une reprise de Backes avant de réaliser un double arrêt spectaculaire. C’est tout le paradoxe de ce deuxième tiers, dominé territorialement par les Canadiens mais avec des occasions plus nettes côté américain.

Le Canada perd de sa superbe au fil des minutes à l’image d’une collision gag entre Corey Perry et Eric Staal, Perry se relevant difficilement suite à la violence du choc. Pendant que les Canadiens s’emmêlent les pinceaux, les Américains font de nouveau parler leur redoutable efficacité : malmené par la présence physique de Backes devant le slot, Martin Brodeur se retrouve au sol dans son slot. Il repousse comme il peut un tir de Bobby Ryan côté gauche mais le palet revient dans la crosse de Chris Drury qui marque dans la cage grande ouverte (2-3, 36'46"). Suite à ce but, le match s’emballe avec deux échappées canadiennes successives de Brown puis Ryan : à chaque fois Martin Brodeur réalise un arrêt décisif. Entre les deux, Rafalski avait avorté une contre attaque canadienne d’un impeccable de geste défensif. Dans la dernière minute, Staal retient Rafalski et écope de la première pénalité du tiers. Un tiers où les Américains ont conservé leur avantage au score en sollicitant nettement plus Brodeur malgré la domination canadienne.

Les Américains débutent donc la dernière période en power-play et imposent une bonne circulation du palet, sans se montrer toutefois très dangereux. Le Canada réagit dès la fin de l’infériorité numérique mais Crosby emporté par son élan et est sanctionné pour une crosse haute sur Orpik. Les Américains se contentent de maintenir le palet dans la zone pendant deux minutes. Dès son retour sur la glace, Crosby se met une nouvelle fois en évidence sur une contre attaque. Puis c’est au tour de Patrick Kane de faire le spectacle en slalomant autour de la cage de Brodeur.

Les Canadiens se compliquent la tâche lorsque Perry est sanctionné pour un cinglage. Le jeu de puissance américain propose une nouvelle fois une bonne circulation du palet en zone offensive avec cette fois l’efficacité en plus. Suter décale Rafalski excentré sur la gauche : pour la troisième fois du match, le slap du défenseur américain fait mouche, le palet étant cette fois dévié au passage par la crosse de Langenbrunner et  le patin de Brodeur qui le voit filer entre ses jambes (2-4, 47'09"). Le Canada est en mauvaise posture mais a une occasion en or de revenir à la marque : Crosby, intenable ce soir, offre un caviar à Nash qui manque inexplicablement la cage grande ouverte, Miller récupérant miraculeusement le palet.

WEBER_Shea-2009-8156Avec deux buts d’avance, les Américains continuent de procéder par contres. Patrick Kane place une accélération mais fait trébucher Rick Nash dans la foulée. À cours de solution sur la supériorité numérique, le Canada semble incapable de revenir. Une nouvelle pénalité américaine, cette fois d’Erik Johnson qui fait trébucher Patrick Marleau, lui donne pourtant une nouvelle occasion. Comme souvent pendant ce match, le Canada cherche la déviation devant le but. Mais Ryan Miller est intraitable : sur un débordement de Nash côté gauche, Miller repousse le palet, Iginla se saisit du rebond mais trouve à son tour Miller sur la trajectoire alors que le portier américain était pourtant resté au sol. En fin de power-play, Miller finit par s’incliner sur un centre de Nash dévié habilement  à bout portant par Crosby devant la cage (3-4, 56'51").

Il reste trois minutes à jouer, toute la Canada Hockey Place se remet à y croire. Le Canada s’offre un magnifique baroud d’honneur, quoiqu’un peu tardif en bombardant Miller avec des tirs à la bleue de  Keith et Doughty notamment. Les Américains ne touchent plus le palet, le Canada joue comme en power-play. Mike Babcock fait alors sortir Martin Brodeur dans la dernière minute. Mais comme un symbole de ce match, Shea Weber perd le palet à la ligne bleue et Ryan Kesler, à la lutte avec Perry, gagne son duel pour marquer en cage vide (3-5, 59'15"). La pression canadienne dans les ultimes secondes ne fonctionne pas : les Américains peuvent exulter, ils ont fait tomber le favori du tournoi sur sa glace !

