Suisse - Bélarus (JO 2010, premier tour des play-offs)

PlussMartinLa Suisse a encore tenu tête aux meilleures équipes dans ce tournoi olympique, mais c'est en play-offs qu'elle doit être enfin performante. Ce premier tour a tout d'un piège face à une équipe du Bélarus qui subit le jeu mais fait preuve d'une efficacité redoutable sur ses rares occasions : 16,7% d'efficacité aux tirs, la meilleure statistique de la compétition.

Le scénario cauchemardesque pour la Nati serait donc de prendre un but en contre-attaque d'entrée. Et devinez ce qui se produit ? Viktor Kostyuchenok, l'ancien défenseur de Brest dans le Super 16, envoie une superbe longue passe vers Aleksei Kalyuzhny qui n'arrive qu'à toucher le palet sans le contrôler. La rondelle file donc tranquillement vers Jonas Hiller qui pose son bouclier sur elle... et la voit filer sur le côté ! Incroyable erreur du gardien suisse, qui se replace face au revers de Kalyuzhny, mais celui-ci part à la pêche en enfouissant son bâton entre les bottes de Hiller comme dans un terrier. L'arbitre canadien Paul Devorski accorde le but après vidéo alors qu'il avait semblé vouloir siffler l'arrêt du jeu dans un premier temps (0-1). Rien ne va plus pour le gardien d'Anaheim, qui avait fait douter le Canada mais avait déjà flanché contre la Norvège.

Commence alors un attaque/défense dans lequel la Suisse met la pression en zone offensive face à un bloc très regroupé et à Andrei Mezin, titularisé en alternance avec Koval. On sait, pour avoir déjà vu des situations semblables, que ça peut continuer longtemps comme ça sans but...

Ce qui peut sauver les hommes de Krueger, c'est leur jeu de puissance, à 40% depuis le début du tournoi. Il suffit d'une pénalité biélorusse, contre Kalyuzhny, pour le constater : Julien Sprunger a un contre favorable dans l'enclave face à un Ugarov statique comme un piquet et volleye le palet dans le haut du filet (1-1). À partir de cette égalisation, la Suisse semble avoir naturellement plus d'espaces et impose son jeu. Elle s'est sans doute sortie de l'ornière. Pour autant, le score est toujours de parité.

Pour vraiment souffler, la Suisse doit prendre l'avantage. Une supériorité numérique permet de commencer la deuxième période dans la meilleure configuration, mais Koltsov se couche devant le seul lancer de Streit. Àprès cinq minutes, une excellente passe de Martin Plüss envoie en breakaway - situation rarissime contre le Bélarus - Thierry Paterlini, mais le vétéran n'est guère un buteur : il lève son revers deux bons mètres au-dessus de la cage. C'est finalement sur un autre jeu de puissance que la décision se fait : un tir contré arrive à Hnat Domenichelli côté gauche, et le Canadien a le temps de tirer deux fois, la première du mauvais côté du poteau... et la seconde du bon côté (2-1).

ZakharovKonstantinLe Bélarus bénéficie de deux supériorités numériques mais y paraît à la peine. Et pourtant, il finit par égaliser. Un tir de la bleue de Nikolaï Stasenko est joliment dévié par Aleksei Ugarov, le palet rebondit sur la botte de Hiller et arrive face à la cage vide, où Konstantin Zakharov n'a plus qu'à le pousser au fond du revers (2-2). Comme une impression de déjà vu... le Bélarus paraît plus mou, il est archi-dominé aux tirs (26 à 11), mais il tient toujours le résultat. Il a même failli prendre l'avantage : Sergei Kostitsyn a repris une passe de derrière la cage à bout portant, et le palet a filé quelques centimètres au-dessus de la barre transversale.

