République Tchèque - Lettonie (JO 2010, premier tour des play-offs)

MICHALEK_Milan-2009-8324Un seul Jagr vous manque...

Un des défauts de cette formule de tournoi olympique, où les équipes des trois groupes sont mélangées dans un classement unique, est qu'on peut retrouver pour ce premier tour à élimlination directe un match qui vient d'avoir lieu en poule. C'est le cas entre Tchèques et Lettons (5-2).

Qu'est-ce que cette revanche a de différent ? Déjà, le lieu ! Pour caser les quatre rencontres de play-offs dans la même journée, c'est le premier match à être organisé dans l'autre patinoire, celle de l'université de Vancouver. Le vainqueur jouera aussi son quart de finale ici, et les Tchèques ne sont pas du tout contents d'être ainsi relégués dans une patinoire de six mille spectateurs.

Autre modification, les lignes tchèques. Vladimir Ruzicka avait promis de remanier ses lignes après la confrontation en poule, mais il ne l'avait pas fait. La nouvelle défaite contre la Russie l'a conduit à franchir le pas et à mettre en place les changements envisagés. Deux anomalies choquaient entre la hiérarchie des blocs et le mérite réel des joueurs sur la glace, elles ont été corrigées : Martin Havlát a été rétrogradé de la première à la quatrième ligne, et Milan Michálek quitte le trio défensif pour celui de Jagr.

La formation tchèque s'affiche dans une configuration homogène, puisqu'elle domine d'entrée avec toutes ses lignes. Quand son premier trio revient sur la glace pour sa seconde présence après cette claire démonstration d'ensemble, Pujacs fait trébucher le capitaine Elias. La supériorité numérique est transformée : les deux travailleurs Josef Vasicek et Tomas Rolinek s'ancrent fermement devant la cage, difficiles à déplacer, et le second nommé glisse un rebond du revers après un lancer de la ligne bleue de Filip Kuba (1-0).

Les Tchèques ont pris le match par le bon bout, et ne sont pas décidés à lâcher. Le service de derrière la cage de David Krejcí est repris entre les cercles par Tomas Fleischmann, côté plaque (2-0). Une obstruction de Berzins sur Havlat permet aux hommes de Ruzicka d'installer leur jeu de puissance, sans concrétiser cette fois malgré deux actions chaudes consécutives à des lancers de Blatak.

REDLIHS_Mikelis-2009-8053Jagr continue de prendre des pénalités stupides dans ce tournoi : ce coup-ci il accroche Karsums en zone offensive. Cela ne prête pas à conséquence face à des Lettons qui ont marqué 1 fois en 14 avantages numériques. À quatre contre cinq, les Tchèques pasent la majorité du temps avec le palet et en zone d'attaque... Plus que le résultat, c'est donc la manière qui n'appelle aucune discussion dans ce premier tiers.

Il reste encore une configuration dont les Lettons n'ont pas bénéficié : le 5 contre 3. Oubli réparé en deuxième période avec une dureté de Fleischmann et une crosse haute de Polak, 26 secondes plus tard. Avec deux hommes de plus, Martins Cipulis hérite d'un rebond en cage ouverte, mais Tomas Vokoun effectue un fantastique arrêt-réflexe de la jambière pour bloquer le palet sur la ligne, un sauvetage tellement beau que le juge vidéo se le repasse sur tous les angles avant de prendre la seule décision possible. Si en plus Vokoun ne laisse rien passer, on ne voit pas comment les Lettons pourraient gagner.

Leur chance, c'est que les Tchèques se relâchent et les laissent jouer. Mais après dix minutes très poussives, ces derniers accélèrent de nouveau après la mi-match. Edgars Masalskis alterne alors relances douteuses et arrêts superbes. Il capte d'une mitaine sûre un tir flottant en angle de Rolinek, puis se couche bien dans un face-à-face avec Havlat, envoyé en échappée par Zidlicky. Le gardien letton souffre cependant au cou quand il prend un tir de Plekanec dans le bas du masque. Il appelle le soigneur, mais le retraité Naumovs se sent bien sur le banc et ne bouge pas d'un poil, jouant même l'assoupi pour la caméra. Le "seul gardien du pays" Masalskis se fera appliquer du froid à plusieurs reprises à l'endroit où son masque l'a heurté dans sa chair.

Les Tchèques se sont impliqués de nouveau défensivement, mais ils manquent toujours d'inspiration devant. Ce n'est peut-être pas étonnant dans la mesure où un certain Jaromir Jagr s'est éclipsé dans les vestiaires. En son absence, son équipe paraît très ordinaire offensivement. Havlat substitue l'absent Jagr, tandis que le défenseur Blatak joue parfois attaquant sur la quatrième ligne.