Déjà sérieusement malmenés par les Suisses, les Canadiens n’ont cette fois pas pu éviter leur première défaite dans ce tournoi olympique. Martin Brodeur, leur sauveur face à la Suisse, sera montré du doigt avec une performance en demi-teinte, se compromettant souvent trop tôt et offrant le deuxième but à Rafalski. Brodeur a souffert ce soir de la comparaison avec Ryan Miller qui a évolué clairement un ton au-essus. Le portier américain a été le grand bonhomme du match, multipliant les arrêts décisifs et laissant Brian Rafalski faire la différence à trois reprises par son lancer puissant.

Alors que les Canadiens dominaient par instants outrageusement les débats sans pouvoir marquer, les Américains se sont montrés bien plus efficaces en jouant un jeu simple, basé sur une grosse défense et des contre-attaques très rapides qui se concluaient bien souvent par des tirs cadrés. Au rang des rares satisfactions, Sidney Crosby a montré l’exemple et Jonathan Toews a réalisé quelques actions d’éclat mais le Canada devra rapidement se ressaisir pour éviter la même déconvenue qu’à Turin. Ils laissent la qualification directe à leurs adversaires et se retrouvent contraints de disputer des barrages. Avec qui devant le filet ? Ce sera certainement la grande polémique des deux prochains jours au Canada…

 

Canada - États-Unis 3-5 (1-2, 1-1, 1-2)
Dimanche 21 février à 16h40 à la Canada Hockey Place de Vancouver. 18561 spectateurs
Arbitrage de Christopher Rooney (USA) et Brad Watson (CAN) assistés de Thor Nelson (USA) et Jay Sharrers (CAN)
Pénalités : Canada 8' (2', 2', 4'), États-Unis 6' (2', 0', 4')
Tirs cadrés : Canada 45 (19, 12, 14), États-Unis 23 (6, 13, 4)
Évolution du score :
0-1 à 00'41" : Rafalski assisté de Suter et Langenbrunner
1-1 à 08'53" : Staal assisté de Seabrook et Toews
1-2 à 09'15" : Rafalski
2-2 à 23'32" : Heatley assisté de Toews et Weber
2-3 à 36'46" : Drury assisté de Ryan et Backes
2-4 à 47'09" : Langenbrunner assisté de Rafalski et Suter (sup.num.)
3-4 à 56'51" : Crosby assisté de Nash et Keith (sup. num.)
3-5 à 59'15" : Kesler assisté de Parise (cage vide)

 

Canada

Gardien : Martin Brodeur (sorti de 59'03" à 59'15" et de 59'30" à 60'00").

Défenseurs : Scott Niedermayer (C) - Shea Weber ; Drew Doughty - Duncan Keith ; Chris Pronger (A) - Dan Boyle ; Brent Seabrook.

Attaquants : Eric Staal - Ryan Getzlaf - Corey Perry ; Mike Richards - Sidney Crosby (A) - Rick Nash ; Patrick Marleau - Joe Thornton - Dany Heatley ; Brenden Morrow - Jonathan Toews - Jarome Iginla ; Patrice Bergeron.

Remplaçant : Roberto Luongo (G).

Etats-Unis

Gardien : Ryan Miller.

Défenseurs : Ryan Suter - Brian Rafalski (A) ; Tim Gleason - Erik Johnson ; Jack Johnson - Brooks Orpik ; Ryan Whitney.

Attaquants : Zach Parise (A) - Paul Statsny - Jamie Langenbrunner (C) ; Ryan Malone - Joe Pavelski - Phil Kessel ; Bobby Ryan - Patrick Kane - Ryan Kesler ; Chris Drury - David Backes - Ryan Callahan ; Dustin Brown.

Remplaçant : Tim Thomas (G).