La Suisse n'a pas finit de transpirer. Le troisième tiers-temps s'ouvre par une pénalité de Blindenbacher, et Hiller doit capter de la mitaine les tirs de Kostitsyn de la gauche et Kalyuzhny à bout portant. Maintenant, les hommes de Krueger ne sont plus aussi souverains. Le joueur le plus dangereux sur la glace est l'éternel Oleg Antonenko, qui donne un bel aperçu de sa palette technique sur son maigre temps de jeu.

On approche des cinq dernières minutes et chaque action vaut son pesant d'or. Une passe de derrière la cage d'Aleksandr Kulakov pour Andrei Stas provoque une mêlée devant le but helvétique ; les Suisses renversent lme jeu à 3 contre 2, mais la défense blanche coupe les passes et Sannitz choisit le tir de trop loin. Les Biélorusses n'hésitent plus à occuper la zone offensive en utilisant leur maîtrise du palet. À l'avant-dernière minute, Plüss passe au second poteau pour Roman Wick qui n'arrive pas à reprendre ce "palet de match".

La prolongation dure dix minutes dans un match à élimination directe. Le Bélarus bénéficie d'une généreuse situation de 4 contre 3 quand une charge à la hanche de Roman Wick sur Zakharov est qualifiée de "faire trébucher" parce que sa crosse traîne après la mise en échec et abuse l'arbitre (d'autres fautes suisses comme des obstructions ont été oubliées). Les deux entraîneurs sortent leur petit tableau pour donner les consignes. Les blancs sont trop statiques : deux lancers provoquent des rebonds intéressants, mais il n'y a personne pour se jeter dessus. C'est même Sannitz qui a la meilleure chance en contre, mais tire dans le plastron.

DerunsThomasTout se jouera donc aux tirs au but. Les Suisses se sont déjà inclinés face au Canada dans cet exercice qui pourrait avantager les techniciens biélorusses.

Thomas Déruns part en premier et réussit une feinte à droite avec tir du revers déclenché trop rapidement pour Andrei Mezin. Oleg Antonenko, pourtant spécialiste ès penalty, joue trop au chat et à la souris et se présente beaucoup trop lentement pour inquiéter Hiller. La vitesse est pourtant capitale, Romano Lemm le montre à son tour face au vieux Mezin.

Dmitri Meleshka n'a plus le droit à l'erreur, mais conclut joliment dans le haut du filet. Rüthemann bute sur Mezin, et Sergei Kostitsyn a donc moyen d'égaliser : l'attaquant des Canadiens de Montréal s'emmême les pinceaux et laisse échapper ce palet qui part un peu sur la tranche. Rattraper sa tentative mal embarquée devient mission impossible, et il échoue dans la botte de Hiller placée contre le poteau.

Le Bélarus a compté sur ses mains d'or, mais Antonenko et Kostitsyn ont hésité dans leurs mouvements. Qualification méritée des Suisses pour l'ensemble de leur oeuvre, même s'ils ont semblé faiblir à partir du troisième tiers. Était-ce seulement la nervosité ? Ou étaient-ce les premiers signes de fatigue ? Affronter les États-Unis dès demain risque de puiser très loin dans les ressources physiques de la bande à Krueger.

Commentaires d'après-match

Ralph Krueger (entraîneur de la Suisse) : "Nous savions qu'une des deux équipes devait rentrer chez elle. C'était un grand match de hockey. S'il s'est fini aux pénaltys, c'est le mérite des deux gardiens. Les États-Unis ont maintenant la pression et nous pourrons jouer le prochain match sans pression. Pourquoi ne pas en profiter ?"

Ruslan Salei (capitaine du Bélarus) : "Personne n'est pas blâmer, tout le monde a donné le maximum de ses forces et de son talent. Mais tout s'est décidé aux pénaltys, qu'on appelle parfois une loterie. On peut se lamenter sur le destin et la malchance, mais c'est généralement le plus fort qui gagne, et aujourd'hui on a perdu. J'espère que ce tournoi nous bénéficiera pour les prochaines compétitions comme les championnats du monde. Aux JO il est très difficile de prédire quoi que ce soit. Je soutiendrai probablement les Russes. Ils ont un objectif, l'or."