Voyant que l'écart s'est maintenu tout ce temps, les Lettons reprennent du poil de la bête au cours du troisième tiers-temps et se mettent même à dominer certaines séquences. Mikelis Redlihs effectue un grand pont sur Blatak et décale parfaitement Armands Berzins, mais Vokoun réagit d'un bon poke-check. Ce n'était qu'un avertissement... Deux buts suivent. Martins Cipulis est plus vif que le défenseur Polak pour récupérer un palet traînant (2-1). Mikelis Redlihs hérite d'un rebond chanceux au second poteau après un tir non cadré de la ligne bleue (2-2).

2010-02-23-Tcheque-LettoniePour n'avoir pas retenu la leçon du premier match, les Tchèques se sont fait remonter pour de bon et sont contraints à la prolongation. Ils se sortent finalement du piège : passe-abandon de Fleischmann et but à mi-hauteur du jeune David Krejci, qui s'affirme comme un joueur-clé de cette équipe (3-2). Mais que de frayeurs inutiles après une première période maîtrisée de la tête et des épaules !

Les Tchèques n'ont jamais perdu contre la Lettonie, cela aurait pu se produire dans ce match capital. Parce qu'ils se sont encore contentés d'un début de match convaincant en se montrant ensuite trop peu explosifs offensivement et trop peu agressifs. Leur attaque, qui a pourtant d'autres atouts, a été trop timorée après le retrait en début de deuxième tiers de Jagr, qui ne s'est toujours pas remis de la charge d'Ovechkin et souffre de douleurs dans la région du cou.

Commentaires d'après-match

Vladimir Ruzicka (entraîneur de la République Tchèque) : "C'est une copie conforme du match de poule. Les adversaires plus faibles sur le papier n'ont rien à perdre. Quand on leur offre une chance, ils jouent de mieux en mieux. Si nous jouons comme ça en quart de finale, nous n'aurons aucune contre les Finlandais. Dans notre zone, nous étions souvent passifs, tout reposait sur Tomas Vokoun. S'il n'avait pas été là, on aurait eu encore plus de problèmes. [...] Nous croyons que Jarda [Jaromir Jagr] sera prêt à jouer contre la Finlande."

Oleg Znarok (entraîneur de la Lettonie) : "Avant le match, j'avais dit que nous avions oublié les trois défaites précédentes et que les JO commençaient aujourd'hui. Les gars ont joué comme des champions, comme si c'était le dernier match de leur vie. Dommage que le tournoi s'arrête pour nous, mais je suis fier d'eux. On va encore parler de la Lettonie dans le monde du hockey."

 

République Tchèque - Lettonie 3-2 après prolongation (2-0, 0-0, 0-2, 1-0)
Mardi 23 février 2010 à 19h00 à la UBC Thunderbird Arena de Vancouver. 5448 spectateurs.
Arbitrage de Bill McCreary (CAN) et Brent Reiber (SUI/CAN) assistés de Milan Novak (SVK) et Felix Winnekens (ALL).
Pénalités : République Tchèque 10' (2', 6', 2', 0'), Lettonie 10' (4', 2', 4', 0').
Tirs : République Tchèque 50 (16, 15, 17), Lettonie 26 (4, 13, 7, 2).
Engagements : République Tchèque 39, Lettonie 29.
Évolution du score :
1-0 à 05'52" : Rolinek assisté de Kuba et Havlat (sup. num.)
2-0 à 11'06" : Fleischmann assisté de Krejci et Cervenka
2-1 à 52'02" : Cipulis assisté de Nizivijs et K. Redlihs
2-2 à 56'19" : M. Redlihs assisté de Berzins et Darzins
3-2 à 65'10" : Krejci assisté de Fleischmann


République Tchèque

Gardien : Tomáš Vokoun.

Défenseurs : Filip Kuba - Marek Zidlický ; Tomáš Kaberle - Roman Polák ; Jan Hejda - Pavel Kubina ; Miroslav Blaták - Zbynek Michálek.

Attaquants : Patrik Eliáš - Tomáš Plekanec - Martin Erat ; Milan Michálek - Petr Cajánek - Jaromír Jágr [sorti à 23'] ; Tomáš Fleischmann - David Krejcí - Roman Cervenka ; Tomáš Rolinek - Josef Vašícek - Martin Havlát.

Remplaçant : Ondrej Pavelec (G). Absent : Jakub Stepanek (G).

Lettonie

Gardien : Edgars Masalskis.

Défenseurs : Krisjanis Redlihs - Karlis Skrastins (C) ; Georgijs Pujacs - Arvis Rekis ; Oskars Bartulis - Kristaps Sotnieks.

Attaquants : Martins Karsums - Janis Sprukts - Girts Ankipans ; Aleksandrs Nizivijs (A) - Herberts Vasiljevs (A) - Martins Cipulis ; Lauris Darzins - Armands Berzins - Mikelis Redlihs ; Kaspars Daugavins - Aleksejs Sirokovs - Gints Meija.

Remplaçants : Sergejs Naumovs (G), Rodrigo Lavins. Absents : Ervins Mustukovs (G), Guntis Galvins (épaule).