Mikhaïl Zakharov (entraîneur du Bélarus) : "On a encore eu la confirmation que notre point faible est la défense. C'est un problème général, mais en une si courte période, nous avons réussi à nous améliorer et à réduire progressivement le nombre de buts encaissés : 5, 4, 3, 2... Au prochain match il y en aurait eu 1... [...] Rien que nous ne sachions déjà : nous étions nettement inférieurs physiquement à beaucoup de nos adversaires. Et c'est inacceptable. On peut ne pas savoir dribbler, manquer de puissance de tir, ou avoir des problèmes de patinage. Cela ne se corrige pas comme ça, cela vient de l'enfance. Mais la condition physique peut toujours s'améliorer. Les joueurs du Dynamo avaient un problème avec ça. Pas seulement eux, mais surtout eux. [...] Kalyuzhny était le quatrième tireur, tout était prévu. On avait préparé des possibles pénaltys contre Hiller, regardé des vidéos, consulté les coaches de Dallas qui avait battu son équipe d'Anaheim trois fois sur quatre. On savait qu'il joue principalement en bas, et quand Kostistsyn a tiré, j'étais sûr que c'était un but. Mais il n'a pas su lever son palet."

 

Suisse - Bélarus 2-2 (1-1, 1-1, 0-0, 0-0) / 2-1 aux tirs au but
Mardi 23 février 2010 à 12h00 à la Canada Hockey Place de Vancouver. 17397 spectateurs.
Arbitrage de Paul Devorski (CAN) et Peter Orszag (SVK) assistés de Petr Blümel (TCH) et Timothy Nowak (USA).
Pénalités : Suisse 10' (2', 4', 2', 2'), Bélarus 6' (2', 4', 0', 0').
Tirs : Suisse 42 (16, 10, 11, 5), Bélarus 22 (7, 4, 8, 3).
Évolution du score :
0-1 à 00'59" : Kalyuzhny assisté de Kostyuchenok
1-1 à 12'25" : Sprunger assisté de Wick et Plüss (sup. num.)
2-1 à 27'07" : Domenichelli assisté de Streit et Blindenbacher (sup. num.)
2-2 à 35'42" : Zakharov assisté d'Ugarov et Stasenko (sup. num.)
Tirs au but :
Suisse : Déruns (réussi), Lemm (réussi), Rüthemann (arrêté).
Bélarus : Antonenko (arrêté), Meleshko (réussi), Kostitsyn (arrêté).


Suisse

Gardien : Jonas Hiller.

Défenseurs : Mark Streit (C) - Mathias Seger (A) ; Philippe Furrer - Rafael Diaz ; Luca Sbisa - Severin Blindenbacher ; Patrick von Gunten - Yannick Weber.

Attaquants : Raffaele Sannitz - Hnat Domenichelli - Julien Sprunger ; Roman Wick - Sandy Jeannin (A) - Romano Lemm ; Ivo Rüthemann - Martin Plüss - Thierry Paterlini ; Thibaut Monnet - Andres Ambühl - Thomas Déruns.

Remplaçant : Tobias Stephan (G). En réserve : Ronnie Rüeger (G).

Bélarus

Gardien : Andrei Mezin.

Défenseurs : Viktor Kostyuchenok - Ruslan Salei (C) ; Nikolai Stasenko - Aleksandr Makritsky ; Vladimir Denisov - Sergei Kolosov ; Aleksandr Ryadinski.

Attaquants : Konstantin Koltsov (A) - Aleksei Kalyuzhny - Sergei Kostitsyn ; Aleksandr Kulakov - Andrei Stas - Dmitri Meleshko ; Aleksei Ugarov - Sergei Zadelenov - Konstantin Zakharov ; Sergei Demagin - Andrei Mikhalev - Oleg Antonenko (A).

Remplaçants : Vitali Koval (G), Andrei Karev. Absent : Maksim Malyutin (G).